La géographie des Hautes-Alpes est celle d'un pays de haute et moyenne montagne présentant à la fois des caractéristiques alpines avec ses hauts sommets enneigés couronnés de glaciers et des conditions climatiques méditerranéennes dans sa partie méridionale avec notamment un ensoleillement très élevé et des périodes de sécheresse estivale prolongées. Avec la barre des Écrins qui culmine à ) le département était considéré comme le toit de la France jusqu'à l'annexion de la Savoie qui a incorporé le massif du mont Blanc. Les Hautes-Alpes est le département dont l'altitude moyenne est la plus élevée de France : on y trouve la ville la plus élevée de France (Briançon) et le village le plus haut d'Europe (Saint-Véran). Un tiers de sa superficie est situé au-dessus de d'altitude, et un dixième au-dessus de .

D'une superficie de il est caractérisé par une géographie et une géologie particulièrement complexes. De manière générale l'altitude va en s'élevant en allant de l'ouest vers l'est. Dans sa partie nord on retrouve l'organisation relativement ordonnée des reliefs des Alpes du Nord avec successivement les Préalpes (Pays du Buëch et massif du Dévoluy), le sillon alpin (Champsaur), un massif cristallin central (Écrins), la zone intra-alpine (Briançonnais) et le massif cristallin interne (région située à la frontière avec l'Italie). Au sud l'architecture est complètement différente : les Préalpes prennent une direction est-ouest tandis que le massif cristallin disparait ce qui a permis le creusement de la cluse transversale de l'Embrunais par la Durance dans des nappes de charriage constituées de roches tendres. Ce fleuve a creusé une vallée qui traverse presque tout le département d'est en ouest et qui en constitue l'axe de communication principal.

Longtemps resté pauvre du fait de son caractère très montagneux, de voies de circulation naturelles limitées et d'une sécheresse relative, les Hautes-Alpes, contrairement aux départements des Alpes du nord (Isère, Savoie, Haute-Savoie), n'a pas bénéficié de la révolution industrielle. Aussi a-t-il subi un exode rural particulièrement important. À compter des années 1950 il a bénéficié à plein de l'expansion du tourisme de masse d'abord dans le domaine des sports d'hiver (ski) puis via le développement des séjours estivaux en montagne. Malgré cette nouvelle manne économique, les Hautes-Alpes reste le troisième département le moins peuplé de France ( en 2022) et sa densité est de par km. Il ne compte que deux villes : la préfecture Gap (environ 40000 habitants) et la sous-préfecture Briançon (environ 10000 habitants). Dans ce département pratiquement dépourvu d'industries et peu propice à l'agriculture, le secteur tertiaire représente 83% des emplois.

Situation

Le département des Hautes-Alpes est situé dans le sud-est de la France et fait partie de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Il est bordé à l'est par l'Italie, à l'ouest par le département de la Drôme, au nord par l'Isère et la Savoie et au sud par les Alpes de Haute-Provence. La superficie du département, qui est de , est à peu près le centième de celle de la France métropolitaine et correspond donc à la moyenne nationale. Le département, qui a la forme d'un S très épais couché d'environ 45° sur la droite, s'inscrit dans un quadrilatère de de long avec une largeur qui varie de au sud-ouest à au Nord-Est. Sa préfecture Gap, située à peu près au centre du département, se trouve par la route à de Grenoble ( à vol d'oiseau ), de Marseille ( à vol d'oiseau), de Valence ( à vol d'oiseau), ( de Turin (Italie) et de Paris ( à vol d'oiseau).

Géographie physique

Le département des Hautes-Alpes est un pays de moyenne et de haute montagne. En effet, un tiers de la superficie du département est située au-dessus de d'altitude, et un dixième au-dessus de . L'altitude est comprise entre (à Ribiers) et (Barre des Écrins). On y trouve la préfecture située à l'altitude la plus élevée de France (Gap, ), la ville la plus haute de France (Briançon ) et le village permanent le plus élevé d'Europe (Saint-Véran à ).

Géologie : formation du massif alpin

Érosion de la chaine hercynienne (-300 à - années)

La géologie des Hautes-Alpes est héritée de l'orogenèse alpine. Pour reconstituer celle-ci il faut remonter d'années auparavant, au Carbonifère. À cette époque l'ensemble des terres émergées forme un continent unique, la Pangée. Un immense golfe océanique, la Téthys sépare la Laurasie au nord du Gondwana au sud. L'Europe est alors traversée par une longue chaine de montagnes, la chaine hercynienne, constituée de roches granitiques et métamorphiques. Certaines roches du massif des Écrins sont issues de cette ancienne orogenèse à l'image de plusieurs massifs anciens (Vosges, massif central, massif armoricain). Au pied de ces montagnes se créent les gisements houillers qui ont donné les dépôts anthracites du Briançonnais. Entre la fin du Paléozoïque et le début du Mésozoïque, la chaine hercynienne alpine est rabotée par l'érosion et le produit de cette érosion est dispersé sur des zones continentales par un important système fluviatile sous la forme de grès. Au Trias, il y a d'années, la Téthys envahit périodiquement le sud de ce qui deviendra le continent européen qui se situe alors dans la zone équatoriale. Elle entraine le dépôt de dolomie, gypse et calcaire dans des environnements de sabkha qui sont à l'origine des reliefs ruiniformes de la Casse déserte dans le Queyras. Ces mêmes couches serviront plus tard de niveau de décollement grâce à leur faible résistance mécanique et contribueront au charriage des nappes.

