Jacques Julliard, né le à Brénod (Ain) et mort le à AntonyRelevé des fichiers de l'Insee, est un historien, essayiste, journaliste et syndicaliste français.

Éditorialiste au Nouvel Observateur de 1978 à 2010, à Marianne à partir de 2010 et chroniqueur au Figaro de 2017 à sa mort, il a été, entre autres, responsable syndical, membre de la direction de la CFDT, collaborateur à la revue Esprit et directeur de collection aux Éditions du Seuil.

Jacques Julliard est considéré comme une figure emblématique de la « deuxième gauche »Jean Birnbaum, Jacques Julliard, l’obstiné solitaire, lemonde.fr, 31 mars 2019. de ces engagements à l'UNEF, à la création de la CFDT, et la refondation du Parti Socialiste.

À partir du milieu des années 1990, Jacques Julliard évolue vers des positions politiques conservatrices tout en affirmant qu'il s’est toujours réclamé de la tradition d'écrivains chrétiens, tels que Péguy ou Bernanos.

Biographie Origines Familiales Jacques Julliard est né le Fiche biographique de Jacques Julliard sur le site de l'UJJEF-Communication et Entreprise.Notice d'autorité de la BNF. à Brénod, une commune du Haut Bugey dont son grand-père paternel, Marius, puis son père, Marcien, ont été maires. Dernière modification le 26 juillet 2019.. Tous deux ont également été conseillers généraux radicaux. Marius, d'abord paysan, est devenu marchand de vins, profession également exercée par Marcien ; il porte de fortes convictions anticléricales et entretient des relations amicales avec Paul Painlevé. Marcien est révoqué par Philippe Pétain en 1940..

Selon l'historien Christophe Prochasson, .

Formations initiales Jacques Julliard suit les cours de catéchisme, sous l’influence d’une mère catholique pratiquante, tandis que son père est agnostique et anticlérical.

Il fait ses études secondaires au collège de Nantua.

Études supérieures et premiers engagements (1950-1962) Hypokhâgne et khâgne à Lyon Après le baccalauréat, Jacques Julliard entre en 1950 en classe préparatoire littéraire au lycée du Parc à Lyon. Là, il va être marqué par deux professeurs proches d'Emmanuel Mounier : Jean Lacroix, collaborateur d’Esprit et philosophe personnaliste intéressé par la pensée de Proudhon ; et Lucien Fraisse, aumônier de la khâgne, qui enseigne un mélange de christologie et de réflexion sur l’insertion politique de la religion. Mais les lectures de Proudhon, Marx, Pascal, Kant et Jules Lagneau restent prépondérantes chez quelqu'un qui se définit alors comme « catho-proudhonienJacques Julliard, Le choix de Pascal, Paris, Desclée de Brouwer, 2003, . ». Politiquement neutraliste et anticommuniste mais ni pacifiste ni antiaméricain, il fonde un club de réflexion dans la mouvance de L’Observateur, ce qui lui permet de faire la connaissance de Gilles Martinet.

L'École normale supérieure En 1954, Jacques Julliard est reçu à l’École normale supérieure en tant que germaniste. Grâce à Jean Lacroix, il entre l’année suivante dans les instances de la revue Esprit, notamment dans son groupe politique, où il croise Pierre Viansson-Ponté, Olivier Chevrillon, Claude Bourdet et Michel Crozier.

En 1958, il est reçu à l'agrégation d'histoire..

Engagement syndical, politique, et anticolonialisme

Dans sa jeunesse, il est séduit à la fois par Pierre Mendès France et Charles de Gaulle, rejette la Quatrième République et prône un régime présidentiel dans les années 1956-1958, sous l'influence de constitutionnalistes comme Georges Vedel et Maurice Duverger.

Durant ses études supérieures, Jacques Julliard adopte des positions anticolonialistes et est éveillé à la question de l’impérialisme et du totalitarisme soviétiques. Mais même s’il est « compagnon de route » de divers mouvements catholiques de gauche, il est opposé au rôle que certains veulent faire jouer à l’Église dans la vie politique.

