Alban Liechti, né le dans le et mort le à Plaisir (Yvelines)État civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970, est un appelé du contingent et militant communiste français.

En 1956, dans le contexte de la guerre d'Algérie, il refuse de rejoindre son unité envoyée en Algérie. Il est condamné par la justice militaire et incarcéré pendant plusieurs années pour refus d’obéissance. Son cas est ensuite repris dans les campagnes politiques du mouvement communiste opposé à la guerre d’Algérie, où il devient une figure symbolique du refus de la guerre.

Biographie Jeunesse militante Il est l'aîné d'une fratrie de neuf enfants. Il fait partie d'une famille de militants communistes, avec un père engagé dans la résistance, auprès des FTP. En 1948, il commence à vendre L'Humanité et contribue, deux ans plus tard, à faire signer l'appel de Stockholm pour l'interdiction absolue de l'arme atomique. Il adhère à l'Union des jeunesses républicaines de France en 1950, et il en devient secrétaire. Il milite contre la guerre d'Indochine et participe à plusieurs manifestations, notamment celle du contre la venue à Paris du général Ridgway, au cours de laquelle il est blessé et hospitalisé, celle du contre l'exécution des époux Rosenberg, et celle du , qui se solde par un massacre.

Guerre d'Algérie Premier refus Alban Liechti est affecté au du génie () en . À l'approche de sa mobilisation en Algérie, il adresse le une lettre au président René Coty, lui expliquant son refus de participer à la guerre : Il milite également au sein de son régiment et convainc 30 de ses 35 camarades de régiment de signer une pétition pour un cessez-le-feu. Alban Liechti est cependant mobilisé en Algérie le .

Il refuse de prendre son arme à Alger, entraînant sa tonte et sa mise au secret dans une prison militaire de Tizi Ouzou, où il ne peut écrire et recevoir de courrier, du au . Transféré au d'infanterie, il refuse à nouveau d'obéir et est envoyé en prison régimentaire à Oued Aïssi, dans une véritable , du au . Ce jour-là, il est transféré à la prison régimentaire de Fort-National (Larbaâ Nath Irathen), où il est incarcéré dans des conditions beaucoup moins dures jusqu'au . De corvée d'ordures, il peut sortir des murs de la ville pour aller à la décharge. En , l'avocate Claudine Saramito transmet son nom au Secours populaire français (SPF), qui accepte d'assurer sa défense. Il reçoit finalement un ordre de mission pour rejoindre, seul, Colomb-Béchar, où il se rend le . À son arrivée, il est incarcéré dans la caserne des spahis de la ville, puis dans une autre caserne jusqu'au . Le , il est transféré au centre pénitentiaire, rue Volland, à Alger. Le , il comparaît devant le tribunal militaire d'Alger, qui le condamne à deux ans de prison ferme pour refus d'obéissanceIbid., . Au centre pénitentiaire d'Alger, il est incarcéré dans une cellule individuelle, quatorze mètres sous terre, très humide. Le , il est transféré en train à la prison de Berrouaghia, où . Le , il est transféré en train à la prison de Maison Carrée à AlgerIbid., . Le , il est mis au fond des cales d'un bateau en partance pour le port de Marseille, d'où il est conduit en fourgon cellulaire à la prison des Baumettes. Ses conditions de détention y sont meilleures qu'en Algérie. Le , il est transféré en train à la prison de Carcassonne, où il est maintenu à l'isolement pendant treize mois. Parallèlement, s'organise la première campagne pour sa libération à l'initiative du SPF, de la CGT, du PCF, de la JC et de l'UJFFIbid., . Au total, sont organisées. Le , il est ramené en train à Marseille, où un important dispositif policier est déployé pour son arrivée à la gare Saint-CharlesIbid., . Le , il est libéré et envoyé directement au de chasseurs alpins (BCA) à BarcelonnetteIbid., .

Second refus Le , le commandant de sa compagnie lui annonce que la décision est prise de l'envoyer une seconde fois en Algérie. Disposant d'une permission de huit jours, il la met à profit pour préparer son second refus, qu'il rend public au cours d'une réunion publique puis dans une lettre qu'il adresse au président de la République, Charles de Gaulle, le : . Le , un avion militaire le conduit pour l'embarquement à Marseille. Arrivé de l'autre côté de la Méditerranée, il refuse une nouvelle fois de porter les armes et est incarcéré à la prison militaire de la caserne d'Orléans, puis au centre pénitentiaire d'Alger (CPA), dans l'attente de son procès, qui est repoussé du au en raison des commémorations des évènements du 13 mai 1958. Défendu par Gaston Amblard et René-William Thorp, , il est une nouvelle fois condamné à deux ans de prison ferme, bien que trois des cinq juges militaires aient refusé de voter la peine. Alors que les autres soldats du refus sont transférés en France métropolitaine en , lui reste incarcéré au CPA jusqu'en août. C'est de peur qu'il ne développe la tuberculose qu'il est finalement renvoyé à Marseille. Pendant son transfert, il est menotté avec une moudjahida (Zohra Drif selon Le Maitron, Louisette Ighilahriz selon ses propres déclarations). En , Alban Liechti et les autres soldats du refus incarcérés sont transférés de la prison des Baumettes au camp de Casabianda, qui bénéficie d'un régime plus ouvert. Ils y sont cependant soumis au travail agricole et à trois comptages par jour.

Son premier enfant naît le , alors qu'il est encore en prison. Libéré et affecté à Bordj l’Agha, il accepte de porter une arme, mais seulement si elle n'est pas chargée. Sous la mobilisation de sa femme et une campagne menée par le Secours populaire, il obtient deux permissions en 1961. Leur deuxième enfant naît le ; Alban Liechti est libéré de ses obligations militaires en mars de la même année, à .

Il est amnistié en 1966.

Retour à la vie civile Il travaille ensuite comme jardinier à la ville de Trappes. Il participe à la fondation de l'association des combattants de la cause anticoloniale en 1986. Il prend sa retraite en 1995.

Il publie un livre de souvenirs en 2005 : Le Refus (aux éditions Le Temps des cerises), avec un avant-propos de l'historien Alain Ruscio.

Enterrement Il est enterré le dans le carré 2 du cimetière Parc de Trappes. Plus de 200 personnes assistent à ses obsèques, dont le maire de la ville, Ali Rabeh, et le président d'Agir contre le colonialisme aujourd'hui (ACCA), Nils Andersson, qui prononcent chacun un discours.

En liaison avec l'ARAC, sa famille entretient sa mémoire

Engagements

Références

Liens externes

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