vignette|Portrait de la photojournaliste Fatima Hassouna, par Andrea Ebert. Le , elle et dix membres de sa famille, dont sa sœur enceinte, sont tués par un missile israélien. Fatima Hassouna était la protagoniste du documentaire Put Your Soul on Your Hand and Walk. Les meurtres de journalistes pendant la guerre de Gaza depuis 2023, ainsi que d’autres actes de violence contre les journalistes, font de cette guerre la période la plus meurtrière pour les journalistes dans le conflit israélo-palestinien, et le conflit le plus meurtrier pour les journalistes au . Au mois d', ce sont 210 journalistes palestiniens qui ont été tués par Israël. Selon Reporters sans frontières, l'armée israélienne a délibérément pris pour cible des journalistes palestiniens et libanais.. La plateforme Stop Murdering Journalists tient à jour une liste nominative de journalistes assassinés depuis le , avec du contexte et des sources pour chaque victime. Au , elle recense 359 journalistes tués en 916 jours.

Pour le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), « la guerre d’Israël contre Gaza est plus meurtrière pour les journalistes que toute autre guerre précédente ». Les journalistes palestiniens morts dans la guerre d'Israël à Gaza représentent 75 % des journalistes tués dans le monde en 2023., et 72 % en 2024. De même, d'après un rapport de l’université Brown (États-Unis), le nombre de journalistes tués en dix-huit mois à Gaza excède le total de ceux qui ont péri durant les deux guerres mondiales et cinq autres conflits majeurs des .

De son côté, Israël accuse sans preuve les journalistes palestiniens ciblés par les frappes d'être des combattants du Hamas ou du Jihad islamique. Une unité du renseignement militaire israélien, surnommée « cellule de légitimation », s'occupe de rassembler des dossiers visant à établir des liens entre des journalistes palestiniens et le Hamas, dans le but de dénigrer leurs activités journalistiques et justifier leur assassinat.

Le meurtre d'Ismail al-Ghoul en connaît un retentissement particulier.

Contexte

Des journalistes ciblés depuis longtemps

Les meurtres de journalistes par les forces de défense israéliennes (FDI) ont un long passé. Pour Alain Gresh, il ne fait aucun doute qu’ils sont volontaires : 35 journalistes internationaux et palestiniens ont été tués dans les zones d’opérations des FDI entre 2001 et 2021, alors qu’aucun journaliste israélien n’est tué dans les mêmes circonstances. Il relève aussi que, Israël refusant systématiquement une enquête internationale, c’est et les enquêtes des FDI sur les meurtres de journalistes par les soldats des FDI n’aboutissent jamaisAlain Gresh, « Impunité pour l’assassinat de Shirin Abou Akleh », Orient XXI, 10 mai 2023..

Guerre de Gaza depuis 2023

La guerre de Gaza débute au lendemain des attaques du 7 octobre contre Israël par le Hamas et d'autres factions palestiniennes. Ces attaques provoquent la mort de près de en Israël, dont .. Les assaillants prennent également 251 personnes en otage.

La contre-offensive de l'armée israélienne est lancée le jour-même, avec des bombardements aériens puis une invasion terrestre. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, au , ont été tuées, dont et . De même, au mois d', ce sont 210 journalistes palestiniens qui ont été tués par Israël, ainsi que au mois de .

Black-out médiatique de l'enclave de Gaza depuis 2023

Depuis le début de la guerre en , Israël interdit l'accès de l'enclave à tous les journalistes étrangers, à l'exception de visites ponctuelles accompagnées et dirigées par l'armée israélienne. Ce verrouillage de l'information est critiqué par de nombreux médias et associations de journalistes. En , et associations, dont Reporters sans frontières, exigent la fin du black-out médiatique de l'enclave..

Dans ces conditions, c'est la chaîne qatarie Al-Jazeera, qui opère massivement depuis l'enclave et diffuse ses reportages, le Qatar étant un des principaux médiateurs entre Israël et le Hamas. Al-Jazeera affirme en que 10 de ses journalistes ont été tués depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas.

