Jules Vuy (ou Vuÿ ou Vüy ; né le à Copponex et mort le à Carouge, canton de Genève) est un juriste, écrivain, historien et homme politique suisse..
Biographie
Famille Jules Jean François Marie Vuy naît le à Malbuisson, commune de Copponex, proche de Cruseilles en Haute-Savoie (à une vingtaine de kilomètres de Genève). Il est le fils du chirurgien François-Auguste Vuy (ou Auguste Vuy, qui fut maire de Copponex et de Carouge) et de son épouse Madeleine Gazel. La famille Vuy est savoyarde, elle obtient la naturalisation genevoise en 1829.. Il a un frère de deux ans plus âgé, Alphonse, qui meurt en 1850Charles-François-Alphonse Vuÿ (1813-1850) est juriste, il est le frère aîné de Jules Vuÿ qui lui est très attaché et auquel il consacre une notice biographique. .. Nécrologie..
vignette|gauche|Carouge, rue Saint-Victor . La famille Vuy habite durant près d’un siècle la « maison Chossat » à la rue Saint-Victor , à l’angle de la place du Temple. Ce bâtiment de style Louis XVI abritait anciennement l’auberge du Grand-Cerf, puis il est acheté par la famille Chossat. Le docteur François Vuy achète cette maison (années 1820s ?). Jules Vuy . Dufour y installe en 1838 le premier Bureau topographique fédéral. Le bâtiment est menacé de destruction en 1956..Il y a apparemment confusion entre deux maisons « Chossat » à Carouge, la seconde se trouvant rue du Pont-Neuf . Cette autre maison a été louée de 1804 à 1813 (durant la période française) à la communauté protestante de Carouge, puis à une fabrique d’horlogerie, et elle a été détruite vers 1860. Voir : ; et ..
Jules Vuy épouse en 1850 Marie-Antoinette Carron (1826-1893)Archives d’État de Genève, Répertoire des mariages du canton 1841-1860, référence EC rép. 2.16 : Jules Jean François Marie Vuy, fils de François Auguste et de Madeleine Gazel, épouse le à Carouge Marie Antoinette Jeannette Carron, fille de Pierre Aimé et de Joséphine Grézard ; et registre EC Carouge 38, dont "formalités civiles pour les mariages des catholiques" : Jules Vuÿ, avocat, âgé de 35 ans, et Marie Carron, sans profession, âgée de 24 ans, née à Thonon, fille de Pierre Carron négociant domicilié à Thonon et de défunte Joséphine Grézard.Archives d’État de Genève, décès du canton 1798-1915, référence EC rép. 3.117 et EC Carouge 77 décès A , Marie Antoinette Jeannette Vuÿ née Carron, 8 mai 1893 à Carouge, grippe bronchopneumonie, originaire de Carouge, née à Thonon le ., une petite-nièce du général DessaixElle décède le . .. Ils ont trois enfants connus : Alphonse (1851-1890, qui reçoit le prénom de son oncle récemment décédé)., Adélaïde (1853-1941), et Clotilde (1861-1873) qui meurt à l’âge de Archives d’État de Genève, Répertoire des naissances du canton 1799-1915, référence EC rép. 1.62 : Clotilde Julie Franceline, née le à Carouge.Archives d’État de Genève, Registre d'état civil des naissances, mariages, divorces et décès de la commune de Carouge 1873, référence EC Carouge 57 : Clotilde Julie Franceline Vuÿ, morte le à 3h du matin rue Saint-Victor à Carouge, âgée de 12 ans (sic, 11 ans et 10 mois). L'acte est reçu par le maire Adolphe Fontanel en début d’après-midi du même jour, un des témoins est Daniel Gevril (1803-1875), professeur de dessin, membre de l’Institut national, Jules Vuy lui dédie une notice en 1877... Une poésie dédiée à Clotilde paraît dans les Nouveaux échos des bords de l'Arve en 1878.. Alphonse Vuy devient juriste (avocat puis greffier au Tribunal de commerce dès 1879), politicien (parti démocratique, puis radical, député au Grand-Conseil), et écrivain. Il meurt à à la suite d’une longue maladie.. Après cette « cruelle épreuve », son père Jules Vuy se retire des affaires.. Adélaïde Vuy n’a pas été mariée, lors de son décès à Carouge en 1941 elle est « propriétaire à Malbuisson, près de Cruseilles » (lieu de naissance de son père). Elle « était très dévouée pour les œuvres ».
