thumb|300px|Les bureaux de l'Union Générale des Israélites de France en 1942.

L’Union générale des israélites de France (UGIF) est un organisme créé par une loi française du Gouvernement de Vichy du à la suite d'une demande allemande au cours de l'Occupation de la France pendant la Seconde Guerre mondiale. Sa direction et son secrétariat étaient établis à Paris, au 19, rue de Téhéran (). L'existence légale de l'UGIF est abrogée par l'ordonnance du Gouvernement provisoire de la République française du Michel Laffitte, « L'UGIF, collaboration ou résistance ? », in Revue d'histoire de la Shoah, 2006/2, , (en ligne)..

La mission de l'UGIF est d'assurer la représentation des Juifs auprès des pouvoirs publics, notamment pour les questions d'assistance, de prévoyance et de reclassement social. Tous les Juifs demeurant en France sont tenus d'y adhérer, les autres associations juives ayant été dissoutes et leurs biens donnés à l'UGIF. Les administrateurs de cet organisme appartiennent pour la plupart à la bourgeoisie juive française, administrateurs nommés par le Commissariat général aux questions juives, la structure initiée par le gouvernement de Vichy à l'instigation des nazis pour renforcer les persécutions antisémites. Pour financer ses activités, l'UGIF peut puiser dans un fonds de solidarité alimenté par les revenus tirés de la confiscation des biens juifs.

Le rôle de cet organisme a soulevé beaucoup de controverses, notamment en raison de son légalisme qui a transformé les bureaux de l'association ou les maisons d'enfants qu'elle patronnait en véritables souricières particulièrement vulnérables aux rafles de la Gestapo. Composé essentiellement des éléments conservateurs de la bourgeoisie juive assimilée, elle a été clairement accusée par des auteurs issus des milieux juifs de gauche d'être une instance de collaboration avec le régime de Vichy, tant sur le plan idéologique qu'administratif. L'UGIF a notamment proposé à environ 700 juifs de la Région parisienne en 1941 d'aller travailler pour la WOL (administration agricole nazie) en Zone Interdite, dans les Ardennes, qui ont finalement été déportés en 1944. Son action était en effet fondée sur le postulat selon lequel la question juive en France était un problème d'immigration et de réfugiés juifs d'Europe orientale et centrale, et que les Juifs français, eux assimilés à la bourgeoisie française, pouvaient bénéficier d'une certaine ambiguïté de la part du régime de Vichy. À partir de 1943 et de l'accélération de la solution finale en Europe, cette fiction s'effondre et la politique collaborationniste des dirigeants de l'UGIF les conduit directement à la déportation à Auschwitz. Après la guerre, un jury d'honneur est constitué, dans un relatif secret, sans vraiment trancher sur la nature collaborationniste ou non de l'UGIF. La publication tardive des carnets d'un des dirigeants de l'UGIF, par un historien israélien, permet de comprendre, selon Claude Levy, le frère de Raymond Lévy, qu'une des sources du collaborationnisme de l'UGIF et de ses membres dirigeants, provenait de leur attachement personnel au maréchal Pétain et de leur confiance en Xavier Vallat.

Le contexte Juifs et organisations juives en France en 1940 Il y a en 1940 environ en France métropolitaine, parmi lesquels français et . Les deux tiers de l'ensemble vivent en province, mais la très grosse majorité des Juifs étrangers vivent en région parisienne. Sur les français, sont de vieille souche et parmi les étrangers, souvent immigrés de l'Europe de l'Est, la moitié a été naturalisée dans les années 1930François et Renée Bédarida, « La Persécution des Juifs », dans La France des années noires, Tome 2, Éditions du Seuil, 1993, section « Une « question juive » en France ? ».

