Paul Charles Ferdinand Brédart né à Lille le et décédé à Montivilliers le est un militaire et un négociant français, mis en cause dans la conspiration du 19 Août 1820.
Biographie
Origines familiales Paul Charles Ferdinand Brédart nait à Lille le 14 pluviose an 4 () de Pierre Joseph Louis Brédart, négociant en lin, dont la famille est originaire du Hainaut belge, et de son épouse Suzanne Gachet, originaire de Moselle.
A l'issue du traité de Tilsitt de 1807 entre Napoléon et le Tsar Alexandre , un accord commercial est conclu avec la Russie concernant les lins, chanvre, etc. dont la France a besoin. Le Comte Real, "grand commis de l'Empire", recrute les négociants nécessaires, dont Brédart et Boucquillon de LillePapiers famille Duval-Brédart.. Le ménage Brédart-Gachet part à Riga (alors en territoire russe) avec sa fille de 13 ans. Paul qui a 12 ans reste à Lille pour continuer ses études, sous le contrôle de la famille de sa cousine roubaisienne Pauline Motte-Brédart.
Mais le traité franco-russe est rompu sous l'influence de l'Angleterre en 1811, en 1812 Napoleon attaque la Russie, et c'est la faillite pour les Brédart. Pierre Joseph Louis regagne la région de Tournai en 1815, où il meurt en 1816. Sa femme reste à Riga pour tenter de sauvegarder quelques intérêts.
Grognard de l'Empire (1811-1816) En Paul Brédart s'enrôle à 15 ans, à Thionville, au régiment d'infanterie de ligneEtats de service de Paul Charles Ferdinand Brédart, archives du ministère des armées. D'abord fourrier, il devient sergent puis sergent-major en 1813. Il participe aux dernières campagne du 1er Empire (1813 en Allemagne, sous les ordres des généraux Bertrand et Margaron; 1814 à Mayence sous les ordres du général Morand; 1814 et 1815 en Belgique et dans l'Armée de la Loire). Sous la première restauration, il conserve ses galons de sergent-major en touchant demi-solde. Il est dans l'armée Grouchy pendant les cent jours, puis démobilisé en 1816 mais admis à la première Légion du Nord et nommé Sous-Lieutenant par ordonnance royale en 1816. Affecté à la Légion du Nord, chargé des fonctions d'officier payeur, il est à Lille en 1818Désargenté, il demande à sa cousine Pauline Motte-Brédart de lui envoyer un couvert en argent pour pouvoir être autorisé à prendre ses repas à la pension d'officiers de la caserne. puis sert à Paris. Cependant il est arrêté dans la nuit du 18 au 19 août 1820, alors qu'il est en service au poste de garde du Pont-Neuf, et incarcéré à la prison de la ForceDossier Paul Charles Ferdinand Brédart, sous-lieutenant dans la légion du Nord, 19 août-2 octobre 1820, archives nationales, cour des pairs, archives des procès politiques jugés sous la restauration (cote CC//517, 23 pièces)..
