Les procès-verbaux de l'équipe de crise du RKI (), également appelés les procès-verbaux RKI (RKI-Protokolle) ou les fichiers RKI (RKI-Files), sont plus de 200 procès-verbaux rédigés par l'équipe de crise créée au sein de l'Institut Robert Koch (Robert Koch Institut, RKI) en raison de la pandémie de COVID-19 en Allemagne. Ils comprennent 456 fichiers PDF contenant 2 065 pages de texte, qui datent de à et ont été initialement traités comme informations classifiées par le RKI. , journaliste au magazine en ligne , a intenté une action en justice pour obtenir la déclassification, alléguant la loi sur la liberté d'information (, IFG). Le RKI a déclassifié les documents en , mais en noircissant environ mille passages. Le , les procès-verbaux ont été publiés intégralement, mais toujours partiellement noircis, par Multipolar. Le , le RKI a mis les procès-verbaux, en grande partie dénoircis, à la disposition du public. Le , les documents entièrement dénoircis et des éléments supplémentaires relatifs à la période 2020-2023 ont été divulgués par une journaliste. L'ensemble de ces données n'a pas été authentifié par le RKI.
La publication du procès-verbal a déclenché une intense controverse, principalement quant à une éventuelle influence des décideurs politique sur le RKI, dont les intenses discussions internes sont devenues visibles. Le débat public concerne la plupart des recommandations du RKI et leurs fondements scientifiques ainsi que les mesures prises contrairement ou conformément à ces recommandations. Les sujets discutés incluent une éventuelle orientation vers l'exemple chinois, la nécessité du confinement, la fermeture des écoles, l'obligation de porter un masque de protection, la vaccination, l'obligation vaccinale et les effets secondaires de la vaccination. Cependant, contrairement à ce que Multipolar a dépeint et conjecturé, les procès-verbaux prouvent que l’évaluation des risques a été améliorée en et ont ainsi servi de base aux mesures de confinement ultérieures prises par le vice-président du RKI de l’époque, .
Déroulement des événements
Selon Multipolar, la demande de déclassification a été déposée auprès du tribunal administratif de Berlin () en . L'article 1er de la loi sur la liberté d'information et l'article 10 de la CEDH ont été invoqués. En , afin d’éviter une décision de justice, le RKI a soumis les procès-verbaux fortement expurgés. Des caviardages sur plus de 1000 pages ont été justifiés par le cabinet d'avocats Raue pour le compte du RKI. En , une action en justice a été intentée contre les expurgations. En , le tribunal a fixé une date en mai pour l'audience et l'enregistrement des preuves. La publication des procès-verbaux a donc été avancéeChristina Berndt, Markus Grill, Jana Heck, Lena Kampf, Kristiana Ludwig, « Hang zur Selbstzensur », Süddeutsche Zeitung, 29 mars 2024, en ligne..
Le , le RKI déclare qu'après avis juridique, mais sans consultation du Ministère fédéral de la Santé, il avait rendu méconnaissables certains passages par une mesure de protection conforme aux dispositions de l'IFG (loi sur la liberté d'information) et aussi afin de préserver les droits des tiers. Pour le nouvel examen, l'IFG prévoit une procédure dans laquelle des tiers ont la possibilité de participer et de formuler leurs commentaires dans un délai d'un moisSite du RKI, « Stellungnahme zur Überarbeitung der Schwärzungen der RKI-COVID-19-Krisenstabsprotokolle », 28 mars 2024, /DE/Content/InfAZ /C/COVID-19-Pandemic/Stellungnahme_Schwaerzung.html en ligne.. Les expurgations concernaient les noms, les participants, mais aussi les points de l'ordre du jour et le contenu des réunions. Les procès-verbaux sont masqués dans de nombreux endroits qui traitent des effets secondaires des vaccins contre la Covid-19. Les avocats du cabinet Raue, qui conseillent le RKI, ont également justifié ces masquages par le danger de « bouleversements en matière de politique étrangèrePhilippe Debionne, « Geschwärzte RKI-Files: „Vermehrtes Auftreten von Nebenwirkungen“ », Nordkurier, 28 mars 2024, en ligne..
