thumb|alt=Photographie couleur d'un panneau avec un portrait de Lea Garofalo, un texte explicatif et des logos |Panneau d'hommage à Lea Garofalo, née dans une famille puissante de la 'Ndrangheta et assassinée en 2009. La place des femmes dans la mafia italienne a évolué dans le temps, leur représentation publique variant entre un statut de victime ou de perpétratrice. Après les années de plomb et l'emprisonnement des chefs de clan, elles prennent plus souvent la tête d'opérations criminelles, surtout depuis les années 1970.
Il existe toutefois des différences selon les structures mafieuses : la Camorra de Naples, avec sa structure plus horizontale compte davantage de femmes ayant joué des rôles majeurs, comme Rosetta Cutolo, Erminia Giuliano ou Maria Licciardi. Cosa nostra et la 'Ndrangheta sont structurées selon des clans familiaux plus patriarcaux. On compte très peu de repenties dans la 'Ndrangheta, où les entorses au code de l'honneur sont souvent punies par la mort, les femmes collaboratrices de justice souvent exécutées violemment, comme Lea Garofalo, ou Maria Concetta Cacciola.vignette|alt=Carte de l'Italie colorisée selon les influences des différents groupes mafieux |Cartographie des groupes régionaux mafieux en Italie.
Définition de "mafia" Une association mafieuse est définie par une loi italienne de 1982 élaborée pour lutter contre la mafia sicilienne et comporte certaines particularités : il faut que les crimes commis le soient dans différents domaines économiques, qu'il y ait une présence dans le secteur légal de l'économie et une volonté d'infiltration du système de l'État pour contrôler les élections. Ces traits fondamentaux forment le socle préalable qui permet d'imposer l'omertà et l'assujettissement des affiliés, qui prêtent serment selon un rituel secret et bien défini.
Histoire En Italie, il existe quatre organisations mafieuses majeures : la Cosa nostra en Sicile avec Palerme comme capitale, la 'Ndranguetta de Calabre, la Camorra de Naples en Campanie et la Sacra corona unita dans les Pouilles. Dans ces organisations, qui sont organisées et structurées de façons diverses, les femmes ont eu des rôles différents, qui ont de plus évolué au cours du temps.
La première femme à témoigner contre la mafia est Serafina Battaglia en 1962. D'autres suivront pour des raisons diverses, comme assurer à leurs enfants un avenir sans violence ou échapper aux structures patriarcales et abusives de la mafia, bien que cela les oblige généralement à vivre sous protection policière.
Place traditionnelle des femmes La tradition patriarcale des mafias italiennes cantonne les femmes dans un rôle de mères et d'épouses passives, tandis que les autorités judiciaires les perçoivent tantôt comme victimes, tantôt comme perpétratrices. Bien qu'elles ne puissent, en raison de leur genre, prétendre à un statut formel dans les organisations mafieuses, les femmes ont été actives de manière indirecte à travers la transmission de la culture et des valeurs mafieuses notamment par l'éducation de leurs enfants, et de manière directe quand les hommes de leur famille étaient emprisonnés, passant des messages et accédant parfois à des rôles importants au sein des organisations criminelles.
La recherche, l'industrie cinématographique et la médiatisation de l'influence des mafias italiennes ont généralement mis en lumière le rôle et les actions des hommes de la mafia, cantonnant les femmes à des rôles traditionnels de mères et d'épouses et amantes passives, n'ayant aucun rôle criminel. La recherche académique en criminologie s'est généralement intéressée au rôle des hommes dans le crime organisé en omettant la participation des femmes.