Il s’investit dans le syndicalisme étudiant à l’UNEF où, à la suite d’un voyage en Algérie en 1955, il succède à Robert Chapuis au poste de vice-président aux affaires d’outre-mer.

En , il organise avec François Borella la conférence nationale étudiante pour une solution au problème algérien, dont il prononce l'allocution d'ouverture. Cette initiative vaut à Borella une inculpation pour atteinte à la sûreté de l'État...

C'est ainsi qu’il entre en contact avec Paul Vignaux, qui le fait entrer au SGEN et participer au groupe Reconstruction de la CFTC. Ce groupe est, après Esprit et l’UNEF, le troisième lieu important de sociabilité où s’effectue sa formation intellectuelle et politique. Il y fait notamment la connaissance d’Edmond Maire, d'Eugène Descamps, d'Albert Détraz, de Gilles Declercq et de Pierre Mendès France.

Carrière universitaire et syndicalisme Service national et professorat (1959-1961) En , Jacques Julliard est appelé au service national en Algérie, où il sert comme officier d’action psychologique auprès des populations civiles. De retour à Paris en , il est nommé professeur au lycée de Chartres.

L’année suivante, il devient secrétaire du SGEN pour le second degré.

Du CNRS à l'EHESS (à partir de 1962) En 1962, Jacques Julliard entre au CNRS comme attaché de recherches. Il est accueilli dans le groupe constitué autour d’Ernest Labrousse et collabore à la revue Le Mouvement Social, aux côtés notamment d'Annie Kriegel, de Madeleine Rebérioux, de Jacques Ozouf et de Jean Maitron. Il commence une thèse sur Fernand Pelloutier et le syndicalisme révolutionnaire qui, finalement, ne sera pas soutenue.

L’année 1965 le voit abandonner la recherche : il enseigne pendant un an à l’Institut d'études politiques de Bordeaux. L’année suivante, il quitte le CNRS pour enseigner à la fois à l’Institut d'études politiques de Paris comme maître de conférences et à la Sorbonne comme assistant d’histoire contemporaine.

En , il fonde avec Jacques Ozouf le département d'histoire de l'université de Vincennes. Promu maître-assistant membre du noyau cooptant chargé de recruter les enseignants, il fait venir son ami Michel Winock. La même année 1968, il commence à enseigner également au Centre de formation des journalistes (CFJ) et publie Naissance et mort de la Quatrième République (Calmann-Lévy), son second livre après Clemenceau, briseur de grèves (Julliard, 1965), où il était notamment question de la grève sanglante de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges survenue en 1908.

En 1976, il présente sa candidature à l'EHESS. Il est élu directeur d’études en 1978..

En , il fait partie des 34 signataires de la déclaration rédigée par Léon Poliakov et Pierre Vidal-Naquet pour démonter la rhétorique négationniste de Robert Faurisson.. Il sera un peu plus tard l'un des instigateurs de la pétition Liberté pour l'histoire.

Le groupe Reconstruction et la CFDT (1962-1976) Sur le plan intellectuel, Jacques Julliard s’investit à la revue Esprit, avec par exemple un article sur « La morale en question » (, ) et des chroniques sur le mouvement syndical, la crise de l’UNEF ou l’évolution du Parti communiste. C'est d’ailleurs par Esprit qu’il côtoie le Club Jean Moulin sans y adhérer de crainte d’être mal vu à la CFTC.

Il devient en effet semi-permanent du SGEN et milite auprès de Paul Vignaux pour la déconfessionnalisation de la CFTC, qui a lieu en 1964 avec la création de la CFDT.

En 1967, il entre au bureau confédéral de la CFDT comme représentant du SGEN. Il participa activement aux débats internes Confédération sur ses rapports avec les partis politiques, défendant ardemment une stratégie d'autonomie.

En Mai 68, il participe comme représentant de la CFDT à la Sorbonne aux discussions, y apparaissant comme un élément modéré de la contestation. Son soutien à cette dernière provoque sa rupture avec Paul Vignaux et sa démission, quelques mois plus tard, du bureau national du SGEN.

