La Cité des Électriciens (à Bruay-la-Buissière, Pas-de-Calais) ou Cité est la plus ancienne cité minière préservée du Nord de la France. Édifiée en 1856 par la Compagnie des mines de Bruay, elle symbolise l’essor charbonnier et le paternalisme industriel du , avec ses corons en brique et ses jardins ouvriers. Inscrite au titre des monuments historiques en 2009, puis au Patrimoine mondial de l’Unesco en 2012 au sein du Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, elle est aujourd’hui un site culturel et touristique ouvert à la visite.

La construction de la cité au

Contexte historique

Le territoire de Bruay avant le Avant la découverte de la houille en 1720 à Fresnes-sur-Escaut, dans le Nord-Pas-de-Calais, le territoire est constitué de plaines et forêts, et les terres, dont le sol est riche en eau et de bonne qualité, sont majoritairement exploitées à des fins agricoles. A l'emplacement de la future exploitation minière de la Compagnie des Mines de Bruay se trouve un chantier d'exploitation de marne.

L'avènement du travail minier à Bruay gauche|vignette|Carreau de fosse du puits n°1-1 bis de Bruay-la-Buissière dans le premier tiers du La découverte de la houille bouleverse le mode de vie des habitants, qui sont d’abord réticents à l’activité minière. Au début des années 1850, des sondages sont effectués autour de la commune de Bruay-la-Buissière. C’est en 1852 qu’est fondée la Compagnie des mines de Bruay. Un carreau de fosse est construit et l’exploitation de la houille débute véritablement en 1855. Les propriétaires des terres exproprient peu à peu les exploitants agricoles pour favoriser le développement minier.

Les paysans se reconvertissent progressivement en mineur et font la navette entre les fermes et le carreau de fosse, ou bien habitent chez des logeurs. Rapidement, la main d'œuvre locale et saisonnière ne suffit plus et de nouveaux habitants affluent : la population augmente rapidement. En 1850, la commune compte près de 800 habitants alors qu’elle en totalise 2 316 en 1872, puis 18 252 peu avant la Première Guerre mondiale, en 1911.

Construction de la Cité

La création de la cité Pour loger les mineurs et sédentariser la main d’œuvre à proximité, les responsables de la Compagnie des mines de Bruay décident de faire construire des ensembles d'habitation. La cité , comme son nom officiel l'indique, est la deuxième cité minière à être édifiée, à proximité de la Fosse n°1-1 bis. Le terrain est acquis en 1856 devant notaire par la Compagnie des mines de Bruay et le chantier de construction débute le de la même année.

La situation géologique n'est cependant pas idéale, le terrain présentant des risques d'effondrement, en raison des galeries souterraines ayant servi précédemment à l'extraction de marne.

Caractéristiques architecturales : les corons vignette|gauche|Plan de construction de la Cité en 1907.

La construction des habitations est confiée non pas à des architectes mais aux ingénieurs de la Compagnie. Les premières habitations sont des corons, un type d’habitat très spécifique, se situant . Il tient son nom du pignon aveugle des maisons finissant chacune des deux extrémités des barres d’habitation, appelé en patois « corne », ou « coron » ou encore de coronnus, « coin » en ancien français. De 1856 à 1857, la cité est dotée de 37 logements, auxquels six s'ajoutent au barreau entre les actuelles rues Branly et Marcony, en 1867. Les logements sont ainsi répartis sur sept barreaux de maisons mitoyennes, dont six parallèles et un perpendiculaire aux autres. Chaque maison est doté d'un jardin, exploité par les familles locataires. La vie quotidienne s'organise autour de deux fours et d'un puits creusé par les mineurs eux-mêmes.

Matériaux employés Les maisons sont bâties avec des matériaux économiques et de proximité, souvent récupérés dans les fermes alentours. Le matériau principal est la brique, fabriquée à la main et cuite au four à charbon de bois, d’où leurs formes et leurs couleurs aléatoires. Les façades sont enduites de chaux, améliorant à la fois l’isolation des maisons et leur esthétique. Les façades sont renforcées structurellement par des fers d’ancrage (c'est-à-dire des barres de métal). Les façades des logements sont décorées à la peinture : rouge sur les façades, vert sur les pignons, blanc sur les faux pilastres et rainuré autour des ouvertures, portes et fenêtres.

Évolutions architecturales au cours du

Les rues Avant 1926, il n’y a pas de noms de rue ni de numéros de maisons. Les habitants entre 1861 et 1921 n’ont pas, sauf exceptions, d’adresse précise. Les noms des rues ont été donnés entre 1921 et 1926 à l'initiative de la Compagnie des Mines de Bruay. La dénomination rend hommage aux physiciens qui ont travaillé sur l’électricité, d'où l'appellation actuelle de la cité : Gramme, Ampère, Volta, Marconi, Branly, Faraday, Laplace, Edison, Coulomb, Franklin.

Évolution de la rue Coulomb L'arrivée de réfugiés fuyant les combats de la Première Guerre mondiale conduit à la construction en 1915 de vingt nouveaux logements afin de les héberger. Répartis en deux barreaux, ils disposent de jardins plantés d’un cerisier ou d’un prunier, ainsi que de latrines communes extérieures situées aux deux extrémités de chaque bâtiment. Ces logements sommaires sont détruits en 1923, afin de laisser place à des bâtiments plus pérennes. Deux barreaux sont construits, composés de cinq maisons chacun et d'annexes. Par la suite, ces logements sont divisés en deux. Au début des années 1990, un incendie fragilisent ces barreaux et les maisons sont détruites en 1997.

