vignette|upright=1.2|Logotype de l'ancien établissement public national Parcs nationaux de France, évoquant la spirale de l'évolution. vignette|upright=2|En rouge, les parcs nationaux de France.
En France, un parc national est une aire protégée qui est classée du fait de sa richesse naturelle exceptionnelle. Il a la particularité d'être structuré en deux secteurs à la réglementation distincte : une zone de protection appelée « zone cœur » à la réglementation stricte de protection de la nature et une « aire d'adhésion » où les communes sont partenaires du développement durable du parc.
En 2019, la France compte onze parcs nationaux : huit en métropole dont quatre en haute montagne, le parc national des Cévennes situé en moyenne montagne, le parc national de Port-Cros et le parc national des Calanques mi-terrestres, mi-marins ainsi que le parc national de forêts en plaine, et trois en outre-mer, en Guyane, à La Réunion et en Guadeloupe.
La réglementation à l'intérieur d'un parc national est plus stricte que celle du parc naturel régional. Leurs zones cœurs sont généralement classées comme aires protégées de catégorie II par la Commission mondiale des aires protégées de l'Union internationale pour la conservation de la nature, tandis que leurs aires d'adhésion sont généralement classées en catégorie V. Le parc national des Cévennes fait exception, avec une zone cœur de catégorie V. De rares zones restreintes, situées au sein des zones cœur, sont classées de catégorie I.
Histoire Les premières initiatives privées et publiques en métropole vignette|La Meije dans le parc national des Écrins, anciennement parc de la Bérarde. Depuis le des voix s'élèvent pour la création de parcs nationaux en France : Ernest Guinier, Édouard-Alfred Martel, Léon Auscher, Henry Defert, soutenues par divers clubs ou sociétés savantes (Touring club de France, Club alpin français), à l'origine plus pour protéger des paysages que des espèces ou des écosystèmes.
En 1913 le « parc de la Bérarde » est créé en haute vallée du Vénéon par l'administration des Eaux et Forêts, sans base réglementaire, sur des terrains domaniaux et loués dans l'idée de laisser des terrains en libre évolution. L'appel aux souscriptions était à peine lancé qu'éclatait la Première Guerre mondiale et le processus pour doter les parcs nationaux d'un statut officiel fut interrompuLa longue et passionnante histoire des parcs nationaux français, Henri Jaffeux, Association pour l’Histoire de la Protection de la Nature et de l’Environnement, publié dans la revue du comité d’histoire du ministère de l’Écologie « Pour mémoire » , 2010, à 152, site ahpne.fr.. Le parc change de dénomination à plusieurs reprises et prend le titre officieux de « parc national de l’Oisans », puis de « Parc national du Pelvoux » lors de son agrandissement en 1923. Le parc perd cette qualification de parc national en 1962 et devient un parc domanial, « domaine privé de l’État soumis au régime forestier », avant de renaître en parc national des Écrins en 1973.
