Calix est le nom d'un ancien bourg du nord-est de la ville de Caen. Il faisait partie du domaine de Bourg-l'Abbesse. Le quartier est désormais inclus dans celui de Saint-Jean-Eudes - Saint-Gilles.

Localisation gauche|vignette|L'ancien bourg de Calix en 1818, avant le percement du canal Calix se situait au nord-est de la ville de Caen, sur la rive gauche de l'Orne qui dessinait alors de grands méandres redressés à la fin du . Au milieu du , le canal de Caen à la mer a été percé au nord du fleuve canalisé et la zone s'est progressivement industrialisée, faisant disparaître les dernières traces des méandres.

Il se trouvait sur le rebord supérieur du plateau calcaire de la campagne de Caen. Ce plateau culmine à 65-70 m.

Géologie Coiffé de limons, le plateau sur lequel se situait Calix repose sur un substrat calcaire jurassique du Bathonien inférieur. Ce calcaire forme des très employées dans la construction dans la plaine de Caen dès le Néolithique. Calix est l'un des huit principaux sites extracteurs de la pierre de Caen identifiés par la recherche archéologique.

Toponymie

Attestations anciennes Dans la table des formes anciennes des toponymes du département du Calvados de Célestin Hippeau, Calix est décliné sous les formes Calucium, Caluiz et Caluz.

Sont attestées : Caluiz : cartulaire de la Trinité, 1080 Calucium : charte de Guillaume le Conquérant pour Saint-Etienne de Caen, 1083 Caluz : charte de la Trinité, 1152 Caliz : magni rotuli, vers 1150 Callix : rôles de Bréquigny, 1418.

Étymologie Le nom Calix viendrait du toponyme d'origine gallo-romaine.

Histoire Époque médiévale Selon René et Lucien Musset, Calix est l'une des cinq villae qui, par leur réunion, sont à l'origine de la ville de Caen avec Villers (actuel quartier Saint-Ouen), Cadomum (village autour de l'église Saint-Martin), Darnétal (autour de l'église Saint-Pierre) et Vaucelles. La localité existait donc avant la fondation de Caen en tant que villa rurale, c'est-à-dire un ensemble de terres cultivées où et non une domus au sens urbain du terme.

À l'époque de Guillaume le Conquérant, le bourg qui se trouve en dehors de l'enceinte de la ville est considéré comme indépendant du reste du territoire caennais mais fait l'objet d'une donation de Guillaume à l'abbaye aux Dames en 1083 pour apaiser le litige qui oppose les habitants aux moines de Saint-Etienne. Dans le cartulaire de la Trinité, il est qualifié de . Il est difficile de déterminer, faute de sources, la date à laquelle la Calix est pleinement intégrée au Bourg l'Abbesse mais cela pourrait être au moment de la création de la paroisse Saint-Gilles au . La villa de Calix avait en effet la particularité de n'avoir pas de paroisse, à la différence des quatre autres villae du site, qui s'organisaient autour de l'église Saint-Ouen pour Villers, de l'église Saint-Martin pour Cadomum, de l'église Saint-Pierre pour Darnétal et de l'église Saint-Michel pour Vaucelles. Lorsque la reine Mathilde fonde son bourg, elle réunit en une seule seigneurie les habitants de Calix et les habitants des vici détachés du bourg ducal que lui a donnés Guillaume, et elle les dote d'une paroisse : Saint-Gilles. Jusqu'à la fin du Moyen Âge, la seigneurie de l'abbesse est appelée indifféremment Calix ou Bourg l'Abbesse dans les chartes et cartulaires de la Trinité. . Toutefois, un texte du XIVe siècle parle des possessions des moniales en termes de , indiquant que le cœur du bourg se situe encore en dehors du bourg l'Abbesse. Au siècle suivant, le roi Henri V d'Angleterre, qui vient de conquérir la Normandie, désigne Calix et Vaucelles comme des dans un édit du concernant la possession de leurs carrières de pierre. Ces carrières étaient exploitées aux abords de l'abbaye aux Dames, le long des actuelles rues Basse et Saint-Gilles, rue de Calix et rue Traversière. Elles forment un réseau très étendu, ramifié de galeries qui les relient entre elles.

Attestées à partir du mais vraisemblablement exploitées dès le sous Guillaume pour l'édification de l'abbaye aux Dames de Caen, les carrières de Calix connaissent une intense activité aux et . Jusque là exploitées à ciel ouvert, elles sont creusées à partir de cette époque sur une profondeur sous terre pouvant atteindre . Elles sont en activité jusqu'au début du mais déclinent progressivement au cours du en raison, principalement, des risques pour les carriers que représente l'instabilité des plafonds et du coût important de leur entretien, en temps et en moyens. En 1541, les religieuses de la Trinité, propriétaires d'une partie des carrières de Calix, les vendent à des particuliers. Elles sont transformées en jardins abrités, en lieux de stockage ou en champignonnières. Utilisées pour la construction, les pierres de Calix servaient aussi à la production de chaux . Il semble que Calix comportait par ailleurs des ateliers où étaient fabriqués des produits finis en pierre de Caen : des auges et des mortiers dont des témoins ont été trouvés sur place lors des fouilles menées dans deux carrières souterraines du quartier Saint-Gilles au début des années 1990.

Calix est sans doute dès le l'un des sites d'embarquement de la pierre de Caen vers l'Angleterre par le port de Ouistreham. Sa proximité immédiate de l'Orne et des traces de chemin carrier relevées lors de ces fouilles dans certaines propriétés de la rue Basse confortent cette hypothèse.

