La concentration des médias, ou convergence des médias, est un processus au cours duquel quelques individus ou organisations accroissent progressivement leur contrôle sur les médias de masse (journaux, magazines, livres, télévisions, radios, sites internet), sur l'industrie culturelle ainsi que sur les groupes de communication (entreprise de sondages, téléphonie mobile, internet) et par là, sur les moyens de produire et de diffuser de l'information (au sens large) et des savoirs.

Les recherches contemporaines ont mis en évidence une forte augmentation du niveau de concentration dans de nombreuses industries des médias déjà hautement concentrées et dominées par un très petit nombre d'entreprises en un schéma oligopolistique.

À côté des géants du web comme Meta et Google qui permettent de véhiculer des milliards de données et de connecter des milliards d'utilisateurs, des conglomérats comme Paramount Global, The Walt Disney Company, Bertelsmann sont parmi les plus importants producteurs et distributeurs au monde de contenus. Du côté de l'information et des savoirs professionnels financiers et scientifiques à forte valeur ajoutée sur le plan commercial, même constat, avec des groupes comme RELX, Informa ou Thomson Reuters.

Oligopole en apparence dominé par les industries américaines, il voit l'arrivée d'acteurs originaires de pays comme la Chine et l'Inde, depuis les années 2010 : la bataille se joue moins sur les économies d'échelle (et donc le développement du capital par acquisition et fusion) que sur les transferts de technologies et le coût du travail.

Éléments de définition L'intégration verticale est un mode de concentration qui permet à un groupe entrepreneurial de contrôler toute la chaîne de production d'un produit ou d'une gamme de produits.

Un exemple : une entreprise qui possèderait l'ensemble des journaux papiers vendus sur un territoire X, serait également propriétaire de forêts, de papetiers, d'imprimeries, de diffuseurs et distributeurs, de salles de rédactions et autres biens immobiliers, des contenus rédactionnels et de leurs droits dérivés.

L'intégration horizontale est un second mode de concentration qui désigne le contrôle d'un groupe sur tout un secteur d'activité.

Des conglomérats possédant plusieurs types de médias et à la fois l'ensemble de la chaîne de production se sont formés dès la fin du : ce phénomène n'est donc pas nouveau. Il change juste d'échelle en termes de volumes, et surtout de mode de capitalisation.

Ces deux forme d'intégration s'opèrent aujourd'hui en réalité de façon indirecte : un groupe ne possède pas 100 % de chacun des maillons de production ou l'ensemble des acteurs d'un même secteur mais seulement des parties, qui passe financièrement alors par un processus appelé holding.

Des effets de consolidation, de convergence et de fusion, sont constatés à différents niveaux : au sein d'un même type de média, au sein d'une même thématique d'information, ou encore entre types distincts de médias.

Convergence et fusion sont à la fois effectuées dans le cadre de la recherche et développement par intégration, par un média, d'outils émergents (une nouvelle technologie ou de forme de production/diffusion) et aussi, de manière stratégiquement organisée, par de grands groupes financiers, qui possèdent des parts dans les médias, lesquels groupes sont en principe motivés par la rentabilité puisqu'ils dépendent d'investisseurs (des fonds d'investissement, un autre grand groupe, un État).

Enjeux Les phénomènes de concentration présentent plusieurs risques.

Un premier enjeu est celui de l'homogénéisation (on parle parfois de pensée unique ou d'univocité) et d'une perte du pluralisme (plurivocité) de l'information, lequel implique d'apporter un éventail de points de vue et que personne ne détienne trop d'influence ouverte ou cachée.

D'autres enjeux apparaissent comme la transparence de l'information, ou encore son indépendance par rapport aux pouvoirs politiques, industriels et commerciaux (et toute forme de lobby).

Un enjeu de taille est celui de l'accessibilité au savoir : concentrer tout ce qui rapporte au savoir sur un domaine permet possiblement d'en réserver ou d'en fermer l'accès.

Enfin, un enjeu majeur concerne le contrôle de l'un des maillons de la chaîne de production : si ce maillon essentiel dépend d'un seul et unique acteur, alors celui-ci détient un pouvoir considérable. Exemple : posséder le monopôle sur la production d'un matériau permettant de faire fonctionner un écran (ordinateur, téléphone portable).

Dans un État de droit qui en principe prévoit des gardes fous, ces menaces sont contrebalancées par la qualité du service public d'information et des lois anti-monopôle pour atteinte à la concurrence.

Ces enjeux sont bien entendu à mesurer à l'aune du développement exponentiel d'Internet qui permet à chaque utilisateur de se transformer potentiellement en producteur de contenus informationnels.

Tendances historiques Le phénomène de concentration dans les médias, comme dans l'ensemble du système capitaliste par le biais de la concurrence et de la fusion-acquisition est ancien et continue. Il s'explique par rapport à trois dimensions principales : les produits-marchés, les technologies, les capitaux de l'entreprise.

Mario d'AngeloMario d'Angelo, Les groupes médiatico-culturels face à la diversité culturelle, Paris, Idée Europe (coll. Innovations & Développement) rééd. 2002, montre ainsi que sur les années 1980-2000 jouent dans les stratégies produits-marchés de concentration, les aires linguistiques (pour l'écrit dans le cas du livre par exemple), les catalogues (contenus artistiques comme dans le cas des majors du disque). L'acquisition de technologies (comprenant le technique proprement dit et les savoir-faire liés) est une autre motivation dans les stratégies de concentration en particulier avec les réseaux numériques qui donnent lieu aussi à de nouveaux entrants sur les marchés et à une diversification des canaux par lesquels les consommateurs peuvent accéder aux contenus existants (par exemple pour le film, la salle de cinéma, la télévision, le support DVD). Quant à la dimension financière, elle renvoie à la capacité de mobiliser des financements de plus en plus considérables avec l'élargissement des marchés (coûts promotionnels, diversification des offres) et l'accélération des changements technologiques. Les capitaux permanents font effets de levier.