Soulignant l’impasse politique du « gauchisme » comme du PSU, il soutient et participe aux processus des Assises du socialisme jusqu’à son adhésion au PS en 1974. Il salue d’ailleurs les ouvrages de Michel Rocard (Questions à l’État socialiste, 1973), Robert Chapuis (Les Chrétiens et le socialisme, 1976) et Patrick Viveret (Attention Illich, 1976), amis politiques avec qui, au sein de la revue Faire, il s’attache à la modernisation idéologique du parti à partir de 1975.

Il quitte ses fonctions au niveau confédéral au congrès de 1976 de la CFDT. Il intervint cependant épisodiquement à propos des problèmes de l'Université et de la CFDT, soutenant la démarche de sa direction lors des Assises du socialisme ou du congrès de 1979.

Carrière journalistique En 1966, grâce à Jean-Marie Domenach, Jacques Julliard entre aux éditions du Seuil comme directeur de la collection « Politique ». Il continue de collaborer activement à la revue Esprit, en particulier à travers des chroniques de politique intérieure.

Le Nouvel Observateur (à partir de 1969) C'est grâce à cela que Jacques Julliard est remarqué par André Gorz, qui le présente à Jean Daniel pour collaborer au Nouvel Observateur. Dès sa première entrevue avec le directeur de la rédaction apparaît une profonde connivence intellectuelle qui débouche sur une proposition de collaboration au journal.

Sa collaboration s’amorce en et prend un rythme plus soutenu en 1973. À partir de , il remplace Jacques Ozouf pour l’analyse des sondages politiques, mais reste extérieur au service politique, ses interventions prenant surtout la forme de tribunes et d’articles de fond sur la situation politique. Il joue aussi un rôle de premier plan dans les débats intellectuels qui ont lieu dans la rédaction. Ainsi, il lance le débat sur la nouvelle philosophie () et sur « Le tiers-monde et la gauche » (), participe au débat sur la révolution iranienne (), le boycott des Jeux olympiques de Moscou () et conclut celui sur L’Idéologie française de Bernard-Henri Lévy ().

Faisant parfois la recension critique d’essais dans les pages littéraires, il s’attache à faire connaître Hannah Arendt, Georges Sorel, Proudhon, Charles Péguy ou Antonio Gramsci. En dehors de livres d’histoire, il salue aussi les ouvrages d’auteurs proches (de lui-même ou du journal) – comme Pierre Vidal-Naquet (La Tribune dans la République, 1972), Maurice Clavel (Les Paroissiens de Palente, 1974), Roger Priouret (Les Français mystifiés, 1974) ou André Gorz (Adieux au prolétariat, 1980). En , il n’hésite pas à critiquer avec force L’Idéologie française de Bernard-Henri Lévy et à s’en prendre au rôle de « directeur de conscience » joué par Jean Daniel. Enfin il lui arrive de faire des interviews d’historiens (Emmanuel Le Roy Ladurie, Marc Ferro) ou d'hommes politiques, comme Pierre Mendès France ().

Nommé éditorialiste du Nouvel Observateur en aux côtés d'André Gorz, Roger Priouret et Claude Roy, il est cependant peu présent au journal.

Il réduit alors sa collaboration à Esprit, tout en restant membre du comité de rédaction installé en 1977 avec une nouvelle formule de la revue.

En 2006, il s'oppose à la proposition de loi concernant la reconnaissance du génocide arménien et prend la défense de l'historien controversé Bernard Lewis« Les bienfaits de la culture française », Les mots sont importants, 21 février 2016..

Il est nommé membre du Comité pour la réforme des collectivités locales en .

Interventions (à partir de 1982) À la fin de 1982, Jacques Julliard crée la revue politique et culturelle Intervention, proche de Michel Rocard et de la « deuxième gauche ». En 1983, à la suite de la constitution de la Société d'études soréliennes, naissent les Cahiers Georges Sorel, dont il prend la direction. En 1989, cette revue adopte un nouveau titre : Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle.

France Culture (à partir de 1984) Jacques Julliard a été sur France Culture le producteur de l'émission Le grand débat, qui réunissait chaque semaine plusieurs personnalités venant débattre de thèmes divers de l'actualité. Ces émissions ont figuré parmi les grandes heures de la chaîne, d' à ; Jacques Julliard y était assisté de Jacques Rouchouse.