Le ministre fédéral de la santé Karl Lauterbach annonce en que la plus grande partie des procès-verbaux sera dénoircie. Le , le RKI publie les procès-verbaux sous une forme largement non expurgée. Selon l'institut, les passages masqués ne concernent plus que certaines données personnelles ainsi que les secrets d'entreprise et d'affaires de tiers, y compris des entreprises comme les fabricants de vaccinsNils Metzger, « RKI-Protokolle: Was steht in den entschwärzten Dokumenten? », ZDF heute, 1er juin 2024, en ligne.. Les justifications de masquages supplémentaires qui avaient été effectués précédemment : protection de la propriété intellectuelle, importantes implications publiques en matière de sécurité interne et de relations internationales, n'étaient plus alléguéesCarla König, « Debatte über Unabhängigkeit des RKI: Robert-Koch-Institut veröffentlicht ungeschwärzte Protokolle zu Corona », Rheinische Post, 31 mai 2024, en ligne..
Multipolar a soumis une autre demande IFG (loi sur la liberté d'information) au RKI pour la publication de tous les procès-verbaux ultérieurs à partir de Nils Metzger, « RKI-Protokolle: Welche schwarzen Stellen werden freigegeben? », ZDF heute, 28 mars 2024, en ligne.. Le RKI a annoncé le qu'il publierait le plus rapidement possible les procès-verbaux restants, allant jusqu'à la fin des réunions de , après examen et participation de tiersAndreas Schmid, « RKI entschwärzt Corona-Protokolle – Dokumente offenbaren Namen », Merkur.de, 30 mai 2024, en ligne..
Le , les documents entièrement dénoircis pour la période 2020-2023, ainsi que d'autres documents, ont été publiés par l'activisteChristoph M. Kluge, Sebastian Leber et Julius Geiler, « Corona-Verharmloser irren stundenlang durch Berlin: Viele Mittelfinger und Spott für demonstrierende Querdenker », Der Tagesspiegel Online, 29 août 2021, en ligne. et journaliste Aya Velázquez. Elle a déclaré qu'elle avait reçu les documents d'un ancien employé du RKI. L'ensemble de données n'a pas été confirmé par le RKI, qui a annoncé qu'il envisagerait des mesures judiciaires concernant les droits des tiers. Une publication de tous les procès-verbaux des réunions, où seules seraient apportées les expurgations légalement nécessaires, était en coursCarla König, « RKI-Files komplett entschwärzt veröffentlicht », berliner-zeitung", 23 juillet 2024, en ligne.</ref>« Ungeschwärzte Corona-Protokolle geleakt », ZDF, 23 juillet 2024, en ligne.Michael Maier, « Lauterbach zu RKI-Protokollen: „Zu verbergen gibt es trotzdem nichts“ », Berliner Zeitung, 23 juillet 2024, Christina Berndt, « Ungeschwärzte RKI-Corona-Protokolle: Und wo ist jetzt der Skandal? », Süddeutsche Zeitung, 24 juillet 2024, en ligne..