Le "complot du Bazar français" et l'exil russe (1820-1831) gauche|vignette|Paul Brédart en 1821 (archives nationales, procès du "complot du Bazar français") (dessins des accusés, détail). Il est mis en jugement pour délits politiques, soupçonné d'avoir participé à la conspiration du 19 Août 1820, également connue sous le nom de complot du Bazar FrançaisLe complot du bazar français, sur le site du SénatDu nom d'un magasin d'une galerie marchande, rue Cadet à Paris, servant de lieu de rendez-vous aux conspirateurs.. Pour renverser le pouvoir Bourbon, plusieurs garnisons devaient se soulever simultanémentVivien Faraud, Les outils de représentation graphique de l’espace relationnel face au secret : le cas des conspirateurs du 19 août 1820, OpenEdition, 2015.. Avec d'autres sous-lieutenantsAvec son camarade François Loritz, qui lui se consacrera ensuite à la peinture, à lire sur AnticStore., Brédart est signalé comme l'un des chefs du complot, fomenté par des Libéraux parlementaires (La Fayette, d’Argenson, Manuel, Dupont de l’Eure, etc.), des républicains, des bonapartistes, etc., et dont l'objectif est de placer au pouvoir le prince Eugène en tant que régent de l'Aiglon. "Nous avons un général à notre tête (...) L'affaire aura lieu cette nuit" aurait déclaré par exemple Brédart devant témoins le Archives parlementaires de 1787 à 1860, Tome XXXIII, Paris, Librairie Paul Dupont 1876, pp. 337-780.. Il est mis en congé illimité le . Lors de l'instruction il se défend en disant qu'il n'a fait que colporter des bruits avec d'autres officiers, sans prendre part au complotSon avocat est maître Brigal.. Trente trois personnes sont jugées, 3 sont condamnées à mort par contumace, 6 à des peines de prison, et 24 acquittées faute de preuves suffisantes, dont Brédart, le Convaincus d'avoir participé à un complot et condamnés à mort: Noel Nantil (par contumace) , Gaspard Lavocat (par contumace), Joseph Philippe Etienne Rey (par contumace); condamnés à la prison pour avoir eu connaissance du complot sans le révéler: Jean Baptiste Alexandre Gautier de Laverderie, Adolphe Edouard Martial Trogoff, Louis Delamothe, Joseph Robert, Jean Baptiste Gaillard, François Loritz; acquittés: Jean Baptiste Depierris, Gaspard Claude Charpenay, Jean François Eynard, Julien Bernard Dequevauvilliers, Paul Charles Ferdinand Brédart, Alexandre Delacombe, Charles Bérard, Louis Antoine Sauset, Jean Joseph Maillet, Jean Baptiste Dumoulin, Scevola Monchy, Auguste Joseph Caron (fusillé l'année suivante pour une nouvelle tentative de complot), Antoine Joseph Julien Varlet, Aimé Benoit Lecoutre, Louis Aristide Fesneau, Louis Henri Modewyck, François Alphonse Hutteau, Jean Baptiste Desbordes, Claude André Arsène Godo-Paquet, Marcelin de Brue, Antoine Pegulu, Jean Baptiste Georges Remy et Prince Victor Thevenin.Dans le roman de Frédéric Preney-Declercq, Paul Brédart apparait pp. 270-271 sous les traits du Caporal Brédart lors d'une attaque de nuit rue du Faubourg Saint Honoré contre un groupe d'agitateurs ouvriers, avant la date du complot lui-même.. Cependant, conduit à l'état-major avec ceux des acquittés encore en activité ou en disponibilité, il est contraint le même jour à la démission de l'armée, qu'il donne en invoquant des "blessures reçues lors de ses campagnes", et à l'exil: le , l'état-major "l'autorise à se rendre au Havre, pour embarquer incessamment et se retirer de suite dans sa famille, établie à Moscou". vignette|Documents saisis en 1820 au domicile de Paul Brédart en vue du procès du "complot du Bazar français".
L'histoire de ses 10 années d'exil russe est largement méconnue. Paul Brédart y retrouve à Riga sa mère, veuve. Musicien, pour assurer sa subsistance, il donne des cours de flûte, en particulier dans l'entourage de la Comtesse Gatatchapov, qu'il fréquenteDeux enfants, Tania et Serge Galatchapov, qui sera cavalier dans les hussards du Prince d'Orange, pourraient être les enfants de Paul Brédart.. Il y épouse le Uranie Lemaire, fille d'un armurier originaire de Colmar qui y réside également.
Fiché par la police politique de Charles X, il ne peut rentrer en France qu'après la révolution de 1830De nombreux anciens "grognards" écartés reprennent alors du service sous la Monarchie de Juillet.. Son retour est cependant encore retardé jusqu'à début 1931 par le confinement instauré en Russie en raison d'une épidémie de choléra. Notable au Havre: de la gendarmerie aux Bains Frascati (1831-1855) Il rentre en France le . Demandant qu'on le fasse jouir des avantages qui ont été accordés aux officiers qui ont subi des condamnations pour délits politiques, il est nommé Lieutenant au 1er Régiment d'Infanterie de ligne le Sa demande est appuyée par le général Pajol, général d'Empire lui aussi revenu aux affaires après avoir participé à la 2è Révolution française.. Il sollicite l'emploi dans la gendarmerie et est affecté au premier Bataillon des Gendarmes mobiles le en Mayenne, dans le Calvados en 1832, et enfin à la compagnie de la Seine Inférieure en 1833.
