vignette|Les huit espaces du Mictlan, décrits sur une feuille du Codex Vaticanus A ou Codex Rios. Mictlan (du nahuatl micqui (« la mort ») et tlan (« endroit, lieu »), ou par extension, « lieu des morts »), aussi appelé Chicunauhmictlan ou Ximoayan (« lieu des décharnés »), désigne dans la mythologie aztèque, les régions de l'au-delà que doivent parcourir les défunts en vue de libérer leur teyolia (l'âme, une des trois entités qui forment l'être humain selon les nahuas), et leur énergie vitale, tonalli. Ces régions sont souvent désignées comme l'inframonde par les ethnologues et seul s'y rendent les individus morts « de terre » désignés par l'expression tlalmiqui (du nahuatl tlalli (« la terre ») et de micqui (« mourir »)).
Mictlan est le domaine du dieu Mictlantecuhtli et de son épouse Mictecacihuatl.
Mythologie aztèque
Description L'inframonde du Mictlan est composé de huit ou neuf régions selon les sources, où les morts réalisent un voyage posthume qui dure quatre ans et à travers duquel ils doivent affronter des épreuves et de nombreux dangers. Durant ce processus le défunt passe par plusieurs stades, se décharne puis se dématérialise jusqu'à la réussite de la libération de la force vitale, tonnali et de l'âme, teyolia.
Seules les personnes décédées de morts naturelles, de vieillesse ou de maladies communes se rendent au Mictlan, qu'ils soient seigneurs ou issus de classes sociales modestes comme les macehuales. Cela exclut les morts rituels issus de sacrifices qui se rendent au Tonatiuhichan ou Ilhuícatl-Tonatiuhtlán, tout comme les guerriers tombés au combat représentés par les Macuiltonaleque, les captifs tués de la main de leurs ennemis ou les femmes mortes en couche appelées Cihuateteo. Les morts noyés, touchés par la foudre, de maladies liées à l'eau ou consacrées à Tlaloc se rendent au Tlalocan. Les jeunes enfants séjournent temporairement dans le Chichihuacuauhco, et s'y alimentent jusqu'à pouvoir revenir sur terre et bénéficier d'une seconde chance.
Une expression pose le problème de l'énigme de la mort. « Tocenchan, tocenpolpolihuiyan » (qui peut être traduit par plusieurs expressions comme « notre maison commune », « notre région commune où nous irons nous perdre », « le lieu où tous vont ») supposerait que tous les défunts, sans exception, passeraient par le Mictlan. Selon le Codex de Florence ce séjour serait définitif pour certains, tandis que pour d'autres ce ne serait qu'un endroit de passage.
L'américaniste Christian Duverger a émis l'hypothèse que le voyage vers le Mictlan était une «migration inversée», au cours de laquelle le défunt reproduisait en sens inverse les pérégrinations de ses ancêtres Mexica venus du nord.
Origines vignette|Cipactli décrite dans le codex Borgia. Dans le mythe fondateur aztèque de la création du monde tel qui est relaté dans la légende des soleils, Quetzalcóatl et Tezcatlipoca assassinent Cipactli une créature chimérique vorace qui flotte dans le vide primordial et se servent de son corps coupé en morceaux pour organiser le cosmos. Sa tête sert à créer les plans célestes des treize cieux, son corps l'espace terrestre du Tlalticpac et enfin sa queue et ses extrémités servent à créer les régions de l'inframonde. Après s'être couché et durant la nuit terrestre, le dieu soleil Tonatiuh traverse le Mictlan pour l'illuminer, d'où la relation intrinsèque qui existe entre la nuit et les régions de l'au-delà.
Quetzalcóatl se rend au Mictlan d'où il rapporte les os des humains des créations précédentes et s'en sert ensuite pour créer l'humanité actuelle. Toutefois, dans l'Historia eclesiástica indiana de Gerónimo de Mendieta, c'est Xolotl sous la forme d'un chien Xoloitzcuitle et non Quetzalcóatl qui va au Mictlan chercher les os dont les dieux ont besoin pour créer une nouvelle humanité. Dans le même ouvrage, selon Mendieta, Xolotl est le sacrificateur et non une des victimes au moment où les dieux sont immolés lors de la création du Cinquième soleil.
