Eugénie Loutchinsky (en Russe Лучинская Евгения Карловна, Loutchinskaya Evgenia Karlovna), née Andersson le 7/ (calendriers Julien / Grégorien) 1878 à Saint-Pétersbourg et morte le à Ixelles, est une artiste peintre russe, particulièrement reconnue pour son talent de portraitiste. Elle s'établit définitivement en Belgique en 1936 après un exil qui l'a menée à travers plusieurs pays européens, notamment la Finlande, la France, l'Espagne et la Pologne.

Biographie Origine et formation EugénieCertaines sources font erronément référence au prénom Euphrasie. LoutchinskyLa translittération du nom de famille russe en français a donné lieu à plusieurs orthographes: L(o)ut(s)chinsky/i. Par ailleurs, l'artiste ajoutait fréquemment la particule "de" devant son nom de famille pour insister sur ses origines nobles. est la fille de (1824–1887), architecte pétersbourgeois d'origine suédoise, et d'Anna Efimovna Volkoff (1838–1905).

Benjamine d'une fratrie de huit enfants, elle est diplômée de l' en 1897.

En 1900-1901, elle poursuit des études de peinture à Berne, avant de devenir membre de la (de 1904 à 1917).

Elle participe notamment en 1913 et 1914 aux et expositions à Saint-Pétersbourg et Moscou avec 3 ou 4 tableaux à chacune des expositions.

Premiers voyages Au début du , Eugénie accompagne régulièrement sa nièce, (1887–1968), lors de voyages thérapeutiques à travers l'Europe, notamment en Italie, où le climat est particulièrement favorable pour traiter les séquelles de la scarlatine que Marie avait contractée dans son enfance.

Ces voyages permettent non seulement à Eugénie de perfectionner son art, mais ils sont aussi l'occasion de rencontrer l'intelligentsia russe de l'époque, pour qui « le voyage en Italie » est presque un incontournable.

C'est d'ailleurs lors d'un trajet en train entre Rome et Naples, en 1907, qu'Eugénie et sa nièce font la connaissance du poète polonais Jan Kasprowicz (1860-1926). Celui-ci épousera Marie en 1911Eugénie entretiendra une correspondance avec le couple pendant plusieurs années et leur rendra visite en Pologne à plusieurs reprises. Certaines de ses œuvres sont aujourd’hui conservées au musée Jan Kasprowicz à Zakopane..

Vie personnelle et mariage En 1908, Eugénie épouse Basile Alexandrovich Loutchinsky (1868-1941), avec qui elle aura un fils, Cyrille, en 1910.

Toutefois, le mariage est rapidement mis à l'épreuve en raison de divergences de personnalités et de l'attirance d'Eugénie pour l'artiste polonais Władysław Jarocki (1879-1965) rencontré lors d'un séjour chez sa nièce en Pologne.

Bien qu'ils finiront par se séparer, Eugénie et Basile resteront toutefois en bons termes et ne divorceront jamaisEugénie s'efforcera même de lui obtenir un visa pour un séjour provisoire en Belgique lors de l'invasion allemande en Finlande au début de l'année 1940..

Exil en Finlande Au moment de la révolution russe de 1917, Eugénie et sa famille vivent à Serdobol (aujourd'hui Sortavala), en Carélie. Après la révolution, la région est intégrée à la nouvelle Finlande indépendante, ce qui les laisse exilés dans leur propre maison.

Comme beaucoup de Russes vivant en Finlande à cette époque, Eugénie aspire à quitter le pays car les anciens représentants de la puissance dominante ne sont plus très bien tolérés. Cependant, retourner dans une Russie désormais bolchévique est impossible. De plus, les Russes se trouvant en dehors des nouvelles frontières de la Russie ayant été déchus de leur nationalité par le régime bolchévique en , ils ne peuvent plus voyager, faute de passeport en règle. Or, depuis la Première Guerre mondiale, les États ont rétabli des contrôles stricts aux frontières, rendant les déplacements impossible sans ce document.

Malgré ces obstacles, Eugénie continue de peindre en attendant de trouver une solution. Elle organise deux expositions, dans la à Helsingfors (aujourd’hui Helsinki) en 1923 et à Vyborg, se faisant connaître comme portraitiste.

