Annemarie Schwarzenbach ( à Zurich - à Sils, Engadine) est une écrivaine, photographe, journaliste et aventurière suisse. Elle est une des « figures majeures de l’histoire culturelle suisse du ».. Ses archives ont été inscrites au Registre « Mémoire du monde » de l’UNESCO en 2025.

Biographie Enfance Annemarie Schwarzenbach naît à Zurich en . Elle est la troisième des cinq enfants d'Alfred Schwarzenbach (1876-1940) et de , née Wille (1883-1959).

Les familles Schwarzenbach et Wille n'appartenaient pas aux familles patriciennes zurichoises, mais elles cherchaient à s'y faire une place. Les Schwarzenbach sont une famille d’industriels suisses ayant fait fortune grâce à leurs nombreuses usines de tissage de la soie réparties dans le monde. Grand mécène culturel, Robert Schwarzenbach (1839-1904), le père d'Alfred, était aussi un réactionnaire qui s'opposa vigoureusement à l'instauration d'assurances sociales en Suisse. La mère d'Annemarie, Renée, est la fille de Clara von Bismark (1851-1946), d'origine aristocratique, et de Ulrich Wille (1848-1925), militaire de carrière, issu d'une famille bourgeoise et cultivée et qui fut nommé général suisse au moment de la Première Guerre mondiale.

Études, amitiés et premières publications En rupture avec les positions réactionnaires de sa famille, Annemarie Schwarzenbach ne songe qu'à s'en libérer.. À partir de 1927, elle étudie l'histoire et la littérature à Zurich ainsi qu'à Paris et commence à collaborer avec la presse suisse.

En 1930, elle se lie d'amitié avec Klaus Mann et Erika Mann., les enfants de Thomas Mann, et entretient une longue liaison avec cette dernière. Elle les soutient activement dans leur lutte contre le nazisme.

En 1931, à l'âge de 23 ans, elle obtient un doctorat et publie son premier roman, Les Amis de Bernhard. Elle se lie également d'amitié avec Claude Bourdet, fils de Catherine Pozzi et futur résistant, avec lequel elle entretiendra une longue correspondanceOn ne connaît que les lettres d'Annemarie à Claude Bourdet, les lettres de ce dernier ayant été détruites par la mère d'Annemarie après sa mort..

Durant l'été 1931, elle rédige des textes pour le volume consacré à la Suisse de la série des guides touristiques des éditions Piper.

En septembre, elle s'installe à Berlin, où elle réside jusqu'à l'été 1933. C'est durant cette période qu'elle écrit notamment Nouvelle Lyrique (paru en 1933), et Le Refuge des cimes (Flucht nach oben). C'est également à Berlin, à l'automne 1932, qu'elle commence à consommer de la drogue, en particulier de la morphine, à laquelle elle est initiée par les enfants Mann et qu'elle se procure en partie auprès de Mopsa Sternheim.

Die Sammlung Farouchement opposée à la prise de pouvoir des nazis, Annemarie Schwarzenbach cherche, durant le printemps 1933, à donner une forme à son engagement. Elle a alors l'idée de la création d'une revue littéraire qui offrirait une visibilité aux écrivains et écrivaines engagées contre la montée des fascismes en Europe. Elle soumet l'idée tout d'abord à son ami Claude Bourdet, puis à Klaus Mann. C'est ce dernier qui finalement assure seul la direction de cette revue qui paraîtra sous le titre de à Amsterdam entre et . Les pressions familiales ont peut-être eu raison de sa pleine implication dans ce projet qui était le sien, toujours est-il qu'elle apporte un soutien moral et financier indéfectible à cette revue.

Premiers reportages et fouilles archéologiques En mai 1933, Annemarie Schwarzenbach fait un premier voyage en tant que journaliste sur proposition avec la photographe Marianne Breslauer, rencontrée à Berlin. Ce court voyage se déroulera en Espagne, entre Barcelone et Pampelune à bord de la voiture d'Annemarie Schwarzenbach. Cela donnera lieu à plusieurs articles pour la NZZ ou la Zürcher Illustrierte de .