Contrôle sur le territoire et la sphère privée de la famille La réputation d'un « homme d'honneur » découle directement de sa capacité à contrôler son territoire, qui dans les sociétés mafieuses italiennes est ancré dans un quartier ou un village bien circonscrit. La division entre sphère publique et privée est d'une importance moindre que l'appartenance secrète à une société dont l'unique objet est de servir l'enrichissement et les intérêts de ses membres masculins. De ce point de vue la famille mafieuse offre moins de possibilités d'émancipation que la famille paysanne traditionnelle, où les femmes peuvent exercer un certain pouvoir dans la gestion des affaires de familles. Qui plus est, les femmes issues de familles bourgeoises ont eu accès à un degré limité à des formes récentes d'émancipation par l'éducation et l'emploi dont les femmes issues de familles mafieuses n'ont pas joui. Elles cumulent donc les désavantages de la tradition patriarcales des familles paysannes et l'absence d'émancipation.
Le patriarche d'une famille mafieuse est jugé publiquement par ses pairs d'abord par sa capacité à régir sa sphère familiale. S'il ne maintient pas l'ordre dans sa famille, il n'est pas jugé capable de maintenir l'ordre sur son territoire et donc d'être digne de confiance pour mener les affaires criminelles du clan.
La famille est louée comme valeur culturelle fondamentale, mais l'exploitation des liens familiaux parait davantage reposer sur l'opportunisme. Elle permet de renforcer le contrôle sur un territoire et également constitue un modèle organisationnel efficace pour mener des activités criminelles. Il ne faut pas cependant oublier que la loyauté d'un homme d'honneur d'après le serment qu'il prête pour rejoindre une « honorable société », autre nom donné à la mafia, prime sur les liens familiaux et affectifs. Ainsi en ont témoigné de nombreux repentis de Cosa Nostra comme Tommaso Buscetta ou Joe Valachi qui affirment que le pacte avec Cosa Nostra prime sur les liens de sang, d'amitié et de nationalité. Un homme d'honneur a fait le serment de faire passer Cosa Nostra avant tout et doit être prêt à sacrifier femme, parents et enfants au besoin.
Poids des traditions et du code d'honneur Les mafias italiennes inscrivent leurs activités dans une société profondément catholique, où les femmes sont cantonnées à la sphère domestique. En Italie du Sud, particulièrement en Sicile, avoir une femme qui travaille était mal considéré, car cela signifiait généralement que sa famille était pauvre.
Dans les sociétés mafieuses italiennes, un poids prépondérant est accordé au code de l'honneur, un système genré distinguant code d'honneur masculin et féminin, caractéristique que l'on retrouve dans de nombreuses autres sociétés, même si dans une grande partie d'entre elles l'utilisation de la violence pour défendre cet honneur est déconsidérée. La prégnance de ce code d'honneur, qui insiste sur l'honneur familial, associé à l'omertà, la loi du secret et du silence, se retrouve aussi bien dans la Camorra que dans Cosa nostra ou la 'Ndrangheta. Ce code de l'honneur affecte la vie privée de chacun des membres d'une famille, même si ces personnes ne font pas partie de l'organisation criminelle. Ainsi les hommes de Cosa Nostra ne doivent pas prendre pour épouse une femme prostituée, alors que cela était admis dans la Camorra, et aux tout débuts de la 'Ndrangheta. Un chef doit savoir préserver l'honneur des femmes de la famille pour prouver qu'il sait commander sous son propre toit, ce qui lui donne une aura de respectabilité en tant qu'homme d'honneur pour asseoir sa légitimité en tant que chef. Les femmes sont considérées comme peu fiables en général, et capables de révéler des secrets surtout si l'on s'en prend à leurs fils, et elles ne doivent donc rien savoir des affaires courantes, même si de fait, leur proximité familiale leur permet de savoir bien des choses. Elles sont considérées comme faisant partie des possessions du chef de famille, et il est interdit à un homme d'honneur de voler la femme ou les biens d'un autre.
Un homme d'honneur est aussi tenu de vivre dans un mariage habilité par l'organisation, généralement avec une jeune femme vierge issue d'une autre famille mafieuse, et de ne pas avoir de relations extra conjugales, car une maitresse pourrait le trahir, alors qu'une épouse légitime n'a pas intérêt à le faire. Qui plus est une femme jalouse pourrait se venger en révélant des secrets à la police.
