La pharmacopée chinoise Benjing fengyuan 本经逢原 est un ouvrage de pharmaceutique, en quatre volumes, écrit par Zhang Lu 张璐 (ca.1617-1699), publié en 1695, et réimprimé à plusieurs reprises, en 1801 et 1959有康熙三十四年 (1695) 长州张氏隽永堂刊本,嘉庆六年(1801)金闾书业堂刊本,1959年上海科学技术出版社铅印本 Il existe une édition imprimée par la Maison Junyong de la famille Zhang à Changzhou en la 34e année de Kangxi (1695), une édition imprimée par la Maison Jinlü Shuye en la 6e année de Jiaqing (1801), et une édition imprimée en plomb par la Maison d'édition de sciences et technologies de Shanghai en 1959. Paul Unschuld signale aussi une édition de 1715. Cf. 中华典藏. Elle est aussi parfois nommée Bencao fengyuan 本草逢原. La première édition de la Benjing fengyuan fut emmenée au Japon, où une réédition fut produite en 1802. Des copies de ses éditions japonaises attinrent la Chine et furent la base des éditions ultérieuresil existe une divergence non expliquée entre les sources concernant la première réimpression du Benjing Fengyuan (本经逢原) de Zhang Lu entre Zhonghua diancang (1801) et Unschuld (1802).

Les 831 substances médicinales les plus couramment utilisées sont décrites en insistant sur la pratique clinique. Elles sont classées en partie suivant la méthode du Bencao gangmu de Li Shizhen en 32 catégories.

L’auteur n’hésite pas à faire des commentaires bénéficiant de son expérience personnelle. Sinon de manière classique, pour chaque substance, il décrit ses propriétés, son origine, ses caractéristiques, son identification, ses effets, ses indications, sa préparation et ses contre-indications, en citant les textes originaux du Shennong Bencao Jing et les théories de divers auteurs, afin de les intégrer étroitement à l'application clinique.

En raison de la riche expérience clinique de Zhang Lu, cet ouvrage s'est révélé utile aux médecins des générations suivantes.

En bon lettré confucéen adepte du Hanxue 汉学 , Zhang Lu entend affronter les difficultés rencontrées dans la rédaction des bencao, en revenant à la source littéraire d'origine de la longue histoire des pharmacopées chinoises.

Texte Pour la source du texte chinois, voir le site de Chinese Text Project ou de la 中华典臧 Zhonghua diancang.

L'ouvrage se place dans la tradition principale des pharmacopées chinoises qui après avoir connu le tournant réformateur naturaliste de l’époque des dynasties Song-Jin-Yuan 宋金元 (960-1368), a connu un bel épanouissement à l’époque des Ming avec Li Shizhen, mais a rapidement rencontré les limites autorisées par sa méthode de construction des connaissances, s’appuyant certes sur des observations cliniques et des pratiques empiriques, mais aussi sur une fidélité à toute épreuve aux principes formels anciens, considérés comme fondamentaux venant de la Shennong bencao jing, très influencés par la vision magique des fangshi 方士, les « maitres de techniques » des devins, astrologue-astronomes, numérologues, et médecins guérisseurs du premier siècle. La révérence des textes classiques des adeptes du Hanxue 汉学 « Étude des Han », les a empêchés de faire une analyse lucide de ces textes ou du moins les a incités à passer sous silence leurs travers les plus « magiques ». Dans une approche scientifique, toutes les hypothèses et toutes les innovations sont possibles dans la limite de pouvoir être à un moment ou un autre confrontées à la réalité empirique.

Or, comme tous les auteurs de la tradition des Études des Han Critique du néo-confucianisme, elle prônait un retour fidèle aux sources pharmaceutiques classiques chinoises, en particulier aux textes des dynasties Han, pour restaurer et approfondir la compréhension des textes anciens en réaction aux réformes Song-Jin-Yuan (Hanxue 汉学) en pharmaceutique, Zhang Lu (ca. 1617-1699) était un confucéen actif. Notamment dans les domaines de la médecine et de la pharmaceutique, il a effectué des années d'études et a comparé toutes les opinions du début de la littérature avec celles de son temps. Pendant les troubles de la fin de la dynastie Ming (1365-1644), il s'est retiré dans la solitude d’une montagne pendant plus de dix ans où il s'est occupé uniquement de l'écriture de livres. Sa pharmacopée Benjing fengyuan aurait été compilée à cette époque.