vignette|gauche|Signature lors du mariage en 1850. L'année 1850 compte plusieurs événements importants dans la vie de Jules Vuy : il publie en janvier ses Échos des bords de l'Arve, il épouse en juillet Marie-Antoinette Carron, et son frère aîné et aimé Alphonse meurt début octobre. De plus, il défend Louis-Frédéric Richard, à qui on reproche le meurtre d’un vieillard au Grand-Saconnex ; d’avril à juin, il étudie le dossier monumental réuni par le juge d’instruction (plus de interrogés sur des vols et voies de fait, dont plus de 200 appelés au procès), il rend fréquemment visite à celui qui a déjà passé un an et demi en détention préventive, gagne sa confiance et finalement ses aveux, il dépose une demande de grâce au Grand-Conseil (que seuls une dizaine de députés soutiendront, dont le général Dufour). Luc Weibel remarque en 1991 que ..
Jules Vuy meurt le à CarougeArchives d’État de Genève, registre d'état civil des naissances, mariages et décès de la commune de Carouge, référence EC Carouge 80 décès A , Jules Vuÿ, à Carouge, rue Saint-Victor 22, mort de vieillesse, originaire de Carouge, sur la déclaration du médecin Armand Jules de Albertville.Faire-part de décès.., trois ans après sa femme. Leur fille Adélaïde Vuy a alors .
Études et carrière Jules Vuy étudie trois ans à Carouge dans une école lancastérienne, puis au Collège de Genève en section classique en 1828, et à l’Auditoire de Belles-Lettres en 1830. Il part étudier la philosophie à l'Université de Heidelberg, avec pour compagnon de route Jacques AdertInformations tirées du Bulletin de l’Institut. .. Il obtient son doctorat en . Il termine ses études à l'Université de Genève en 1838 avec une licence en droit.. Il travaille comme avocat de 1838 à 1862, puis comme notaire de 1862 à 1887.. Il est juge suppléant au tribunal civil de 1848 à 1850, puis à la Cour de justice de 1850 à 1854.. Il est juge à la cour de cassation de 1854. à 1858, qu'il présidera de 1872 à 1876.
Parcours politique vignette|gauche|James Fazy. Jules Vuy a été élu à diverses positions : au niveau communal à Carouge entre 1854 et 1870, au niveau cantonal entre 1842 et 1870 et au niveau fédéral entre 1857 et 1866. Il est membre du parti radical genevois, un mouvement dirigé par James Fazy. Il est considéré comme (après 1847)Nécrologie. . Nécrologie..
Niveau communal Il est conseiller municipal de Carouge en 1854-1858 et 1866-1870 (législatif). Il ferait déjà partie des élus en 1842, selon le Journal de Genève..
Niveau cantonal Il est député radical au Grand Conseil de Genève de 1842. à 1846, de 1848 à 1850, de 1856 à 1859, et encore de 1861 au , date de sa démission, p. 353-354.. Il occupe la fonction de président en 1858-1859., et de vice-président en 1856, 1861 et 1862. Il participe au projet de loi visant à abolir la peine de mort.
Il est conseiller d'État de 1859 à 1861, où il succède à Jean-Henri Duchosal. Il a dirigé le département de Justice et Police. En , après l'agression contre le conseiller d'État James Fazy, il démissionne avec l'ensemble du Conseil d'État., puis est réélu début juin.. Il refuse sa réélection en . pour des raisons de santé.
Jules Vuy est l’un des rares radicaux élus le à l’Assemblée constituante dans le cadre d’un processus de révision totale de la Constitution genevoise de 1847..
En tant que représentant des Communes réunies, il est l'un des plus importants soutiens catholiques de James Fazy. Il était cependant en faveur d'un État laïc catholique dans lequel le clergé ne bénéficierait d'aucun avantage. Il s'oppose à Gaspard Mermillod quand celui-ci tente d'établir un monastère et un séminaire à Carouge en 1867, puis lorsqu'il devint évêque de Genève en 1872. .
Il est membre du conseil d'administration de la Caisse d'épargne de Genève de 1859 à 1891...