Rôles dévolus aux femmes dans les organisations mafieuses Le rôle des femmes dans la mafia a longtemps été négligé en raison du sexisme même des magistrats et des médias, les réduisant à des femmes cantonnées aux rôles domestiques, soumises à la loi de l'Omerta, n'ayant aucune part active dans les organisations criminelles des hommes de leurs familles. Cependant, sept femmes sont inculpées dans le procès de la mafia des Madonie en 1927 dont Giuseppa Salvo, surnommé la .
S'appuyant sur le mythe que Cosa Nostra ne tue pas les femmes, le parrain palermitain Giuseppe Sichia, ne sortait jamais sans son épouse, Giacoma Gambino, pour échapper aux règlements de compte. Pourtant ils sont assassinés ensemble le , comme Giovanni Bontade et sa femme Francesca Citarda en 1988, Leonarda, Lucia, Constantino et Vincenza Marnio Mannoia, mère, tante et soeur du repenti Francesco Marino Mannoia en 1989 à Bagheria, ou la femme de Benedetto Santapaola, Carmela Minniti, en 1995 à Catane.
On a longtemps cantonné les femmes au rôle de victimes, et elles ont dès lors été également moins condamnées jusque dans les années 1990. Elles ont été perçues comme de pauvres femmes piégées dans des organisations criminelles et vouées à perdre leurs fils, époux, frères et pères alors qu'elles étaient cantonnées impuissantes à la sphère domestique.
On peut à l'opposé du schéma simplificateur victimes/perpétratrices diviser les rôles que prennent les femmes au sein des structures des mafia italiennes selon qui ne sont pas exclusifs forcément les uns des autres : premièrement celles qui commettent des crimes, celles qui soutiennent psychologiquement la mafia, celles qui parlent à la justice, et celles qui s'opposent à la mafia.
Transmission des valeurs culturelles Les hommes appartenant à la mafia sont rarement présents dans leur foyer, et dès lors ce sont les femmes surtout qui transmettent l'histoire, l'idéologie et la culture mafieuse à leurs enfants. Elles sont censées représenter la façade respectable de leur famille. Or quand les hommes de leur famille sont absents, en prison ou en fuite, ce sont elles qui transmettent la tradition de l'omerta et du code de l'honneur.
Nino Rizzo, issu d'une famille mafieuse dont il s'est éloigné pour devenir psychanalyste, décrit dans son ouvrage La Mafia sur le divan les femmes de Cosa Nostra, sœurs et épouses qui bien que peu visibles ont de l'influence « dans la perpétuation même de l’association mafieuse », transmettant les valeurs de Cosa Nostra. Elles entendent bien des informations mais ne révèlent rien.
Initiatrices des appels à la vengeance Un des autres grands rôles dévolus aux femmes dans les familles est d'appeler leurs fils à venger leurs pères lors des faides. Ce rôle est tellement imprégné dans la culture, qu'il a donné lieu à des chansons comme Ninna Nanna Malendrinedu, une berceuse traditionnelle calabraise transmise dans le milieu de la 'Ndrangheta : .
Porteuses de messages vignette|alt=Feuille quadrillée avec des codes chiffrés inscrits en noir, à la main |Exemple de pizzino de Bernardo Provenzano. Lorsque les hommes de leur familles sont emprisonnés, leurs épouses deviennent de par leurs droits de visite des messagères privilégiées transmettant les pizzino ou déchiffrant les langages non verbaux codés au parloir ou pendant les procès.
Les mères, épouses, filles et sœurs bénéficient en général d'un accès au parloir des hommes de leur famille qui sont emprisonnés et sont les seules capables de transmettre des informations pour assurer la liaison entre les chefs et leur clan. En échange, le clan pourvoit à leurs besoins et les protège. Ainsi certaines femmes préfèrent voir leur mari condamné à la prison à vie, plutôt que de le voir trahir leur clan ce qui signifierait pour elle la perte de leur statut.