Forte de cette première expérience, elle négocie de nouveaux contrats journalistiques pour un grand voyage au Moyen-Orient qui l’amènera en sept mois via la Turquie, à Beyrouth, Damas, Jérusalem, Bagdad et enfin à Téhéran. Elle entame celui-ci le en montant dans l'Orient-Express à Genève. L'un des buts du voyage est de s'initier aux travaux archéologiques de terrain, ce qu'elle fera en particulier en Syrie près d'Alep. Elle rencontrera les archéologues Henri Seyrig et Daniel Schlumberger à Beyrouth, Leonard Woolley à Bagdad, et Erich Friedrich Schmidt en Perse. Elle est de retour en Suisse fin . Elle tirera de son carnet de voyage un livre intitulé Hiver au Proche-Orient (Winter in Vorderasien. Tagebuch einer Reise), qui paraîtra cette même année et dont les ventes seront décevantes.

Second séjour en Perse Après avoir assisté au premier congrès de l'Union des écrivains soviétiques à Moscou en compagnie de Klaus Mann en fin , Annemarie Schwarzenbach retourne à Téhéran en traversant l'Ossétie du Nord (dont elle photographiera la nécropole de ), Tbilissi et Bakou. Elle va participer aux fouilles archéologiques sur le site de l'ancienne cité de Rhagès, dirigées par l'archéologue Erich Schmidt pour le compte des musées de Boston et de Philadelphie. C'est à cette occasion qu'elle fait la connaissance d'Achille Clarac, diplomate français qui vient de prendre un poste à Téhéran et qu'elle épousera l'année suivante.

Die Pfeffermühle et Sils Mi-, Annemarie Schwarzenbach rentre en Suisse, où elle va devoir prendre immédiatement la défense du cabaret antifasciste Die Pfeffermühle (« Le moulin à poivre ») de son amie Erika Mann, basé à Zürich depuis 1933, qui subit une cabale de l'extrême droite, menée entre autres par son cousin James Schwarzenbach.

À partir de , Annemarie Schwarzenbach va bénéficier d'une maison pour écrire et recevoir ses amis. Ses parents louent pour elle une grande maison à Sils-Baseglia au bord du lac. Cette maison Jäger, (Jägerhaus), restera son lieu privilégié de résidence jusqu'à sa mort entre ses murs en 1942.

Troisième séjour en Iran et mariage vignette|Perse, 1935. Annemarie Schwarzenbach débarque le à Beyrouth, où l'attend son futur époux, Achille Claude Clarac, le secrétaire de la légation de France en IranNom officiel de la Perse depuis le de cette même année. Ils font le voyage ensemble en voiture jusqu'à Téhéran où, bien qu'étant tous deux homosexuels assumés, ils se marient le . Ce mariage s'est imposé à Annemarie Schwarzenbach comme la meilleure solution afin de ne plus être dépendante de ses parents.. Les Schwarzenbach auront désormais un gendre français et catholique, ce qui correspond à l'extrême inverse de leurs inclinaisons. Son mariage permet à Annemarie Schwarzenbach d'obtenir la nationalité française et un passeport diplomatique qui facilitera ses voyages. Elle perdra toutefois en conséquence son passeport suisse, conformément à la règle coutumière suivie par les autorités suisses à l'époque. Elle devra dès lors faire des demandes de permis de séjour pour demeurer en Suisse. Elle signera à partir de cette date ses articles des pseudonymes « Annemarie Clark » ou « Annemarie Clark-Schwarzenbach » afin, entre autres, de protéger la carrière diplomatique de son mari.

C'est durant ce séjour en Iran, au courant du mois de juillet, qu'elle met un point final à son manuscrit de recueil de nouvelles intitulé La Cage aux faucons (Der Falkenkäfig), qui ne trouvera toutefois pas d'éditeur. Les deux premières semaines du mois d'août se dérouleront sous tentes à 2500 mètres d'altitude, à la suite d'une invitation du couple à rejoindre des collègues diplomates anglais. C'est là que démarrera pour elle la rédaction de ce qui deviendra l'ouvrage La Mort en Perse (Tod in Persien), qu'elle finalisera à la fin de l'hiver en Suisse. En , elle rentre seule en Europe avec la promesse de retrouver l'année suivante son mari. Cela ne sera finalement le cas qu'à l'été 1937. En , Annemarie Schwarzenbach, consciente des dangers que représente pour elle sa consommation de drogue, suit une première cure de désintoxication dans la clinique du docteur Forel à Prangins.