Depuis la création par Napoléon en 1808 du « Consistoire central israélite de France », les Français d'origine juive ne sont jamais désignés comme des « Juifs », expression qui désigne une race ou une nation, mais comme des « Israélites », c'est-à-dire comme des citoyens pratiquant l'une des quatre religions officielles, et appartenant intégralement à la Nation française. Les Juifs qui sont agnostiques, voire antireligieux, ne se reconnaissent pas dans cette institution officielle qui a été créée pour administrer et maintenir leur culte, sur le modèle centralisé de l'Église catholique de France, en réduisant strictement la judéité à une confession religieuse.

Les Français israélites forment à la veille de la guerre un milieu aisé et cultivé, ils appartiennent très majoritairement à la bourgeoisie, souvent même à la haute bourgeoisie française, ce qui les rend conservateurs de l'ordre social; ils sont établis dans toutes les villes et sont complètement assimilés à la culture française, alors que les Juifs étrangers vivent en majorité à Paris, sont des réfugiés d'Europe de l'Est qui se retrouvent en majorité au bas de l'échelle sociale, qui sont souvent issus ou engagés dans des mouvements révolutionnaires, et restent généralement attachés à la yiddishkeit, symbole de la fidélité aux coutumes ancestrales.

Les Juifs français ont créé, en direction des réfugiés, des organismes philanthropiques comme le Comité de bienfaisance, en 1934, ou le Comité d'aide aux réfugiés (CAR), en 1938. Les Éclaireuses éclaireurs israélites de France (EIF) fondés en 1923, s'étaient impliqués dès 1930 dans l'insertion des immigrants juifs d'Allemagne et d'Europe de l'Est. Pour les réfugiés, les Français sont, dans le meilleur des cas, de mauvais Juifs, et au pire, des traîtres à leur religion et à leur peuple. Les communautés juives de l'Europe de l'Est s'organisent, surtout à Paris, par origine et par tendance politique. Les Landsmanschaften, organisations par pays ou par région se regroupe en une fédération, la Fédération des sociétés juives de France (FSJF). Son secrétaire général, Marc Jarblum, était de la mouvance sioniste. Les partis politiques dans lesquels sont engagés des Juifs immigrés sont le Bund, proche de la SFIO et qui cultive la langue yiddish, les MOI, intégrées à l'Internationale communiste et divers partis sionistes, surtout de tendance socialiste.

L'Œuvre de secours aux enfants (OSE), créée en 1912 à Saint-Pétersbourg par des médecins pour aider les populations juives défavorisées, a son siège à Paris depuis 1933. Elle a ouvert des maisons en région parisienne pour accueillir les enfants juifs fuyant l'Allemagne et l'Autriche, puis très vite les enfants résidant en France. Parmi les nombreuses associations juives, Kinder-kolonye (La Colonie scolaire) siégeant au 36 de la rue Amelot deviendra célèbre, car c'est là que vont se rencontrer dès le mois de des représentants d'une série d'organisations juives immigrés qui formeront ce qui s'appellera le Comité de la rue AmelotLa rue Amelot, sur le site de la Maison de Sèvres..

L'American Jewish Joint Distribution Committee, que l'on connaît souvent sous le nom de Joint, agissait en subventionnant des institutions philanthropiques locales. En , le Joint établit ses bureaux à Marseille. En 1941, le Joint distribue près de , soit environ 65 millions de francs qui représentent alors plus de 70 % de l'aide distribuée au titre de l'aide sociale. À l’été 1940, le directeur du Joint décide de distribuer l'essentiel de l'aide française par le canal du CAR plutôt que celui de la Fédération, ce qui n'améliore pas les relations entre les dirigeants des deux organisations. Un grand nombre de Juifs étrangers sont alors dans des camps. Un réseau d'aide aux camps se développe dès la fin de 1940, avec divers organismes caritatifs chrétiens et juifs. En , un comité de coordination se constitue à Nîmes sous la présidence du directeur du YMCA, Donald Lowry. Le CAR s'installe à Marseille en .