Régions et voyage des défunts vers le Mictlan Hormis des mentions occasionnelles, il n'existe que deux sources originales détaillées concernant le voyage des défunts vers le Mictlan : Bernardino de Sahagun dans son Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne aussi appelé Codex de Florence, et le Codex Vaticanus A aussi appelé Codex Rios en partie écrit par Pedro de los Rios. Elles présentent des similitudes mais diffèrent sur un certain nombre de points.
Le Codex Vaticanus A présente le tableau le plus clair. Ses deux premières pages mentionnent en caractères latins et représentent de manière graphique le passage par huit régions. Ana Guadalupe Diaz Alvarez qui analyse ce codex, note que l'artiste choisit d'illustrer le Mictlan comme une suite d'actions entreprises par le défunt qui forment des moments d'une suite narrative. Alors que les espaces célestes du même artiste sont figurés comme parfaitement définis. Certains éléments demeurent obscurs, comme le « lieu où flottent les drapeaux » ou le « lieu où les gens sont fléchés » mentionnés dans ce codex. Nathalie Ragot reconnaît que « ces deux passages restent pour nous énigmatiques »
Sahagún mentionne également huit niveaux mais organisés de manière différente. Dans le Codex de Florence figurent des appellations en nahuatl.
Christian Aboytes dans son ouvrage Amoxaltepetl, "El Popol Vuh Azteca" dresse un Mictlan à neuf niveaux ainsi qu'une description détaillée de chacun d'eux.
Les huit niveaux du Mictlán selon le Codex Vaticanus A et détaillés selon Christian Aboytes.NomDescription1 Itzcuintlán Apanohuaia Aponayan Apanohuaia"Lieu des chiens"
"Lieu au delà de l'eau"
"Passage de l'eautraduction proposée par López Austin"Dans le codex, ce niveau est représenté par un rectangle bleu contenant des coquillages et surmonté d'une tête de chien.
Dans cette région les morts doivent traverser le fleuve Apanohuacalhuia, là où habite Xochitónal, une créature mythique à tête d'iguane ou d’alligator. Pour cela, il leur fallait l'aide d'un chien Xoloitzcuintle qui évaluait tout d'abord si le défunt était digne de poursuivre. Si le candidat avait maltraité des chiens durant sa vie, il était condamné à errer telle une ombre sur les rives du fleuve sans pouvoir le traverser, sous peine d'être dévoré par Xochitónal et sans pouvoir atteindre le repos éternel. Le vent qui souffle sur les rives étouffe les complaintes des morts indignes de traverser.
Le fleuve délimite la frontière entre le monde des vivants et celui des morts. C'est la résidence du dieu Xólotl, dieu du crépuscule et seigneur de l'étoile du berger le soir.2 Tepeme Monamictlán Tepeme Monamictia Tépetl Monamicyan Tépectl Monamictlan"Lieu où les montagnes se heurtent"Dans le codex, ce niveau est représenté par un homme entre deux montagnes.
Cette région est composée de deux énormes montagnes qui s'ouvrent et se referment en se heurtant violemment de manière continue. Le défunt doit choisir le moment propice pour traverser sans finir broyé. C'est la résidence de Tepeyóllotl, dieu des montagnes et de l'écho, seigneur des jaguars.3 Itztépetl"Montagne d'obsidienne"Dans le codex, ce niveau est représenté par un homme faisant face à une montagne dans laquelle sont fichés des silex.
Dans cette région se trouve une montagne parcourue par un chemin d'obsidiennes effilées que le défunt doit arpenter. Les obsidiennes déchirent la peau et commencent à décharner les corps des défunts. C'est la résidence d'Itztlacoliuhqui, dieu de l'obsidienne, du froid et seigneur du jugement et des punitions.
Pour le punir d'avoir défié le dieu soleil Tonatiuh sous sa forme du dieu de l'aurore Tlahuizcalpantecuhtli, Itztlacoliuhqui devenu le dieu du gel est condamné à remplir ce lieu d'obsidiennes effilées.4 Cehuelóyan Cehuecáyan Itzehelóyan Itzehecáyan"Lieu où souffle un vent glacial / Lieu du vent d'obsidienne"Dans le codex, ce niveau est représenté par les méandres du vent dans lesquels sont fichés des silex.
