Une stèle funéraire gallo-romaine désigne un objets en pierre, de nature funéraire, généralement taillé dans un seul bloc et de forme plate, portant des inscriptions, des gravures, des sculptures ou parfois des peintures. Elle servait principalement à marquer l’emplacement d’une tombe et à identifier le défunt. Ces stèles, placées debout ou couchées, désignent également d’autres types d’artefacts archéologiques, tels que des piliers ou des tablettes en pierre érigées. On peut supposer que des versions similaires disparues ont existé dans des matériaux périssables, comme le bois ou la terre.

Contexte

Environnement : les nécropoles Ces stèles gallo-romaines, bien que parfois trouvées en remploi, étaient donc destinées à un usage de marqueur de tombes au sein de nécropoles. Dans toute société humaine, il a souvent été nécessaire de trouver une place pour les morts. Durant l'Antiquité, chez les Romains puis en Gaule romaine, la nécropole est située à l'extérieur du pomerium (enceinte sacrée de la ville), surtout le long des voies d'accès de la ville. On peut citer le cas des nécropoles d'Augustodunum (Autun, Saône-et-Loire) qui illustre ce point .. Ces nécropoles abritent de nombreuses solutions, plus ou moins riches, afin de marquer le territoire de sa présence même après sa mort, comme des monuments funéraires, stèles ou piles. Les tombes constituant ces nécropoles peuvent être divisées en deux catégories selon le traitement du défunt, qui ne sont pas, à eux seuls, des véritables marqueurs définitifs de la richesse ou de la catégorie sociale des défunts..

Tombes à incinération La pratique de la crémation (ou incinération) est caractérisée par un cortège funèbre escortant le défunt transporté sur une civière jusqu’au bûcher funéraire, disposé sur le sol ou en fosse, souvent situé au sein de la nécropole, sur lequel étaient préalablement disposés de la nourriture, des récipients et autres objets familiers du défunt afin d’accompagner celui-ci dans la mort. Ces buchers souvent individuels, après la crémation, sont scellés et remblayés. Les restes humains, principalement les os calcinés , sont prélevés et déposés dans un récipient, ou urne. En Gaule romaine, comme dans tout le monde romain, une prédominance des incinérations est visible pour le .

Tombes à inhumation L'incinération est peu à peu remplacée, sans disparaître dans un premier temps, par l’inhumation au cours du . La pratique de l’inhumation consiste en la déposition du corps du défunt dans une tombe. Il est parfois déposé dans un cercueil, souvent en bois pour cette époque, qui n’est discernable par l‘archéologie qu’avec les empreintes ou les clous. Il arrive que des sarcophages en pierre ou en plomb soient utilisés pour l'inhumation surtout pour des périodes un peu plus tardives.

Protection rituelle de la tombe Le mobilier associé à ces tombes est principalement issu de la vie quotidienne et nous informe sur les pratiques et rites liés à ces évènements. On y retrouve des pièces de monnaies, de la parure (fibules ou bijoux), des récipients, des balsamaires entre-autres. Ces objets peuvent parfois être rapprochés des représentations iconographiques des défunts sur les stèles. Ces dépôts, notamment ceux associés à la vaisselle quotidienne, bien que pas systématiquement présents nous montrent l'importance de la pratique du banquet dans la culture romaine, bien qu'aucun témoin matériel de ces rites, que ce soit des restes alimentaires ou de foyers associés à ces pratiques. C'est aussi le cas des libations, hypothétiquement témoignés par certaines cruches et longs vases retrouvés mais aussi et surtout par des dispositifs de canaux et conduits, pourtant rarement retrouvés . Ces rites se pratiquent aussi bien lors des funérailles que dans le cadre du culte de la mémoire et des défunts. La plupart du mobilier retrouvé dans les tombes peuvent trouver un écho dans les représentations présentes sur les stèles funéraires.

Histoire et évolution

Émergence des stèles funéraires en Narbonnaise vignette|487x487px|Stèle gallo-romaine, Musée Georges Garret (Vallerois-le-Bois) Au , les stèles funéraires apparaissent d’abord en Narbonnaise sous l’influence de l’Italie. Ces premières stèles, d’inspiration romaine, intègrent des représentations en buste ou à mi-corps, marquées par un souci de réalisme et de rigueur. Ces monuments sont souvent encadrés par des éléments architecturaux tels que des niches, frontons ou acrotères évoquant des temples. L’introduction de l’effigie personnelle est une innovation majeure. Ces stèles ne se limitent plus à mentionner le nom du défunt, mais commencent à inclure son portrait et parfois des gestes ou des attitudes symbolisant des relations affectives ou familiales. Cette personnalisation souligne l’importance croissante de l’individu dans l’expression funéraire.

Diffusion et diversification À partir de la fin du , l’usage des stèles funéraires se diffuse dans toute la Gaule. La généralisation de ces monuments coïncide avec une période de prospérité économique sous les Antonins. On retrouve de nombreuses formes de stèles et monuments telles que les stèles ou cippes qui présentent des motifs variés et s’adaptent à des dimensions diverses. Leur face antérieure est souvent sculptée. On trouve les monuments funéraires plus imposants, aussi nommé mausolées. Ces structures rectangulaires apparaissent au milieu du , particulièrement dans le nord-est de la Gaule. Elles associent des représentations du défunt à des scènes de la vie quotidienne ou des allégories. Enfin, en moins grands nombres, il existe des autels funéraires, surtout en Narbonnaise et à Lyon ainsi que de rares sarcophages.