Journalistes tués par l'armée israélienne

Controverse autour du ciblage des journalistes D’après Reporters sans frontières (RSF), l’armée israélienne a délibérément pris pour cible des journalistes palestiniens et libanais.

A propos des journalistes qu’elle déclare avoir visés personnellement, Tsahal argue qu'ils étaient des membres du Hamas ou du Jihad islamique : elle présente notamment le journaliste d’Al Jazeera Anas al-Sharif comme «le chef d’une cellule terroriste du Hamas » et l'accuse d’avoir préparé des tirs de roquettes contre des civils et des forces israéliennes. Selon cette interprétation, leur ciblage relèverait des Conventions de Genève, mais, Al Jazeera nie fermement les allégationsde Tsahal à propos d'Anas al-Sharif ».

Les preuves fournies par l’armée sont des documents attribués au Hamas : listes de personnel, fiches de paie ou dossiers d’entraînement au terrorisme. En , les informations autrefois classifiées ont été « autorisées à être publiées». Le CPJ a exprimé des doutes sur l’authenticité des documents, selon lui, « clairement non originaux ».

Le compte X israélien Middle East Buka affirme avoir étudié les profils des 270 journalistes morts à Gaza entre le et le . L’analyse portait sur leurs nécrologies, leurs publications sur les réseaux sociaux et des témoignages de leurs proches. Par exemple, à propos de Yasser Abou Namous, sa mère, sa femme et sa sœur lui rendent hommage sur les réseaux sociaux en tant que moudjahid et « qassami ». Cette étude estime qu’environ quarante des journalistes tués auraient également été des combattants identifiés du Hamas ou d’autres organisations armées. RSF n'a pas commenté es conclusions, tandis que la Fédération internationale des journalistes (FIJ) a jugé les preuves « non convaincantes ».

Enfin, le Guardian déclare que contrairement au droit international, Israël a aussi ciblé des journalistes palestiniens affiliés au Hamas, malgré leur non-implication dans les combats, ce qui est récusé par la version d'Israël qui dit n'avoir visé que des combattants..

Pour Thibaut Bruttin, représentant de RSF, « tout est fait pour discréditer le travail des journalistes à Gaza ».

Le média d’investigation +972 Magazine rapporte qu’une unité du renseignement militaire israélien, surnommée « cellule de légitimation », a pour mission d’établir des liens entre des journalistes palestiniens et le Hamas, dans le but de dénigrer leurs activités journalistiques et justifier leur assassinat. Selon l’armée israélienne au contraire, cette cellule, rattachée à la Direction du renseignement militaire, a pour rôle de « dénoncer les mensonges de l’organisation terroriste Hamas ».

Historique des journalistes tués Le , la police israélienne endommage le matériel d'une équipe de télévision en reportage à Ashkelon.. Le même jour, Ibrahim Mohammad Lafi, photojournaliste pour l'agence Ain Media, est tué par balle lors d'un reportage au poste-frontière d'Erez ; Mohammed Jarghoun, journaliste pour Smart Media, est tué par balle, alors qu'il couvre la montée des tensions à l'est de Rafah et Mohammad al-Salhi, photojournaliste pour l'agence Fourth Authority News, est tué par balles, alors qu'il couvre les événements survenus près du camp de Bureij. Le journaliste Omar Abu Shawish est par ailleurs tué à Gaza.

Les journalistes Ibrahim Qanan, Nidal Al Wahidi et Haitham Abdelwahid ont également été victimes de diverses formes de violence ou ont disparu...

Le , la frappe aérienne de la tour Hajji détruit un immeuble abritant des bureaux de journalistes, tuant au moins trois journalistes ainsi que des civils... Salam Khalil, responsable du Comité des femmes journalistes du Syndicat des journalistes de Gaza, est enterrée sous les décombres de sa maison avec sa famille lors d'une frappe israélienne le même jour et présumée morte. Elle sera ensuite retrouvée vivante avec ses enfants..