Installation à Paris et premiers succès En 1924, après avoir obtenu un passeport Nansen, Eugénie s'installe à Paris, afin de se rapprocher des courants artistiques du moment et de perfectionner son art du portrait.

En , elle se rend aussi en Belgique pour inscrire son fils au collège archiépiscopal de Saint-Jean Berchmans à Anvers afin de lui offrir une bonne éducationAprès 3 ans de pensionnat, il fera ensuite des études d'ingénieur à l'université catholique de Louvain qu'il terminera en octobre 1933..

En 1925, elle figure pour la première fois au Salon des artistes français avec un portrait Tête d'enfant, une aquarelle saluée par la critique ().

Lors de son séjour en Belgique, elle rencontre la famille du sénateur Alphonse Ryckmans (1857-1931) grâce à laquelle elle est choisie pour peindre le portrait du cardinal Désiré-Joseph Mercier (1851-1926), primat de Belgique et l'un des fondateurs de l'œcuménisme. Exposé au Salon des Artistes français en 1926, le portrait du cardinal MercierLe portrait du Cardinal Mercier se trouve au grand séminaire de Malines en Belgique est aussi très chaleureusement accueilli par la critique ().

Faisant la couverture de deux grandes revues artistiques parisiennes de l'époque (Les Artistes d’aujourd’hui et Les Annales), ces deux portraits renforcent sa réputation en tant que portraitiste de talent.

Itinérances européennes En , Eugénie se rend pour la première fois en Espagne pour rendre visite à son amie russe Alexandra Grigorievna Rodriguez (1880-?), fille de l'écrivain (1829-1890).

Celle-ci habite à Mahón, sur l’île de Minorque, avec son mari José Rodriguez Ramirez (1876-1933), représentant du pouvoir central sur l'île.

Après y avoir passé quelques mois durant lesquels elle réalise plusieurs portraits de notables locaux, elle quitte Minorque pour Palma, sur l'île voisine de Majorque, puis s'installe à Grenade.

Au printemps 1926, elle participe au Salon des beaux-arts à Séville avec quatre portraits d'enfants qui sont autant de succès (). En , elle participe aussi à l'exposition régionale des beaux-arts organisée par le centre artistique de Grenade où elle remporte un "diploma de cooperación".

En , elle retourne en Belgique et expose ses œuvres, principalement des portraits et des paysages d'inspiration espagnole, à Anvers. Cette exposition lui vaut d'être reconnue par la presse locale comme .

À l’automne de la même année, elle voyage en Pologne pour rendre visite à sa nièce Marie dont le mari Jan Kasprowicz est décédé en .

Lors de ce séjour, elle rencontre l'artiste polonais Stanislas Ignacy Witkiewicz (1885-1939), qui peint son portrait à deux reprises, désormais conservés au de ZakopaneCes portraits peuvent être visionnés en ligne : portrait 1 et portrait 2.

En 1928, elle se réinstalle à Helsinki où elle expose près de au durant les mois d'avril et de mai.

Son exposition est appréciée par la critique mais sans grand enthousiasme ().

Après une année dans la capitale finlandaise, elle retourne à Paris .

Au printemps 1929, elle figure une troisième (et dernière) fois au Salon des Artistes français avec deux tableaux, une Nature morte et le portrait d'une Andalouse dont la photo est reprise dans le catalogue.

Période espagnole À partir de 1930, Eugénie se fixe en Espagne et y restera jusqu'en 1936.

Durant cette période, elle expose à à Grenade en 1930 et 1931, à l' en 1931, au en 1933 et 1935, et aux prestigieuses de Barcelone en 1935 et 1936.

Elle figure aussi au Salon national des beaux-arts de Madrid en 1934 avec une toile El torero de la flordont la critique fera l'éloge (). Encensée par la critique espagnole de l'époque, Eugénie Loutchinsky est l'objet de nombreuses publications élogieuses dans de multiples journaux (El Bien Publico, , El Dia, La Correspondencia de Valencia, Las Provincias, , La Veu de Catalunya, , Ultima Hora, Diaro de Barcelona, ) et magazines espagnols (Reflejos Revista Andaluza Ilustrado, La Semana Grafica, , ). vignette|La Hormiga de oro, 23 enero 1936 ()

En 1933, un article publié en première page du journal La Correspondencia de Valencia la qualifie même de pour souligner sa capacité à capturer l'essence de l'Espagne avec une authenticité et une profondeur qui semblent venir de quelqu'un profondément enraciné dans la culture espagnole, alors qu'elle est d’origine russe.

