Le timbre privé est un type de timbre émis par un service postal privé précédant ou complétant l'action de la poste officielle. Il peut également être émis afin de remplacer un service existant défaillant.

Le timbre est à l’origine une empreinte obtenue par la frappe d’une marque émanant de la puissance publique sur les papiers ou parchemins. Réservé depuis le à la taxation des actes susceptibles d’être produits en justice, le timbre a commencé par jouer un rôle fiscal, au point même que la redevance qu’il sert à recouvrer a pris le nom de « droit de timbre ». Jusqu’en 1840, ce timbre a toujours été fixe, c'est-à-dire frappé sur le feuillet taxé (papier timbré ou entier fiscal). Puis, lorsqu'à partir de cette date il a été étendu à la taxation des lettres, le timbre a revêtu, parallèlement à sa forme fixe maintenue et étendue à la poste (entiers fiscaux et postaux), la forme mobile, d’abord pour l’usage postal, puis pour la taxation fiscale de certains actes.

Par conséquent, de nos jours, le timbre qu’il soit fiscal ou postal, qu’il soit fixe ou mobile, revêt normalement un caractère public et non privé.

La collection des timbres privés, détachés ou sur documents, constitue une partie intégrante de l'histoire postale. Les « timbres-poste personnalisés » (TPP) proposés par la poste à ses usagers ne sont pas des timbres privés, mais des timbres officiels, sur lesquels la poste donne à ses usagers, sous certaines conditions, le choix de leur illustration.

Le problème des timbres privés ne se pose en principe pas en matière de timbres fiscaux. En effet, ceux-ci, destinés à lever une taxe ou un impôt, ne peuvent pas être privés, dans la mesure où il n’appartient pas aux particuliers de lever des taxes. Il existe cependant quelques exceptions à cette règle, notamment en France et surtout aux États-Unis : celle des timbres fiscaux semi-privés.

Dans les territoires encore dépourvus d'une poste officielle

Dans certains territoires nouvellement ouverts à la colonisation ce sont des timbres privés qui ont été mis les premiers en circulation quasi officielle par les compagnies à charte exerçant une fonction de souveraineté, les missionnaires, ou par les entreprises privées de transport.

Timbres des compagnies à charte

Sous l’Ancien Régime, la fonction de colonisation était fréquemment exercée par des compagnies commerciales privées, investies des prérogatives de puissance publique par une charte royale. C’est ainsi que la France se dote d’une Compagnie des Indes orientales et d’une Compagnie des Indes Occidentales. Le Portugal, les Provinces-Unies et l’Angleterre utilisent le même procédé. Mais, alors qu’en France, il fut aboli à la fin du et remplacé par l’administration directe, ce procédé est maintenu au et au début du dans certaines colonies anglaises ou portugaises qui émettent parfois leurs propres timbres.

En voici quelques-unes : La British South Africa Company de Cecil Rhodes, de 1890 à 1924 (future Rhodésie) ; L’Imperial British East Africa Company, de 1890 à 1895 (futur Kenya) ; La Compagnie de l'Afrique orientale allemande de Carl Peters en 1892 (Afrique orientale allemande) ; Et la , comme la , toutes deux portugaises (futur Mozambique), jusqu’à une date récente.

Ces compagnies privées émettent, pour les territoires soumis à leurs concessions, des timbres-poste qui revêtent donc un caractère privé. Ils ont été supprimés au fur et à mesure que les États colonisateurs prennent en main l’administration directe de ces territoires, et furent alors remplacés par les timbres coloniaux émis par les postes officielles.

À la différence des organismes précédents, l’Honourable East India Company qui a eu l'autorité sur l’Inde britannique jusqu’à la révolte des Cipayes, en 1857, n’a pas eu l’occasion d’émettre de timbres privés, car son service postal a été récupéré par la Couronne depuis 1837, c'est-à-dire bien avant l’invention du timbre-poste.

