Charles Charles (1888-1977) est un sculpteur et médailleur français. Élève de Gabriel-Jules Thomas et Jean-Antoine Injalbert, il est principalement connu pour ses sculptures animalières et décoratives dans le style « Art déco », représentatives de l'esthétique stylisée typique des années 1920-1930.

Biographie

Une filiation tumultueuse Charles Charles, né Charles Julhe, voit le jour le Archives de Paris, Etat Civil, 4e arrondissement, Actes de naissance 1888, N° 307, Cote V4E 5616, Naissance de Charles Julhe au n° 11 de la rue du Temple à Paris 4e, puis s'installe avec sa mère, Mélanie Julhe, au 35 rue Galande, Paris 5e.

À sa naissance, sa mère couturière-boutonnière, veuve d’Alphonse Burckardt, ciseleur, a déjà perdu deux fillettes en bas âge issues de ce premier mariage. Lorsque Charles naît en , de père non dénommé, il est ainsi déclaré sous le nom de sa mère, Julhe, qui elle-même ne le reconnaît qu'en novembre de cette même annéeArchives de Paris, Etat Civil, 4e arrondissement, Actes de naissance 1888, N° 307, Cote V4E 5616, Reconnaissance par la mère Mélanie Julhe, le 28 novembre 1888.

Le père de l'enfant, Alexandre-Victor Charles, est à cette époque marié avec Cécile Quint, avec qui il a eu trois filles, respectivement en 1880, 1882 et 1883. Après la naissance de Charles, il a, avec Cécile Quint, un autre fils, Louis, né et décédé en bas âge en 1892. Charles a alors 4 ans.

Le , Alexandre-Victor reconnaît finalement Charles pour son fils, qui prend ainsi le nom de CharlesArchives de Paris, Etat Civil, 4e arrondissement, Actes de naissance 1888, N° 307, Cote V4E 5616, Reconnaissance par le père Alexandre Victor Charles, le 7 juin 1900, et divorce d'avec Cécile Quint sept ans plus tard. Par leur mariage célébré le , Alexandre-Victor Charles et Mélanie Julhe légitiment leur filsArchives de Paris, Etat Civil, 4e arrondissement, Actes de naissance 1888, N° 307, Cote V4E 5616, Légitimation par les parents à leur mariage, le 3 janvier 1911. Celui-ci a alors 23 ans.

Une famille tournée vers les arts Dans le Quartier du Marais, au 5 rue Charlot, Paris 3e où il vit, Charles bénéficie d'un environnement artistique majeur. Outre son père exerçant le métier de ciseleur en bijouterie, il côtoie, du côté maternel, sa tante et son oncle, frère jumeau de Mélanie, qui exercent ce même métier d'art. Sa demi-sœur, quant à elle, est relieuse à l'Imprimerie Nationale située à l'Hôtel de Rohan à Paris. Le beau-père d'Alexandre-Victor, Henri Quint, est sculpteur à Paris, rue de Montreuil, où Charles Charles installera son propre atelier quelques années plus tard.

Encouragé par sa famille, Charles s'inscrit le à l'École Nationale des Beaux-ArtsÉcole Nationale Supérieure des Beaux-Arts, service des collections, Paris - Registre matricule élèves hommes en peinture et sculpture (1894-1925). Archives 514 (page 118). Il a alors 19 ans. Ses professeurs « garants », auprès de qui il a étudié jusque là, sont Gabriel-Jules Thomas et Jean-Antoine Injalbert.

Les années militaires et les secousses de la Grande Guerre De 1909 à 1911, le jeune Charles effectue son service militaire, délaissant quelque peu l'atelier.

Dès son plus jeune âge, Charles est sensibilisé par sa mère à la cause animaleUn article paru dans l'Exelsior-Journal Illustré Quotidien, dans l'édition du 13 novembre 1912, page 6, révèle le caractère bien trempé de sa mère, qui n'hésite pas à protester par lettre auprès du Directeur de l'Imprimerie Nationale contre un comportement cruel du gardien de l'institution à l'encontre de son animal de compagnie. Malheureusement, elle est traduite par le gardien devant une chambre correctionnelle. Et après plaidoirie de l'avocat Pierre Laval qui défend la partie adverse, elle est condamnée, et doit s'acquitter d'une amende, ainsi que de frais de dommages et intérêts, notamment avec la toute jeune création de la Ligue de protection des animaux. Pour Charles, on se doit d'honorer les animaux. Cela sera une de ses principales sources d'inspiration dans ses sculptures. En témoignent ses représentations de lévriers, éléphants, tigres, ibex, canards, entre autres.