En , elle expose le portrait de la célèbre artiste catalane (1905-1974) aux Galeries Laietanes de Barcelone, portrait qui se retrouve aujourd'hui au musée d'histoire de la Catalogne.

Au début de la guerre civile espagnole en 1936, Eugénie est arrêtée par les anarchistes catalans qui découvrent chez elle une lettre du général Franco (1892-1975) dont elle aurait fait le portrait. Libérée grâce à l'intervention du consul de France, elle est expulsée en France dans des circonstances encore inconnues.

Retour en Belgique Fin 1936, Eugénie s'établit définitivement en Belgique où elle restera jusqu'à son décès en 1974, demeurant alternativement à Bruxelles, Anvers et Louvain.

Dès son retour en Belgique, elle expose ses œuvres d'inspiration espagnole à la salle Demar de Bruxelles, ce qui lui vaut d'être saluée par le critique de la Nation belge comme .

Durant près de 40 ans, elle expose à de très nombreuses reprises en Belgique (galerie L. Dam à Anvers, salle Fonteyn à Louvain, galerie Portenart à Bruxelles), au Luxembourg (galerie Beffa à Luxembourg-ville) et aux Pays-Bas (galerie Loujetzky à La Haye).

Elle participe notamment au Salon des peintres russes organisé à la galerie de la Toison d'Or à Bruxelles deux années de suite, en 1942 et en 1943, ainsi qu’au Salon du portrait belge contemporain organisé au palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 1948.

Elle expose également plusieurs fois aux côtés de son compatriote Rostislas Loukine en 1944 (Galerie Royale à Anvers), 1945 (Galerie Portenart à Bruxelles) et 1954 (Mundaneum à Bruxelles).

Amitiés belges Durant toute sa vie en Belgique, Eugénie bénéficie du soutien inconditionnel des enfants du sénateur Ryckmans. Parmi eux, le chanoine Gonzague Ryckmans (1887-1969), le gouverneur du Congo Pierre Ryckmans (1891-1959), et l'avocat auprès de la cour d'appel Xavier Ryckmans (1897-1994). Ce dernier lui apporte un soutien précieux pour surmonter les difficultés liées à son statut de réfugiée russe.

Elle se lie aussi d'amitié avec un couple russo-belge vivant à Louvain, Dimitri Znamensky (1897-1939) et son épouse Marie Lecoutere (1899-1973). Après la mort prématurée de Dimitri, l'amitié entre Eugénie et Marie Lecoutere se renforce. La peintre s'installe chez son amie et y réside durant de nombreuses années. En échange de l'hospitalité, Eugénie réalise le portrait des trois fils du couple Znamensky-Lecoutere (Michel, Yvan et Serge) ainsi que ceux de leurs familles respectives. En , Marie Lecoutere organise une fête au célèbre Hôtel Restaurant Le Majestic de Louvain pour célébrer le anniversaire de la peintre réunissant 25 convives.

Tout au long de sa vie en Belgique, Eugénie Loutchinsky parvient à vivre de son art, principalement en réalisant des portraits sur commande pour de nombreuses familles belges. Elle poursuit sa peinture jusqu'à un âge avancé, réalisant aussi des natures mortes, des compositions florales et des paysages urbains.

Eugénie Loutchinsky s'éteint le à Ixelles.

Style Eugénie Loutchinsky est principalement reconnue pour son talent de portraitiste. Son travail se distingue par une attention minutieuse aux détails et une capacité à capter l'essence psychologique de ses modèles. Ses œuvres incluent également des paysages et des natures mortes, plus particulièrement des compositions florales.  

Héritage et postérité On retrouve des œuvres d'Eugénie Loutchinsky dans de nombreuses collections privées en Belgique, en France et en Espagne, ainsi que dans les institutions suivantes : Grand séminaire de Malines (Belgique) : portrait du cardinal Mercier Collection CPAS Anvers, ville d’Anvers (Belgique) : portrait d'Alphonse Ryckmans