Les Partenaires pour la souveraineté étaient une coalition fondée en 1995 en prévision du référendum sur la souveraineté du Québec promis par le gouvernement de Jacques Parizeau. Cette coalition comprenait des organismes nationaux représentant plus d’un million de Québécois et de Québécoises, y compris les trois principales centrales syndicales, les grandes associations étudiantes et diverses organisations culturelles ou communautaires.
La mission des Partenaires pour la souveraineté était de faire la promotion de l’option souverainiste au sein de la société civile, et ce, à l’extérieur des structures traditionnelles de la politique partisane. Cette coalition s'était donné une plateforme commune, résolument progressiste, dans les domaines de l'économie, de l'éducation, des politiques sociales, des relations internationales, de la citoyenneté, de la culture et des droits et libertés.
Les origines des Partenaires pour la souveraineté
Les Partenaires pour la souveraineté tirent leurs origines dans les événements de l’été et de l’automne 1994. Vers la fin de l'été, le Mouvement national des Québécoises et des Québécois (MNQ) met sur pied des tables de concertation régionales par l’entremise des diverses société nationales et des sociétés Saint-Jean-Baptiste qui le composent« Historique », Mouvement national des Québécoises et Québécois https://mnq.quebec/historique/.. Ces tables ont constitué la base régionale des Partenaires pour la souveraineté tout au long de leur histoire. vignette|335x335px|Résultats de l'élection québécoise de septembre 1994. Puis, quelques semaines plus tard, le Parti Québécois est porté au pouvoir à l’issue de l’élection générale du 12 septembre 1994. Bien qu’il n’ait obtenu que 44,75% des voix (contre 44,4% des voix pour le Parti libéral mené par Daniel Johnson), le nouveau gouvernement péquiste est majoritaire. Le nouveau premier ministre, Jacques Parizeau, annonce peu de temps après son élection qu'il a l'intention de déclencher un référendum sur la question de la souveraineté du Québec. En prévision de ce grand plébiscite, il met sur pied des commissions régionales sur l’avenir du Québec visant à sonder l’opinion de la population sur la questionDécret 1-95 du 11 janvier 1995, CONCERNANT les commissions sur l’avenir du Québec, dans la Gazette officielle du Québec, 1er février 1995, no 5, partie 2, p. 435. .
Après l’élection du PQ, des discussions s’engagent rapidement entre des organismes de la société civile à l’effet de mettre sur pied une table de concertation nationale au sujet de la souveraineté. Plusieurs de ces organismes joignent bientôt leurs forces au sein des Partenaires pour la souverainetéVincent Marissal, « Le OUI se préparait bien avant l'annonce de 'l'astuce », Le Devoir, 9 mars 1995, p. A1. .
Les Partenaires pour la souveraineté annoncent leur formation lors d'une conférence de presse le . Le journaliste du Devoir Pierre O’Neill rapporte alors que les Partenaires forment une nouvelle table de concertation déterminée à devenir « un interlocuteur majeur dans le débat sur l’avenir du Québec »Pierre O’Neill, « Le OUI ébauche son parapluie », Le Devoir, 21 janvier 1995, p. A8; « Le parapluie du oui pour le référendum », La Tribune, 21 janvier 1995, p. D10; « Naissance d’une coalition souverainiste », Le Soleil, 21 janvier 1995, p. A10.. O’Neill spécifie que la nouvelle coalition, insatisfaite du modèle des commissions référendaires régionales, demande au gouvernement Parizeau de mettre sur pied une « nouvelle instance nationale à leur mesure ». Enfin, le journaliste note que les Partenaires ont profité de leur conférence de presse pour inviter tous les organismes qui croient à la souveraineté à joindre leurs rangs, et pour annoncer la formation de comités d’experts qui consacreront leurs travaux aux thèmes de l’économie, de la culture, de l’éducation, des politiques sociales et du respect des droitsPierre O’Neill, « Le OUI ébauche son parapluie », Le Devoir, 21 janvier 1995, p. A8; « Coalition pour le oui », La Presse, 21 janvier 1995, p. A21. . Les résultats de ces travaux devront être colligés dans des rapports qui seront éventuellement publiés et diffusés afin de nourrir l’argumentaire souverainiste.
Participent à cette conférence de presse des porte-paroles d’influence tels que Lorraine Pagé, de la Centrale de l’enseignement du Québec (CEQ), Gérald Larose, de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Clément Godbout de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) et Louise Laurin du Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ).
Les débuts des Partenaires pour la souveraineté
« Huit femmes... un huit mars » À l’occasion de la Journée des femmes du , huit des porte-parole féminines des Partenaires pour la souveraineté signent une lettre publique dans la section « Opinions » du journal La Presse. La publication de cette lettre marque la première véritable percée des Partenaires pour la souveraineté dans l’espace public. Elle établit aussi clairement les positions féministes et sociales-démocrates des Partenaires, et préfigure à cet égard l’Opération porte-voix qui sera mise en branle au mois de .
Les signataires rappellent d'abord à leurs lecteurs et lectrices que les femmes forment plus de la moitié de l’électorat québécois, et qu’elles auront bientôt à se prononcer sur la place du Québec au sein du Canada: « Cinquante ans après qu'elles ont (sic) obtenu le droit de vote, elles se retrouvent [...] confrontées, en tant que citoyennes à un choix déterminant pour l'avenir de leur collectivité. Elles représentent 52% de l'électorat, plus de la moitié donc, et à ce titre détiennent un pouvoir indiscutable ».