Le , Charles épouse Anne-Hélène Sinnen à Évreux, dans l'Eure. Il est alors dit ciseleur-bijoutier Archives Départementales de l’Eure, Etat Civil, Evreux, Actes de mariages 1912, Registre 2E 7811, N° 54, page 39 sur 109, Mariage de Charles Charles et de Anne Hélène Sinnen, le 6 mai 1912 à Évreux (Eure). Charles quitte alors le 5, rue Charlot et emménage avec sa femme au 82, rue de Montreuil.

Cette même année, il expose pour la première fois au Salon des artistes français. Il présente dans la section Gravure en médailles et pierres fines, un cadre contenant des médailles, l'une représentant un portrait, l'autre, un Christ selon HolbeinExplication des ouvrages de peinture, sculpture, architecture, gravure et lithographie des artistes vivants - 1er janvier 1912 - Salon des artistes français, page 381, n°4183.

Il expose une deuxième fois en 1914 une vitrine contenant une sculpture en plâtre intitulée Un singe aux lunettesExplication des ouvrages de peinture, sculpture, architecture, gravure et lithographie des artistes vivants - 1er janvier 1914 - Salon des artistes français, page 344, n° 3605.

En août de cette même année, à vingt-six ans, il doit répondre à l'Ordre de Mobilisation. En , sur la ligne de front à Bixechoote, en Belgique, il est blessé par balle à la cuisse gauche. Très vite, sa santé se dégrade, et dès 1916, il passe à la 23e section d'infirmiers. Réformé temporairement en , puis en 1919, il reçoit une pension d'invalidité dès 1920 pour sa blessure par balle. En 1922, son état général toujours très altéré et les conséquences de sa blessure lui valent l'obtention d'une pension permanente. Dorénavant, Charles doit composer avec des céphalées, une atonie gastro-intestinale et une cicatrice de « blessure en séton », ayant entraîné une amyotrophie de la cuisseArchives de Paris, Registres Matricules du recrutement, Classe 1908, Cote D4R1 1480 - Détail des services et mutations diverses.

Bilan : la Grande Guerre et ses conséquences ont entravé de façon certaine l'épanouissement de la carrière artistique du jeune artiste.

Au sortir de la Grande guerre, Charles exerce son art à Clermont-Ferrand au sein de la « Maison Charles Charles, Boiseries Meubles et Sièges - Achats Antiquités Commission », la plus ancienne maison de sculpture de Clermont-Ferrand, située Place du Terrail, anciennement sise rue ThomasLa période d'après-guerre est particulièrement difficile pour les affaires dans le domaine des arts. Les commandes de la maison de sculpture de Charles Charles à Clermont-Ferrand en pâtissent, avec de sérieuses conséquences financières, comme en témoigne une lettre datée du lundi 6 février 1922, à en-tête de sa maison, où Charles Charles réclame à un client le règlement impérieux d’une facture : Monsieur, Je viens de recevoir à l'instant vos deux consoles empire transformées de bois de frêne en acajou selon nos conventions. J'ai dû régler mon compagnon à la livraison deux cents francs net. Je vous serais reconnaissant de me régler aussi, comme vous avez coutume, car en ce moment nous sommes très serrés, les affaires n'allant presque plus […]. Avec le titre de « sculpteur expert », Charles Charles est « Conseiller Prud'homme, Membre du Jury d'Etat Départemental »

Ses années « Art déco » Il faudra attendre 1928 pour que Charles Charles expose de nouveau au Salon des artistes françaisSociété des artistes français - Exposition annuelle des Beaux-Arts - Catalogue du Salon de 1928 - Section Gravure en médailles et sur pierres fines, page 182, n° 3703. En 1928, il présente dans la Section Gravure en médailles et sur pierres fines un cadre contenant plusieurs médailles en bronzeDans ce cadre de médailles présenté en 1928, le Salon répertorie : Portrait de feu Christian Charles - Portrait de Marco Vergez - Portraits de Mlle Marguerite et M. Maurice Lachez - Têtes de Chien Berger allemand - Chien Bloodhound (Saint-Hubert) - Tigre assis - Portrait de Jacques Malarmey - Portrait de feu M. Vergez, maître d'armes - Laura (tête de Chien Greyhound), appartenant à M. Delaforge du Lévrier Club de France.

