Alphonse Juin, né le à Bône (aujourd'hui Annaba, ancien département de Constantine)., mort le à Paris (), est un général d'armée élevé à la dignité de maréchal de France.
Il est l'un des grands chefs de l'armée de la Libération en 1943-1944 et il s'illustre surtout à la tête du corps expéditionnaire français en Italie qui, le , remporte la victoire du Garigliano, ouvrant les portes de Rome aux Alliés qui piétinaient devant le mont Cassin.
Il est le seul général de la Seconde Guerre mondiale à avoir été élevé à la dignité de maréchal de France de son vivant, en 1952En 1952, sous la présidence de Vincent Auriol, Jean de Lattre de Tassigny et Philippe Leclerc de Hauteclocque sont élevés à la dignité de maréchal de France, à titre posthume. Marie-Pierre Kœnig est élevé à la dignité de maréchal de France, à titre posthume, en 1984, sous la présidence de François Mitterrand..
Biographie Famille thumb|left|Acte de naissance du Maréchal Juin le à Bône (département de Constantine). Alphonse Pierre Juin est né le à Sainte-Anne dans la commune de Bône, (département de Constantine), chez son grand-père maternel Pascal Salini dans un milieu modeste, de Victor Pierre Juin, gendarme, d'origine deux-sévrienne, et de Précieuse Salini, d'origine corse. « Les hommes dira-t-il une fois général, ne se livrent qu’à ceux en qui ils se reconnaissent. Mon secret c’est d’avoir été du peuple comme eux, d’avoir vécu la vie du peuple, d’en connaître toutes les souffrances. »René Chambe, Le Maréchal Juin, duc du Garigliano, Presse de la cité, 1968.
Études Il poursuit ses études au grand lycée d'Alger. Il réussit sur 209 en 1909 au concours d’entrée de Saint-Cyr et sort major de la promotion de Fès de Saint-Cyr en 1912 « alors que dans une institution encore très imprégnée de l’esprit de caste… la condition populaire de la famille Juin n’est pas sans constituer un handicap… »Jean-Christophe Notin, Maréchal Juin, Tallandier, 2015, 716 pages.. Il est perçu par le général Elie Verrier, commandant l’école, comme un « sujet d’élite remarquablement doué sous tous les rapports, modeste avec cela. Il doit faire un officier de tout premier ordre et d’avenir. »Jean-Christophe Notin, Maréchal Juin, Tallandier, 2015, p18 716 pages. Font également partie de cette promotion, Antoine Béthouart et Charles de Gaulle.. Juin sera d'ailleurs le seul à tutoyer le général de Gaulle lorsque celui-ci sera devenu président de la République. Campagne du Maroc Sous-lieutenant, Alphonse Juin est affecté au protectorat français du Maroc où, jusqu'en 1914, puis à nouveau pendant la guerre du Rif et jusqu'en 1929, il participe aux opérations de « pacification ». Première Guerre mondiale Lors de la Première Guerre mondiale, le lieutenant Juin participe, avec les troupes marocaines, au sein de la brigade marocaine du général DitteLieutenant de la du du de marche marocain (brigade marocaine du général Ditte, d'infanterie)., aux combats de la Marne, en . Grièvement blessé en Champagne, en , il perd définitivement l'usage de son bras droit (c'est pourquoi il saluait de la main gauche). Il reste huit mois à l'hôpital, avant de retrouver le front. Nommé capitaine le , il combat ensuite au sein du de tirailleurs marocainsRené Chambe, Le Maréchal Juin, duc du Garigliano, Presse de la cité, 1968, 445, 71.. Au cours de la guerre, il est cité quatre fois et fait chevalier de la Légion d'honneur le . Entre-deux-guerres En , il suit les cours d'état-major à Melun avant d'être détaché en octobre à la mission militaire française auprès de l'armée américaine et affecté au cours de perfectionnement des officiers de liaison du corps expéditionnaire américain. Breveté de l'École supérieure de guerre en 1921, il sert en Tunisie avant de rejoindre à la fin de l'année 1923 le Maroc, sous les ordres du maréchal Lyautey, où il participe à la campagne du Rif. À l'automne 1925, il rentre en France avec le maréchal Lyautey et travaille sous ses ordres au Conseil supérieur de la guerre. Promu chef