Herbert Graf, né le à Vienne, Empire austro-hongrois, et mort le , à Genève, est un directeur de théâtre et metteur en scène d'opéra, auteur d'ouvrages sur l'opéra. Connu en psychanalyse comme « Le Petit Hans », il est le premier enfant analysé sous le contrôle de Sigmund Freud.

L' « analyse » du petit garçon par son père, Max Graf, sous la conduite de Sigmund Freud, se déroule de janvier à mai 1908. Elle est publiée en 1909 dans le Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschungen sous le titre original Analyse der Phobie eines fünfjährigen Knaben. La première traduction française du texte en 1928 par Marie Bonaparte, sous le titre Analyse d'une phobie chez un petit garçon de cinq ans (Le petit Hans), est reprise dans le recueil intitulé Cinq psychanalyses paru en 1935 chez Denoël & Style. C'est à partir de cette première « analyse d'enfant » que Freud confirme ses théories de la sexualité infantile et qu'il montre comment la phobie, liée au complexe d'Œdipe, s'organise à partir du complexe de castration et autour de la différence des sexes.

L'identité du « Petit Hans » de Freud est révélée en 1972, avec la parution des « Mémoires d'un homme invisible » (Memoirs of an Invisible Man), quatre interviews accordées par Herbert Graf au journaliste Francis Rizzo. Herbert Graf, au cours d'une brillante carrière artistique, est connu quant à lui pour avoir « inventé » le métier de metteur en scène d'opéra. Il a également eu une intense action pédagogique et il a milité en faveur de l'élargissement de l'accès à l'opéra pour toutes les classes sociales.

La phobie du « petit Hans »

thumb|left|upright=0.7|Sigmund Freud, par Max Halberstadt, en 1909. Herbert Graf, né le à Vienne et mort le à Genève, est du « petit Hans ». , écrivent Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, .

L' « analyse » du petit garçon par son père, sous le contrôle de Freud, se déroule de janvier à mai 1908Alain Rauzy, « Notice » pour Sigmund Freud, « analyse de la phobie d'un garçon de cinq ans », dans OCF.P IX : 1908-1909, Paris, PUF, 1998, , .. Freud, qui a écrit l'histoire du « petit Hans » en , la publie sous le titre Analyse de la phobie d'un garçon de cinq ans (Analyse der Phobie eines fünfjährigen Knaben) en février 1909 dans le premier numéro du Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschungen, nouveau périodique dont Freud et Bleuler sont les directeurs, Jung le rédacteur en chef. Le texte, traduit en français pour la première fois par Marie Bonaparte, paraît en 1928 dans la Revue française de psychanalyse sous le titre Analyse d'une phobie chez un petit garçon de cinq ans (Le petit Hans) ; il est repris dans la même traduction en 1935 dans S. Freud, Cinq psychanalyses chez Denoël & Style.

Selon François Perrier, cette observation que Freud publie en 1909 est François Perrier, . : pour Freud en effet, la phobie de Hans est liée au conflit œdipien et s'organise à partir du complexe de castration, lié lui-même à la différence des sexes. Veronica Mächtlinger considère que c'est la première « analyse d'enfant », à partir de laquelle Freud a élaboré ses théories de la sexualité infantile.

L'« analyse » de Hans (1908-1909) Max Graf, le père de « Hans », est un proche de Freud, et sa femme, la mère de Hans, avait été en analyse chez Freud ; tous deux participent aux réunions de la Société du mercredi. Max Graf avait adressé à Freud des comptes rendus sur la façon qu'avait son jeune fils de s'intéresser au sexuel, à son corps et à celui des autres, un intérêt centré sur la différence des sexes. Les notes de Max Graf dans son observation de l'enfant sont prises dès l’âge de trois ans de celui-ci. Et ce n’est qu’à quatre ans et neuf mois que Hans présente sa phobieÉric Laurent, « Le petit Hans et son « fait-pipi » », La Cause freudienne, 2006/3 (), . DOI : 10.3917/lcdd.064.0027. .