La préface, écrite la 34ème année de Kangxi (1695), par Zhang Lu à l’âge de 79 ans, indique

En bon lettré confucéen adepte du Hanxue, Zhang Lu entend affronter les difficultés rencontrées dans la rédaction des bencao, en revenant à la source littéraire d'origine de la longue histoire des pharmacopées chinoises. La source ultime du savoir pharmaceutique se trouvait dans le Shennong bencao jing (s) ainsi que dans les écrits du médecin Changsha (Zhang Zhongjing 150-219) et de l’ermite Tang (Sun Simiao 581-682), un célèbre alchimiste taoïste.

À la fin des Ming, Zhang Lu (ce.1617-1699) était un peu dans la même disposition d’esprit que son contemporain Zhang Zhicong (1610-1674) qui dans son œuvre Bencao chongyuan , écrit dans les années 1625-1647, préconisait un retour aux principes des premiers textes médicaux. Mais Zhang Lu accepte cependant certaines innovations postérieures, comme la méthode de classification naturelle des drogues de Li Shizhen.

Si un retour aux sources originelles est dans la tradition philosophique du respect dû aux Anciens du confucianisme ou dans l'esprit de la tradition religieuse des alchimistes taoïstes où l’adepte réalise une involution (ni 逆) vers l’état primordial, cette démarche est moins justifiée pour les doctrines préscientifiques comme les pharmacopées qui au contraire, doivent toujours être prêtes à être remise en cause par de nouvelles données empiriques ou de nouvelles formes d'analyse inexplorées. Une discipline scientifique ne doit pas craindre les ruptures épistémologiques mais doit accepter d’être remise en cause par des changements fondamentaux dans la manière dont ses connaissances sont construites.

À l’époque où les médecins lettrés chinois se tournaient toujours plus vers la « perfection des origines », les apothicaires européens aspiraient à l’idée de progrès qui les dispensait (Robert Halleux) . Il ne faut plus chercher à rattraper les Anciens, mais à les dépasser. L'idée toute simple de progrès scientifique libère enfin les esprits les plus curieux qui en utilisant l’expérimentation, cherchaient à l’instar d’Étienne de Clave à appréhender la structure de la matière sur les seules bases de l'expérience chimique. Plutôt que de se tourner vers la matière médicale de Dioscoride (), les médecins et apothicaires depuis l’époque de Hieronymus Brunschwig (1450-1512) s'étaient emparés des techniques de distillation afin de produire des remèdes nouveaux et plus efficaces. Dans son Cours de chymie, l'apothicaire Nicolas Lémery (1645-1715) évacue tout semblant de spéculations philosophiques et s'en tient à la seule expérience.

Les notices sur les drogues

Zhang Lu considérait la Benjing comme un modèle mais ne refusait pas les innovations. C’est pourquoi il adopta 831 drogues du Bencao gangmu et les décrivit d’une manière assez pragmatique, sans aucun enjolivement théorique, tout comme Li Shizhen.

Exemple de notice : badou 巴豆 Croton tiglium, le Croton cathartique est une Euphorbiaceae aux graines extrêmement toxiques

Dès le début de la notice Zhang Lu indique comment procéder avec les graines du croton cathartique

La graine du croton comporte une coquille dure brune, un périsperme membraneux blanc et un endosperme jaunâtre. La procédure de traitement de Zhang Lu comporte une incohérence que Paul Unschuld explique très bien en retraçant l’historique de cette procédure remontant à Tao Hongjing qui indique que avant l’usage. Li Shizhen cite correctement Tao Hongjing mais à un moment une erreur typographique ou orthographique s’est glissée qui a transformé qu xin pi 去心皮 « enlever la peau du cœur » en qu pi xin 去皮心 « enlever la peau et le cœur » (et il ne reste plus rien).

Paul Unschuld conclut sa longue analyse philologique (que nous avons très résumée) en déclarant

Voyons aussi une drogue de grade supérieur le longgu 龙骨 « os de dragon » (des fossiles de mammifères)

À la décharge de Zhang Lu il faut bien reconnaitre que la croyance aux guizi 鬼子 a été très largement répandue à Taiwan (et dans une moindre mesure en Chine continentale) dans toutes les couches de la population jusqu’à l’époque contemporaine. Mais nous aurions pu donner un grand nombres d’autres drogues où les descriptions sont tout aussi imprégnées de croyances ou d’idéologie.

Notes

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