de bataillon en 1926, il part l'année suivante rejoindre le de tirailleurs algériens à Constantine. En 1929, il est chef du cabinet militaire du résident général au Maroc, Lucien Saint, et prend une part active à la réalisation de la dernière phase du plan de pacification de l'Atlas. Lieutenant-colonel en , il devient professeur de tactique générale à l'École supérieure de guerre en 1933 avant d'être affecté comme commandant en second au de zouaves à Constantine. Il prend le commandement de ce régiment le . En juin, il est promu colonel. En 1937, il est affecté auprès du résident général au Maroc, le général Noguès, et suit parallèlement les cours du Centre des hautes études militaires. Toute sa vie, Alphonse Juin entretiendra un rapport charnel avec le Maghreb : Le Maghreb en feu, 1957, p. 126.. Seconde Guerre mondiale Campagne de France et captivité
Promu général de brigade, le , il est affecté à l'état-major du théâtre d'opérations d'Afrique du Nord. Cette affectation ne lui plait guère. L'inaction à Alger lui pesant, il demande à recevoir un commandement sur le front français. Il se voit confier le commandement de la d’infanterie motorisée, une des meilleures unités de l'arméeRené Chambe - Maréchal Juin duc de Garigliano : Presses de la cité p 104. Couvrant la retraite sur Dunkerque, cette unité est encerclée dans la poche de Lille et combat avec le groupement du général Molinié jusqu'à l'épuisement de ses munitions. Juin est fait prisonnier et interné à la forteresse de Königstein où il participe au groupe d'études consacré aux questions économiques et sociales.. Il est nommé général de division durant sa captivité. Armée d'Afrique Dans le contexte des pourparlers pour les accords de Paris négociés par Darlan avec l'Allemagne, il est libéré le 15 juin 1941 à la demande du gouvernement de Vichy comme d'autres officiers réputés pour leur connaissance de l'Afrique.. Précisément, il avait été repéré par Charles Huntziger qui l'avait recommandé à Jacques Benoist-Méchin alors secrétaire d'État aux rapports franco-allemands, qui l'inscrit ainsi dans le premier protocole, en tête des 961 officiers dont la France demandait la libération au titre de complément d'effectifs de son Armée d'AfriqueBenoist-Méchin, À l'épreuve du temps - tome 2 - 1940-1947, éd. Juliard, 1988 , page 186.. Comme il est pétainiste et antigaulliste, sa nomination comme ministre de la Guerre est envisagée par Vichy.. Il est finalement nommé le adjoint au général commandant supérieur des troupes du MarocAlphonse Juin sur cheminsdememoire.gouv.fr. le général Noguès, puis le général de corps d'armée, commandant en chef des forces d'Afrique du Nord où il remplace le général Weygand dans ses fonctions militaires, mais non dans toutes ses fonctions de proconsul.. Alphonse Juin prend ainsi une part prépondérante dans la préservation de l'Armée d'Afrique initiée par Weygand: « Forger l'esprit de revanche en préparant la remilitarisation de différents éléments de l'armée, le rappel collectif et individuel des réservistes et des appels de volontaires, le déstockage et la réparation des matériels clandestins tel est bien l'esprit impulsé par Weygand et que continuera Juin son successeur, à partir du . »Christine Levisse-Touzé, L'Afrique du Nord dans la guerre, 1939-1945, Albin Michel, 1998 Le , avec le délégué général du gouvernement de Vichy Fernand de Brinon, il est convoqué à Berlin par Göring. L'historien Robert Paxton parle de cette rencontre comme d'un dialogue de sourds. Göring demande que les Français explicitent de laisser l'Axe utiliser la base de Bizerte en Tunisie et accordent à Rommel, alors en campagne en Libye, . Juin insiste pour que les Allemands autorisent les troupes françaises à renforcer leur armement en Afrique pour mieux défendre l'empire français, particulièrement au sud de la Tunisie. Juin promet que les forces de Rommel ne seront pas retenues le long de la frontière tunisienne. En fin de compte, Göring, loin d'être satisfait