Tout au nord, sur les confins du bourg et d'Hérouville se trouve une recluserie pour lépreux : la chapelle Saint-Thomas l'Abbatu (dit aussi le martyr des champs). Cette léproserie date au moins du et disparaît à la Révolution. À proximité, se trouve la chapelle Sainte-Marguerite qui dépend de la paroisse d'Hérouville.

Le bourg abbatial a sa propre foire, instituée par la reine Mathilde, dont les profits lui reviennent et qui se déroule sur trois jours. Dite de la Trinité, cette foire se tient devant les portes de l'abbaye et a lieu le 8 jour de la Pentecôte. L'abbaye perd ce droit en 1477, date à laquelle Louis XI le transfère à la ville de Rouen qui l'avait demandé.

Époque moderne gauche|vignette|Portail du Clos des Coutures. Jusqu'à la Révolution française, les terres fertiles de Calix, dénommées , sont exploitées par des fermiers pour le compte de l'abbaye aux Dames. Elles comprennent alors des parcelles labourées, des vergers et des jardins clos de murs dont certains subsistent. Les prairies de l'abbesse sont mises à disposition des bourgeois de la paroisse Saint-Gilles pour le pâturage de leurs bêtes. Du jusqu'à la fin du , la vigne est cultivée à Saint-Gilles ainsi qu'il apparaît sur les actes de l'abbaye. En 1625, l'accès principal au domaine abbatial est doté d'un portail monumental en pierre de Caen : le portail du Clos des Coutures. Protégé au titre des monuments historiques, il se dresse toujours au bord de l'ancienne route de Ouistreham, rebaptisée avenue Georges Clemenceau en 1908. vignette|Manoir des Gens d'Armes (octobre 2024). Le caractère bucolique du faubourg amène l'un des seigneurs locaux, Gérard de Nollent, à édifier vers la fin du ou le début du , en bordure de la rue Basse (alors chemin de Colombelles), une pittoresque, à l'allure de petit château médiéval, qui serait due à l'architecte Le Prestre (père ou fils ou les deux), de grande réputation à Caen à cette époque. Cette , surnommée Manoir des Gens d'armes dès 1553 était en fait à l'origine un jardin clos de murs, de forme grosso modo semi-circulaire, dont l'enceinte était pourvue d'un chemin de ronde et dont les tours principales comprenaient à l'étage une pièce voûtée, aménagée de latrines, permettant le séjour, Elle sera dotée d'un logis au . gauche|sans_cadre Au , en 1631, lors de la deuxième épidémie de peste qui ravage la Normandie, un prêtre missionnaire, Jean Eudes, touché par la détresse et l'abandon des pestiférés, malades ou mourants, se porte à leur secours. Venu à Caen où le fléau s'est répandu dans les quartiers les plus peuplés, il s'installe la nuit dans un tonneau à cidre dans un herbage de la prairie Saint-Gilles afin d'être au plus près des malades sans risquer de contaminer les bien-portants. Cet herbage prend par la suite le nom de Pré du saint.

Époque contemporaine Après le départ des religieuses en , les terres et les clos de l'abbaye sont vendus et ils prennent le nom de leur nouveau propriétaire. Certains ont gardé leur toponyme comme le Clos Herbert ou le Clos Beaumois. vignette|L'ancien bourg de Calix en 1890, après le redressement de l'Orne lors du percement du canal maritime. Dans le cadastre napoléonien du début du , le nom de Calix, qualifié de village, figure toujours sur le plan de Caen, Au milieu du le territoire de l'ancien bourg est concerné par le creusement du canal de Caen à la mer. Au niveau de la chaussée de Calix est construit l'un des quatre ponts tournants du canal. Il porte le nom de pont de Calix. Il est reconstruit lors de l'élargissement du canal au début du et sinistré lors des bombardements alliés de 1944. Il est reconstruit et puis démoli en pour permettre à de plus gros bateaux d'atteindre le bassin de Calix.

Le faubourg de Calix et les rives du canal, avec leurs ombrages, offrent un lieu de promenade prisé des Caennais. Avec le redressement de l'Orne, les méandres de la rivière deviennent des bras morts dont il ne reste, au siècle suivant, qu'un petit étang situé à côté du domaine de La Rochelle vignette|Le moulin de Calix, entrée avenue Victor Hugo (septembre 2024).|gauche vignette|Entrée sud du cimetière Clemenceau (octobre 2024). Jusqu'aux deux dernières décennies du , l'ancien faubourg de Calix garde son caractère rural qu'il perd progressivement avec l'extension de la ville vers le nord-est. En 1880, la municipalité de Caen y achète un terrain de pour créer un cimetière paysager appelé et plus tard, après la construction de l'hôpital, .

Deux ans plus tard est construit sur la presqu'île entre le canal et l'Orne le moulin de Calix, une minoterie à meules entraînée par une machine à vapeur qui, quelques mois après sa mise en route, est ravagée par un incendie. Aussitôt reconstruite sur un système à cylindres dû à Teisset de Chartres, elle devient la minoterie la plus importante du Calvados et fournit la farine de blé à toutes les boulangeries de Caen et de ses environs. Presque entièrement détruit lors des bombardements alliés de 1944, le moulin de Calix voit sa reconstruction achevée en 1948. Avec ses bâtiments en briques sur une ossature béton, ses quais de chargement protégés par des auvents, cette minoterie, toujours en activité, est l'un des bâtiments emblématiques de la ville. Elle représente en 2024 la seule activité de production de la presqu'île dont la capacité a quintuplé depuis sa reconstruction.

À la fin du , un bâti diversifié s'installe dans les anciens champs de Calix et le nouvel hôpital de la ville y est construit, inauguré en 1908 par le président du Conseil, Georges Clemenceau. vignette|Encart publicitaire du restaurant du Manoir des Gens d'armes (1891).