Cet espace forme avec le niveau suivant un grand désert assimilé sous le nom général de Itzehecáyan. Le Cehuelóyan en est la première partie, composée d'une vaste zone gelée avec huit collines escarpées aux arêtes vives où la neige tombe en permanence. Il y souffle un vent glacial si violent qu'il soulève les roches tranchantes qui blessent et taillent les défunts, dans le but qu'ils abandonnent ici leurs effets personnels, leurs habits, leurs bijoux ou leur butin. C'est la résidence de Mictlecayotl ou Mictlampehécatl, dieu du vent qui vient du nord. Depuis cet espace Mictlecayot apporte l'hiver sur l'espace terrestre.5 Pancuetlacalóyan Pancuecuetlacáyan Paniecatacóyan"Lieu où les gens se retournent comme des drapeaux"Dans le codex, ce niveau est représenté par trois bannières ressemblant aux drapeaux que portent les individus destinés au sacrifice.
Dans cette seconde partie du grand désert Itzehecáyan et au pied de la dernière colline du Cehuelóyan, commence une vaste lande d'altitude composée de huit páramos où la gravité n'existe plus. Il y est très difficile d'y avancer et les défunts sont à la merci des vents qui les malmènent comme des drapeaux jusqu'à ce qu'ils puissent enfin quitter les plaines, à moins qu'ils ne soient ramenés en arrière par les bourrasques. C'est la résidence de Mictlecayotl ou Mictlampehécatl, dieu du vent du nord.6 Temiminalóyan Timiminaloayan"Lieu où les gens sont criblés de flèches"Dans le codex, ce niveau est représenté par un homme couché atteint par trois flèches.
Cette région est considérée comme un long sentier sur lequel le défunt subit l'assaut de flèches ou de pointes aiguisées dans le but de le vider de son sang et qu'il ne quitte pas cette région. Parfois ce sont des mains invisibles qui accablent le défunt en lançant les flèches, dans d'autres versions il s'agit d'une forêt dans laquelle les flèches filent à l'aveuglette.7 Teyollocualóyan Teocoylehualoyan Teocoyocualloa Teocoyolcualloyan"Lieu où le cœur des gens est dévoré"Dans le codex, ce niveau est représenté par un cœur humain qu'un carnassier s'apprête à dévorer.
Cette région est le domaine de bêtes féroces qui ouvrent la poitrine des défunts pour dévorer leur cœur. Si le défunt parvient à s'échapper de la région précédente, il finit fatalement face à une bête féroce dans celle-ci et son cœur lui est ôté. C'est aussi le domaine de Tepeyóllotl, dieu des montagnes et de l'écho, seigneur des jaguars.8 Apanohualóyan Apanohualoyán Apanhuiayo Itzmictlán-Apochcalocán Izmictlán-Apochcalolca"Lieu où il vous faut traverser l'eau"
"Lieu sans orifice pour la fumée"Dans le codex, ce niveau est représenté par un homme couché les yeux fermés duquel s'échappe sa force vitale en jaune, son tonalli. Le tout est entouré d'un rectangle gris.
Désormais sans cœur, le défunt doit traverser l'embouchure du fleuve Apanohuacalhuia, une masse d'eau noire. Le défunt s'y débat avant d'atteindre l'autre rive, mais ses peines ne sont pas encore finies car il doit encore traverser une vallée embrumée qui l'aveugle et parcourue par neuf rivières profondes. Fatigué et exsangue, la traversée de cette vallée pousse le défunt à se connecter avec les événements passés de sa vie jusqu'à ce qu'il atteigne un état de conscience d'unité avec le monde et cesse de souffrir en libérant son tonalli. S'il se perd dans le brouillard ou se noie dans les rivières, le défunt ne peut accéder au repos éternel.(9) Chiconahualóyan Chiconahuayán Chicnauhmictlan"Lieu où il y a neuf rivières"
"Neuvième lieu de Mictlan"Dans le Codex Rios, ce niveau n'est pas représenté.
Il est pourtant documenté séparément de la région précédente par Christian Aboytes dans son livre Amoxaltepetl, "El Popol Vuh Azteca". Il y désigne le Mictlan avec le terme nahuatl « Chiconauhmictlán » (littéralement « neuvième lieu des morts »). L'auteur nuance tout de même que cet espace qu'il sépare des autres régions est parfois inclus dans la région précédente Izmictlán-Apochcalolca.