Dans les colonies Les premiers parcs nationaux algériens, qui furent fondés à partir de 1929 en Algérie alors sous souveraineté françaiseL'Algérie touristique, Livre VII, chapitre II.IV, 1930, site aj.garcia.free.fr, avaient d'abord une vocation botanique et paysagère (cèdres de Theniet El Had) avant d'intégrer rapidement la conservation de la faune, comme dans les réserves équivalentes créées à partir de 1925 (Ouadjia Vakaga) dans ces territoires. De 1923 à 1931, treize parcs nationaux sont créés en Algérie couvrant près de au total (Theniet El Had (), Dar-el-Oued Taza (), L’Ouarsenis (), Djebel Gouraya (), L’Akfadou (), Chrea (), Le Djurdjura (), Les Planteurs (), Saint-Ferdinand (), Aïn-N’sour (), Babor (), Mahouna () et Bugeaud-L’Edough). Au Maroc, le directeur des Eaux et Forêts, Paul Boudy (1874-1957), fait promulguer en 1934 un dahir portant création de parcs nationaux et un arrêté qui en fixe la procédure. Mais il faut attendre respectivement 1942 et 1950 pour voir la création des deux premiers parcs, celui de Toubkal dans le Haut-Atlas sur et celui de Tazekka sur . En Tunisie, les autorités protectorales comme la population sont réticentes et si le parc forestier d’Aïn-Draham est créé en 1917, il a essentiellement un but touristique ; tandis que le décret du qui crée le parc d’État de Djebel Bou Hedma sur n’avait toujours pas été mis en œuvre au moment de l’indépendance en 1956. De 1927 à 1939, onze réserves intégrales constituent les premières aires protégées de Madagascar sur , dont l'une est transformée en 1958 en parc national de la Montagne d'Ambre. Par ailleurs, 25 réserves forestières sont mises en place sur , dans lesquelles la chasse est interdite. En Afrique-Occidentale française, la réserve de chasse de Niokolo Koba est créée en 1926 et deviendra parc national en 1954 sur . Puis, un décret de 1935 institue des « forêts de protection affranchies de tout droit d’usage, de toute exploitation pour le présent et l’avenir » afin de « maintenir la végétation naturelle indéfiniment, pour le rôle utile qu’elle exerce sur le climat, le maintien des terres ou le régime des eaux » et où la chasse est interdite. Ces espaces, au nombre d'environ 600 et couvrant plus de cinq millions d'hectares, sont de fait des quasi réserves intégrales. S'y ajoutent des réserves zoologiques (réserve des Monts Nimba établie en 1944, de la Boucle du Baoulé sur , du W sur (1954), de Banco, Bouna, etc.). En Afrique-Équatoriale française, est créé en 1935 une réserve qualifiée de parc national d'Odzala sur , en 1933 celle qualifiée de parc national de Bamingui-Bangoran couvrant un million d’hectares et incluant quatre réserves zoologiques ou intégrales, puis plusieurs autres réserves zoologiques assimilées à l'époque à des parcs nationaux, jusqu'en 1940 (Manovo-Gounda (1933), Bahr-El-Ghazal sur , sur (1939), (1925), Haute-Kotto et Zémango, tous trois sur , Manda, Okanda, Bamboutos, etc.). En revanche, si dès 1891, des réserves forestières sont établies en Indochine, jusqu'à atteindre un nombre de 600 sur près de quatre millions d'hectare, elle n'auront pas vocation à protéger la flore et la faune, en raison de l'opposition des populations et des colons, mais à assurer la gestion des ressources par des « coupes méthodiques ».
Création du statut de « parc national » en 1960 vignette|Vue sur la Grande Casse depuis la montée près de lieu-dit Pensamen en août 2023 - Parc de la Vanoise. Ce n'est que par la loi n°60-708 du , bien après la Suède en 1909 en Europe, que le statut officiel de parc national est créé en France métropolitaine, par une loi élaborée par le ministère de l'Agriculture. Le premier parc national français, le parc national de la Vanoise est créé le .
Réforme de 2006 La loi du réoriente les parcs nationaux vers plus d'intégration des populations locales et un développement durable des territoires.
La loi prévoit le découpage de chaque parc en deux zones aux niveaux de protection différenciés (appartenant donc à des catégories différentes dans le classement de l'UICN). Elle permet à certaines communes de choisir si elles feront ou non partie d'un parc national.
Enfin, la réforme de 2006 crée la notion de charte de parc national, documents de gestion et d'aménagement du territoire.
La place des collectivités territoriales et des acteurs locaux dans le conseil d'administration des Parcs nationaux est renforcée.
Création ou modification d'un parc national Procédure de création
vignette|Organisation d'un parc national français.