Timbres des missionnaires

Certains missionnaires, comme les missionnaires norvégiens à Madagascar, émettent pour leur poste privée les premiers timbres apparus dans l’île.

Ils interviennent parfois plus indirectement, comme en Ouganda ou à Hawaï, où les missionnaires protestants inspirent la première émission postale effectuée en 1851 par l’administration royaleCatalogue Scott spécialisé des États-Unis, chapitre « Hawaii ».

Les premiers timbres d'Ouganda créés en sont dactylographiés. On a conservé le nom de leur auteur, qui fut le révérend Ernest MillarRobson Lowe, Encyclopaedia, Vol. 2, Uganda.

Timbres des premières entreprises postales privées

Des entreprises postales privées ont parfois précédé la poste officielle : thumb|Timbre de l'American Letter Mail Co.

D'abord aux États-Unis, sur la côte est, où dès 1843, la Blood Co. suivie en 1844 par l'' de Lysander Spooner émettent, l'une 4 ans avant et l'autre trois ans avant les premiers timbres officiels des États-Unis (1847), leurs propres timbres privés pour leurs services de courrier entre Philadelphie, New York et Boston). Ensuite, pour la Californie et les territoires du Far West, où la Wells Fargo & Company se charge de la liaison des États-Unis avec les territoires non encore annexés de l’Ouest et de la côte du Pacifique, avant l’interconnexion des chemins de fer américains en 1869. Cette poste à cheval surnommée « Pony Express » emploie des cavaliers, des coureurs de prairie comme le Bill Cody, permettant ainsi, par un système de relais, la transmission en quelques jours du courrier entre le Pacifique et l’Atlantique (au lieu de deux mois par la voie maritime, via le cap Horn). Pour faciliter la rémunération de ses services, Wells Fargo émet des timbres pour les lettres jusqu’en 1865. Par la suite, elle continue à en émettre pour le transport des journaux jusqu’en 1888, ceux-ci n’étant pas concernés par les restrictions officielles établies en matière postale à partir de 1861.

Par ailleurs, toujours aux États-Unis, de nombreuses postes locales privées émettent des timbres pour les transports urbains entre 1840 et 1880, lorsque ceux-ci n’étaient pas assurés par la poste officielle. Le catalogue Scott spécialisé des États-Unis consacre à la nomenclature de ces émetteurs privés et de leurs timbres une trentaine de pages de trois colonnes en petits caractères.

Les timbres émis par ces postes portent le nom de leur directeur, ou celui des localités desservies. Ainsi, parmi les émetteurs privés de locaux les plus connus, signalons la Boyd’s, la Blood’s, la Hale & Co., la Hussey’s, la Chicago penny post, la Cincinnati City Delivery ou la St. Louis City DeliveryCatalogue Scott Spécialisé des États-Unis, chapitre « Local ».

Un autre cas similaire est à signaler en Afrique du Nord : à la suite de l'installation au Maroc de bureaux étrangers, et à leur exemple, diverses compagnies privées, à la suite de l’office Isaac Brudo, interviennent, de 1891 à 1909, pour se charger du transport du courrier sur divers trajets où celui-ci n'était pas encore assuré, ou mal assuré par une poste officielle. Leurs timbres sont évidemment des timbres privés ( Histoire postale du Maroc). A l'exemple de ces postes privées, et bien que plusieurs d'entre elles aient entretenu des liens d'affaires avec certains pays étrangers, les postes chérifiennes sont créées et développées à partir de 1892. Ces postes privées disparaissent par la suite, au fur et à mesure que leurs champs d’action sont pris en mains par les jeunes postes chérifiennes ou les bureaux étrangers.

Deux autres cas notables sont à mentionner, dans le Pacifique : celui de l’Australian New Hebrides Co. qui, assurant la liaison maritime entre ces îles et l’Australie (Nouvelle-Galles du Sud), émet en 1897 des timbres privés s'ajoutant aux timbres australiens, à cet effetAustralasian New Hebrides Company; celui des Central Pacific Coconut Plantations Ltd. qui émettent un timbre complémentaire de 5 cents à ajouter au timbre normal des îles Gilbert et Ellice, pour écrire à l'extérieurEncyclopédie de Robson Lowe, vol. 4, Asie.

