Le séisme du 20 février 1835 à Concepción au Chili se produit à heure locale, dans la région des villes de Concepción et Talcahuano, au bord du Pacifique. D'une magnitude estimée à 8,5, il cause la destruction quasi-totale de Concepción et un tsunami qui achève de ravager Talcahuano. Toute la région comprise entre San Fernando au nord et Osorno au sud est affectée et le séisme est ressenti bien au-delà, de Copiapó au nord jusqu'à l'île de Chiloé au sud et aux îles Juan Fernández à l'ouest. Malgré l'importance des destructions, il n'y aurait que moins d'une centaine de morts et disparus.

Charles Darwin se trouve le jour même à Valdivia, à environ 330 kilomètres au sud de Concepción. Il ressent le séisme et en constate les effets, qu'il décrit dans son ouvrage Voyage d'un naturaliste autour du monde (Le Voyage du Beagle). Ses observations le conduisent à émettre de nouvelles théories quant aux mouvements de la croûte terrestre.

La région de Concepción est soumise à un risque sismique important : outre celui de 1835, les séismes de février 1570, de mai 1751 et de mai 1960 ont été destructeurs.

Contexte tectonique

Le séisme s'inscrit dans le processus de collision de deux plaques tectoniques à l'origine de l'orogenèse andine et de la formation de la Cordillère des Andes. Il est une conséquence du phénomène de subduction par lequel la lithosphère océanique du Pacifique (la plaque de Nazca, qui se déplace vers le nord-est) s'enfonce sous la plaque sud-américaine, qui se déplace vers l'ouest. Les Andes s'élèvent depuis l'Oligocène il y a trente millions d'années.

Description L'épicentre du séisme se trouve tout près de la ville de Concepción..

Il est possible que le séisme ait été précédé par de premières secousses de faible intensité, car le , Santiago a subi une faible secousse qui a duré vingt secondes. Des lavandières ont rapporté qu'au tout début du séisme, l'eau de la rivière a soudainement monté d'environ cinquante centimètres. Le séisme a commencé par de faibles secousses qui sont très rapidement devenues plus fortes, ce qui a incité la population à sortir des bâtiments. Les secousses ont été assez fortes pour faire tomber des cavaliers de leur selle. La secousse principale a duré de cinq à dix secondes et a détruit la plupart des constructions. Des fissures se sont ouvertes dans le sol, dans un fracas assourdissant.

Des bâtiments ont été endommagés à Osorno à quatre-cents kilomètres au sud et à San Fernando à trois-cents kilomètres au nord.

Le bilan officiel est d'au moins cinquante morts, dix blessés graves, trente disparus et plus de cinq-cents blessés légers, pour une population totale de plus de cinq-mille personnes.

À Concepción, plus de trois-cents répliques ont été décomptées entre le et .

Le sous-intendant local rend ainsi compte de la catastrophe dans son rapport : ().

La relation de Darwin De 1831 à 1836 Charles Darwin effectue son long périple à bord du (navire britannique qui accomplit alors le deuxième de ses voyages d'exploration scientifique). Il consacre de nombreuses pages de son récit (dans le chapitre XIV, ) au séisme et à ses conséquences dont il est un témoin oculaire et livre de riches descriptions du phénomène, Charles Darwin, Le Voyage du Beagle, publié sous le titre , dans la traduction originale d'Edmond Barbier, première édition, Paris, 1875, éditions La Découverte / Poche, collection Littérature et Voyages, 2003, pp. 324-335, ..

Le 20 février 1835, Darwin se trouve tout près de Valdivia, à environ 330 kilomètres au sud de Concepción et de la région de l'épicentre. Malgré la distance, il ressent la secousse : . Darwin décrit la brusque variation du niveau de l'océan qui se produit ensuite, alors que la marée était basse : .

Le , le Beagle entre dans le port de Concepción et Darwin vient rapidement à terre sur l'île Quiriquina. Il y recueille le témoignage d'un habitant qui lui annonce qu'. Il constate par lui-même que . 350px|gauche|vignette|Ruines de la cathédrale de Concepción après le séisme. Le , Darwin se rend à Talcahuano puis à Concepción, qu'il décrit ainsi : .

Malgré l'ampleur des destructions, Darwin rapporte qu'. Pourtant, il .

Darwin décrit également le phénomène de tsunami d'après les témoignages oculaires : . Il indique en outre que la progression relativement lente de la vague à travers la baie a laissé le temps à la population de se mettre en sûreté sur les hauteurs et que le tsunami n'a donc fait que peu de victimes.

Darwin souligne enfin les modifications de la topographie survenues avec le séisme : .

Il mentionne en outre des phénomènes volcaniques : .

Le Beagle quitte Concepción après trois journées sur place, le .

350px|vignette|Le HMS Beagle sous voile.

Suites des observations de Darwin sur le séisme de Concepción quant aux mouvements de la croûte terrestre

Explication de l'orogenèse

Le , Darwin fait une communication à la Société géologique de Londres au cours de laquelle il présente ses nombreuses observations menées en Amérique du Sud et établit un lien entre le séisme de Concepción, le tsunami, et des mouvements de la croûte terrestre. Cette présentation est intitulée ()..

Il postule les éléments suivants : .

Il en conclut ; et il cite, .

Allant à l'encontre des théories de son temps, notamment de celle du refroidissement de la Terre qui expliquerait l'orogenèse, Darwin émet alors l'idée que .

Darwin rejoint ainsi Charles Lyell, tenant de l'uniformitarisme et de l'évolution lente de la Terre soumise à des forces toujours à l’œuvre, à l'opposé du catastrophisme, qui postule une Terre issue de grands événements mentionnés dans la Bible et depuis inchangée.

Lien entre le séisme et l'activité volcanique Darwin fait le lien entre le séisme et l'activité de plusieurs volcans : il postule que le séisme pourrait avoir déclenché ces éruptions. Des chercheurs (Linde et Sacks, 1998, Manga et Brodsky, 2006) ont plus tard considéré que l'éruption de 1835 du volcan Osorno était caractéristique d'un couple séisme-éruption. Mais des recherches ultérieures (Lara, Orozco et Piña-Gauthier, 2012) ont montré que s'il existait un lien entre le séisme et l'éruption du volcan Osorno, le premier n'était pas le déclencheur de la deuxième. Le séisme a en effet eu lieu un mois après le début de l'éruption.

La recherche a également montré qu'il n'y avait pas eu de déplacement horizontal significatif provoqué par le séisme, dans la région du volcan.

Dans sa présentation de 1838 à la Société géologique de Londres, Darwin relève que .

Notes et références Références

Articles connexes Listes de séismes Liste de séismes au Chili Fosse du Pérou-Chili Tectonique des plaques Orogenèse andine Charles Darwin Robert FitzRoy

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