À la fin de 1940, les communistes de la MOI créent une organisation d'entraide, Solidarité, qui se propose d'aider les nécessiteux et plus particulièrement les femmes de prisonniers, et plus tard les femmes et les familles des internés. Bien que Solidarité soit plus organisée selon les règles de la clandestinité, puisqu’à cette époque les communistes sont illégaux, l'activité des communistes de Solidarité ne se distingue guère de celle qui se développe rue Amelot.

Le Comité de coordination Après l'occupation de Paris, en , le consistoire se replie sur Lyon, laissant à Paris l'ACIP, Association consistoriale des israélites de Paris. Dès , l'ACIP est sollicitée par Theodor Dannecker, le représentant de la SD (branche de la Gestapo) à Paris, pour se déclarer représentante officielle de la judéité française. Les attributions du Consistoire se limitant au seul culte, l'ACIP commence par se récuser mais accepte sous la pression allemande de constituer en un Comité de coordination (CC) qui comprend, en plus du comité de bienfaisance de l'ACIP, des représentants de la rue Amelot et de l'OSE. Dans les mois qui suivent sa création, le comité reste sous la direction prépondérante des hommes de l'ACIP, mais en mars, Dannecker impose Israël Israelowicz et Wilhelm Biberstein, venus de Vienne pour être ses « hommes de liaison et de contrôle personnels ». André Baur, neveu du grand rabbin Julien Weill, devient secrétaire général du Comité. À partir de , de fortes tensions apparaissent entre le Comité et les populations immigrées : le , pour faire face à une manifestation de 500 femmes d'internés, Léo Israélowicz demande la protection de Dannecker. Le Comité réussit à obtenir la libération d'un certain nombre d'internés, mais les immigrés s'éloignent de plus en plus du Comité. En , Dannecker exige pour des « travaux agricoles » dans les Ardennes. Le Comité demande alors des volontaires exclusivement parmi les immigrés. Les volontaires sont peu nombreux et comme mesure de rétorsion, les Allemands organisent une rafle de étrangers et français qui sont internés à Drancy. Fin août, l'ACIP adhère officiellement au Comité.

Le Commissariat général aux questions juives Le Commissariat général aux questions juives a été créé par le Conseil des ministres français. Les décrets d'application de la loi datent du . Le CGQJ est d'abord placé sous l'autorité du secrétariat d'État à l'Intérieur, puis, à partir du , directement sous celle du chef du gouvernement, c'est-à-dire, à cette époque, de Pierre Laval. Selon le rapport Dannecker du , le CGQJ a été créé sur « l'insistance répétée » du service juif de l'ambassade. Theodor Dannecker se méfie du premier commissaire, Xavier Vallat, ancien député sympathisant d'Action française connu pour son antisémitisme, mais qui ne figure pas parmi les protégés de l'ambassade.

La PQJ (Police aux questions juives) est officiellement créée par un décret du gouvernement d' en même temps que le Service de police anticommuniste (SPAC) et le Service de police des sociétés secrètes (SSS) destinés à canaliser les francs-maçonsJean-Marc Berlière, Les policiers français sous l'occupation, Perrin, 2001, 30-31. Avant la création de la PQJ, il existait à Paris un petit groupe de policiers sous la direction du commissaire François et du judenreferat Dannecker. Dans toute la zone Sud, la PQJ ne comptait qu'une trentaine d'employés, mal acceptés par l'administration de Vichy. En zone occupée, la PQJ n'a jamais respecté ses limites légales : elle peut jouer les auxiliaires de la police allemande en harcelant les Juifs, mais chaque fois qu'il s'agit d'une rafle, il est fait appel à la police nationale et non à la PQJ.

La loi du , dite , qui restreint encore davantage l'exercice professionnel pour les Juifs, est adoptée à l'initiative du Commissariat général aux questions juives (CGQJ). La loi du permet de faire contrôler l'aryanisation des entreprises juives par le CGQJ, ce qui va constituer, en fait, son travail essentiel. L'aryanisation avait déjà été mise en œuvre par des ordonnances allemandes depuis le tout-début de l'occupation.