Le « fait-pipi » (Wiwimacher) Hans est préoccupé par son « fait-pipi » (WiwimacherD'après la notice des OCF.P, le mot Wiwimacher est vraisemblablement forgé par Hans, sans doute à partir de wiescherln, « uriner », dans le langage autrichien enfantin.), il demande à sa mère si elle en a un aussi, il en attribue un à la vache que l'on trait, à la locomotive qui lâche de l'eau, au chien, au cheval, mais ni à la table, ni à la chaise. Sa mère le surprend à se livrer à des attouchements sur son pénis et le menace s'il continue, ce qui n'entraîne encore aucun sentiment de culpabilité mais, note Freud, . Hans, qui poursuit ses explorations en s'enquérant de savoir si son père possède, lui aussi, un « fait-pipi », s'étonne que sa mère, adulte, .

La naissance d'Anna La naissance de sa sœur Anna en , lorsque Hans a trois ans et demi, va constituer . Comme il semble d'une part accréditer la fable de la cigogne qui apporte des bébés, mais porte attention d'autre part à la trousse du médecin et aux cuvettes d'eau sanglantes dans la chambre de la parturiente, il fait montre ainsi, remarque Freud, de . Le père de Hans rapporte que l'aversion du petit garçon et qui n'a pas tout à fait disparu tout en étant en partie surcompensée par une tendresse exagérée, lui a fait exprimer plusieurs fois le désir suivant : . Comme l'explique Jean-Michel Quinodoz, Hans a compris qu'Anna se trouvait dans la grande caisse en question et qu’elle en est sortie comme un « lumpf »D'après la notice des OCF.P, le mot Lumpf [prononcer « loumpf »], inventé par Hans pour désigner les selles, pourrait être une déformation de Strumpf [prononcer « Stroumpf] », « bas » ou « chaussette ». (mot de Hans pour désigner les selles). Hans mettra environ six mois à surmonter sa jalousie et à se convaincre de sa supériorité en matière de « fait-pipi » vis-à-vis de sa petite sœur dont il constate au bain de cette dernière que son fait-pipi deviendra plus grand quand Anna grandira. Freud relève des manifestations d'autoérotisme, suivies peu après d'un , avec de l'inconstance, une prédisposition à la polygamie, tandis que se présentent également des traits d'homosexualité : , écrit-il. À la suite de toutes sortes d'émois amoureux et d'un rêve fait à 4 ans et demi, traduisant le refoulement désormais du désir de se livrer à l'exhibitionnisme devant des petites filles comme cela lui était arrivé l'été précédent, la période se clôt pour Hans en train d'assister à nouveau au bain d'Anna, sur la reconnaissance de la .

Début de la phobie des chevaux (la « bêtise ») C'est alors qu'il commence de souffrir d'une phobie importante (à situer dans le registre d'une névrose infantile) : il refuse de quitter la maison et d'aller dans la rue, où il a peur d'être mordu par un cheval. Or, avant l'éclosion de cet état anxieux, Hans a fait un « rêve de punition », explique Freud, , rêve qui fait écho à l'été précédent, lorsque sa mère le prenait dans son lit chaque fois qu'il manifestait de l'anxiété et quand son père était absent. Hans, au moment d'une nouvelle crise d'angoisse à l'idée de la promenade du lendemain et , avoue à sa mère un soir qu'il ne parvient qu'imparfaitement à cesser, comme elle le lui demande, de . Commentaire de Freud : . Il faut distinguer en effet la phobie de l'angoisse : tandis que la tendresse croissante pour la mère exprime une aspiration libidinale refoulée à laquelle répond l'apparition de l'angoisse, cette transformation irréversible de la libido en angoisse . Freud conseille au père de dire pour l'instant à Hans que et, ajoutent Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, que . Il suggère par ailleurs au père d'entreprendre l'initiation sexuelle de l'enfant pour que celui-ci admette que .