En , le journaliste de Reuters est tué et six autres personnes sont blessées par l'armée israélienne dans le sud du Liban.. La conclusion d'un rapport de de la force intérimaire des Nations Unies au Liban montre qu'un char israélien a tiré sur des « journalistes clairement identifiables », ce qui contrevient au droit international. Le rapport « estime qu'il n'y avait pas d'affrontement au moment de l'incident », sans aucune trace d'un quelconque échange de tirs à travers la frontière pendant les 40 minutes précédant les tirs du char. Tsahal affirme avoir riposté à des tirs du Hezbollah.

Le , la chaîne d'information turque TRT World diffuse des images montrant la police israélienne attaquant son équipe de rédaction, amenant le ministre turc des Communications Fahrettin Altun à la déclaration suivant : « Cette attaque odieuse ajoute un nouvel embarras au bilan d'Israël en matière de liberté de la presse ».. Le , six professionnels des médias sont tués par les forces israéliennes en seulement 24 heures. Le , selon le Comité pour la protection des journalistes, 54 journalistes palestiniens ont été tués dans la guerre jusqu'à présent. Le , les Nations unies annoncent que « Gaza semble être devenue l'endroit le plus meurtrier pour les journalistes – et leurs familles – dans le monde». À la suite d'une attaque israélienne contre une tente de journalistes à l'hôpital al-Aqsa le , Al Jazeera English déclare : « Les journalistes ont été systématiquement pris pour cible tout au long de ce conflit ».

Le Wafa Al-Udaini, une journaliste palestinienne est tuée avec sa famille lors d'une frappe aérienne sur sa maison. Elle avait évoqué des menaces reçue peu avant...

Le , cinq journalistes sont tués dans une frappe des forces aérienne israélienne contre leur véhicule près d'un hôpital du camp de réfugiés de Nuseirat, dans le gouvernorat de Deir el-Balah, à Gaza.

Du au , Mediapart recense 179 journalistes tués par Israël. vignette|Hossam Shabat, journaliste d'Al Jazeera tué le 24 mars 2025, à l'âge de , par un bombardement israélien sur son véhicule. Le journaliste Hossam Shabat de la chaîne Al Jazeera est tué le dans une frappe israélienne visant sa voiture. Le même jour, un journaliste de Palestine Today est tué dans une autre frappe.

Le , l'armée israélienne revendique avoir tué Mohammed Salah Al-Bardawil, un journaliste de la radio proche du Hamas Al-Aqsa, tué quelques jours plus tôt avec son épouse et leurs trois enfants dans une frappe sur leur maison.

Le , une frappe israélienne pendant la nuit sur une tente de journalistes à Khan Younès fait au moins un mort, Youssef el-Khazandar, qui était journaliste pour l’agence d'information Palestine Today, et huit blessés, dont plusieurs grièvement. Dans la vidéo relayée par al-Jazeera, un homme est vu en train de brûler vif, tandis que le feu consume la tente, sous les cris affolés des habitants. Un deuxième journaliste, Ahmed Mansour, meurt des suites de ses blessures. Reporters sans frontières (RSF) a condamné la frappe de cette tente « connue pour abriter des professionnels de l’information ». Parmi les blessés figure Hassan Aslih, fondateur de l’agence de presse Alam 24. C’est lui que l’armée israélienne a annoncé avoir voulu viser par son attaque, l’accusant d’être un « terroriste ».

Le , Fatima Hassouna, photojournaliste de 25 ans, est tuée avec dix membres de sa famille, dont sa sœur enceinte. Elle était la protagoniste du documentaire Put Your Soul on Your Hand and Walk de la cinéaste iranienne exilée Sepideh Farsi, à qui elle a envoyé des vidéos pendant un an pour montrer (massacre désormais de plus en plus largement reconnu comme génocide). La veille de sa mort, le documentaire avait été sélectionné pour le prochain festival de Cannes. Selon l’armée israélienne, elle a ciblé impliqué , précisant . Consciente des risques d'être tuée en tant que journaliste, Hassouna écrit sur les réseaux sociaux .