S. O. Davies est un mineur, syndicaliste et homme politique travailliste gallois né en 1886 ou avant à et mort le à Merthyr Tydfil. Il siège à la Chambre des communes du Royaume-Uni comme député de Merthyr de 1934 à 1950, puis de Merthyr Tydfil jusqu'à sa mort.
Natif du pays de Galles méridional, Davies commence à travailler dans les mines à l'âge de 12 ans. Il reprend ultérieurement ses études et décroche un au University College de Cardiff en 1913. De retour dans les mines, il s'implique dans le mouvement syndical au sein de la , dont il devient le vice-président en 1924. Un séjour à Moscou en 1922 lui fait découvrir le modèle soviétique, dont il reste un fervent partisan jusqu'à la fin de sa vie.
Élu à la Chambre des communes sous l'étiquette travailliste en 1934, Davies y défend les intérêts des habitants de Merthyr Tydfil et des mineurs gallois tout au long de sa carrière. Il n'hésite pas à ignorer la ligne officielle du Parti travailliste lorsqu'il ne l'approuve pas, par exemple sur les questions du désarmement ou du nationalisme gallois. Cette indépendance d'esprit lui vaut plusieurs suspensions et explique qu'il n'ait jamais été retenu pour un portefeuille ministériel. Cela ne l'empêche pas d'être très populaire dans sa circonscription, où il est toujours réélu sans difficultés.
Pour les élections de 1970, la branche locale du Parti travailliste estime que Davies est trop âgé et sélectionne un autre candidat. Davies se présente quand même en indépendant et parvient à être réélu avec plusieurs milliers de voix d'avance sur le candidat travailliste. Il meurt deux ans plus tard.
Biographie
Enfance, premiers emplois et études
Stephen Owen Davies naît au 39 John Street à , un village dans la vallée de la Cynon, l'une des vallées minières du pays de Galles méridional. Il est le quatrième fils de Thomas Davies et de sa femme Esther. Son père, qui travaille dans les mines de charbon, est un syndicaliste engagé. Il écrit pour le journal gallois (« Le Bouclier de l'ouvrier ») sous le pseudonyme de , « le Renard ». Dans ses articles, il s'en prend aux gestionnaires des mines et au manque de respect des consignes de sécurité. Son activisme lui vaut d'être mis sur liste noire par les propriétaires des mines. Après plusieurs périodes de chômage, il finit par se reconvertir en agent d'assurances..
La date de naissance de S. O. Davies n'est pas clairement établie. La plupart des sources la situent en , mais elles soulignent qu'il est peut-être né plusieurs années auparavant. D'après le recensement de 1891, il est âgé de neuf ans à cette date, ce qui suggère qu'il est né en 1881 ou 1882, mais lorsqu'il s'inscrit au University College de Cardiff, en 1908, il fournit comme date de naissance le .
vignette|gauche|redresse|Un ventilateur Waddle à la Nixon's Navigation Colliery.
Davies est scolarisé à l'école primaire de Cap Coch jusqu'à ses douze ans. Il quitte l'école pour travailler à la mine de .. Lorsque le filon est épuisé, en 1905, il part pour Mountain Ash où il est embauché à la Nixon's Navigation Colliery. Ses supérieurs repèrent rapidement son intelligence et son ambition et l'encouragent à étudier l'ingénierie minière, d'abord à Aberdare, puis à Londres, au . Il entre au University College de Cardiff en 1908 avec une bourse du de Brecon. Il étudie pour passer un et envisage de devenir prêtre non-conformiste. Cependant, ses opinions religieuses sont influencées par le théologien Reginald John Campbell, qui rejette la majeure partie de l'enseignement chrétien traditionnel et considère le socialisme comme l'application concrète du christianisme. Ces idées peu orthodoxes sont inacceptables pour le , qui lui retire sa bourse.
Malgré la perte de ce soutien financier, Davies termine ses études et décroche son diplôme en 1913. Ayant rejoint le Parti travailliste indépendant (ILP), il abandonne toute idée d'une carrière religieuse au profit d'un engagement politique en faveur des classes ouvrières. Il est encore étudiant lorsqu'il se présente comme candidat de l'ILP pour un siège au de la ville de Cardiff, en 1913. Cette première aventure électorale se solde par une défaite étriquée pour seulement 47 voix..
Mineur et syndicaliste
Diplôme en poche, Davies retourne travailler dans les mines, d'abord à dans la vallée de la . Il tente en vain de se faire élire agent suppléant des mineurs de l'Anthracite District au sein de la (SWMF) en . Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, en , il s'oppose à ce qu'il considère comme du militarisme capitaliste. En 1917, il fonde et devient le premier président du Burry Port and Gwendraeth Valley Trades and Labour Council. En prévision des élections générales de 1918, il est le premier choix du Parti travailliste comme candidat dans la circonscription de Llanelli, mais il se désiste lorsque la SWMF apporte son soutien à son rival .
En 1918, Davies brigue la charge d'agent des mineurs du district de Dowlais au sein de la SWMF. La compétition est rude (son principal adversaire est le futur député William Mainwaring), mais il remporte l'élection avec 100 voix d'avance. En tant qu'agent des mineurs, son rôle consiste principalement à représenter les ouvriers dans les conflits les opposant à leurs employeurs. Ces conflits concernent généralement les salaires, les licenciements, les horaires et les compensations pour les accidents du travail. Les registres laissés par Davies montrent que les cas où les entreprises refusent toute responsabilité pour des accidents survenus dans les mines le touchent tout particulièrement..
