Les Xiongnu ( ; turc : Büyük Hun İmparatorluğu ou Asya Hun İmparatorluğu) sont une confédération de peuples nomades. venue de l'actuelle Mongolie, nomadisant dans les steppes entre le lac Baïkal et la Chine du Nord. Ils sont mentionnés par des sources chinoises pour la première fois vers l'an 245 et disparaissent définitivement à la fin de la seconde moitié du Selon les sources chinoises, l'empire Xiongnu aurait été fondé par le Modu Chanyu connu sous le nom de Mete Khan, qui devient le premier chef suprême de cette confédération en l'an 209 di Cosmo 2004: 186..

Après que leurs précédents rivaux, les Yuezhi, ont migré en Asie centrale au cours du , les Xiongnu deviennent la puissance dominante dans les steppes du nord-est de l'Asie centrale, leur territoire étant centré sur la région qui sera connue plus tard sous le nom de Mongolie. Les Xiongnu sont alors également actifs dans les régions qui font aujourd'hui partie de la Sibérie, de la Mongolie-Intérieure, du Gansu et du Xinjiang. Leurs relations avec les dynasties chinoises, leurs voisins immédiats du sud-est, sont complexes, avec des périodes répétées de conflits et d'intrigues, alternant avec des échanges commerciaux, des versements de tribut et des mariages ().

Pendant la période des Seize Royaumes, ils sont également connus comme étant l'un des « Cinq Barbares » () qui prennent part à un soulèvement contre la domination chinoise connu sous le nom de .

Il est difficile de lier les Xiongnu aux groupes ethniques ultérieurs de la steppe d'Eurasie occidentale, et toutes les hypothèses avancées restent controversées. Un des problèmes qui se pose pour identifier le noyau ethnique des Xiongnu est que seuls quelques mots de leur langue, principalement des titres et des noms de personnes, ont été conservés dans les sources chinoises. La langue Xiongnu pourrait être apparenté à celle des Huns ou des ., mais cette théorie reste contestéeVaissière 2006.. Parmi les autres liens linguistiques proposés par les chercheurs figurent l'iranien: "Their royal tribes and kings (shan-yii) bore Iranian names and all the Hsiung-nu words noted by the Chinese can be explained from an Iranian language of Saka type. It is therefore clear that the majority of Hsiung-nu tribes spoke an Eastern Iranian language."..., le mongolTumen D., "Anthropology of Archaeological Populations from Northeast Asia page 25, 27., le turcHucker 1975: 136.Pritsak 1959., l'ouralienDi Cosmo, 2004, pg 166., les langues ienisseïennes.Adas 2001: 88.Vovin, Alexander. "Did the Xiongnu speak a Yeniseian language?". Central Asiatic Journal 44/1 (2000), ., le tibéto-birman. ou des origines multiethniquesGeng 2005..

Histoire

droite|400px|vignette|Territoire des Xiongnu avant la Guerre Han–Xiongnu. Il inclut la Mongolie, l'Est du Kazakhstan, l'Est du Kirghizistan, et des parties du nord de la Chine, y compris l'Ouest de la Mandchourie, le Xinjiang, la Mongolie-Intérieure et le Gansu.(–).

Naissance du peuple Xiongnu Un des premiers textes à faire référence aux Xiongnu est le Shiji, un livre rédigé par Sima Qian, un historien de la dynastie Han. Dans ses écrits, Qian sépare de manière distincte le peuple Huaxia (chinois) sédentaire, vus comme étant les porteurs de la civilisation, et les nomades pastoraux (Xiongnu), assimilés à une société non civilisée. Ce concept de séparation et d'opposition entre les Chinois et le reste du monde porte le nom de distinction Hua-YiDi Cosmo 2002, 2.. Les sources pré-Han classent souvent les Xiongnu comme étant un « peuple Hu », qui est un terme générique pour qualifier tous les peuples nomades. Ce n'est que sous les Han que ce terme devient un ethnonyme désignant les XiongnuDi Cosmo 2002, 129..