Prenant résolument le parti de la souveraineté, les signataires enjoignent les femmes québécoises d'intégrer massivement le débat public de façon à mettre de l’avant les valeurs de courage, de volonté et de détermination qui les caractérisent. Elles inscrivent ainsi le projet souverainiste dans la lignée des grands projets d’émancipation de l'époque contemporaine, et présentent leur option pas comme une fin en soi, mais bien comme un moyen de créer une société plus juste et ouverte sur le monde :« Les huit signataires de cette lettre ont déjà fait leur choix. Elles sont souverainistes. Inutile de dire qu'elles accueilleraient avec joie un vote majoritaire des femmes du Québec en faveur de la souveraineté. Toutefois, elles comprennent que, pour arriver à ce résultat, de longues discussions restent à venir. […] Cette journée du huit mars 1995 nous permet à nous, femmes engagées à promouvoir la cause des femmes, de dire publiquement que nous misons sur la capacité des femmes du Québec de s'assurer qu'on intègre au présent débat des mots qui en sont désespérément absents, les mots courage et générosité et surtout les attitudes qui en découlent et dont elles peuvent oser prétendre, à l'instar de milliers de femmes de tant d'autres pays, qu'elles ont caractérisé tous les combats qu'elles ont menés. […] Le projet de souveraineté du Québec se doit d'être un projet essentiellement généreux, un projet qui s'inscrit à l'intérieur des grands mouvements d'émancipation des peuples parvenus à maturité. Des peuples qui ont non seulement à cœur de s'épanouir dans une société libre de vivre à haute voix au lieu de murmurer son existence mais qui de plus établissent sciemment des priorités qui vont dans le sens du bien commun. Les porteurs de ce projet auraient donc intérêt à inscrire la générosité en lettres d'or à l'ordre du jour de leurs préoccupations. »« Huit femmes... un huit mars », La Presse, Opinions, 8 mars 1995, p. B3.Les signataires de la lettre « Huit femmes… un huit mars » sont Stéphanie Venne, porte-parole du Mouvement étudiant pour la souveraineté; Jennie Skene, présidente de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec; Lorraine Pagé, présidente de la Centrale de l’enseignement du Québec; Louise Laurin, présidente du Mouvement national des Québécoises et Québécois; Françoise Laliberté, du Mouvement Action Chômage de Montréal; Danielle-Maude Gosselin, présidente du Syndicat de la fonction publique du Québec; Nicole Boudreau, porte-parole de Partenaires pour la souveraineté; et Lise Blais, coordonnatrice de Solidarité populaire Québec.
Dépôt du mémoire des Partenaires pour la souveraineté à la Commission sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec vignette|321x321px|Le premier ministre du Québec Jacques Parizeau. Le gouvernement de Jacques Parizeau établit une Commission sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec en , possiblement sur la recommandation des Partenaires pour la souverainetéDécret 343-95 du 22 mars 1995, CONCERNANT la Commission nationale sur l’avenir du Québec, dans la Gazette officielle du Québec, 12 avril 1995, partie 2, p. 1631. . Les travaux de cette commission de grande envergure, dont la présidence est confiée à l’ex-ministre conservatrice Monique Vézina, doivent compléter ceux effectués par les 18 commissions régionales créées quelques mois plus tôt.
À la fin , les Partenaires pour la souveraineté sont le dernier des 48 groupes et organismes entendus par la Commission sur l'avenir politique et constitutionnel du QuébecAndré Bellemare, « Ultime offensive pour la souveraineté. La dernière journée d'audience est accaparée par les groupes souverainistes », Le Soleil, 29 mars 1995, p. A6; André Bellemare, « Monique Vézina: une maturité collective qui n'existait pas en 1980 », Le Nouvelliste, 29 mars 1995, p. 10. . Le dépôt de leur mémoire, rédigé par l'écrivaine Hélène Pedneault et intitulé Vivre à haute voix au lieu de murmurer notre existence, génère un certain intérêt dans les médiasRéférendum Express, vol. 2, no 5, 31 mars 1995, p. 1. . Le journaliste du Soleil André Bellemare rapporte ainsi que les Partenaires, dignement représentés par leur porte-parole Nicole Boudreau, « [ont] fermé la marche avec un message d'espoir pour les tenants de la souverainetéAndré Bellemare, « Dernière journée des audiences de la commission nationale. Ultime offensive en faveur de la souveraineté », Le Nouvelliste, 29 mars 1995, p. 10. ». Bellemare ajoute que les Partenaires ont la ferme intention de multiplier les gestes rassembleurs visant à « entraîner la population québécoise dans [leur] sillage ». Le journaliste du Toronto Star, Robert McKenzie, note quant à lui que les Partenaires sont prêts à amorcer une vaste campagne d'information et de mobilisation, que le référendum ait lieu au printemps ou à l'automneRobert McKenzie, « PQ planning propaganda blitz Coalition adding own information campaign », Toronto Star, 29 mars 1995, p. A10. .
Rencontres avec Jacques Parizeau et Lucien Bouchard À la suite du dépôt remarqué de leur mémoire à la Commission sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec, les Partenaires pour la souveraineté entreprennent des démarches pour obtenir une première rencontre officielle avec les ténors du mouvement souverainiste. C'est finalement au début du mois d' qu'une vingtaine de membres des Partenaires rencontrent le premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, ainsi que le chef du Bloc québécois, Lucien BouchardMario Fontaine, « Les 'Partenaires pour la souveraineté' voient dans la bisbille une occasion de clarification », La Presse, 12 avril 1995, p. B1.. gauche|vignette|210x210px|Lucien Bouchard est le chef du Bloc québécois pendant la campagne référendaire de 1995