La bibliothèque d'Alexandrie, fondée à Alexandrie, en Égypte, par , ancien général d'Alexandre le Grand, en 288 avant notre ère, est la plus célèbre bibliothèque de l'Antiquité. Elle réunissait en son sein les ouvrages les plus importants de l'époque hellénistique. Elle aurait fonctionné pendant près de six siècles, mais les raisons de sa destruction sont encore débattues aujourd'hui.

Cette bibliothèque faisait partie d'un vaste complexe architectural. Celui-ci comprenait un centre de recherche nommé le Mouseîon dédié aux Muses, les neuf déesses des arts, où résidaient les chercheurs, savants et intellectuels qui utilisaient et travaillaient dans la bibliothèque. Ce complexe incluait aussi un observatoire astronomique, des salles de conférences, de cours et de recherches, des jardins et même un zoo.

La bibliothèque acquit rapidement, par divers moyens, de nombreux rouleaux de papyrus, aussi appelé des volumens, on estime leur nombre à à l'époque romaine. Cependant, très peu d’informations relatives aux savoirs que contenait cette bibliothèque ont survécu après sa destruction. Il est estimé que nous ne connaissons aujourd'hui que moins de 6 % des auteurs dont les œuvres étaient conservées dans cette bibliothèque.

Description Origine vignette|redresse=1.5|Plan d'Alexandrie à l'époque hellénistique (la bibliothèque correspond au ).

Alexandrie ressemble à la ville de Pella par son emplacement proche d'une rivière, accueillant un palais royal et le siège du système administratif, des éléments qui aident Alexandre à développer sa ville. Elle devient la capitale de l'Égypte à la place de Memphis.

À la mort d’Alexandre le Grand, en 323 avant notre ère, son empire est divisé entre ses généraux. Ptolémée obtient l’Égypte et devient le roi en 305 avant notre ère, sous le nom de .

À la suite de cette division du territoire, des rivalités naissent entre les anciens généraux, héritiers de l’ambition et de l’idéal de leur ancien roi, qui désirait construire un lieu où l’ensemble des savoirs du monde serait réuni. Ils entreprennent alors, dans la capitale respective de leur pays, la création de centres d’études et de bibliothèques dans le but d’atteindre cet objectif.

En 288 avant notre ère, Démétrios de PhalèreSelon la Lettre d'Aristée, 9 : « […] » (« […] Démétrios de Phalère reçut des sommes importantes pour réunir, au complet si possible, tous les ouvrages parus dans le monde entier »). (lire en ligne en anglais)., qui a dirigé Athènes de 317 à 307 avant notre ère, exilé à Alexandrie et disciple d'Aristote, persuade le roi d'Égypte de le laisser construire un édifice qui pourrait rassembler toutes les œuvres historiques, poétiques et philosophiques connues.

Il fait construire le Musée d'Alexandrie (Mouseîon, le « palais des Muses »), abritant des activités d'enseignement et de recherche, ainsi qu'une bibliothèque (estimée à Un volume correspondait à un rouleau constitué d'une série de feuilles de papyrus collées les unes aux autres (cf. Alain Blanchard, « Les papyrus littéraires grecs extraits de cartonnages : études de bibliologie » dans M. Maniaci – P. F. Munafò (eds.), Ancient and Medieval Book Materials and Techniques (Erice, 18-25 September 1992), 1, Città del Vaticano, Biblioteca Apostolica Vaticana, 1993, . à ses débuts, et jusqu'à au temps de CésarAmmien Marcellin, Res gestae, écrite entre 380 et 392, livre , chapitre 16, paragraphe 15 (lire en ligne) :Aulu-Gelle, Nuits attiques, , , 17 (lire en ligne) : ). Située dans le quartier du Bruchium (ou Brucheion, ou Bruchion) près des palais royaux (basileia) , celle-ci a pour objectif premier de rassembler dans un même lieu l'ensemble du savoir universel. La constitution du fonds s'opère essentiellement par achat, mais également par saisie ou ruse : Ptolémée aurait ainsi demandé à tous les navires qui faisaient escale à Alexandrie de permettre que les livres contenus à bord soient recopiés et traduits ; la copie était remise au navire, et l'original conservé par la bibliothèqueGalien, Galeni In Hippocratis Epidemiarum , Corpus Medicorum Graecorum , 10, 2, 1, (traduction de Jean-Luc Fournet, dans Pascale Ballet, La Vie quotidienne à Alexandrie (-331/-30), Hachette, collection « Pluriel », 2003, ) :. Ce mode d'acquisition, étiqueté le « fonds des navires » (« ἐκ πλοίων ».), est l'ancêtre du dépôt légal, par l'intervention de la puissance publique conjuguée à la reconnaissance du livre comme patrimoine commun. De même, les agents des Ptolémées écumèrent les principaux marchés du livre de l'époque (Athènes, Éphèse, Syracuse et Rhodes) à la recherche de livres exotiques.

Cette organisation est très représentative de la nouvelle sensibilité philologique (au sens original, « érudition », « doctrine variée », objet que ces savants poursuivaient) du souverain. L'original est tenu pour plus précieux, non seulement à cause de son antiquité, mais aussi parce qu'il a plus d'autorité et est sûrement plus correct que sa copie. Cette grande attention portée aux originaux se retrouve dans l’épisode de « piraterie » impliquant la copie officielle des tragédies attiques, conservée dans les archives d'État d'Athènes. Les Égyptiens, qui l'avaient empruntée pour la transcrire, décidèrent de perdre le cautionnement de quinze talents d'argent et de conserver dans leur grande Bibliothèque ce trésor unique.