La grande girafe et la girafe chiffonnée Un peu plus tard, la phobie va s'étendre à tous les grands animaux (girafes, éléphants, pélicans). Pour Freud, cette peur des grands animaux renvoie Hans à son insatisfaction concernant la dimension actuelle de son pénis. Le petit garçon rend compte un matin de son incursion nocturne dans le lit de ses parents . Freud interprète que le « s'asseoir » sur la girafe chiffonnée représentant les organes génitaux féminins indique (la grande girafe qui représente le grand pénis paternel), en même temps que ce défi recouvre la crainte que la mère trouve le « fait-pipi » de l'enfant .

La visite de Hans au Professeur Freud Le , rapportent Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, . Freud en effet , précise Veronica Mächtlinger. Il a compris que les détails effrayants dans l'apparence des chevaux (le ) désignent les binocles et la moustache de son père. Hans remarque alors : . L'explication donnée par Freud à Hans est que celui-ci .

Après cet entretien, une amélioration se fait sentir. L'enfant, qui peut maintenant nommer ses craintes, manifeste, au cours d'une conversation avec son père, sa peur (il avait réellement assisté à une telle scène, un jour où, malgré sa « bêtise », il était allé se promener avec sa mère). La phobie se déclare lorsque l'angoisse, qui n'avait rien à voir à l'origine avec les chevaux, se transpose sur ces animaux, : Hans, plus petit, avait une passion pour les chevaux, avait vu un camarade tomber de cheval et se souvenait de l'histoire d'un cheval blanc susceptible de mordre les doigts. Il avait désiré et craint à la fois que son père tombât ainsi, qu'il soit mort, ce qui lui aurait permis d'avoir accès à la possession de sa mère en dépit d'une comparaison peu avantageuse pour lui. À partir de là, et même si la peur des chevaux persiste, Hans se montre plus libre avec son père, veut même le mordre, .

Dénouement D'après Roudinesco et Plon, l'analyse prend dès lors un autre tour. La mère revient au premier plan par le biais de . Surviennent ensuite le . En insistant sur la juxtaposition de cette peur de la baignoire avec les fantasmes excrémentiels, qui renvoient à l'intérêt puis au dégoût de Hans pour les fèces (les « loumfs »), eux-mêmes reliés au plaisir qu'avait Hans d'accompagner sa mère aux toilettes, il apparaît à Freud que pour Hans, . Freud souligne à ce propos . En verbalisant de la sorte son souhait d'écarter son père et en reconnaissant son désir de posséder sa mère, Hans trouve toutefois un arrangement à la situation : . Et pour dédommager son père, il l'imagine marié avec sa propre mère, la grand-mère paternelle de Hans.

Dans un dernier fantasme, un plombier change le « fait-pipi » de Hans pour un plus grand, ce qui marque pour le petit garçon sa sortie de l'Œdipe et sa victoire sur sa peur de la castration.

Postface de Freud en 1922 Par la suite, rapporte Jean-Michel Quinodoz, Sigmund Freud perd de vue l’enfant ainsi que ses parents, mais dans une postface ajoutée en 1922, il raconte qu’il a reçu cette année-là la visite d’un jeune homme qui a déclaré . Heureux d’apprendre que , il apprend aussi qu'après coup, ses parents avaient divorcé et s’étaient remariés chacun de leur côté. Il constate enfin qu'Herbert Graf, jeune homme, .

Herbert Graf, le premier metteur en scène d'opéra

Ainsi s'exprime l'homme, Herbert Graf, qui Serge Bédère, « En passant par Hans, la trajectoire de Herbert : panorama sur la phobie », Figures de la psychanalyse, 2009/2 (), . DOI : 10.3917/fp.018.0133, ..

Jeunesse (1903-1925) thumb|upright=0.7|Max Graf vers 1920