Ainsi, des lois anti-trust étaient votées aux États-Unis pour empêcher une concentration excessive qui aboutirait à un monopole ou à un oligopole (rassemblement de quelques groupes de presse qui détiennent une puissance suffisante pour dicter les prix du marché). Ainsi, la production cinématographique est dominée par de grands studios depuis le début du , de même que la production musicale. Celle-ci est aujourd'hui contrôlée par les trois majors qui représentent 80 % du marché : Universal, Sony Music Entertainment, et WarnerComment la concentration de la musique nuit au disque, Le Monde, 22 janvier 2005. Selon Le Monde, plus d'un cd sur deux est aujourd'hui vendu en grande surface alimentaire.

Certains grands propriétaires de l'industrie ont racheté une grande part de leur concurrents, comme dans le secteur des télécommunications, et de la diffusion. Dans le domaine de la presse, le groupe Axel Springer AG en Allemagne fédérale et le groupe Hersant en France ont procédé dans les années 1960 à de telles concentrations.

Aux États-Unis, six conglomérats (Disney, Viacom, Time Warner, News Corp, Bertelsmann, et la Comcast) possèdent 90 % du marché des médias. L'Australien Rupert Murdoch est aussi un magnat de la presse au niveau mondial, détenant de nombreux tabloïds et présent aussi dans le secteur de la télévision.

En France, de la même manière, quelques grands groupes (Lagardère, Dassault) se partagent l'essentiel des médias. Les neuf principaux groupes de presse français réalisent un chiffre d'affaires qui se situe entre d'euros et d'euros. Par ordre décroissant de chiffre d'affaires, il s'agit de Lagardère Active (Lagardère), de la Socpresse (Dassault) (Le Figaro), du groupe Amaury (Le Parisien), de Prisma Presse, du groupe Le Monde, d'Emap Media, de Bayard Presse, d'Ouest-France et de Sud Ouest.

Depuis que les médias audiovisuels ont pris de l'importance, existe une tension entre des tendances plus ou moins contradictoires ; une tendance au contrôle externe (par l'État, par un lobby, par un groupe financier), une tendance à la régulation interne ou à l'auto-régulationModels of self regulation, co-regulation and statutory regulation (Appendice 5 du rapport de la Chambre des lords (Communications Committee) (2013), Second Report Media convergence, 2013-03-19, avec des cadres légaux ou chartes éthiques, et une tendance à la libre expression incluant le droit de provoquer et de caricaturerChambre des lords (Communications Committee) (2013), Second Report Media convergence (ordered by the House of Lords), 2013-03-19.

À Paris, à partir du de grands industriels, dont Bernard Arnault et Vincent Bolloré, sont convoqués au Sénat sur fond d'inquiétude suscitée par leur mainmise sur la plupart des médias français. L'historien des médias Alexis Lévrier, maître de conférence à l'université de Reims, dans un entretien à l'AFP rappelle que « Jamais dans l'histoire de l'Hexagone une poignée de milliardaires n'a eu une emprise aussi forte sur les chaînes de télévision, radio, journaux et magazines et ce en pleine campagne présidentielle ». Patrick Drahi et Martin Bouygues sont auditionnés. Le Sénat remet son rapport en pour faire la lumière sur les conséquences d'une telle concentration.

En , le vice président de la commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée Nationale, Philippe Ballard, publie un rapport dans le cadre du projet de loi de finances pour 2025 dans lequel il consacre toute une partie intitulée : « Les règles anti-concentration dans le secteur audiovisuel sont-elles adaptées à la concurrence des plateformes? » . Il y défend notamment une refonte du dispositif sectoriel de contrôle des concentrations dans le secteur des médias audiovisuels pour favoriser la concentration des grands groupes audiovisuels français et de ce fait « préserver la souveraineté audiovisuelle française face aux GAFAN.» Selon le rapporteur, « un tel projet permettrait de structurer durablement le paysage audiovisuel français, pouvant permettre par la suite la privatisation du service public audiovisuel.»

Réseau de distribution

La distribution des journaux nationaux est, en France, principalement assurée par Presstalis et les Messageries lyonnaises de presse. La loi Bichet (1947) garantit à tout éditeur la possibilité de mettre son titre en vente dans tous les points de vente du territoire. Mais l'équilibre économique d'un magasin de presse est difficile à trouver. Les volumes de ventes baissent, et près de de vente ont fermé en 2005, leur nombre total tombant à Les magazines touchés à leur tour par le déclin de la presse, Le Monde, 3 juin 2006 .

Une évolution parallèle : la « diversification » des médias

Certains affirment que sous le phénomène apparent de concentration des médias se dissimule une diversification, voire un foisonnement des médias entraîné par l'apparition d'Internet et autres NTIC (Nouvelles technologies de l'information et de la communication). Ainsi, l'avènement du web 2.0 a rendu possible l'appropriation de l'Internet à des utilisateurs nécessitant moins de compétence informatique, ce qui a amené l'émergence des médias sociaux, qui dynamisent le journalisme citoyen.

affirment que ce développement rééquilibrera l'information par un accès généralisé aux informations, idéalement de tous à tout, plutôt que décidée par les seuls professionnels de l'information qui pourraient exercer une censure discrète.