indique que les demandes françaises d'augmenter l'armement de l'armée d'Afrique resteront conditionnées à la satisfaction des demandes allemandes en Tunisie. Paxton se réfère aux archives de l'armée allemande OKW/2012 et à celles de la délégation française auprès de la commission d'armistice DFCAA, t. V, .. Juin a signifié à son ministre de la Guerre Bridoux qu'il . En Algérie personne ne doute que, dans son for intérieur, Juin n'admet pas l'occupation de la métropole par les Allemands et qu'il voudrait éviter un tel destin à l'empire. Le consul américain à Casablanca est informé des probables sentiments de Juin. lui dit que Juin si les Allemands envahissaient l'Afrique du Nord. Ainsi, lorsque le , l'ensemble des officiers de l'armée d'Afrique est surpris par le débarquement allié en Afrique du Nord, Alphonse Juin est tiraillé entre ses sentiments anti-allemands et son sens de la discipline vis-à-vis des autorités de Vichy. N'a-t-il pas également déclaré à Bridoux en que ses troupes ? Par l'intermédiaire de son subordonné le commandant Dorange, Juin, qui ne se doute pas qu'un débarquement américain est imminent, est entré en contact avec le consul américain d'Alger Robert Murphy pour demander comment, en cas d'agression allemande, les États-Unis réagiraient à une demande d'aide massive de la part de la France. À cette occasion, il avertit également Murphy qu'il donnerait l'ordre à ses troupes de résister si les États-Unis attaquaient en premier, sans provocation allemande. Les premières nouvelles du débarquement allié en Afrique du Nord atteignent Juin dans les premières heures du , peu après minuit, lorsque les hommes du général Mast, un de ses subordonnés impliqué dans les préparatifs de l'opération avec les Américains, prennent le contrôle des points forts de la ville d'Alger.. Sa résidence est encerclée par un groupe de jeunes lycéens commandés par l'aspirant de réserve Pauphilet, agissant avec un groupe de 400 résistants mal armésJosé Aboulker et Christine Levisse-Touzé, « 8 novembre 1942 : les armées américaine et anglaise prennent Alger en quinze heures », Espoir, , Paris, 2002.. Juin, destinataire d'une lettre de Roosevelt lui demandant d'accueillir les troupes alliées en amies, rejette cette demande présentée par le consul Murphy, et se retranche derrière l'autorité de l'amiral Darlan, ancien vice-président du Conseil resté commandant en chef des forces militaires et qui est alors présent à Alger. Libéré au matin par la garde mobile, il organise la reconquête de la ville contre les résistants, mais, convaincu que la partie est jouée, ne fait rien pour rejeter les AlliésJean-Louis Crémieux-Brilhac, « Jeux et enjeux d'Alger », dans La France des années noires, tome 2, Éditions du Seuil, 1993, .. À , il signe avec l'accord de l'amiral Darlan une suspension d'armes limitée à la place d'Alger, où l'on dénombre 13 morts français. Mais ce premier cessez-le-feu concernait seulement Alger : Darlan et Juin, désormais entre les mains des Alliés, allaient refuser pendant trois jours de donner l'ordre de cessez-le-feu à leurs subordonnés d'Oran et du Maroc, où le combat sanglant entre Français et Alliés allait se poursuivre inutilement. Ce fut seulement à la suite des pressions particulièrement vigoureuses du général Clark que Juin et Darlan finirent, trois jours plus tard et sous la menace, par ordonner le cessez-le-feu à leurs subordonnés d'Oran et du Maroc. Ainsi, ce même , à Oran et au Maroc, les généraux Boisseau et Noguès, subordonnés de Juin, qui n'ont pas été « neutralisés » comme à Alger, accueillent les Alliés à coups de canon. Juin ordonne aux forces françaises de maintenir . Dans l'après-midi du , à , Darlan décharge Juin de son autorité en dehors de la région d'Alger et charge Noguès de la défense du Maroc et le général Barré de la défense de la Tunisie. Juin rend compte qu'il .. Le , après avoir appris, vers midi, l'invasion de la zone libre par les Allemands, il fait savoir à ses subordonnés que .