Le Fengli (風狸 ; 風貍 ; « chat-léopard du vent » ; « viverrin du vent »), est un mammifère volant légendaire transmis dans la littérature chinoise, dont les descriptions issues de diverses sources ont été compilées dans l'encyclopédie Taiping Yulan au , ainsi que le Bencao gangmu au . Il apparaît au Japon au cours de la période d’Édo, dans des ouvrages encyclopédiques comme le wakan sansai zue où elle est désignée sous les noms de fūri et kazetanuki.

Dénominations La dénomination traditionnelle utilisée pour désigner la créature (风狸Li Shizhen (1596). "our-legged Animals II. Fengli" 獸之二 風狸. Bencao Gangmu 本草綱目 – via Wikisource.; 風貍Li Shizhen (1782) . "Book 51. Fengli" 卷51風貍. Bencao Gangmu (Siku Quanshu) 本草綱目 (四庫全書本) – via Wikisource.), se compose des caractères 風 ; 风 fēng ; « le vent », ainsi que du caractère 貍 ; 狸 ; lí, un caractère désignant un animal carnivore d’une taille relativement modeste avec un corps allongé et une longue queue. En Chine, il désignait notamment diverses espèces de féliformes comme des viverridés, mais surtout le chat-léopard. Ce terme pourrait littéralement se traduire par « viverrin du vent » ou plus précisément ; « chat-léopard du vent ». Cette dénomination a été utilisée pour décrire la créature dans le Bencao Gangmu ainsi que les encyclopédie qui suivent. L'article sur le fengli étant initialement une sous-section de l'article précédent sur le caractère lí ; 貍Suzuki tr. (1931), p. 352 : "もとは貍の條下に附記してあったが.. Though it was originally appended under the li article."Suzuki tr. (1931). "貍" pp. 346ff; Unschuld tr. (2021) Chapter/section 51-24. Leopard cat, pp. 807ff..

Le terme fengli, écrit dans ces caractères, trouve son origine dans le Yuheng zhi (桂海虞衡志 ; "Traités du Surveillant et Gardien de la mer à la cannelle"). Dans les sources anglophones, la créature est notamment traduite par le terme générique de wind cat ("chat du vent")Fan Chengdai (2021). "Quadrupeds. § Wind cats [Fengli]". Treatises of the Supervisor and Guardian of the Cinnamon Sea: The Natural World and Material Culture of Twelfth-Century China. Translated by James M. Hargett. University of Washington Press. pp. 78–79. ..

Autres dénominations Le fengli possède de nombreuses dénominations de part et d’autre de son aire de répartition originelle, où à certains moments, ils étaient considérés comme des espèces animales totalement différentes jusqu’à la publication du bencao gangmu.

Avec le caractère chinois 風 ; 风 fēng, l’animal a été associé à d’autres caractères :

Le caractère mǔ ; 母 désignant la figure maternelle, ce qui donne le terme de fengmu (风母 ; 風母, 猦𤝕 ; fēng mǔ). Une combinaison pouvant littéralement et simplement se traduire par : "mère du vent"Li Shizhen (2021). "Four-legged Animals II. 51-24 Feng liwind leopard cat" 風貍. Ben Cao Gang Mu, Volume IX: Fowls, Domestic and Wild Animals, Human Substances. Translated by Unschuld, Paul U. Univ of California Press. pp. 920–922. .Li Shizhen (2003). "Drug 51-24 Fengli". Compendium of Materia Medica: Bencao Gangmu. Vol. 6. Translated by Luo Xiwen. Foreign Languages Press. pp. 4079–4080. .. qui est utilisé comme dénomination alternative dès l'encyclopédieTaiping yulan"Juan 908. Shou-bu 20. Fengmu" 卷九百八.獸部二十. 風母. Taiping yulan 太平御覽. c. 980 – via Wikisource..Cette dénomination peut être attribué au Nanzhou yiwu zhi (南州异物志 ; ~異物志 ; "Archives des objets extraordinaires de Nanzhou", mal cité comme le Guangzhou yiwu zhi ; (广州~ ; 廣州~)Zheng, Jinsheng; Kirk, Nalini; Buell, Paul D.; Unschuld, Paul Ulrich, eds. (2018). "Guang zhou yi wu zhi /Gui hai Yu heng zhi". Dictionary of the Ben Cao Gang Mu, Volume 3: Persons and Literary Sources. University of California Press. pp. 158, 159. .. Une autre dénomination existe, avec deux caractères associés : sheng ; 生 ; « la vie ; la naissance », ainsi que shòu ; 獣 ; 兽 ; « la bête ». Ce sui donne le terme de fengshengshou (風生獸 ; fēng shēng shòu), ce qui pourrait donnée dans ce contexte "bête née du vent". Cette dénomination est mentionnée dans le Shizhou ji (, "Chroniques des dix îles dans la mer")Zheng (2018) "Shi zhou ji", pp. 920–922[Hainei] Shizhou ji 《[海内]十洲記》 on "fengshengshou 風生獸", apud Taiping Yulan, ainsi que dans le BaopuziBaopuzi Baopuzi neipian 抱朴子·內篇 on "fengshengshou 風生獸", apud Taiping Yulan.