Ouverture de la Téthys alpine (-200 à - années)

Au début du jurassique (- d'années) les Alpes françaises forment une marge continentale correspondant à la marge nord du rift de la Téthys alpine. La sédimentation est à dominante marno-calcaire et il s'accumule jusqu'à d'épaisseur de marnes noires par endroit. Cette roche particulièrement tendre est à l'origine des paysages de "croupes d'éléphant" (bad land) visibles notamment dans la vallée de la Durance et dans le Champsaur. Sa faible résistance jouera un rôle central dans le creusement des vallées alpines. À la fin du jurassique est marqué par le dépôt des calcaires compacts du Tithonien qui forment certaines falaises des Préalpes (Charance, Ceüse, Le Laup, montagne de Chabre, bas de la corniche du Dévoluy). Au sud-est du microcontinent briançonnais s'ouvre la Téthys alpine dans le prolongement du bassin sud de l'océan Atlantique Nord mais qui s'avère être un domaine océanique relativement peu large (seulement quelques centaines de kilomètres). Sa sédimentation à dominante argileuse donnera les schistes lustrés du Queyras après métamorphisme. Au milieu du crétacé, il y a d'années, la rotation anti-horaire et la remontée vers le nord de la plaque africaine amorce la subduction de la Téthys alpine. Dans les zones les plus profondes les dépôts sédimentaires de calcaires marneux remplacent les marnes noires. Les calcaires sénoniens du massif du Dévoluy datent de cette période.

Surrection des Alpes (-65 à - années)

Au début du Cénozoïque, il y d'années, la micro-plaque apulienne se détache de la plaque africaine en contribuant à former une partie de la mer Méditerranée. Il entre en collision avec la plaque européenne. Écrasés entre ces deux blocs des morceaux du plancher de l'océan alpin remontent à la surface (on en trouve des reliques au sommet du Chenaillet au-dessus du col de Montgenèvre). Les couches de sédiments accumulées au fond de l'océan sont, quant à elles, compressées, empilées puis métamorphisées. Les couches, qui remontent à la surface, sont charriées et transportées sur de grandes distances. La collision de l'Apulie et de la plaque européenne amorce la création du massif alpin : elle entraine le soulèvement des reliefs qui débute par les zones internes du massif alpin avant de se propager aux parties externes (chaines subalpines). Les massifs cristallins externes, quant à eux, se soulèvent il y a environ d'années. Au début du quaternaire, il y a environ d'années, les Alpes ont acquis leur structure actuelle. À compter de cette date, les principales modifications apportées au relief découlent de l'action des glaciers durant les glaciations quaternaires et de l'érosion par les cours d'eau.

Façonnement des paysages par les glaciers (- années à - )

Au quaternaire (à compter de - d'années avant le présent), les glaciers vont largement remanier les paysages alpins en envahissant l'ensemble des vallées alpines durant les dernières périodes glaciaires : glaciations de Günz (-640 000 à -), de Mindel, de Riss et de Würm (). Durant le dernier maximum glaciaire de cette dernière (vers -), le glacier qui occupe alors la vallée de la Durance descend jusqu'à Sisteron. Les glaciers, agissant comme de véritables bulldozers, creusent les vallées en leur donnant un profil en U. Ils sont particulièrement efficaces dans les terrains friables (schistes lustrés, nappes de charriage, flysch et marnes noires).

Leur action a ainsi façonné le large plateau du Champsaur, les vallées de la Clarée, de la Guisane et de la Durance ainsi que les bassins de Gap et de Laragne. Lorsqu'il rencontre des roches plus dures, le glacier ne déblaie que partiellement la vallée et laisse une protubérance : ce sont les verrous de Briançon, de l'Argentière, de Chateau-Queyras et de La Tour ronde. Au contraire dans les terrains particulièrement tendres, la vallée est surcreusée et une fois le glacier disparu la dépression est occupée par des lacs (dans les Alpes du sud ces lacs sont de petite taille). Parfois la dépression est partiellement comblée par les alluvions et se transforme en zone marécageuse comme à Chorges, La Bâtie-Neuve, La Freissinouse ou complètement remblayée elle forme une plaine comme à Ceillac, Ancelle et à Cervières (plaine du Bourget).

L'action des glaciers dans les vallées des affluents des principaux cours d'eau n'est pas aussi efficace ce qui donne naissance aux vallées suspendues comme celles du Fournel et de la Blaise au-dessus de la Durance, du Cristallian au-dessus du Guil, du torrent d'Ancelle au-dessus du Drac. Lorsque le glacier, en élargissant la vallée, attaque des roches plus dures, il crée des banquettes sur les flancs sur lesquels les hommes se sont parfois installés. Le produit de l'action des glaciers - mélange de blocs, galets et poudre fine qui donne sa couleur blanche aux eaux sortant des glaciers - est déposé sur les parois des vallées glaciaires formant au fil des glaciations successives des terrasses emboitées comme dans le Champsaur ou dans la plaine de Laragne. Ces matériaux remaniés par l'érosion fluviales ont créé des poudingues comme ceux formant les roches de Mont-Dauphin, Chateauroux et Embrun.

Actions de l'érosion post-glaciaire

La dernière période glaciaire (Glaciation de Würm) s'est achevée il y a environ et les glaciers se sont progressivement retirés à une altitude de environ. Les rivières ont à nouveau occupé les vallées libérées par la glace mais celles-ci avaient été profondément transformées. Les cours d'eau ont progressivement rétabli un profil conforme aux lois de l'hydraulique en creusant un lit en forme de V dans les moraines laissés par les glaciers et en recouvrant les fonds de vallée et les dépressions d'alluvions. Les verrous ont été sciés comme en témoignent la gorge de la Durance au niveau du pont d'Asfeld (Briançon) ou la conduite forcée à l'Argentière. Les torrents occupant des vallées suspendues ont commencé à creuser des gorges pour rejoindre les vallées principales. Les moraines remaniées et charriées dans les lits élargis des rivières ont formé de grands cônes de déjection comme à Théus et Boscodon.