Ferdinand René Laederich, né le à Mulhouse et mort le à , est un industriel du textile dans les Vosges, régent de la Banque de France et président du syndicat général de l'industrie cotonnière, de 1920 à son décès.

Biographie Patron d'une entreprise familiale Héritier d'une dynastie industrielle Ferdinand René Laederich est issu d'une famille alsacienne protestante, originaire de Suisse et installée en Alsace depuis le alsace-histoire.org, Notice sur la famille Laederich. Il est le petit-fils de Charles Laederich (1800-1870), fondateur à Mulhouse de l'entreprise Charles Laederich et , une firme de négoce et de commission en tissus, et le fils de Charles Laederich (, à Mulhouse - , à Épinal), Biographie et photographie sur le site de l'Université Haute-Alsace., industriel cotonnier, fondateur en 1865 de la firme Charles Laederich fils et Cie avec son associé Jules Favre, négociant mulhousien. Après l'annexion de l'Alsace par l’Empire allemand en 1871, il installe sa société à Épinal dans les VosgesEric Tisserand, « Charles Laederich », in Patrick Cabanel et André Ecrévé (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours, tome 3, p. 558-559..

vignette|gauche|Filature Laederich à MousseyCarte postale Adolphe Weick.

En 1897, avec d'autres industriels, Charles Laederich entre en possession des filatures et tissages de La Petite-Raon et de Moussey et crée l'entreprise « Filatures et Tissages de Moussey », tout en louant et en exploitant une dizaine d’autres usines au Val d’Ajol, à Bussang, et à La Bresse. Il est membre de la Société industrielle de Mulhouse à partir de 1865 et de la Chambre de commerce d'Epinal à partir de 1893.

René Laederich est l'un des deux fils de Charles Laederich et de Marie Emile Kunzer (1840- 1920). Il est ingénieur civil des minesEric Tisserand, « Ferdinand René Laederich », in Patrick Cabanel et André Ecrévé (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours, tome 3, p. 560-561.. Il entre comme associé dans la société en nom collectif Charles Laederich et en 1891, avec un apport de , ce qui porte le capital à .Le Mémorial des Vosges, 18 juin 1891. Depuis la mort de Jules Favre en 1897, la société est seulement administrée par des membres de la famille LaederichEric Tisserand et Nicolas Stoskopf, « Le patronat industriel protestant en Lorraine au XIXe siècle », Les protestantismes en Lorraine (XVIe-XXIe siècle), éditions du Septentrion, 2019, .

Il épouse en 1892 à Mulhouse Anna Maria Favre (1870-1951), fille d'Anna Koechlin et d'Albert Favre, neveu de Jules FavreL'Express de Mulhouse, 26 février 1927.. Le couple a trois enfants, deux filles, Andrée (1896-1987) et Nicole (1899-1990), et un garçon, Georges Laederich (1898-1969), qui succèdera à son père à sa mort en 1932. Andrée épouse en 1918 le baron Henri de Turckheim, protestant, un des fils du baron Adrien de Turckheim, membre du conseil d'administration de la Compagnie des chemins de fer de l'Est comme René Laederich, Nicole épouse en 1919 Robert Verdet-Kleber, fils d'un industriel également protestant, du papier, à Rives (Isère)Cf. Le Temps, 29 septembre 1919, "Informations diverses", le dossier de la Légion d'honneur de Robert Verdet-Kleber sur la base Léonore et le dossier de son père Maurice Verdet-Kleber: Dossier de la Légion d'honneur de Maurice Verdet-Kleber, Papeteries de Rives dans l'Annuaire industriel de 1925, Carole Darnault, Rives, la mémoire du papier: Histoire d'une papeterie dauphinoise, Presses universitaires de Grenoble, 2000.. Leur mariage religieux a lieu à Paris, au temple protestant de l'Étoile, avenue de la Grande-Armée.