Un compte rendu compilé du fengli est donné dans le Bencao gangmu (1596), dans la section "Deuxième volume sur les quadrupèdes", mais certains noms d'alias et titres d'ouvrages y sont mal cités, puisant dans des sources telles que l'entrée "fengmu" de l'encyclopédie Taiping yulan (c. 980). Un certain nombre d’autres dénominations pour fengli sont donnés dans le Bencao Gangmu, dont des dénominations utilisant plus explicitement la figure du singe : Parmi les différentes dénominations évoquée par le Shizhou ji, figure également celle de ces "Archives" utilisant les caractères píng ; 平 « plat ; aplati » et hóu ; 猴, donnent également le terme pinghou ((平猴 ; píng hóu)"singe plat"Duan Chengshi (2021). "The jiqu 狤𤟎: "the one that bows to good fortune"?". On Feathers and Furs: The Animal Section in Duan Chengshi's 段成式 Youyang zazu 酉陽雜俎 (ca. 853). An annotated translation. Translated by Chiara Bocci. Harrassowitz Verlag. pp. 145–152. . JSTOR j.ctv2bfhhkv.. Une autre évoquée dans le recueil encyclopédique Lingnan yiwu zhi (, "Archives des objets extraordinaires de Lingnan"), dans lequel la créature est désignée avec le caractère 風 ; 风 fēng précité, mais surtout le caractère 猩 ; xīng qui donne le terme Fengxing (風猩 ; fēng xīng) parfois maladroitement traduit par « orang-outan du vent », en référence à une autre créature généralement associé à cet animal, utilisant ces caractères : le xing-xing.

Parmi les différentes dénomination du fengli présentées dans le bencao gangmu, y figure le nom de jiqu (狤𤟎/吉屈Yamada, Kentaro(1974). "Nyūkō・motsuyaku shōshi" 乳香・没薬小史「諸蕃志」の記述を中心にして [A Short History of Frankincense and Myrrh in China]. Journal of Nagoya Gakuin University. Humanities and natural sciences. 2 (3): 76–77; jí qū), dont les caractères jí 吉 ; 狤 et qū 屈 ; 𤟎 ont été traduits par "celui qui s'incline devant la bonne fortune". Dans l’encyclopédie en question, il reste néanmoins traité dans un chapitre séparé du fengli dans les chapitres 16 et 15 respectivementDuan Chengshi (1781) [c. 860]. "Juan 16 Jíqū jiǎo wài Bófánzhōu xūnlùxiāng suǒchū yě rú fēngzhī jíqū hǎo dàn.." 卷16 狤𤟎徼外勃樊州熏陸香所出也如楓脂狤𤟎好啖... Youyang zazu (Siku quanshu) 酉陽雜爼 (四庫全書本) (in Chinese) – via Wikisource.. Ayant une forme et une alimentation un peu différence de celle du fengli, certains experts suggèrent qu’il s’agissait en fait d’une espèce distincte.

Caractéristiques gauche|vignette|Illustration du fūri dans le Honzō kōmoku, 1653. Apparence Les sources divergent concernant l’apparence réelles de la créature, mais il est globalement admis que cet animal a un style de vie arboricole. Elle est capable de voler ou de planer à travers les arbres ou les rochers escarpés, se nourrissant de fruits ou d’insectes selon les sources. Dimensions Ses dimensions sont décrites comme celles d’un petit animal carnivore de la taille d’un petit félidé ou bien d’un petit viverridé. Plus précisément, les sources chinoises parlent de cet animal comme ayant à peu près la taille d’une bête désignée par le caractère chinois 貍 ; lí, ici interprété dans ce contexte par le chat-léopard ou à la loutre selon le Bencao gangmu. Le fengshengshou (), est décrit comme étant de couleur bleu/vert et ressemblant à un léopard, mais de la taille du xing-xing. D’autres sources parlent d’un animal ayant une apparence le rapprochant carrément de figures simiesques : Dans les sources nommant l’animal sous le nom de fengxing (), il est décrit comme étant apparenté aux singes, mais d’une taille plus petite. Le bencao gangmu mentionne également la bête comme ayant une courte queue, ressemblant à un petit singe avec des yeux rouges, une description le faisant ressembler à un lièvre. Le jiqu, dont un grand individu aurait été décrit, pesait 10 jin (un équivalant chinois de la livre), et ressemblait à une loutre. Il était presque dépourvu de poils, n'ayant aucun poil sur la tête, le corps, ni sur ses membres antérieurs, mais une bande de poils bleue (ou verte) courait de son nez, le long de la colonne vertébrale, jusqu'à sa queue. Cette bande faisait environ 1 cun (environ un pouce) de large, avec des poils individuels mesurant environ 3 à 4 fen (0,3 à 0,4 cun).