Davies se marie avec Margaret Eley, dite « Madge », en 1919. Originaire de Cardiff, elle lui donne trois filles. Les années qui suivent la Première Guerre mondiale sont une période économiquement difficile dans les mines des Galles du Sud, ce qui aiguise ses instincts radicaux et son militantisme commence à être connu. Il s'oppose à la politique officielle du Parti travailliste en réclamant la prise de contrôle par les ouvriers de l'industrie minière plutôt que sa nationalisation. En 1921, il recommande en vain l'affiliation de la (MFGB) à l'Internationale syndicale rouge (ISR). L'année suivante, il représente la SWMF au deuxième congrès mondial de l'ISR à Moscou et découvre le modèle soviétique, qui le séduit. Il choisit néanmoins de rester membre du Parti travailliste et ne rejoint pas le jeune Parti communiste de Grande-Bretagne.
En 1924, Davies est nommé organisateur en chef et conseiller juridique de la SWMF. La même année, il en est élu le vice-président. Au sein du comité exécutif de la MFGB, il représente les Galles du Sud de 1924 à 1934. Les mineurs de cette région comptent parmi les participants les plus actifs de la grève générale de 1926. Le mouvement national s'effondre au bout de neuf jours, mais Davies mène la résistance pendant plusieurs mois de lock-out avant que les mineurs ne doivent capituler en décembre en acceptant les conditions draconiennes imposées par le patronat. Le district de Dowlais est le dernier à reprendre le travail.
À partir de 1926, les factions communistes et non-communistes se livrent une lutte acharnée dans les mines, les premiers accusant les seconds de collaborer avec le « fascisme social ». Dans un pamphlet édité par le , Davies est décrit comme un imposteur. Malgré ces attaques, il reste partisan de la coopération entre toutes les factions de la gauche. Après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler en Allemagne, il milite en faveur d'un rassemblement autour du Parti travailliste, craignant que le glissement vers la gauche de l'ILP et le désir d'une révolution violente exprimé par le Parti communiste ne produisent des conditions propices à l'émergence du fascisme en Grande-Bretagne. Il est élu au conseil municipal de Merthyr Tydfil en 1931.
L'élection partielle de juin 1934
La mort du député travailliste de Merthyr , le , donne lieu à une élection partielle. est sélectionné par le Parti travailliste avec le soutien de la MFGB. Wallhead a toujours bénéficié de majorités confortables depuis sa première victoire à Merthyr lors des élections de 1922. En 1931, son seul adversaire était un candidat du New Party d'Oswald Mosley qui bénéficiait du soutien tacite du Parti conservateur. Outre Davies, l'élection partielle met aux prises des candidats du Parti libéral, du Parti communiste et de l'ILP. L'absence de candidat du Gouvernement national alors au pouvoir prive Davies d'une cible logique : il se retrouve dans la situation difficile du représentant du parti sortant qui doit s'efforcer de perdre aussi peu de voix que possible. Le Manchester Guardian prédit des résultats serrés.
La campagne de Davies emploie le slogan « Paix, prospérité, sécurité, liberté ». Ses propositions comprennent le développement de la propriété publique, l'abolition de l'examen des ressources, l'augmentation des allocations chômage, une meilleure éducation et une coopération internationale accrue, notamment avec la Russie. Grâce au soutien des syndicats locaux et à une campagne bien organisée, Davies remporte une victoire facile lors du scrutin du . Il recueille , soit de plus que son adversaire libéral, les candidats du Parti communiste et de l'ILP étant encore plus nettement distancés.
Député de Merthyr
Davies prononce son premier discours à la Chambre des communes le . Alors que ces discours sont traditionnellement dépourvus d'éléments polémiques, le sien s'attaque violemment à la politique du gouvernement vis-à-vis de l'industrie minière.. Il se fait rapidement connaître comme un farouche défenseur des intérêts de Merthyr Tydfil et de l'industrie minière en général.
Sa femme Margaret étant morte d'un cancer deux ans plus tôt, Davies se remarie en 1934 avec Sephora Davies, une institutrice de Gwaun-Cae-Gurwen dans le Carmarthenshire qui partage ses opinions politiques. Ils s'installent sur Gwynfryn Park Terrace, à Merthyr Tydfil, et ont deux fils. En 1936, ayant été réélu l'année précédente avec une majorité accrue, il tourne en dérision le refus du Premier ministre Stanley Baldwin de rencontrer une délégation des participants à la organisée par le , dont de nombreux participants viennent des Galles du Sud : En 1938, il revient sur son ancienne opinion et soutient un projet de loi travailliste en faveur de la nationalisation de l'industrie charbonnière, car il considère que le secteur privé ne pourra jamais garantir de bonnes conditions de travail aux mineurs.. Ce projet de loi est rejeté, même si l'industrie charbonnière britannique finit par être nationalisée en 1946.
À la fin des années 1930, Davies s'oppose à la politique d'apaisement du gouvernement de Neville Chamberlain. Il doute que les classes supérieures britanniques soient prêtes à affronter le fascisme et invoque un front populaire des travailleurs pour lutter contre les dictatures. Après le début de la Seconde Guerre mondiale, il exige que le gouvernement publie ses buts de guerre de manière détaillée.. Il critique le Parti travailliste pour sa décision de rejoindre le cabinet de guerre de Winston Churchill et exprime son opposition à plusieurs décisions de ce cabinet, comme l'internement automatique des ressortissants étrangers, les restrictions imposées à l'industrie et l'interdiction du journal communiste Daily Worker. Il s'en prend au secrétaire d'État à l'Intérieur Herbert Morrison pour sa décision d'interdire ce journal avec une telle virulence que même le secrétaire du Parti communiste Harry Pollitt en est choqué.