Louis Marin, né le à Faulx (Meurthe) et mort le à Paris (Seine), est un homme politique français. Membre de la Fédération républicaine, il préside de 1925 aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale ce parti de la droite conservatrice française. Député de Meurthe-et-Moselle entre 1905 et 1951, très patriote, il est plusieurs fois ministre sous la Troisième République, dans neuf gouvernements, entre 1924 et 1936.
Il est membre voire président de multiples associations, parmi lesquelles plusieurs sociétés savantes, et il s'est intéressé notamment à l'ethnographie et à l'anthropologie, donnant des conférences et écrivant de nombreux articles savants.
Biographie
Jeunesse et études Louis Marin est le fils d'un notaire homonyme, issu d'une vieille famille de souche lorraine, originaire des Vosges. Sa mère, Jeanne Augustine Vigneron, étant morte quinze jours après sa naissance, Louis Marin est élevé par ses tantes à Bruyères jusqu'à l'âge de 5 ans..
Il est élève au collège catholique de La Malgrange à Nancy de 1881 à 1887 puis au lycée Saint-Sigisbert à Nancy, de 1887 à 1890. Il obtient une licence de lettres et une Licence de droit à l'Université de Nancy en 1892. Il étudie ensuite à Paris jusqu'en 1894, à la faculté de droit et à l'École libre des sciences politiques. Il suit aussi des cours à l'École pratique des hautes études, à l'École du Louvre, au Muséum national d'histoire naturelle et à l'École d'anthropologie et voyage en Europe et en AsieNotice sur le site du Comité des travaux historiques et scientifiques, chts.fr (La France savante).
Le , à Paris (), il épouse Fernande Hartmann, diplômée ès lettres de l’université de Paris et qui était auparavant sa secrétaire particulièreArchives départementales de Meurthe-et-Moselle, fonds Louis Marin, notices biographiques..
Parcours professionnel Il est avocat de 1892 à 1910.
Parcours politique Débuts et ascension Louis Marin manifeste dans sa jeunesse aux côtés du général Boulanger. Il appartient à la génération qui a fait son apprentissage politique lors de l'affaire Dreyfus notamment. Il adhère en 1903 à la Fédération républicaine, qui regroupe alors les « républicains progressistes » hostiles aux gouvernements du Bloc des gauches. À 34 ans, il devient député de Meurthe-et-Moselle le lors d'une élection partielle, qu’il remporte avec 58 % des suffrages exprimés ; il occupe ce mandat de parlementaire jusqu'en 1951. Il est le député de la première circonscription de NancySa circonscription couvre 65 communes, dont une partie de la commune de Nancy, trois cantons (Nancy-Nord, Pont-à-Mousson et Nomeny). Elle couvre donc des régions urbanisées et industrialisées, le long de l'axe de la Moselle, et des régions rurales. et celle-ci va apparaître comme un « fief imprenableRené Taveneaux, Histoire de Nancy, Toulouse, Privat, 1978, ». Son mentor est alors Léon Goulette, le directeur de L'Est républicain, qui orientait à cette époque le quotidien vers la droite et avec lequel Marin rompt en 1909-1910François Roth, Léon Goulette, le premier Directeur de L’Est Républicain, Académie de Stanislas, 4 juin 2004, (Lire en ligne) Goulette est évincé en 1911 par des personnalités de centre-gauche, tels Louis Vilgrain, président de la chambre de commerce, et Daum, qui prennent le contrôle du journal et choisissent à sa place René Mercier.. Marin est réélu en 1906. Il est à la tête de la Fédération des républicains progressistes de Nancy, qui regroupent des républicains modérés, ainsi que de la Fédération régionaliste française, qui milite pour la décentralisation.
La droite en Meurthe-et-Moselle est avant 1914 dominée par des notables catholiques et patriotes de l'Action libérale populaire - notamment les députés de Nancy Ferri de Ludre et Émile Driant. Marin est en contact avec les réseaux de l'Action Libérale Populaire (ALP), surtout lors des campagnes électorales, mais il s'en tient éloigné car il ne partage pas leur « cléricalisme ».
Au lendemain de la guerre, l'ALP est éliminée du jeu politique, ce qui profite à la Fédération républicaine et à l'Alliance démocratique. Louis Marin devient le principal leader de la droite « républicaine nationale » en Meurthe-et-Moselle ; il a consolidé son influence grâce à un vaste réseau d'amis et de compagnons de lutte politiqueTel Didelon, ancien conseiller général et caissier à la caisse d'épargne, que Marin charge de s'occuper des journaux qu'il contrôle à Nancy, L'Impartial de l'Est puis L'Eclair de l'Est.. En 1919, il se fait élire sur la liste que mène Albert Lebrun, en application de l'union sacrée, la liste d'entente républicaine et de défense nationale, comprenant des , modérés de centre-droit (Albert Lebrun, vice-président du Sénat, membre de l'Alliance démocratique, Charles Fringant et Georges Mazerand), et des républicains nationaux de droite comme lui ou comme François de Wendel, Édouard de Warren, son ami, ou encore Désiré Ferry, qui a été son secrétaire. En 1924, il mène la liste d'union républicaine et nationale. Il a été réélu en 1928 au premier tour, au scrutin d'arrondissement, avec 62,2 % des suffrages exprimés. De même, il est réélu en 1932 et en 1936 au premier tour (51,9 % des suffrages exprimés en 1932, 52,7 % en 1936).
