Jean-Marie Fort dit Jean Fort, né à Betchat (Ariège) le et mort à Paris (15) le , est un éditeur français, actif à Paris entre 1907 et 1939, spécialisé dans les ouvrages à caractère érotique.
Biographie Jean-Marie Fort est le neveu de l'éditeur et libraire parisien Pierre Fort, qui ouvrit boutique 46 rue du Temple (1895-1901), puis 19 rue du Temple (1901-1904). Début 1898, Pierre Fort édite entre autres L'Amour en visites d'Alfred Jarry, ouvrage que salue RachildeMercure de France, Paris, juin 1898, . ; il publie aussi l'anarchiste Jacques Prolo (La Caverne antisémite, 1902)La Petite République, Paris, 29 mars 1902, . et quantité de ayant trait à la sexualité et aux paraphilies — telle la flagellation. Sa librairie est reprise en 1904 par un certain L. Chaubard jusqu'en 1928, comme en témoignent les réclames relatives à leurs ouvrages publiées en dernières pages des journauxLe Fin-de-siècle, Paris, 6 octobre 1904, ..
De son côté, en 1907, Pierre exploite un fonds sous le nom de Bergès, au 66 boulevard de Magenta. C'est à cette époque que, grâce à son oncle, Jean ouvre à son tour boutique au 71-73, rue du Faubourg Poissonnière, pour y publier des ouvrages licencieux dépendant du fonds Pierre Fort, mais, aussi et bien vite, à la fois sous son propre nom, puis sous des marques différentes : « Collection Précieuse », « Quebec: Sweetgra's » (1910-1913) et « Bibliothèque des deux hémisphères » (1911). Ces ouvrages sont parfois illustrés par des artistes comme Léon Roze et Louis Malteste Sheryl Perry, « Jean Fort. A Biographical Sketch », in: The Erotica Bibliophile, 2003..
Jean Fort se marie à Paris en 1907 avec Berthe Bouquet ; son oncle Pierre est témoin du mariageArchives de Paris Acte de mariage dressé au 4 arrondissement le 2 février 1907, vue 20 / 31.
Le , Pierre attaque en justice son neveu pour usurpation de titres à son profit et détournements de gravures. Or, il apparut que l'un de ces titres, Le Tableau de l'amour dans le mariage, était de Nicolas Venette, un auteur du siècle, conservé à la Bibliothèque nationale, et Pierre l'avait caviardé et recomposé à l'aide d'autres textes également très anciens. Dès lors, les droits sur cet ouvrage étaient libres. En , Pierre fut déboutéL'Art et le Droit. Bulletin mensuel actualités judiciaires, Paris, janv. 1913, — sur Galica.
En 1908, Jean Fort publie Comtesse du Fouet. Belle et terrible, et en 1913, Le Journal d'une masseuse, parmi les premiers ouvrages de Pierre Mac Orlan, mais sous les noms respectifs de « Pierre Dumarchey »Vente Curiosa Marie-Saint-Germain, lot 242, Hôtel Drouot, 24 octobre 2021. et de « La Vrille »., lequel en utilisera d'autres.
En , il fonde la Librairie de la Nouvelle France. En , il cède sa librairie du Faubourg Poissonnière à Paul Barlet (dit Paul Héon), ami de Willy et Colette Notice n° 9, in: Bulletin Librairie Busser, n° 27, nov. 2023., directeur-propriétaire des Éditions de la Librairie des LettresPascal Fouché, Chronologie de l'édition de 1900 à nos jours, moteur de recherche en ligne..
Entre 1921 et 1925, Jean Fort déménage boutique au 39 puis au 12 rue de Chabrol. Il lance à cette époque la marque « Collection des Orties Blanches » et « Libraire du bon vieux temps », la première étant sans doute la plus réputée et la plus pérenne. À partir du , il occupe un local situé 79, rue de Vaugirard. À cette adresse sont édités de remarquables ouvrages illustrés, parfois sous pseudonyme, par Malteste (« Jacques d'Icy »), René Lelong, Luc Lafnet (« Jim Black »), Martin Van Maele, Sylvain Sauvage, Daniel Girard, Jean Émile Laboureur, Chéri Hérouard (Herric), Léon Courbouleix (« J. X. Dumulion »), Léo Fontan (« Fontana »), Pierre Noël (« Léon Pierre »), Henry Schick, Lucien Métivet, et pas mal d'inconnus (ou non identifiés) tels Pierre Belotti, Carlo, N. Carman, Davanzo, P. Dmitrow, Silex, Gaston Smit (« Georges Topfer »). Les dernières marques d'édition sont « Aux Galants Passe-temps » et « Au Cabinet du Livre », cette dernière semble suspendue en 1939-1940Jean-Pierre Dutel, Bibliographie des ouvrages érotiques publiés clandestinement en français entre 1920 et 1970, Paris, Chez l'auteur, 2005 — notice de la BNF.Marque page, notice sur Delcampe.net., mais elle reste le nom de son échoppe au moins jusqu'en 1943André Zucca, Photographie angle 79 rue de Vaugirard / rue Blaise-Desgoffes, 1943, notice du catalogue des Bibliothèques spécialisées (Paris).. Il est possible que durant la Seconde Guerre mondiale, il soit l'éditeur associé d'une affiche de propagande anti-britannique Poster de propagande daté 1942-1943, notice sur Barronmaps..
En 1936, Fort est domicilié rue Émile-Duclaux avec son épouse et leur fille JanineArchives de Paris Recensement de 1936, quartier Necker, vue 178 / 492.
Louis Perceau rédigea de nombreuses préfaces pour Jean Fort, il traduisit aussi des ouvrages du fonds anglais érotique, comme ces Mémoires de Miss Coote, exploits d’une fouetteuse britannique racontés par elle-même (1911) dont l'auteur n'est autre que William Lazenby ; Perceau fut par ailleurs le premier éditeur de Pascal PiaJonathan Chiche, « Celui qui néant », in: Le Jaune et le Rouge, n° 708, octobre 2015.. Les ouvrages étaient envoyés par correspondance et, sous certaines conditions, ne devaient pas être exposés à la vue de tous. Dans les années 1950, toujours libraire à Paris, certains de ses anciens ouvrages sont condamnés par le tribunal correctionnel pour exposition.
Il meurt à Paris le Archives de Paris Acte de décès dressé au 15 arrondissement, vue 27 /31 .
Notes et références
Liens externes
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