Ban de la Roche est le nom d'une ancienne seigneurie puis comté dont le siège administratif a été le château de la Roche et ensuite celui de Rothau. Le Ban de la Roche est situé dans le département du Bas-Rhin, canton de Schirmeck, arrondissement de Molsheim, en Alsace. De 1974 à 1992, ce nom a été repris par l'éphémère commune du Ban-de-la-Roche.
Le cadre géographique thumb|220px|Vallée de la Rothaine : à Neuviller-la-Roche. thumb|220px|Vallée de la Chergoutte : près de Bellefosse.
Le ban de la Roche est une région de la haute vallée de la Bruche d'une superficie d'environ étalée sur le flanc ouest du massif du Champ du Feu (Hochfeld = Haut champ, en allemand) qui culmine à . Ce territoire est constitué de deux vallées parallèles : la vallée de la Rothaine et la vallée de la Chirgoutte, séparées par le col de la Perheux (). La morphologie du relief se présente sous forme de plateaux s'élevant en étages successifs ayant permis l'établissement de plusieurs habitats.
Le relief bénéficie d'un ensoleillement idéal bien que la belle saison soit relativement courte. Il est exposé aux vents humides d'ouest, à un enneigement précoce en automne et tardif au printemps.
La structure géologique présente des sols légèrement granuleux, argileux à humus doux, conservant des qualités riches résultant de la décomposition des granites, et d'autres plus siliceux, superficiels et de qualité médiocre. Traditionnellement réservées aux activités pastorales et à la culture de la pomme de terre (introduite au par des migrants suisses), les zones exploitées en net recul sont souvent abandonnées à la friche au bénéfice de nouvelles parcelles forestières.
Les contraintes climatiques et physiques favorisant traditionnellement les activités d'élevage ont profondément modelé le paysage par la création de larges espaces ouverts offrant encore de nos jours un panorama exceptionnel sur la vallée de la Bruche et la plaine d'Alsace.
Le Ban se composait de huit villages et cinq hameaux occupant les vallées de la Rothaine et de la Chergoutte.
Vallée de la Rothaine (au nord) Rothau, Wildersbach, Neuviller-la-Roche, Riangoutte (hameau), La Haute-Goutte (hameau). Vallée de la Chergoutte (au sud) Fouday, Solbach, Le Trouchy (hameau), Waldersbach, Bellefosse, Belmont, Le Bambois (Freudeneck) La Hutte (hameaux).
Étymologie et dialecte Le nom français de Ban de la Roche est de création récente (du ). Le nom germanique ancien est SteinthalGéographie Universelle traduite de l'Allemand de Mr. Büsching, tome 4, contenant la France (première partie), Strasbourg, Bauer & Cie, 1770, "la vallée de la Roche", par référence au château de la Roche (Burg zum Stein) dont dépendait la seigneurie. Le mot ban fait référence à la seigneurie banale, étendue territoriale sous l'autorité du château de la Roche.
La langue anciennement parlée au Ban de la Roche, comme dans toute la Vallée de la Bruche, appartient au groupe des langues lorraines (le vosgien, langue welche) ; elle est issue de la rencontre des langues celtiques et latines. Les habitants de ces régions frontalières alsaciennes (canton d'Orbey compris) étaient (et sont toujours) appelés Welsches. Dans l'Antiquité, les conquérants Romains rattachaient cette région des Vosges à l'ancienne Belgica, d'où est issu sans doute le nom Welsche, avec la racine Bel pour Wel (voir aussi : Wallon, , Wallis-Valais).
Répertoire des noms d'habitats
Formes actuelles, allemandes et dialectales : Bellefosse - Belfoss/Schöngrund - Befoss Belmont - Schönenberg - Bémont Fouday - Urbach - Fouda Haute-Goutte (La)- Oberrothau - Hâte Gotte Neuviller - Neuweiler - Nevlet Riangoutte - Ringelsbach - Riang Gotte Rothau - Rôte ou Ronte Solbach - Solbet Trouchy (Le) - Trotchi Waldersbach - Ouarter'pai Wildersbach - Oudir'pa ou Vouill'dir'pa
Du Moyen Âge à la fin du
thumb|250px|Carte muette du Ban de la Roche, gravée par le pasteur Oberlin en 1776Le mot comté a été barré après la Révolution
Le Ban de la Roche était un territoire rattaché, à l'instar de l'Alsace, historiquement au Saint-Empire romain germanique jusqu'aux Traités de Westphalie de 1648, évènements par lesquels le territoire a été annexé militairement par la France de Louis XIV.