Cette entreprise ambitionnant de collectionner tous les livres du monde, de tout couvrir et maîtriser, est comme l'équivalent culturel de l'aspiration d'Alexandre le Grand de créer un empire universel. À travers l'acquisition et la traduction des textes écrits des différents peuples fournissait aussi à ceux qui les gouvernaient (ou voulaient le faire) une aide considérable pour comprendre la meilleure manière d'avoir des rapports avec eux. Des traductions de l'ancienne langue égyptienne et du vieux perse furent probablement réalisées : les noms de Manéthon de Sebennytos et d'Ératosthène sont liés à la traduction des tables chronologiques égyptiennes. Aussi, un élève de Callimaque put réaliser un commentaire aux écrits de Zoroastre. C'est enfin grâce aux traductions du Musée que l'Occident a eu connaissance de la Bible.

Mais cette avidité de collectionner les livres fut critiquée, notamment par le philosophe romain Sénèque dans son Sur la tranquillité de l'âmeSénèque, Sur la tranquillité de l'âme, , lire en ligne. : .

La bibliothèque ne commence à fonctionner que sous Nina L. Collins, The Library in Alexandria and the Bible in Greek (Supplements to Vetus Testamentum, volume ), Brill Academic Publishers, 2000, . qui, selon Épiphane, aurait demandé « aux rois et aux grands de ce monde » qu'ils envoient les œuvres de toutes les catégories d'auteurs, PG 252 (lire en ligne en anglais). et aurait fixé un objectif de W. W. Tarn, « », The Journal of Egyptian Archaeology, 14(3/4), 1928, .. Le livre est ainsi considéré comme un instrument de pouvoir au service de la monarchie. L'esprit de cette politique sera poursuivi par les successeurs de ces rois.

Deux bibliothèques vignette|, fondateur de la bibliothèque.

En Grèce antique, il n'y a pas de trace de bibliothèque publique avant la création de la bibliothèque d'Alexandrie.

Cette bibliothèque correspond à deux bâtiments contenants chacun une bibliothèque. La plus grande est installée dans le quartier de Bruchium, près du port. La seconde sert de succursale, établie par dans le temple de Sérapis, le dieu égyptien de la guérison.

Démétrios de Phalère fait appel à tous les savants, les poètes, les philosophes les plus reconnus afin de remplir les collections de la bibliothèque.

accepte les demandes financières du bibliothécaire Démétrios de Phalère, à l'origine du projet de bibliothèque. Il lui fournit aussi des artistes, des architectes et plusieurs ouvriers. Démétrios désire qu'Alexandrie devienne une nouvelle Athènes par la diffusion des connaissances, qu'elle soit comme un phare de la pensée mondiale. Les chercheurs y sont bien payés et leurs tâches consistent à collecter, copier, modifier et classer les textes de l'époque classique.

L'idée d'une bibliothèque en tant que bâtiment à part entière est moderne. En effet, l'installation de bibliothèques à l'intérieur des temples était une tradition dans l'Égypte pharaonique. Au Nouvel Empire, la « pr-mdjȝt » (« Maison du Livre ») était une pièce réservée dans un temple qui servait de dépôt à la littérature religieuse. C'était le cas dans le Ramesséum, ainsi que dans les temples d'Edfou et de Philæ. Cette pratique a continué pendant les périodes hellénistique et romaine, au cours desquelles les bibliothèques étaient fréquemment incorporées dans les plans de construction des temples dans toute la Méditerranée. En fait, le mot grec « bibliotheke » désigne une collection de livres, pas nécessairement un bâtiment de bibliothèque. D'autres temples d'Alexandrie comprenaient également des bibliothèques : c'est le cas du Césaréum, ainsi que du complexe du Sérapéum, qui servait d'annexe à la collection du Mouseîon. Les temples alexandrins d'Isis Nania (Naneion), d'Hadrien déifié (Hadrianeion) et apparemment d'Hermès (Merkourion), en revanche, étaient des dépositaires de documents officiels, et non des bibliothèques privées..

Développement vignette|Vincenzo Camuccini dans la bibliothèque d'Alexandrie, 1813. Le musée devient un centre académique de hautes recherches où les savants sont défrayés par le prince (il avait de plus fait édifier dans le complexe du Mouseîon appartements et réfectoire à leur intention) et où ils trouvent les instruments, collections, salles de conférences, de cours et d’expériences physiologiques et médicales, jardins zoologiques et botaniques nécessaires à leurs travaux.. La bibliothèque ne ressemblait pas à celles d'aujourd'hui avec une salle et un mobilier spécifique. Selon Strabon, géographe et historien de l’Antiquité, les livres étaient dans des niches dans l'épaisseur des murs des (« péripate », portiques à colonnes servant de promenoir couvert), les lecteurs les lisant probablement dans ce « péripate » ou dans les allées ombragées des jardins. Il faut dire qu'avant Ambroise de Milan, on lisait à voix haute, et donc souvent dans les jardins.