La création d'un parc national incombe à l'État. C'est ce dernier qui par décret instaure le parc, après enquête publique. Ce décret a quatre effets : la délimitation du périmètre de cœur de parc et la détermination des règles générales de protection qui s'y appliquent ; la détermination du territoire des communes ayant vocation à adhérer à la charte du parc ; l'approbation de la charte du parc, valable pour 15 ans ; la création de l'établissement public à caractère administratif du parc.
La charte est soumise par le préfet de région à l'adhésion des communes concernées.
Extension du périmètre du parc Le périmètre du cœur du parc et celui du territoire des communes ayant vocation à adhérer à la charte (l'aire d'adhésion) peuvent être étendus, soit à la demande du conseil municipal des communes candidates avec l'accord du conseil d'administration de l'établissement public du parc, soit à l'inverse sur proposition de ce dernier avec l'accord du conseil municipal des communes intéresséesArticle L331-2 et L331-15, sur le site legifrance.gouv.fr.
Déclassement du parc Le Code de l'environnement ne prévoit pas l'hypothèse d'un déclassement du parc national. Selon la jurisprudence, il résulte du silence des textes que l'autorité compétente pour créer le parc l'est aussi pour mettre fin au classementCE, 29 janvier 1982, , Assoc. Les Amis de la terre.
La Charte La charte est un document qui définit les objectifs de préservation du patrimoine naturel, culturel et paysager ainsi que les orientations en matière de développement durable du territoire d'un parc national. Il décrit les modalités et mesures d'application de la règlementation dans les zones cœur. Des orientations de préservation et de développement durable, définies en concertation, se traduisent ensuite en conventions d'application (avec les collectivités territoriales) ou par des partenariats avec des acteurs privés, dans la zone périphérique.
Ce document a donc une valeur règlementaire dans les cœurs et contractuel dans l'aire d'adhésion.
Le projet de charte du parc national est élaboré par l'établissement public du parc national. Il est transmis pour avis aux collectivités territoriales intéressées.
La charte est révisée tous les 12 ans, la procédure de concertation dure trois ans à l'issue desquels la nouvelle mouture de la charte est présentée aux communes de l'aire d'adhésion potentielle.
Les schémas de cohérence territoriale, les plans locaux d'urbanisme, les cartes communales et les règlements locaux de publicité et tout autre document d'aménagement et de gestion lié à l'environnement doivent être compatibles avec les objectifs de protection et les orientations de la charte du parc national.
Zonage vignette|Carte du parc national des Cévennes, indiquant en rouge la zone cœur et en vert l'aire d'adhésion.
L'originalité des parcs nationaux français vient de leur organisation en deux secteurs géographiques distincts, où s'applique une réglementation différente : La zone « cœur » du parc (ex-« zone centrale ») est un secteur où la réglementation stricte doit permettre d'assurer la protection du patrimoine naturel. À l'intérieur du « cœur », la charte peut instituer des « réserves intégrales » soumises à des restrictions supplémentaires.
L'« aire d'adhésion » (ex-« zone périphérique »), quant à elle, est un secteur où les communes sont encouragées à protéger leur environnement afin d'atteindre les objectifs de protection du cœur, tout en assurant un développement économique viable.
Du fait du niveau de réglementation différent, le cœur et l'aire d'adhésion n'ont pas le même classement CMAP : le cœur est en catégorie II, dite « parc national », tandis que la périphérie est en catégorie V, ou « Paysage terrestre ou marin protégé ». La seule exception est le parc national des Cévennes, où le cœur est aussi en catégorie V, la chasse y étant autorisée.
Cœur de parc Les cœurs des parcs nationaux abritent les trésors du patrimoine naturel français.
Conformément aux dispositions du code de l'environnement, les travaux pouvant avoir un impact sur la nature sont soumis à des règles particulières. C'est dans ces zones que s'applique la règlementation spécifique définie par la charte de chaque parc national.
Le périmètre du cœur du parc national est défini par l'Etat.
Réserves intégrales
vignette|Île de Bagaud, réserve intégrale au cœur du parc national de Port-Cros.