L'existence d'une route antique (via strata) est signalée au . Longeant le sommet du Champ du Feu et joignant d'une part Obernai et de l'autre le col de La Salcée (la Via Salinatorum), elle prend le nom de Rottenwegescheide au . Outre l'existence d'une circulation économique et militaire, cette route suggère une présence humaine de proximité. Il est en effet vraisemblable que sur ses abords se soient développées les premières communautés ou tout au moins une occupation estivale des chaumes par les gens de la plaine avec leur troupeau. On ignore en quelle circonstance le territoire du Ban de la Roche est entré dans le patrimoine impérial, mais on sait que les chevaliers de Rathsamhausen zum Stein le reçoivent en fief sans doute dès la seconde moitié du . À cette date, les Rathsamhausen, qui ne sont rattachés en aucune manière à un devoir de protection envers l'abbaye de Hohenbourg (Sainte-Odile), viennent de se ranger sous la bannière de l'évêque de Strasbourg.
Ils y édifient (au ?) un château, appelé purgk (burg) zum Stein en 1398 ("château de la Roche"), sur une assise rocheuse au-dessus de Bellefosse. Ils résident par la suite et de préférence en plaine à Baldenheim, aux châteaux d'Ottrott (Birkenfels, Dreistein), et plus tard au château de Guirbaden, voisin mais plus vaste et plus proche de la plaine, abandonnant à un représentant le château de la Roche peu confortable. La famille achète en 1371 aux nobles d'Andlau un petit alleu contigu formé de deux villages : Saint-Blaise-la-Roche et Blancherupt. Ce petit territoire n'est pas intégré à la seigneurie, et sera séparé de leur patrimoine lors de la vente de la Roche en 1584.
Les fresques de l'église de Fouday
thumb|left|Fresques restaurées de Fouday Les églises de Fouday et de Belmont, sans doute construites autour de 1200, sont décorées de fresques des s. Celles de Fouday, où se trouve la pierre tombale de Jérothé de Rathsamhausen-le-Jeune mort en 1492, ont été restaurées et sont aujourd’hui classées par les Services des Monuments historiques. On peut y voir les quatre évangélistes, le Christ de l’Apocalypse, un pèlerin avec son bâton, le couronnement de Marie, l’agneau pascal, des visages d'anges soufflant dans des trompes, saint Pierre, des étoiles de différentes tailles, des rinceaux, la représentation partiellement conservée d’un noble de Rathsamhausen (sans doute le commanditaire des fresques vers 1500) ainsi que son épouse, et de nombreux restes appartenant à plusieurs repeintes. Une custode (rare tabernacle mural conservé en Alsace) en gothique flamboyant du y est également conservée.
La destruction du château de la Roche
À la fin du , le château sert de refuge à un groupe de chevaliers brigands au service sans doute du seigneur Jérothé de Rathsamhausen-le-Jeune. Devant les plaintes formulées par Strasbourg et Sélestat, notamment après la séquestration de plusieurs marchands des villes hanséatiques de Lübeck et de Göttingen en 1468, un corps expéditionnaire de 500 hommes met le siège devant le château. Bombardé en 1469 pendant huit jours par l'artillerie de Nancy, la garnison consentit à se rendre et le château est pillé et détruit avec interdiction de le rebâtir.
