La crise du système monétaire européen de l'été 1993 est une crise économique qui a eu lieu sur les marchés financiers et plus particulièrement le marché des changes, dans le sillage de la crise du système monétaire européen de 1992. Elle a eu comme effet l'élargissement de la bande de fluctuation des monnaies du SME, qui est passé de 2,25 % à 15 %, modifiant totalement le SME.
Cette crise a contribué à la célébrité du financier George Soros, qui dirigeait un important fonds spéculatif et a ouvertement déclaré dans les médias qu'il spéculait sur les monnaies, en particulier contre le franc français, lors d'une interview par la chaîne de télévision TF1.
Contexte La hausse brutale des dépenses publiques causée par la réunification allemande a généré de l'inflation dans le pays. Pour la juguler, la Banque fédérale d'Allemagne relève fortement ses taux directeurs, ce qui a pour inconvénient de pénaliser la croissance des dépenses et investissements et les capitaux des investisseurs européens sortent des pays où ils étaient placés afin d'être placés en Allemagne, où la rémunération est devenue plus élevée, au détriment des monnaies des autres pays, qui pour les défendre se sont mis à relever leurs taux directeurs encore plus haut que l'Allemagne, déprimant leurs propres économies, qui ne connaissaient pourtant pas l'inflation comme en Allemagne.
La crise du système monétaire européen de 1992 avait vu le Royaume-Uni, contraint, par la pression du marché, à retirer la livre sterling du système monétaire européen (SME), l'Italie effectuant la même chose le lendemain après avoir été attaquée au même moment, tandis que les monnaies de trois pays membres du SME, l'Espagne, l'Irlande et le Portugal, ont été fortement dévaluées le même jour, de même que les monnaies scandinaves au même moment.
Cette crise de 1992 et ses résultats jugés « étonnants » par les économistes, mais aussi le fait que le décrochage de la lire mette fin anticipations de dévaluation"Italie : rigueur sans récession ?" par Hélène Harasty, du département d'économétrie de l'OFCE, et Jacques Le Cacheux, Département des études de l'OFCE, dans Observations et diagnostiques économiques n°48, en janvier 1994 , a eu une influence sur le déclenchement de la crise de 1993.
Après les niveaux records du second semestre 1992, le taux d'escompte italien a été réduit sept fois, passant de 12 % à 8,5 % entre janvier et . Le décrochage de la lire, en mettant fin aux anticipations de dévaluation, ce qui a permis une réduction du différentiel de taux d'intérêt avec l'Allemagne. Les taux courts comme les taux longs ont chuté de plus de trois points par rapport à leur niveau d'avant la crise du SME, atteignant, en , 8 % pour les taux longs et 7,5 % pour les taux courts, soit un différentiel avec l'Allemagne revenu à respectivement 1 et 2 points.
Déroulement Prémices en janvier 1993 Les attaques spéculatives contre le franc reprennent dès , peu après qu'Helmut Schlesinger ait évoqué fin 1992 une diminution de l'inflation en Allemagne en 1993, réveillant des espoirs ensuite rapidement déçus de baisse des taux en Allemagne"HELMUT SCHLESINGER FAIT MONTER LE MATIF", Les Échos le 24 déc. 1992 mais s'intensifient surtout à l'été 1993« Une crise qui rappelle celle de 1992-1993 » 15 février 2010 par Jean-Marie Pottier, le 11 février 2010 dans Challenges . Entre temps, en , l’Irlande consentit à dévaluer sa livre de 10 % puis en mai la peseta et de l’escudo sont de nouveau dévalués, de 8 % et 6,5 % respectivement, soit quatre nouveaux réalignements depuis , en neuf mois seulement. Mai 1993, nouveau gouvernement d'Édouard Balladur À partir de , le nouveau gouvernement d'Édouard Balladur refuse d'augmenter ses taux d'intérêt et réclame plutôt, dans l'esprit de l'interview Helmut Schlesinger en , que l'Allemagne fasse , ce qui se heurte à un veto des Pays-Bas et de la Belgique, aux monnaie très liées au mark.
Discours du 16 juin de Philippe Séguin Dans un discours du , Philippe Séguin, président de l'Assemblée nationale appelle à faire de l'emploi l'objectif prioritaire de l'action du gouvernement, en dénonçant « la surévaluation absurde des monnaies européennes tirées vers le haut par la réunification allemande » et en se réjouissant d'une « convergence de plus en plus forte » en faveur d'un « très important réalignement des parités monétaires. » Un appel qui « devrait gagner en puissance au fil des mois qui viennent », en raison de « la récession qui se prolonge » et du « chômage qui s'aggrave », renforçant « la tentation de rompre avec la politique Bérégodur pratiquée de façon ininterrompue depuis », commente François Lenglet dans L'Express« SEGUIN CONTRE BALLADUR », par François Lenglet dans L'Express le , en observant que le Premier ministre Édouard Balladur devra bien « changer de politique », car il n'a pas le soutien réel d'un groupe parlementaire RPR de « plus en plus partagé. » Philippe Séguin estime que les Français sont victimes des chimères monétaristes de gouvernants qui auraient sacrifié l'emploi à la politique du franc fort et au libre-échange mondial et fait le pronostic de 5 millions de chômeurs si rien ne change. Attaques contre le franc de juillet Les attaques contre le franc qui démarrent début juillet sont « une dizaine de jours » après jugées comme une spéculation « tout à fait atypique » par la presse car « la sortie du franc » du SME serait un pari « contre toute logique », voire une « tempête dans une tasse de théLe Monde du 18 juillet 1993. « Les attaques contre le franc Une crise pas comme les autres » », en raison de via un entretien au Figaro, mais Le Monde du juge cependant « très curieux et très significatif » que les étrangers décident d'« acheter massivement des emprunts d'État français dans l'espoir d'une baisse prochaine des taux » d'intérêt. Ces spéculations s'expliqueront, avec le recul, de la politique française face à la forte dégradation de la situation de l'emploiArticle de Marie-France BAUD-BABIC dans l'Encyclopædia Universalis .