Crise et raréfaction Les troubles du entraînent une diminution notable des monuments funéraires, stèles comprises. Les sarcophages, plus résistants et donc plus adaptés à cette période instable, gagnent en popularité. Cependant, leur coût les réserve aux classes les plus aisées. Les stèles deviennent rares au profit des sarcophages, et leur iconographie évolue progressivement vers des motifs chrétiens, marquant le déclin des références gréco-romaines classiques.

Analyse épigraphique Les inscriptions sur les stèles funéraires, bien qu'éparses et parfois fragmentaires, constituent un héritage inestimable pour reconstituer la vie quotidienne, les croyances et les relations sociales des populations gallo-romaines. Leur étude, relevant de l'épigraphie latine, conjointe avec les éléments iconographiques permet de mieux comprendre la diversité des pratiques funéraires dans cette région. Ces éléments textuels ajoutent une dimension supplémentaire à l’interprétation des objets représentés ainsi qu'une datation plus précise, réalisée en étudiant les modes d'inscription..

Structure des épitaphes Dans l'ensemble de l'Empire romain, une épitaphe se présente toujours sous la même forme et structure bien que des variations soient possibles en fonction des périodes. Elle contient en premier lieu la mention Dis Manibus (aux dieux Mânes). Les dieux Mânes sont des dieux mineurs, souvent vénérés lors de cultes personnels ou au sein d'une famille. On lit ensuite le nom du défunt dont sa filiation principale auprès de son père, son âge exprimé en années (annis), mois (mensibus) et jours (diebus). Il peut aussi faire mention de ses relations familiales avec des mentions du conjoint (coniux), des parents ou des enfants (filius ou filia) qui peuvent avoir fait érigé le monument ou la stèle. Et enfin, cette inscription se termine le plus souvent par une des formules prédéfinies qui demande le repos du défunt.

Bien que rédigées en latin, les inscriptions révèlent parfois des influences linguistiques locales, notamment gauloises. Ces régionalismes peuvent se manifester dans les noms ou les tournures grammaticales. L'économie d'espace pousse à utiliser des abréviations courantes comme celles listées ci-contre, mais aussi pour les 11 prénoms romains les plus courants. DM(S): Dis Manibus (Sacrum) HSE : Hic Situs Est (ici repose) STTL : Sit Tibi Terra Levis (que la terre te soit légère) OBQ : Ossa (tua) Bene Quiescant (que tes os aient bon repos) F : Fecit (a fait ériger) Ces abréviations peuvent aider les spécialistes sur la datation des stèles. Par exemple, l'abréviation de Dis Manibus en D M apparait au . Par la suite, au , cette formule funéraire est complétée par l’ajout de la lettre S, abréviation de Sacrum .

Identification du défunt Ces inscriptions, lorsqu'elles sont présentes, permettent donc d'identifier les défunts. Le nom de celui-ci permet de comprendre son origine, appartenance culturelle et son statut social au sein de la société gallo-romaine. Lorsque le défunt porte un nom en trois parties, il s'agit d'un marqueur de la citoyenneté romaine. En effet, les noms romains, ou tria nomina, sont spécifiquement portés par des citoyens romains, ici surtout des personnes d'origine "gauloise", souvent impliqués politiquement dans la vie d'une cité, à qui certains notables Romains transmettent leurs noms afin d'asseoir la puissance de l'Empire. C'est ainsi que l'on trouve beaucoup des premiers citoyens romain de Gaule portent le nomen (ou nom) Julius, venant de Caius Julius César (Jules César) (exemple). Cependant on peut noter, la survivance du nom "celtique", structuré en un ou deux noms. On peut voir les tendances, de la "romanisation" de la population, au cours de ces siècles, qui tend à se normaliser et se répandre au cours des siècles suivants la conquête de la Gaule..

Certains métiers ou fonctions sont explicitement mentionnés (ex. : fabri lignarii pour un charpentier, veteranus legionis pour un vétéran militaire). Des titres honorifiques comme decurio (membre du conseil municipal) révèlent le rang social. Des épithètes, plus personnels et subjectifs, peuvent être ajoutées pour préciser l’âge (ex. : puella pour une jeune fille) ou les qualités (ex. : pius pour un individu pieux). Les lieux de naissance ou d’appartenance peuvent aussi apparaître. Par exemple, « origine de la tribu Lingones » peut être spécifié pour un habitant des environs de Dijon.

Exemple d'épitaphe latine CIL (Corpus Inscriptionum Latinarum), XII, 3453 Nemausus (Nîmes) D(is) M(anibus) / SEXTI AVII / CAPELLIANI / LICINIA FAV / STINA MARITO / SIBI MERENTIS / SIMO SUB ASCIA / POSUIT (Aux dieux Mânes de Sextus Avius Capellianus, Licinia Faustina, pour son mari le plus méritant, a fait placer (ce monument) sous l'ascia.)

Grâce à cette inscription, nous pouvons émettre quelques hypothèses sur le défunt. Dans un premier temps, nous pouvons voir que le nom du défunt est composé des tria nomina, ce qui lui confère le statut de citoyen romain. Quant à la datation, nous pouvons nous référer au fait que Dis Manibus est ici abrégé en D M, ce qui place la gravure de cette stèle aux alentours du .

L'ascia, ou dédicace sous l'ascia On peut voir dans cet exemple la mention de l'ascia. L’ascia, un outil antique proche de l’herminette, est fréquemment représentée sous forme de dessins schématiques sur les tombeaux et stèles funéraires. Bien que son origine et sa signification religieuse demeurent mystérieuses, elle a suscité de nombreuses interprétations et théories au fil du temps. La principale hypothèse est le rôle de protection de cet objet évoqué pour le défunt mais aussi et surtout pour la tombe. Cette représentation, ou simple mention dans certains cas, serait un acte rituel qui aurait pour but d'assurer l'inviolabilité de la tombe.

Iconographie