La justice villageoise
Au début du , un tribunal présidé par le meyger réunissait la justice villageoise à Waldersbach afin d’y juger les affaires courantes. Le tribunal se composait de six à sept échevins auxquels s'ajoutaient trois autres de Saint-Blaise et Blancherupt. Le meyger de Saint-Blaise apparaissait vêtu moitié de rouge, moitié de blanc. Si un criminel était saisi, il était remis au seigneur qui l'enfermait au château de Guirbaden avant de le juger, de l'exécuter et de l'exposer sur la roue sur le lieu de justice au col de la Perheux. C'est à ce charmant carrefour de routes qu'on brûla sorciers et sorcières au début du . Sara Banzet, à la date du raconte dans son Journal, qu'elle fut « bouleversée et malade », à la suite de l'exécution de François Staller, « roué sur la Perheux, pour avoir tué d'un coup de fusil Didier Nussbaum et fait plusieurs crimes énormes. » La dernière exécution, eut lieu en 1786.
Les procès de sorcellerie
Dès 1613 est mentionné le cas de Anne, l'épouse de Steffen d'en Haut (Steffen von der Höhe) de Neuviller, qui est brûlée pour sorcellerie. Puis de 1620 jusque vers 1630 furent condamnés et brûlées au lieu de justice du col de la Perheux plus de 50 personnes originaires de tous les villages du Ban de la Roche pour "crime" de sorcellerie. Des copies des actes rédigés par le tribunal appelé à siéger ont été conservées ; elles permettent de découvrir ce qui était exactement reproché aux hommes et aux femmes soumis à la "question". Les dépositions, obtenues sous la torture, absolument identiques à toutes celles que l’on connait pour la Lorraine et l’Alsace, restent d’une pure fantaisie ; elles ne reflètent pas les raisons véritables qui conduisirent la justice seigneuriale à s'intéresser de si près à de simples villageois. Cette frénésie des bûchers s'étend en ce début du à toute la Lorraine, à l'Alsace et à une grande partie du Saint-Empire romain germanique. Le changement récent de religion du Ban de la Roche n’ayant pas été, sans doute aux yeux de certains, assez "efficace" pour repousser la solide implantation du « catholicisme », la pauvreté de sa population, le développement d’une crise du numéraire, son attachement à des pratiques, à des coutumes et à des croyances antinomiques aux valeurs de la religion ont sans doute simultanément contribué à l’introduction des procès. C’est donc dans l’histoire des mentalités qu’il faudrait rechercher les sources des pratiques rurales anciennes et l’absurde satisfaction de la justice à torturer des innocents des crimes dont on les accusait. Beaucoup de contributions concernant cette question s'attachent souvent à étudier les aspects anecdotiques des procès plutôt que les causes sociales et de civilisation plus difficiles à saisir.
Le château de Rothau
Vers 1570 est construit à Rothau par Jean Frédéric de Rathsamhausen une nouvelle résidence plus confortable, un schloss et non plus un burg, où réside le seigneur lorsqu'il se rend chez lui ou son représentant permanent, le bailli. Le château est cependant incendié lors de la guerre dite des évêques (1592-1604) que se livre la ville de Strasbourg et le cardinal de Lorraine. Restauré, la guerre de Trente Ans (1618-1646) le livre une nouvelle fois aux flammes. Les membres de la famille de Dietrich l'habiteront encore jusqu'en 1789 avant qu'il soit restauré récemment. C'est aujourd'hui un immeuble d'habitation et le dernier bâtiment de la Renaissance encore existant au sud de Mutzig.
La famille de Veldenz
La seigneurie est vendue en 1584 à Georges-Jean de Veldenz (Georg Hans von Veldenz, du comté de Veldenz au Palatinat ), comte palatin du Rhin et seigneur de La Petite-Pierre (Lützelstein). Son intérêt pour la seigneurie est lié aux filons ferrifères qu’il y exploitait déjà depuis plus d’une décennie. Sous son influence et celle de son fils Georges Gustave, une période industrielle intense se développe avec une diversification métallurgique inédite pour la région (fabrication de pièces d’armure, élaboration de pièces coulées, de fil de fer, atelier monétaire à Rothau). La guerre de Trente Ans ruine totalement dès 1633 les installations, les villages, les fermes et le château de Rothau.
La seigneurie au Siècle des Lumières
Des seigneurs français