Il est nommé Chevalier de la Légion d'Honneur le .
Son rapport de revue individuelle au Havre en 1833 est excellent; en , le tribunal civil de instance demande cependant au Lieutenant à cheval Brédart de jurer fidélité au Roi. A l'inspection de 1837 il est recommandé pour l'avancement; mais il donne une nouvelle fois sa démission de l'armée, cette fois par choix, en . En effet "de soldat Mr Brédart s'est fait spéculateur"Les régates du Havre in Le Journal de Lille du 5 août 1845 sur Gallica: il prend la direction des Bains de mer Frascati au Havre. La société Brédart et Cie est formée le . D'abord gérant, Paul Brédart est dit propriétaire de l'Hôtel Frascati de 1845 à 1848, et en assurera la gestion jusqu'en 1855 au moinsGallignani's messenger du 17 février 1855, sur Gallica.. vignette|300x300px|Course de baleinières en présence de François d’Orléans, prince de Joinville, en 1843, devant l’hôtel Frascati. Les bains de mer prennent leur essor dans la première moitié du XIXe siècle, et au Havre un premier établissement de bains avait été créé en 1827 et nommé Frascati dans un souci commercial. L'établissement ferme cependant en 1831, et Paul Brédart va le relancerBiographie du Colonel Brédart, in Charles Vesque, Les rues du Havre, 2è partie, Le Havre, imprimerie J. Brenier, 1876, pp. 606-618.. Une Société des Régates du Havre est par ailleurs constituée en 1838, en liaison avec l'Hôtel et les Bains Frascati, pour attirer des baigneurs parisiens et nordistes par le chemin de ferSociété des Régates du Havre, à lire en ligne.. Le nouveau bâtiment de l'hôtel, en bois, est inauguré en 1939L'armée impose qu'il soit construit en bois car le terrain est soumis à une servitude militaire en raison d'une batterie de défense, le bâtiment doit pouvoir être démonté pour lui laisser le champ libre en cas de conflit. L'ensemble se compose d'un pavillon central et de deux ailes, peints en blanc. Il sera détruit et reconstruit en dur en 1871, la servitude militaire disparaissant ( à lire sur Le Havre Photo)., avec vingt-six salons, une salle de bals et concerts, deux grandes salles à manger, etc., et d'élégantes galeries qui s’élèvent face la mer. L'hôtel recevra de nombreux hôtes illustresGérard Hatton, Frascati les Bains, Il était un Havre, à lire en ligne; en 1845 il compte 250 couverts.
En 1837 Paul Brédart fait déjà partie des actionnaires fondateurs de la Banque du HavreBulletin des lois de la République française du 1er juillet 1837 sur Gallica.; ne pouvant assurer financièrement seul ces projets avec ses revenus de lieutenant de gendarmerie, il est associé dans l'affaire Frascati avec ses cousins Motte, grande famille industrielle roubaisienne.
Colonel de la Garde Nationale De 1841 à 1852 Paul Brédart fait partie de la Garde Nationale du Havre. L'ancien militaire reprend du service dans cette structure supplétive de maintien de l'ordre créée par la Révolution française, et gérée par les communes. Il y est colonel dès 1846Journal de Lille, Organe des intérêts du Nord du 6 août 1846 sur Gallica. Il impose un uniforme à cocarde tricolore et à coq gaulois; la garde nationale du Havre peine à recruter dans les milieux populairesArdaillou, Pierre. Les Républicains du Havre au xixe siècle (1815-1889). Presses universitaires de Rouen et du Havre, 1999, open editions..