Industriel du textile dans les Vosges À la mort de son père en 1899, Ferdinand René Laederich. prend la succession de la Maison de filature et tissage de coton Charles Laederich Fils et . René Laederich investit principalement dans les usines qu’il possède (à Moussey notamment) et ne reprend pas les usines que son père louait. Son entreprise est alors imposante pour l'époque avec trois filatures, cinq tissages et salariés. Il fonde une société en 1908, le Comptoir industriel cotonnier (CIC). Sont administrateurs René Laederich, son frère Charles Roger et un industriel spinalien, Edmond ChevalierLe Mémorial des Vosges, 24 juin 1908.

Il poursuit sa politique de concentration industrielle après la guerre, achète des filatures et tissages et fonde en 1924 les « Établissements Laederich »L'Est républicain, 8 mars 1924, .. Le conseil d'administration de cette société anonyme familiale est composé de René Laederich, de son fils Georges Laederich et de ses deux gendres, le baron Henri de Turckheim et Robert Verdet-Kleber. Le capital de cette société s'élève à en 1929.. En 1925, René Laederich fait entrer ses deux filles, Andrée et Nicole, comme associées de la firme Charles Laederich fils et Cie mais seuls René et son fils Georges, associé depuis 1920, sont associés-gérants. Le capital est fixé à : pour René Laederich, pour son fils, pour Andrée et le même montant pour Nicole, ce qui correspond à leurs parts respectives des bénéfices éventuelsLe Télégramme des Vosges, 8 novembre 1925.

Ses filatures et tissages se situent dans les Vosges, dans la vallée du Rabodeau à Moussey et La Petite-Raon, ainsi que dans la vallée de la Moselle, à Rupt-sur-Moselle, mais aussi au Haut-du-Them, en Haute-SaôneGeorges Poull, Notice biographique, écrivosges.com. Il mène dans ses usines une politique paternaliste, faisant construire des cités ouvrières, instituant une maternité et des crèches et menant une lutte active contre l'alcoolisme de ses ouvriersLe Musée social, août 1929.

Régent de la Banque de France Son grand-père Charles Laederich a été administrateur de la Banque de France de Mulhouse, du à 1870. Son père, Charles Laederich, est administrateur de la Banque de France d'Épinal de à sa mort en 1899.

René Laederich est aussi administrateur de la Banque de France d'Épinal à la suite de son père, du à 1913, puis est élu, par cooptation, régent de la Banque de France ( siège) du jusqu'à son décès le , ce qui contribue à faire de lui un membre des deux cents familles. Il y siège aux côtés de banquiers de la « haute banque » protestante ou juive et d'autres industriels. L'influence des régents industriels y progresse avec lui et le sidérurgiste François de Wendel, régent depuis 1913 égalementBertrand Blancheton, Le Pape et l'Empereur. La Banque de France, la direction du Trésor et la politique monétaire de la France (1914-1928), Albin Michel, 2001, .

Il intègre en 1923 un cercle parisien élitiste, le Cercle de l'Union artistique, avec comme parrains deux banquiers, Georges Heine, également régent, et William d'Eichthal, futur régent« Dans les cercles », Le Gaulois, 15 février 1923.