Les dynasties et États de la Chine antique sont souvent en contact avec les Xianyun et les Xirong, deux peuples nomades. Durant les siècles suivants, l'historiographie chinoise en vient à considérer que les Xiongnu descendent de l'un ou l'autre de ces peuplesDi Cosmo 2002, 107.. Ces peuples nomades se sont régulièrement retrouvés en conflit avec les dynasties chinoises Shang et surtout Zhou, qui les ont souvent conquis et asservis durant leurs périodes d'expansion. Pendant la période des Royaumes combattants, les armées des États de Qin, Zhao et Yan annexent plusieurs territoires habités par divers peuples HuDi Cosmo 1999, 892–893.. C'est dans ce cadre qu'il est fait mention pour la première fois des Xiongnu dans les archives chinoises, lorsqu'en ils participent à une coalition des États de Wei, Han et Zhao contre Qin., puis en -245, à l'occasion d'un affrontement contre le royaume de Zhao.

Le sinologue Edwin Pulleyblank soutenait que les Xiongnu faisaient partie d'un groupe Xirong appelé Yiqu, ayant vécu dans le Shanbei où ils auraient été influencés par la Chine pendant des siècles, avant d'être chassés par la dynastie Qin. Ce qui est sûr, c'est que la campagne des Qin contre les Xiongnu étend le territoire des premiers aux dépens des secondsDi Cosmo 1999, 892–893 & 964.. En effet, à cette époque, les Xiongnu semblent être gouvernés par un homme que les Chinois appellent Touman (). Ce nom propre étant apparenté au turco-mongol « dix mille », ce serait plutôt un titre militaire (général d'une armée de dix mille hommes) interprété comme un nom propre par les Chinois de l'époque. Qin Shi Huang, qui vient juste de finir d'unifier la Chine, ne supporte pas que « Touman » lance des attaques régulières contre la Chine. Aussi, en 215 , il envoie le général Meng Tian conquérir les terres des Xiongnu et chasser ces derniers de la région de la boucle de l'Ordos, ce qu'il accomplit un peu plus tard cette année-là.. Après avoir subi une défaite catastrophique face à Meng Tian, « Touman » est contraint de s'enfuir loin sur le plateau mongol. Pour protéger ces terres nouvellement conquises, Qin Shi Huang fait construire la première grande muraille de Chine, en reliant ensemble des murailles érigées par les royaumes qu'il vient de conquérir, puis en les prolongeant plus loin vers l'Ouest. L'empire Qin est donc devenu une menace pour les Xiongnu, ce qui finit par conduire à la réorganisation des nombreuses tribus en une confédération.

Création de l'Etat Xiongnu vignette|carte de l'Asie en 200 , montrant le premier État Xiongnu et ses voisins.

En 209 , trois ans avant la fondation de la dynastie Han, les Xiongnu sont réunis en une puissante confédération par un nouveau chanyu, le fils aîné et successeur de Touman : Modu () qui accède au trône en assassinant son père. Il règne de -209 à -174, en portant un titre que les Chinois transcrivent par . La désignation turco-mongole du ciel est reconnaissable en chengli, prononcé *thrangrri en vieux chinois. Comme selon les Chinois gutu signifiait « fils », ce titre peut être traduit par « shanyu, fils du ciel ». La puissance des Xiongnu s'accroit considérablement sous le règne de ce souverain, qui réorganise l'armée en introduisant une discipline stricte. Il crée aussi une cavalerie légère armée de puissants arcs composites. Son campement est alors situé au sud-est des monts Khangaï, au centre de la Mongolie. Cette nouvelle unité politique et cette réorganisation militaire transforment les Xiongnu en un puissant État, en permettant la formation d'armées plus importantes et en leur donnant la capacité d'exercer une meilleure coordination stratégique. Les Xiongnu adoptent de nombreuses techniques agricoles chinoises, telles que l'esclavage pour les travaux lourds, portent de la soie comme les Chinois et vivent dans des maisons de style chinoisBently, Jerry H., Old World Encounters, 1993, .. La raison de la création de cette confédération n'est pas encore claire. Parmi les suggestions, on peut citer la nécessité d'un État plus fort pour faire face à la Chine unifiée par les QinBarfield 1989. après la défaite de 215 , qui a privé les nomades de leurs pâturages sur le fleuve Jaunedi Cosmo 1999: 885–966..