Une semaine après, la presse annonce une « troisième bataille du franc », avec des autorités monétaires françaises et allemandes ressortant l'arsenal défensif des crises de et , censé gagner une troisième fois, en particulier la montée des taux d'intérêt à court terme dans « une fourchette de 12% à 15% » face à une spéculation « généralisée à l'ensemble des devises du SME », à part la lire et la livre qui se sont au contraire légèrement raffermies« Le SME, cible des attaques contre le franc », dans le quotidien Les Échos le 26 juillet 1993 . Le quotidien Les Échos du observe cependant que « les grandes manœuvres » des banques centrales « ont toutes les chances d'encourager un renforcement des pressions » spéculatives » et le ministre de l'Économie Edmond Alphandéry déclare au Monde, que la spéculation serait « jugulée sans toucher aux autres taux directeurs. »
Cette crise du système monétaire européen de l'été 1993, voit le cours de l'or s'envoler en raison de son statut de valeur refuge, et il ne connaîtra pas une telle hausse avant 2003L'Express le 11/12/2003 à .
Décision du 2 août 1993 : les marges de fluctuation passent de 2,25 % à 15 % Le système est avec des marges de fluctuations plus qu'élargies, passant de ± 2,25 % à ± 15 %https://www.lesechos.fr/1994/12/les-douze-officialisent-le-maintien-a-15-des-marges-de-fluctuation-du-sme-894956 pour les monnaies des États , soit leur multiplication par plus que six, afin de , décision inattendue qui est apparue comme la fin du SME ou sa mise en parenthèse. Ce choix « ressemble beaucoup à une suspension, même provisoire, du système », observe Le Monde du Éditorial dans Le Monde du 3 août 1993 , en observant eux qui à droite s'étaient « prononcés pour une sortie du franc du SME seraient apparus », en cas d'échec c'est-à-dire de dévaluation du franc, « comme les grands triomphateurs ». L'attaque contre le franc des spéculateurs comme George Soros semble alors déjouée et ils auraient perdu cette fois de l'argent car il n'y a pas de dévaluation formelle« Les politiques doivent punir les marchés » par Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune, le 28 septembre 2011,.
Réactions politiques immédiates Les réactions politiques immédiates sont souvent très divergentes. Le président de la République François Mitterrand n'a pas commenté la décision"La crise du SME et les réactions du monde politique Le PS et l'UDF demandent la reprise de la marche vers la monnaie unique", dans Le Monde du 4 août 1993 , son Premier ministre Édouard Balladur ayant déclaré en conférence de presse s'être entretenu avec lui par téléphone « quatre ou cinq fois » dans la journée.
Jean-Pierre Chevènement, le PCF, Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers dénoncent un échec entraîné par la « logique » de Maastricht, traité qu'ils avaient tous les quatre appelé à ne pas ratifier. Au Parti socialiste, le porte-parole Jean Glavany rappelle et Élisabeth Guigou, qui avait joué un rôle important lors du maintien dans le SME dix ans plus tôt, s'inquiète que l'on perde .
D'ex-dirigeants politiques initiateurs du SME en 1979, comme Valéry Giscard d'Estaing et son partenaire allemand de l'époque Helmut Schmidt, dans un communiqué commun, souhaitent que l'on rétablisse « le plus rapidement possible « son » fonctionnement normal », appuyés par l'ex-premier ministre Raymond Barre, qui déplore un « coup d'arrêt brutal » donné au projet d'Union européenne.
Au RPR au contraire, on se réjouit que le compromis de Bruxelles permette une « nouvelle baisse des taux d'intérêt » et Jacques Chirac que la France s'apprête à « retrouver, dans la gestion de son économie, les libertés dont elle a besoin afin de lutter pour l'emploi », qui sera le thème de sa campagne lors de l'élection présidentielle de 1995.
Pus d'un an et demi après, en , au plus fort de la campagne, il prend violemment à partie le gouverneur de la Banque de France Jean-Claude Trichet, le présentant comme le symbole de cette "pensée unique" qu'il pourfend« La longue marche des dirigeants politiques français vers l'euro », par Laurent Mauduit le 31 décembre 2001, dans Le Monde le . Une fois élu, il mène, de l'Élysée, « au moins jusqu'au début de l'hiver 1995-1996 », une "véritable guérilla contre lui", lui reprochant de donner la priorité non pas à la croissance mais à l'arrimage du franc au mark.
Indépendance structurelle et légale de la Banque de France Peu après la crise, l'indépendance structurelle et légale de la Banque de France est votée par l'Assemblée nationale fin 1993 et entrée dans les faits en , mais cette décision jugée importante pour les investisseurs , car les marchés ont une mémoire « longue », même si le président François Mitterrand avait souhaité cette réforme inspirée du modèle allemand et à plusieurs reprises défendu les mérites de la politique du franc fort « L'évolution du franc ou les infortunes de la vertu », par Marie-Laure Cittanova et Philippe Mabille dans Les Échos le 17 mai 1995 , en ayant obtenu à gauche une quasi-unanimité sur la politique monétaire, et ce dès 1983, aucun gouvernement socialiste n'ayant plus dévalué ensuite. Cette politique est voulue et appuyée par une nouvelle génération de fonctionnaires, dont le directeur du Trésor Jean-Claude Trichet devenu gouverneur de la Banque de France lors de l'indépendance de cette dernière en 1994.