Administrateur de sociétés et animateur d'organisations patronales

René Laederich siège avant la Première Guerre mondiale au conseil d'administration de la Blanchisserie et teinturerie de Thaon (BTT), à la suite de son père. Il s'oppose à son directeur, Armand Lederlin, protestant également, dénonçant son « autoritarisme farouche et jaloux » et l’accusant de népotisme, de faire de Thaon « un fief, une chose de famille ». Il s’oppose aussi à « l’aventure et la mégalomanie » de la direction, surtout depuis « l’adjonction de Paul Lederlin à son père comme codirecteur » en 1904. De ce fait, en , lors de l’assemblée générale des actionnaires, Lederlin le présente comme un « opposant irréductible » et demande aux actionnaires de lui retirer son mandat d’administrateur, ce qui est voté. Cela indigne Laederich : « Un directeur demandant la tête d’un administrateur, c’est presque un employé demandant la tête de son patron ». Il n’hésite pas à assigner le président du conseil d’administration de la BTT, Georges Juillard-Hartmann, devant le tribunal de commerce d’Epinal. Une procédure de conciliation lui donne raison ; il redevient administrateur en décembre mais démissionne peu de temps après. En 1910, il tente de fonder une entreprise concurrente de la BTT, avec Victor Peters de Nomexy, d’autres industriels de Cornimont, et Paul Cuny. Mais le directeur pressenti se rétracte, sous la pression de la BTT, et Lederlin sut détacher d’eux Cuny, en le faisant nommer administrateur de la BTT en 1910. Laederich et ses alliés doivent abandonner leurs projets. Le conflit entre Armand et Paul Lederlin, devenu seul directeur en 1909, et Laederich se prolonge par la suite, lorsque ce dernier soutient les projets de Marcel Boussac de développer le blanchiment et la teinture dans ses usines des Manufactures de Senones. Cela donne lieu à un procès entre Boussac et Paul Lederlin, de 1926 à 1929Claude Ferry, La Blanchisserie et teinturerie de Thaon: 1872-1914, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1992.Gilles Grivel, « Les industriels vosgiens du textile et la vie politique, de la monarchie de juillet à 1940 », in Jean-Paul Rothiot, Jean-Pierre Husson, Pierre Heili (dir.), Le Thillot. Les mines et le textile. 2 000 ans d’histoire en Haute-Moselle, Société d’émulation des Vosges, 2008.

Dans les Vosges, il siège notamment au conseil d’administration de sociétés de Marcel Boussac, les filatures et tissages de Nomexy (1917Le Courrier, 6 décembre 1917), la filature de coton de Rambervillers et surtout les Manufactures de Senones – société anonyme depuis L'Est républicain, 29 janvier 1927.. C'est qu'il a contribué à l'implantation de Boussac dans les Vosges avec Paul LederlinNotice de Marcel Boussac, universalis.fr. Il est administrateur de la SA des anciens établissements Edmond Chevalier à sa fondation en 1924Le Télégramme des Vosges, 14 février 1924.

Il est aussi membre du conseil d'administration de plusieurs autres sociétés : la Compagnie des chemins de fer de l'Est à partir de 1917, la Compagnie des Docks et entrepôts du Havre, à partir de 1921La Journée industrielle, 6 avril 1921. - il finit par présider son conseil d'administrationBulletin des annonces légales, 9 juin 1930. - , la société Pâtes, papiers et textiloses (fondée en 1918 au capital de de francs et présidée par Eugène TouronCette société associe des papetiers et des industriels du textile : E. Motte, Carmichaël, Ed. Gillet, E. Prouvost-Eloy, Léon Lévy, etc.), les compagnies d’assurances Le Phénix (Phénix-vie, Phénix-incendie) ; il est vice-président depuis au moins 1916.

Il conserve des liens avec l'Alsace. Il est membre à partir de 1904 de la Société industrielle de MulhouseL'Express de Mulhouse, 14 mai 1932. et fait partie du conseil de surveillance de la Banque de Mulhouse ainsi que de son comité de directionNicolas Stoskopf, Histoire de la Banque de Mulhouse (1872-1929), Annuaire historique de Mulhouse, 2022 : Lire en ligne.

Vice-président du Syndicat cotonnier de l'Est à partir de 1901, il est membre à partir de 1902 du comité de l'Union des syndicats patronaux des industries textiles de FranceBulletin de l'Union des syndicats patronaux des industries textiles de France, 1932 et préside le Syndicat général de l'industrie cotonnière, de 1919 ou 1920 à son décès. Il succède à cette dernière fonction à l'industriel de Rouen Casimir Berger, mort en à 80 ansLe Temps, 22 mars 1919, . Il est à ce titre l'un des vice-présidents de l'Union des syndicats patronaux de l'industrie textile. Il siège aussi au comité de direction de l'Association cotonnière coloniale.

Il est nommé en 1913 conseiller du commerce extérieur de la FranceLe Mémorial des Vosges, 20 novembre 1913 puis est élu vice-président du Comité national des conseillers du commerce extérieur de la France, jusqu'à sa démission en 1924L'Expansion commerciale de la France, décembre 1923, Ibid., avril 1924.