L'association « La Jeune République » est fondée en 1868, elle se réclame du radicalisme et s'oppose à la politique anticléricale d'Antoine Carteret, elle compte des personnalités « attachées aux principes de (la Constitution de) 1847 », dont Henri Fazy, Carl Vogt, le docteur et Jules Vuy..
Niveau fédéral Jules Vuy est conseiller aux États en 1857-1859, qu’il quitte pour prendre la fonction de Conseiller d’État à Genève. Il est élu au Conseil national en lors d’un élection contestée, faisant l’objet d’un recours aux Chambres fédérales connu sous le nom de « recours sur l’élection des vingt-sept maçons tessinois ». Il est conseiller national jusqu’en et décide alors de ne pas se représenter.
L’élection de Jules Vuy en 1863 donne un exemple des tiraillements entre protestants et catholiques à Genève, l’opposition à l’ultramontanisme. Dans la Revue, journal fribourgeois, cette élection est , Jules Vuy pourra . La rédaction du Journal de Genève cite ces lignes puis commente : ..
Engagement social vignette|Guillotine de Genève. vignette|Construite en 1857-1859, la Synagogue Beth-Yaacov. En tant qu’avocat, Jules Vuy s’engage auprès des personnes qu’il défend. Son empathie est manifeste dans les Esquisses et souvenirs qu’il a publiés dès 1886. Un texte concerne deux condamnés qui ont obtenu de travailler en prison comme serrurier et ébéniste et lui ont finalement offert un pupitre en remerciement de ses visites.. L’autre texte concerne l’un des derniers condamnés à mort à Genève, Louis-Frédéric Richard guillotiné sur la place Neuve le ... Les notes de Vuy et une brochure intitulée Un nouveau tison arraché du feu ou histoire véritable de la conversion et de la mort de L.-Fréd. Richard, exécuté à Genève le 11 juin 1850 sont conservés à la BGE, avec des notes d'Adélaïde Vuy. Ms. fr. 4685/4.. Luc Weibel pense que l’origine catholique et savoyarde de Jules Vuy , expression employée pour Richard bien qu’il soit genevois) ; plus généralement il voit Vuy comme .. Jules Vuy s’inquiète aussi des conditions d’emprisonnement, en particulier de l’isolement et du silence (sauf pour les visites du chapelain ou de l’avocat), qu’il voit comme une nouvelle forme de torture..
C’est à la suite d’une intervention de Jules Vuy au Grand Conseil que Genève devient en 1857 le premier canton à accorder la citoyenneté aux habitants juifs. Des tentatives avaient déjà eu lieu en 1830, 1832 et 1834 par le député libéral protestant Louis-André Gosse, et en 1833 par le député libéral catholique Théodore Herpin. C’est une loi autorisant la construction d’un temple israélite qui incite Jules Vuy à intervenir : , sa motion est finalement acceptée le ., non sans soulever un débat juridique et politique, touchant à la Restauration genevoise et aux « aristo-calvinistes »..
Activité académique, littéraire et d’historien
vignette|Amiel avant 1851. Jules Vuy est membre fondateur en 1853 de l'« Institut national genevois » initié par James Fazy. Il en est le vice-président de 1886 à 1891 et préside pendant la « Section des sciences morales et politiques » (de 1865 à 1884). Nécrologie.. Il est membre du comité de gestion de l’Institut de 1865 à 1892. En 1857, Jules Vuy fait partie des élus d’une commission créée par la « Section des sciences morales et politiques », dont le but est d’organiser à Genève en 1867 un Congrès de la paix et de la liberté.. Frédéric Passy fonde la Ligue internationale de la paix en 1867.
Jules Vuy est aussi un écrivain de textes historiques et de poèmes patriotiques. Passionné par l’histoire de Genève, en particulier avant la Réforme, ses études l’amènent à publier d’anciens documents et plusieurs brochures spécialisées. Il présente ses recherches à l’Institut national genevois, et donne des cours ou conférences publiques (par exemple : cinq cours du soir sur la Genève du en dans la salle du Grand Conseil. ; une séance sur l’histoire de Carouge en . ; sur l’origine du collège de Carouge en ). À cette époque, les écrivains catholiques genevois « commencent à sortir de l’ombre, d’abord en la personne du poète Jules Vuy »..