Discussions publiques
Avant le dénoircissement
Premières réactions
Le magazine Multipolar, qui a publié les procès-verbaux, est, selon Die Tageszeitung, « connu pour ses théories du complot ». Multipolar voyait dans la phrase d'un procès-verbal du 16 mars 2020, « L'évaluation des risques sera publiée dès que (passage [ixé] noirci) en donnera le signal », la preuve que le RKI faisait passer des consignes politiques avant les considérations scientifiques. La Tageszeitung, oppose à cette idée une déclaration du ministre de la santé Karl Lauterbach, selon laquelle le nom noirci est celui d'un collaborateur du RKI, dont l'identité a été tenue secrète par mesure de protectionMoritz Huhn, « Verschwörungsmagazin und RKI-Files: Sobald XX ein Signal gibt », Die Tageszeitung, 26 mars 2024, en ligne.. De même, le journaliste désigne la personne dont le nom a été noirci comme un « participant à la séance » qu'on a préservé d'une stigmatisationMartin Rücker, « „RKI-Protokolle“: Warum die Vorwürfe zum politischen Einfluss nie belegt waren ».. Selon la station de radio BR24, d'autres passages controversés ont été sortis de leur contexte ; ils étaient en partie basés sur des expressions d'opinion ou sur des évaluations provisoiresJulia Ley, Jan-Claudius Hanika, Max Gilbert, Sophie Rohrmeier, « RKI-Protokolle: Wie Sätze aus dem Zusammenhang gerissen werden », BR24, 26 mars 2024, en ligne..
Le 23 mars 2024, dans un article qui sera modifié plus tard, Britta Spiekermann, journaliste à la chaîne de télévision ZDF, estime, au vu de la publication de Multipolar, que les procès-verbaux pourraient avoir un « pouvoir politiquement explosif »Britta Spiekermann : « Die brisanten Corona-Protokolle des RKI », ZDF, 23 mars 2024, en ligne. La version initiale de l'article est consultable sur Internet Archive.. On lit notamment dans la forme initiale de cet article que le 16 décembre, quand le second confinement avait commencé, le RKI, au vu de la situation internationale, estimait que les confinements avaient eu à certains points de vue des conséquences plus graves que la Covid-19 elle-même.
Le 24 mars 2024, l'homme politique Armin Laschet, dans le Heute-journal de la ZDF, appelle à une divulgation complète et à une réévaluation des documents. Il souhaite une autocritique des médias et du personnel politique. Le fait que la publication des procès-verbaux du RKI n'ait été réclamée en justice que par le magazine en ligne Multipolar, qu'on accuse d'être complotiste, montre l'inactivité des médias de qualité à clarifier les processus internes du gouvernement. Les procès-verbaux montrent à quel point les avis divergeaient dans les discussions au sein du RKI « et combien peu de cette diversité d’opinions a finalement trouvé sa place dans une politique concrète ». Le RKI doit « de toute façon devenir plus indépendant ». Les débats internes auraient dû être exprimés. Au lieu de cela, une seule opinion a été publiquement reconnue comme correcte. Ce qu’il faut, c’est une « nouvelle culture du dialogue » qui admette ses erreurs. Les discussions sont souvent menées « de manière beaucoup trop agressive et sans respect pour les autres opinions »« Laschet zur Pandemie. Corona-Maßnahmen: "Müssen alles offenlegen" », ZDF, 24 mars 2024, en ligne.Sarah El Sheimy, « Lauterbachs Nein „hilft Verschwörungstheoretikern“: Laschet stellt Corona-Forderungen », Merkur.de, 25 mars 2024, en ligne..
Toujours le 24 mars 2024, le journaliste a fait une déclaration similaire en se référant à l'article de ZDF. Selon lui, les médias « ont encore beaucoup de travail d’autocritique à faire »Alexander Schmalz, « Georg Restle: Medien sollen über RKI-Protokolle berichten », Berliner Zeitung, 24 mars 2024, en ligne..
Le 27 mars 2024, le virologue reproche lui aussi aux partis de ne pas être suffisamment intéressés par une reconsidération des décisions politiques en relation avec la pandémie covid-19. La politique se cache derrière la science. Le caractère multiforme de l'expertise nécessaire n'a pas été mis en évidenceBirgit Herden, « Virologe Streeck zu den RKI-Protokollen : Die Schwärzungen befeuern Verschwörungstheorien », Der Tagesspiegel Online, 27 mars 2024, en ligne.dts Nachrichtenagentur, « Schwärzungen in Corona-Protokollen des RKI – Streeck verwundert », Oldenburger Onlinezeitung, 25 mars 2024, en ligne..