Dans tous ces cas, les entreprises privées, loin de démembrer les prérogatives de la souveraineté étatique en matière postale, ont contribué à mettre en place les moyens concrets de permettre à celle-ci de fonctionner.

En complément de l'action de la poste officielle

Timbre des postes locales

Le monopole des postes n’a jamais valu que pour les territoires desservis par la poste officielle. Or, jusqu’au début du , les administrations postales de certains États comme celles d'Allemagne ou de Russie, n’assurent pas la desserte du courrier que de ville à ville. Aussi, pour prolonger l’action de leurs services jusqu’aux domiciles des usagers, des services postaux privés se sont parfois constitués pour livrer ou ramasser les lettres à domicile.

C'est notamment le cas dans l’Empire allemand, où de multiples postes locales privées ont vu le jour à partir de 1861, et pour la plupart émettent des timbres et entiers postaux purement privés, comme les postes locales de Strasbourg, Colmar, Mulhouse et Metz. Toutes ces postes sont supprimées à partir du , en application d’un texte du , et remplacées dans leur activité par la poste officielle.

De 1864 à 1883, certains hôtels suisses, comme le Bel Alp, le Rigi Kulm ou le Rigi Kaltbad, situés sur des hauteurs escarpées à distance des bureaux de poste officiels, émettent leurs propres timbres privés pour faire payer par leurs clients le transport de leur courrier jusqu'à ces bureaux.

En Chine aussi, de multiples postes privées furent créées, entre 1893 et 1897, dans onze villes, comme Amoy, Chefoo, Fou-Tchéou, Tchoung King, ou Nankin. Mises en place par des sujets britanniques, elles viennent compléter, mais aussi à l’occasion concurrencer, la poste officielle impériale. Elles émettent pour cela un nombre assez important de timbres-poste ou d'entiers postaux privés.

En Grande-Bretagne, des compagnies privées de distribution des circulaires et imprimés ("") fonctionnent de 1865 à 1867, et émettent leurs propres timbres dans des villes aussi variées que Glasgow, Aberdeen ou Londres. Mais leur activité ne dure pas, car la poste obtient leur suppression par une procédure conclue par des jugements en mai et . En Grande-Bretagne également, différents collèges de certaines universités émettent des timbres pour le port local du courrier : les services des universités d'Oxford (1871-1885) et de Cambridge (1883-1885) sont supprimés par une décision du Postmaster General de . Mais les postes locales qui durèrent le plus longtemps outre-Manche furent les Compagnies de Chemin de Fer qui pour faire payer le transport des colis et des journaux échappant au monopole utilisèrent leurs propres timbres de 1855 et 1906Encyclopédie de Robson Lowe, Vol.1, Europe, Railways stamps, College stamps, Circular Delivery Co.

Dans une période plus récente, plusieurs îlots britanniques parfois quasi inhabités, comme l’îlot de Jethou au large de Guernesey furent dotés de postes privées locales souvent fantômes. Citons cependant deux îles qui furent dotées de postes privées sérieuses : celle de Lundy, dans le canal de Bristol, depuis 1929 ; celle de Herm (40 habitants), non loin de Guernesey (mais quelque chaque été, en raison de ses plages), depuis 1949. Ces deux îles ont disposé, en effet, chacune d’une poste privée fonctionnant réellement, bien que modestement, et non uniquement utilisée à des fins philatéliques. À noter que le sérieux de la poste locale de Herm a été confirmé après coup, puisque, lors de sa suppression en 1969, les États de Guernesey, l'ont remplacé par un bureau de leur poste officielle.

D'autres postes locales privées ont également fonctionné et émis leurs propres timbres en Grande-Bretagne, dans les États confédérés d'Amérique, ainsi qu'en Scandinavie.