En outre, Marin a consolidé sa position en devenant conseiller général du canton rural de Nomeny à partir de 1910.
En Meurthe-et-Moselle, si l'on excepte l'alliance de 1919 de l'union sacrée, il s'oppose à Albert Lebrun pendant de longues années, cherchant en vain à lui ravir le poste de président du conseil général que ce dernier occupe de 1906 à 1932, date à laquelle il est élu président de la République. Après un président de transition (Albert Tourtel), c'est Marin qui est élu en 1934 à la tête de l'assemblée départementale, car les républicains URD disposent désormais de la majorité absolue. François de Wendel, le doyen de l'assemblée, s'est effacé au profit de Marin, celui-ci étant alors ministre. Il préside le conseil général de Meurthe-et-Moselle jusqu'en 1940 puis de 1945Délibérations du conseil général de Meurthe-et-Moselle, séance du 29 octobre 1945 à 1951.
À partir de 1911, il tente à plusieurs reprises d'acheter un journal à Nancy, avec l'aide de François de Wendel. Les projets de rachat du quotidien nancéien L'Impartial de l'Est n'aboutissent qu'en 1921Jean-François Eck, « Louis Marin et L'Est républicain », 1905-1911, Annales de l'Est, 1982, . les actionnaires sont alors François de Wendel, le baron Adrien de Turckheim, conseiller général et actionnaire de la Lorraine-Dietrich et Paul Georgel. Mais ce journal s'avère être un gouffre financier et sa diffusion reste modeste. Il prend le contrôle politique du quotidien nancéien L'Éclair de l'Est en 1925.
Il n'a donc jamais été le seul « patron » politique du département, devant partager le pouvoir avec Albert Lebrun. Il doit tenir compte aussi des positions de l'un de ses principaux alliés, François de Wendel, qui domine le « Pays haut » en Meurthe-et-Moselle (le nord du département, où sont installées une partie de ses usines et de ses mines de fer) et bénéficie de la puissance que lui confère son pouvoir économique et son argent (il est régent de la Banque de France depuis 1912 et il préside le Comité des forges). Ainsi, la société La Presse de l'Est qui publie à Nancy L'Éclair de l'Est n'a pu être reprise en 1925 qu'avec l'argent de François de Wendel, qui a négocié l'accord avec son administrateur-délégué Jules Dassonville, dirigeant du groupe de La Presse régionale.
Engagement conservateur et hostilité à la gauche Le patriotisme est primordial pour Louis Marin. Il rappelle ainsi les raisons de son engagement en politique : « Je suis venu à la politique par la préoccupation de l'Alsace-Lorraine et le souci de la frontièreCité par Hélène Sicard-Lenattier, Les Alsaciens-Lorrains à Nancy 1870-1914, Haroué, Ed. Gérard Louis, 2002, ». Il préconise la fortification du Grand Couronné, afin d'assurer la défense de Nancy. En revanche, il n'attise pas le souhait d'une revanche à l'égard de l'Allemagne.
Parlementaire, il s'est engagé volontairement en comme soldat de au de chasseurs à pied. Il est mis en congé en avec le grade de sergent comme membre du Parlement. Il est ensuite sous-lieutenant de réserve.
Avec François de Wendel et surtout Édouard de Warren, Louis Marin a une attitude intransigeante à l'égard de l'Allemagne dans l'entre-deux-guerres ; elle s'explique par une crainte du réarmement de l'Allemagne et par sa volonté d'assurer les frontières de la France (la Lorraine est « une terre d'invasionFace à l'Allemagne de janvier 1933, « il faut crier le danger qu'on voit ici mieux que de partout ailleurs », écrit-il dans L'Éclair de l'Est du 30 janvier 1933 ; . ») par une armée puissante et une politique ne cédant rien sur les traités. En 1919, lors de la discussion sur le traité de Versailles, il réclame au nom de la droite nationale encore davantage de réparations et de garanties de sécurité de la part de l'Allemagne, et il fait partie des 53 députés qui rejettent l'adoption du traité, étant le seul à droite avec Henri Franklin Bouillon. Il est favorable à l'occupation de la Ruhr en 1923 et s'oppose aux accords de Locarno en 1925. Il vote contre l'évacuation anticipée de Mayence, le moratoire Hoover sur les dettes de guerre et l'adoption du Plan Young en 1929. Il est hostile à la politique étrangère d'Aristide Briand. En 1938, alors que presque tous les députés de droite votent pour la ratification des accords de Munich, Louis Marin s'abstient.
Ses positions très hostiles à l'Allemagne et à la politique de paix d'Aristide Briand dans les années 1920 et 1930 lui ont aliéné une partie des cadres de la Fédération républicaine, notamment Georges Pernot.