La pharmacopée chinoise Bencao qiuzhen 本草求真 (1769) de Huang Gongxiu 黃宮繡, un des derniers auteurs de pharmacopée à invoquer l'appareillage formel du Huangdi nei jing pour expliquer l’utilisation des substances médicinales. L'ouvrage concis et maniable, décrit 520 drogues et donne beaucoup de principes théoriques. Ces principes s'appuient clairement sur les règles du Huangdi nei jing.
Chaque substance est présentée selon son efficacité, en discutant directement de sa nature, de sa saveur et de ses effets, ainsi que de ses origines, de son authenticité et des méthodes de préparation. L'auteur utilise un langage simple et direct pour exprimer ses opinions sur la pharmacologie. Sa méthode repose sur les caractères « nature, saveur, forme, et qualité » pour évaluer les médicaments, associant ainsi étroitement la pharmacologie, les effets des médicaments, leur forme et leur usage clinique.
Cet ouvrage possède des illustrations, et après deux nouvelles éditions, on peut dire qu'il eut une certaine circulation.
Texte
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Depuis l’époque des Han, les auteurs de pharmacopées se sont inscrits dans la longue filiation des pharmacopées en rendant toujours hommage à la première d’entre-elles la Shennong bencao jing. C’est le modèle de départ dont toutes les autres procèdent.
Elle classe les drogues en 3 classes (ou grades) : les drogues de grade supérieur ne sont pas destinées à soigner une maladie mais à garder le corps en bonne santé, à ne pas vieillir pour éventuellement shenxian busi 神仙不死 « pour devenir immortel », propre à la vision des fangshi 方士, les « maitres de techniques » des devins, astrologue-astronomes, numérologues, et médecins du premier siècle, qui devenus fonctionnaires conseillaient l’empereur de s’inspirer de principes cosmologiques pour gouverner.
Les drogues intermédiaires et inférieures sont plus toxiques, et ont donc plus d’efficacité thérapeutique leur permettant de s’attaquer aux troubles ancrés au plus profond du corps.
La bencao adopte une méthode de recherche qui était considérée comme avancée à l'époque. Le texte principal est divisé en sept grandes sections : agents toniques, astringents, dispersants, purgatifs, agents sanguins, agents divers, et aliments. Un index (« table des matières en fin de volume ») est inclus à la fin, avec les noms des médicaments classés par catégories telles que herbes, bois, fruits, céréales, légumes, métaux, pierres, eau, terre, oiseaux, bêtes, écailles, poissons, coquillages, insectes, et humains草、木、果、谷、菜、金、石、水、土、禽、兽、鳞、鱼、介、虫、人 . Chaque section du texte principal et de l'index est numérotée, facilitant la recherche. Le livre contient 477 illustrations de plantes médicinales, principalement reproduites à partir du Bencao Gangmu 本草纲目 et du Bencao hui yan 本草汇言. Il existe plusieurs éditions gravées et imprimées en pierre de la dynastie Qing, ainsi que des éditions imprimées après la fondation de la République populaire de Chine.
Au cours des siècles suivants, les drogues à effets thérapeutiques seront de plus en plus sélectionnées sur la base de leur efficacité attestée par les praticiens médicaux. Alors que les drogues de grade supérieur qui étaient empruntées aux manuels taoïstes des chercheurs d’immortalité physique, seront encore citées par respect des textes canoniques classiques fondateurs.
En 1620, sous les Ming, Nǐ Zhūmó 倪朱谟 l’auteur de Bencao huiyan 本草汇言, avait courageusement indiqué qu’il se refusait à inclure des drogues utilisées dans des prescriptions taoïstes car elles impliquent trop d’« absurdités ». La préface À la fin du , Huang Gongxiu 黃宮繡 l’auteur de la Bencao qiuzhen, ose faire preuve d’esprit critique dans la préface, allant jusqu’à dire que certaines assertions du Shennong bencao jing étaient erronées :
La table des matières indique
Le texte comporte clairement deux parties :
les chapitres 1 à 7, donnent la description de 520 drogues, les chapitres 8 à 10 présentent des discussions théoriques.
Chapitres 1 à 7 Les drogues sont classées selon leurs propriétés et saveurs: 1) drogues qui renforcent (bǔjì 補劑 tonifiant), 2) drogues astringentes (shōusè 收澀), 3) drogues qui dispersent (sànjì 散劑 dispersant), 4) drogues qui soulagent la réplétion (xièjì 瀉劑 purgatif), 5) drogues qui contrôlent le sang et ses affections (xuèjì 血劑 hémostatique) 6) divers effets 7) drogues alimentaires.
Ces 7 sections sont ensuite, au besoin, subdivisées. Chaque section et sous-section commence par des définitions.
Ainsi, le chapitre 1 sur les tonifiants commence par la présentation des principes généraux de la pathologie.
Une drogue comme l’astragale (huangqi 黄芪) a une efficacité thérapeutique en pénétrant dans les poumons et la rate. Elle tonifie le qi des poumons, pénètre le méridien des poumons et renforce la surface corporelle, consolidant ainsi les défenses externes. Mais on ne sait pas sur quelles observations ces assertions s’appuient. Il est même probable qu'elles ne s'appuient que sur les principes abstraits « numérologiques », sans base empirique.
La notice de chaque drogue, communique d’abord des informations botaniques, minéralogiques ou zoologiques, suivies de la capacité de la drogue à pénétrer un méridien. Puis suit des informations sur l’apparence, la couleur, la thermo-influence, la saveur, le mode d’opération, les contre-indications, les combinaisons avec d’autres drogues dans les prescriptions, et les préparations pharmaceutiques.
Bien que les praticiens chinois aient accumulé des siècles d'observations, celles-ci n’ont cependant pas été documentées de manière systématique. Les textes sont toujours concis, présentés sous forme d’aphorismes, à la différence des textes médicaux de l’Antiquité grecque qui adoraient donner de longues argumentations.
Dans l’histoire des pharmacopées chinoises, l'auteur de la Bencao qiuzhen, Huang Gongxiu 黃宮繡 est un des derniers auteurs continuant à invoquer la physiologie naturaliste du Huangdi nei jing, ce que Paul Unschuld appelle la tradition éclectique, car elle est apparue durant la période Song-Jin-Yuan marquée par l’éclectisme néoconfucéen.
Chapitres 8 à 10 Voyons pour finir quelques considérations théoriques
Xiu 繡 dans ce contexte est un moyen de dire « moi-même », une autoréférence à Huang Gongxiu 黃宮繡.
Dans le dernier chapitres des principes essentiels sont donnés
Ce texte montre clairement que les principes qui gouvernent la physiologie réaliste du Huangdi nei jing sont de nature abstraite a priori (comme une théorie mathématique) et n’ont pas de base empirique qui permettrait une évaluation face au réel.
Notes
Références
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