Vacances et reportages aux États-Unis d'Amérique Entre mai et , Annemarie Schwarzenbach voyage avec Klaus et Erika Mann en voiture entre la France, l'Espagne et l'Italie, puis jusqu'à Sils. Le groupe fera une halte de deux semaines à Majorque.

Fin août, elle embarque seule au Havre pour les États-Unis. Elle y réalisera des reportages sur invitation de son amie photographe Barbara Wright. Ces reportages porteront en particulier sur les conditions économiques et l'évolution du mouvement ouvrier dans le Maine () et dans la région minière des Appalaches et à Pittsburgh (). Dans les articles qu'elle publiera de ce voyage, elle mettra en valeur les apports positifs de la politique du président Roosevelt et de saluera l'émergence du mouvement syndical dirigé par John L. Lewis. Cela sera aussi l’occasion pour elle de consulter les célèbres archives photographiques de la Farm Security Administration, qui ne manqueront pas d'influencer sa propre pratique.

Durant ce voyage, ses ports d'attaches seront soit à Washington (chez la mère de son amie), soit à l'hôtel Bedford de New-York, où logent de nombreux réfugiés juifs et allemands. Erika et Klaus Mann arrivent également en à New-York, où la troupe du Die Pfeffermühle, rebaptisée « Peppermill », doit donner une première représentation le et dont les représentations américaines seront un échec qui marquera la fin du cabaret. En , Annemarie Schwarzenbach rentre en Europe et retourne à Sils, où elle finalisera ses articles.

Reportages en Europe du Nord

À la fin du printemps 1937, Annemarie Schwarzenbach part en train pour une série de reportages en Europe du Nord. Elle traverse en premier l'Allemagne, où elle peut constater les dégâts induits par la politique nazie et ses émules. Elle poursuit par les pays baltes. Elle est frappée par le nationalisme, la xénophobie et l'antisémitisme largement répandus, sauf en Estonie, qui lui fait une meilleure impression. Fin mai, elle est à Moscou, où elle mène des recherches sur la vie de Lorenz Saladin, dont elle tirera l'ouvrage biographique Lorenz Saladin : Ein Leben für die Berge, qui paraîtra en 1938 et qui sera son meilleur succès en librairie. Elle rejoint ensuite Helsinski et par avion la Suède, où elle poursuivra ses reportages.

Elle passera une grande partie des mois de juillet et août à Sils avec son amie la photographie américaine Barbara Wrigth, mais aussi Klaus et Erika Mann, ainsi que Thomas Quinn Curtiss. Son mari Claude Clarac y viendra aussi quelque temps. Ils ne se retrouveront après cela que 5 ans plus tard, au Maroc.

Deuxième série de reportages aux USA Début , Annemarie Schwarzenbach est de retour à New-York. L'objectif est une série de reportages dans les États du Sud (Tennessee, Virginie, Alabama, Géorgie, Caroline du Nord et du Sud), à nouveau en voiture avec la photographe Barbara Wrigth. Elle y documentera la crise économique et la ségrégation raciale qui y règne. Elle y dénoncera le sharecrooping.

Anschluss et Tchécoslovaquie

Annemarie Schwarzenbach débarque du paquebot Île de France en Europe le au moment où les événements dramatiques se précipitent. Elle va couvrir en tant que reporter deux d'entre eux, l'Anschluss de l'Autriche en mars et la crise des Sudètes en septembre.

Le , 6 jours après l'Anschluss, elle part en voiture pour Vienne en « mission secrète » pour tenter d'apporter son soutien aux opposants antifascistes autrichiens en leur permettant de se réfugier en Suisse. Elle en profite pour faire des articles pour la presse. Avec le même besoin de témoigner, elle se rend à Prague par avion le pour couvrir la crise des Sudètes. Elle rentrera le 29 par un avion spécialement destiné au rapatriement des journalistes suisses au moment même de la Conférence de Munich.