Hygiène, eau et confort L’évolution des modes de vie et les préoccupations hygiénistes de la Compagnie des Mine de Bruay ont conduit à des modifications mineures des installations. Après la construction de la Cité, 43 familles construisent par elles-mêmes les installations collectives qui leur étaient nécessaires : deux fournils collectifs, un puits, des latrines communes, ainsi que des clapiers et poulaillers. Ces installations, considérées comme peu hygiéniques, étaient sources de maladies et d'épidémies. Elles sont remplacées entre 1903 et 1905 par des carins en briques, construits par la Compagnie comprenant une buanderie, des latrines, ainsi qu’un poulailler et un clapier pour l’élevage des lapins et des poules. Édifiées dans les jardins, ces annexes peuvent être utilisées par une ou deux familles.

Les logements sont devenus plus confortables au cours du siècle. L’approvisionnement en eau était d’abord assuré par des puits, puis par des bornes-fontaines à bras ou à manivelle. Enfin, l’eau courante est installée dans les années 1950, d’abord dans les carins, puis dans les habitations elles-mêmes.

Au XIXe siècle, la lessive était strictement encadrée par la Compagnie des Mines, qui avait fixé un jour précis dans la semaine pour cette tâche : sous la surveillance du garde de la cité, les femmes faisaient bouillir le linge dans une grande bassine en zinc, puis elles le battaient, le brossaient et l’étendaient entre deux parcelles d'habitation.

Plus largement, le garde de la cité planifiait les aspects de la vie quotidienne : il décidait de l'entretien des trottoirs et de la maison, contrôlait l'accès à l'eau et assurait la gestion des conflits.

Construction de garages Les dix premiers garages sont construits en 1952, en bordure de la route nationale. Cinq autres sont édifiés en 1958, et cinq encore en 1965. Ces constructions révèlent l’amélioration des conditions de vies des mineurs, qui accèdent peu à peu à des moyens de transport individuels.

L'immigration et l'émigration à la Cité des Électriciens Tout au long de son existence, la Cité des Électriciens a accueilli des travailleurs étrangers, venus répondre à la forte demande de main d'œuvre.

Au Sur les 192 habitants recensés dans les premiers registres de 1861, 49 sont Belges. Pour la plupart, il s'agit de techniciens qualifiés dont la tâche était de former la main-d’œuvre de la région, nouvellement entrée dans le métier.

À la fin du et au début du , une dizaine d'habitants quittent la Cité pour tenter leur chance dans les mines nord-américaines qui manquent alors de main-d’œuvre.

vignette|Carte postale de 1918 représentant des habitants de la Cité .

Au À partir de 1926, d'autres nationalités apparaissent dans les recensements : Polonais, Serbes, Yougoslaves puis Tchécoslovaques. La vague d'immigration polonaise dans les années 1920 est directement issue d'une convention entre la France et la Pologne relative à l’émigration et à l’immigration, signée à Varsovie le . Cette main-d'œuvre polonaise est recrutée soit directement en Pologne via des bureaux d'embauche, soit en Westphalie, en Allemagne, où des mineurs étaient installés.

Grâce à cette main-d’œuvre étrangère, l'industrie minière du Nord de la France se relève plus rapidement de la Première Guerre Mondiale. Cependant, suite à une baisse de production, plusieurs dizaines d'immigrés sont licenciés et rapatriés de force en 1934-35.

À la suite de la Seconde Guerre Mondiale, la Cité des électriciens accueille à nouveau des travailleurs étrangers, principalement italiens. Dans les années 1960 à 1970, des ouvriers algériens et marocains constituent une main-d'œuvre temporaire.

Au total, 29 nationalités sont venues dans le Bassin Minier du Nord-Pas-de-Calais.

Rachat par la communauté d’agglomération, réhabilitation et reconversion

Inscription au titre des monuments historiques en 2009 En tant que plus ancienne cité minière encore préservée du Nord de la France et dans le Bassin minier du Pas-de-Calais, la Cité des Électriciens représente « à la fois l’histoire et l’avenir du territoire ». Ainsi, toutes les façades et toitures des bâtiments de la cité, situées dans les rues Ampère, Branly, Coulomb, Edison, Faraday, Franklin, Gramme, Laplace, Marconi et Volta, sont inscrites au titre des monuments historiques par arrêté du alors que les derniers habitants se trouvent encore sur place.

Inscription du Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais au Patrimoine Mondial de l’Unesco en 2012 Source La candidature du Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais au Patrimoine mondial de l'Unesco au début des années 2000 s'inscrit dans une volonté de revalorisation de l'héritage industriel. Cependant, à l'époque, deux visions s'affrontent : l'une visant à effacer complètement l'héritage minier, l'autre désireuse de le préserver.

Le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, qui regroupe une grande partie des anciens sites charbonniers de la région, dont la Cité des Électriciens, a été inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco le samedi au titre de paysage culturel évolutif et vivant. Le bien inscrit représente environ 4000 hectares au sein desquels on retrouve 124 cités minières, 51 terrils, 26 édifices religieux, trois gares, trois grands bureaux de compagnies minières.