Après avoir unifié son peuple, le Modu Chanyu étend son empire de tous côtés. Au nord, il conquiert un certain nombre de peuples nomades, dont les Dingling du sud de la Sibérie. Il écrase les Donghu de l'est de la Mongolie et de la Mandchourie ainsi que les Yuezhi () en -176. Il s'agit de Tokhariens, originaires de l'ouest de la province de Gansu et vivant dans le corridor du Hexi, qui ont fondé le premier empire connu de l'Asie centrale. Selon une histoire peut-être en partie légendaire, Modu avait été envoyé en otage chez eux sous le règne de Touman. La victoire de Modu pousse les Yuezhi à émigrer vers le Tian Shan (monts Célestes), dans l'actuel Kirghizistan, et permet aux Xiongnu de contrôler trente-neuf États de l'Asie centrale. La plupart d'entre eux sont situés sur la Route de la soie. Les nomades sont alors les maîtres des territoires de l'Ouest. Enfin Modu réoccupe toutes les terres précédemment conquises par le général Meng Tian. Dès lors, les Xiongnu deviennent une menace pour la nouvelle dynastie Han, qui règne sur la Chine depuis la fin du chaos provoqué par la chute de la dynastie Qin.

Liu Bang, le fondateur de la dynastie Han, réagit à cette nouvelle menace en organisant une grande expédition militaire contre les nomades, mais en -200, les Xiongnu parviennent à l'encercler et le vaincre lors de la bataille de Baideng (白登) au Shanxi. Deux ans plus tard, un traité de paix est signé avec la Chine : Les Xiongnu reconnaissent la souveraineté des Han sur tous les territoires au sud de la Grande Muraille, mais en échange les Chinois doivent donner une princesse en mariage au chanyu et fournir une grande quantité de soie, de produits artisanaux, de riz et d'or. C'est une sorte de tribut à payer pour avoir la paix.

Modu meurt en 174 et c'est son fils, Laoshang (), qui lui succède et règne jusque vers -161. Continuant la politique de son père, il remporte une victoire définitive contre les Yuezhi, les poussant à émigrer vers la Bactriane. Le roi des Yuezhi est tué et son crâne transformé en une coupe à boire.

Les Xiongnu sont alors reconnus comme étant le plus puissant des peuples nomades qui bordent l'empire des HanJerry Bentley, Old World Encounters: Cross-Cultural Contacts and Exchanges in Pre-Modern Times (New York: Oxford University Press, 1993), 36. et, pour un temps, c'est eux qui tiennent le haut du pavé face aux Chinois. Selon le Livre des Han, cité plus tard dans le (Variétés de Youyang) de Duan Chengshi :

Organisation de la société Xiongnu

Après la mort de Modu, ses successeurs créent un système d'organisation politique dualiste, avec les Xiongnu divisés en branches de gauche et de droite, sur une base régionale. Le chanyu, ou shanyu, est le souverain des Xiongnu.. D'un rang équivalent à l'empereur de Chine, il exerce une autorité directe sur le territoire central de la confédération.

Sous lui se trouvent les rois Tuqi de gauche et de droite, celui de gauche étant normalement l'héritier présomptif du chanyu. Plus bas dans la hiérarchie se trouvent d'autres dirigeants, dont les postes vont également par paires de gauche et de droite : les guli, les commandants de l'armée, les grands gouverneurs, les dunghu et les gudu. Sous eux se trouvent les commandants de détachements de mille, de cent et de dix hommes. Cette nation de nomades, un peuple en marche, est organisée comme une armée.