En 1930, Charles Charles expose à nouveau au Salon des artistes français une statuette de chien en plâtre, intitulée Skye-terrierExplication des ouvrages de peinture, sculpture, architecture, gravure et lithographie des artistes vivants - 1er janvier 1930 - Salon des artistes français, page 163, n°3355.

Durant cette période, il s'associe à des grands noms de la fonderie française, comme ceux de René Jean Patrouilleau au 5, rue Anastase, Paris 3e, Paul François Louchet, et Max Le Verrier, qui devient un ami proche. Tous trois éditeront ses œuvres signées, style « Art déco ». Pour la maison Patrouilleau, ce sera notamment une sculpture en bronze à patine brune, représentant des lévriers greyhounds en pleine course. Avec Paul François Louchet, ce sera, entre autres, un bronze à patine dorée, intitulé Les Canards.

Vers 1930, il collabore également avec Max Le Verrier, pour sa danseuse au cerceau, intitulée La Bayadère, en métal d'art patiné sur socle en marbre noir. On retrouve également à cette période, deux signatures de Charles Charles pour Max Le Verrier, éditeur, avec L'Appel et La Chevauchée.

En , il quitte son atelier du 82, rue de Montreuil à Paris et s'installe à Saumur, au 15, rue Gambetta. Sa carrière artistique se poursuit dès lors dans le Maine-et-Loire. Au sortir de la seconde guerre mondiale, il y est toujours domicilié.

Puis, il s'installe dans le sud de la France, où sa femme décède, à Aubenas en Ardèche, en 1975.

Il décède à Valence, dans la Drôme, le Archives de Paris, Etat Civil, 4e arrondissement, Actes de naissance 1888, N° 307, Cote V4E 5616, portant en mention marginale le décès de Charles Charles le 27 juin 1977, à Valence (Drôme).

Principales œuvres Principales œuvresCatalogues de maisons de vente spécialisées et de galeries d’antiquités, attestant de la présence des œuvres de Charles Charles sur le marché des arts décoratifs européens : Proantic, Art Research Paris, Thierry de Maigret, 1930.fr French Cab, 1stDibs, Daguerre, Olivier Doutebrente, Decomanic, Achille Antiquités, Gros et Delettrez, ArtDecoCollection : Sculptures animalières et décoratives « Art déco » La Bayadère : sculpture en métal patiné par C. Charles, vers 1930. Représente La Bayadère, personnage de ballet créé par Marius Petipa, danseuse orientale dansant avec un cerceau. Modèle édité par Max Le Verrier. Patine verte. Socle carré en marbre noir de Belgique. Signé C. Charles sur la base de la statue. Haut. 32 cm, Base  8x8 cm [Catalogue « Proantic »] La Chevauchée : sculpture en fonte d'art, alliage spécifique, de Max Le Verrier, représentant un cheval cabré avec une femme nue dans un grand drapé à patine nuancée verte et brune. Base en marbre noir de Belgique. Signature C. Charles. Editeur/fondeur Max Le Verrier. Époque vers 1930. Long. 63 cm, Haut. 51 cm, Prof. 16 cm [Catalogue « Proantic »] L'Appel : bronze Art Déco, épreuve en fonte d'art à patine verte, trompette en laiton doré, socle à gradins en pierre reconstituée. Représente un cheval cabré tenu par un homme à ses cotés avec une trompette. Epoque vers 1930. Fondeur Max Le Verrier. Haut. 47,5 cm Larg. 54,5 cm, Prof. 17 cm  [Catalogue « Art Research Paris »] Deux lévriers courant : bronze à patine brun-or signé en creux sur la terrasse. Représentent deux lévriers en plein course franchissant une haie. Fondeur Patrouilleau. Socle en marbre vert. Haut. 23,5 cm, Long. 56 cm [Catalogue « Thierry de Maigret »] Tigre : sculpture Art déco, représentant un tigre assis sur un socle en marbre. Signée C. Charles. Edition Max Le Verrier. Haut. 21 cm, socle : 15 cm x 11 cm [Catalogue « 1930.fr French Cab »] Sphinx : sculpture Art Déco signée C. Charles, sur socle en marbre vert, représentant un sphinx assis. Epoque 1930. [Catalogue « 1stDibs »]