Pelage et couleur La couleur de son pelage à tendance à changer d’une source à l’autre, toutefois, elles ont la particularité commune de décrire l’animal comme ayant un pelage tacheté comme celui d’un léopard. Quant à la couleur précise, même le Bencao gangmu reste évasif à ce sujet : soit "bleu-vert, jaune et noir" ou "jaune-verdâtre entrecoupé de noir", selon les traductions.

Décomposition par source La créature fengshengshou () est décrite comme bleue (ou plutôt verte) et semblable à un léopard dans deux sources citées par l'encyclopédie. Cependant, l'une des deux sources citées indirectement, le Baopuzi, donne une lecture assez différente lorsque le texte édité en tant qu'œuvre autonome est consulté. Le Baopuzi décrit en fait le fengshengshou comme une bête qui "ressemble à un diao ; un caractère utilisé pour désigner un mustélidé comme une martre ou une zibeline, dont le pelage serait d’une couleur sombre et aussi gros qu'un li ; désignant dans ce contexte le blaireauGuo li bian yi guan 國立編譯館 / Zhonghua cong shu bian shen wei yuan hui ; Zhonghua wen hua fu xing yun dong zong hui 中華文化復興運動總會, eds. (2001). "仙藥篇第11". Baopuzi neipian jin zhu jin yi 抱朴子內篇今註今譯 (in Chinese). Notes and translation by Chen Feilong. Taiwan Commercial Press. p. 433. .. Quant aux ressemblances simiesques, selon le Yuheng zhi ([桂海]虞衡志), le fengli est dit ressembler à un hwangyuan ( ; « gibbon jaune »)Fan Chengda, Guihai yuhengzhi 桂海虞衡志, ¶75., tandis que selon le Youyang zazu ( ; "Miscellanées du Youyang") le fengli ressemblait à un singe « ju » ; », il avait de longs sourcils et avait tendance à être craintif. La bête, également désignée sous le nom de fengmu (), portait également le nom de pinghou () ou "singe plat", était décrit comme semblable à un singe, sans poils avec les yeux rouges selon le Nanzhou yiwu zhi, le faisant ressembler au lièvre, du fait que ces derniers pouvaient avoir également des yeux rouges ainsi qu’une petite queue blanche.

Répartition géographique Le fengli habitait des endroits tels que le Yong zhou ; 邕州, situé dans l'actuelle Guangxi), une des anciennes provinces (zhou) de Lingnan (régions au sud des "Cinq Chaînes de Montagnes" ; Monts Wuling), et ailleurs plus au sud dans le Lingnan. Il se trouvait également dans certaines régions occidentales du Shu (, archaïque pour Sichuan), dans des zones appelées "la bordure extérieure du Xijao" ().

Traits comportementaux Le fengli ressemble à un lièvre et est petit selon Chen Cangqi, il aurait également la faculté de « capturer le vent », le faisant voyager d’arbre en arbre, à la recherche de fruits à manger. Cependant, une autre source parle du fengli, désigné sous le nom de fengmu comme un animal se nourrissant d'arthropodes comme des araignées. Le jiqu était décrit comme se nourrissant d’une substance aromatique appelée xunlu xiang (薰陸香 ; xūn lù xiāng), soit le "francincense indien" (encens indien)Borgen, Robert (2020), "Chapter 5. A Japanese Pilgrim's visit to Wutai in the winter of 1072", in Andrews, Susan; Chen, Jinhua; Kuan, Guang (eds.), The Transnational Cult of Mount Wutai: Historical and Comparative Perspectives, BRILL, p. 152, Il s’agit d’oliban/francincense, ou de résine végétale. Selon un spécialiste des ingrédients de parfumerie, il ne s'agissait probablement que d'une rumeur locale disant que la créature consommait cette résine parfumée.