Le Manifeste pour la vie est un collectif de femmes corses créé en , dont l'objectif est d'appeler à lutter contre les meurtres en série et les actes de violence qui ont lieu en Corse.

Contexte À la fin de l'année , la Corse est endeuillée par une série de meurtres politiques et mafieux, dans un contexte de guerre fratricide entre nationalistes. En réaction à cette recrudescence de violence et à l'apparente impuissance des autorités, un collectif féminin initie en le « Manifeste pour la vie ».

Objectif Le mouvement, né à Bastia, vise à contrer l'état de non-droit prévalant sur l'île. Le manifeste rédigé exprime un rejet des méthodes violentes et des compromissions politiques, tout en plaidant pour l'application équitable de la loi et une gestion transparente des affaires publiques. Le texte recueille rapidement l'adhésion de deux mille femmes d'origines diverses, engendrant des manifestations significatives en 1995 et 1996.

Texte Le manifeste commence par ces phrases :

Composition Parmi ses 32 cofondatrices, on compte l'ancienne trotskiste, nationaliste et militante féministe de toujours, Victoire Canale, la petite-fille du héros communiste de la résistance, Jean Nicoli, tombé en martyre sous les balles italiennes, Marie-Jeanne Nicoli, la dirigeante communiste et ancienne résistante Marie Stéfanini, la militante associative de la FALEP et adjointe communiste au maire de Bastia de 1995 à 2008, déléguée aux affaires sociales, Paule Graziani, et l'enseignante à l'Université de Corte, Pauline Sallembien. La plus jeune porte-parole est Serena Battestini, , fille d'Antoine Battestini, membre fondateur du FLNC.

Le mouvement, caractérisé par son absence de hiérarchie et de représentativité formelle, adopte une stratégie d'action discrète mais persistante. Les signataires, agissant individuellement, contribuent à l'émergence d'une conscience citoyenne transcendant les clivages traditionnels. En , le nombre total de signataires s'élève à .

Actions de sensibilisation Après , le collectif s'engage dans un travail de fond, menant des actions de sensibilisation dans divers milieux et organisant des rencontres avec les instances judiciaires et d'autres acteurs engagés.

Le premier ministre Alain Juppé rencontre des femmes du collectif en , et une délégation est reçue par la garde des Sceaux Élisabeth Guigou en . En Nicole Fontaine reçoit des femmes du Manifeste au Parlement européen.

Poursuites judiciaires contre U Ribombu En , l'hebdomadaire nationaliste U Ribombu est poursuivi par quatre femmes du Manifeste (Victoire Canale, elle-même ancienne directrice de publication du Ribombu de 1979 à 1982, passée par la LCR puis la CCN avant de quitter le mouvement nationaliste "lorsque le sang a commencé à couler", Marie-Jeanne Nicoli, Marie-Jo Ottavi et Marthe Poli) pour injures sexistes dans un article non signé où elles sont qualifiées de "pimbêches qui ne désarment pas" et de « roquets glapissants ». Le journal Libération rapporte dans son article : « Quand les chiens aboient, il faut bien que les roquets glapissent, écrit finement le Ribombu qui s'étonne que les femmes du Manifeste dédaignent « manifestement les tâches ménagères » pour suivre « comme un troupeau bêlant » « la venimeuse Victoire Canale (en français : "Victoire des égouts) ». Le journal considère « ces donzelles avec la commisération qu'elles méritent », « ces pourvoyeuses hystériques des tribunaux » lui faisant d'ailleurs « plus pitié qu'envie » ».

Lors du procès à Ajaccio, elles sont défendues par Christiane Rocca-Massoué, du barreau d'Ajaccio et par Gisèle Halimi du barreau de Paris. Yvette Roudy et Roselyne Bachelot sont citées comme témoins. Le directeur de la publication, Jean Nicolaï, est condamné à deux mois de prison avec sursis et d'amende. Un procès en appel a lieu en . Le journal Libération considère que le véritable auteur de ce texte est Jean-Michel Rossi, alors rédacteur en chef du Ribombu.

Manifestation du 11 février 1998 Cinq jours après l'assassinat du préfet de Corse Claude Érignac, le mercredi , manifestent dans les rues d'Ajaccio et de Bastia à l'appel des femmes du Manifeste pour la vie pour signifier « leur rejet de la violence et leur adhésion aux valeurs de l'État de droit républicain ». Il s'agit des plus grandes manifestations de l'histoire de la Corse.

Impact Dans sa thèse sur la place de la femme dans l’espace public en Corse, la docteure en sciences de l'information et de la communication Charlotte Cesari consacre plusieurs pages à l'occupation de l'espace médiatique local et national du Manifeste pour la vie, leurs transgressions des prérogatives de genre, et la dimension désormais pérenne du mouvement rendue possible par les projets d'archives conduits par l'INA et l'université de Corse-Pascal-Paoli.

Notes et références

Catégorie:Corse Catégorie:Fondation en 1995 Catégorie:Mouvement protestataire Catégorie:Lettre ouverte Catégorie:Association ou organisme lié à la non-violence Catégorie:Évènement en lien avec le nationalisme corse Catégorie:Manifestation en France Catégorie:Manifestation en 1998 Catégorie:Association ou organisme lié au féminisme en France