La conférence de Cali de 2024 sur la biodiversité, ou COP 16, est une conférence internationale organisée par l'Organisation des Nations unies qui s'est déroulée du au à Cali, en Colombie. Cette (d'où son acronyme) a réuni les pays signataires de la Convention sur la diversité biologique (CDB), un traité international adopté lors du sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992.
Cet évènement intervient deux ans après la signature par 196 pays du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming à Montréal en 2022, qui prévoit de protéger à l'horizon 2030 au moins 30 % des terres, des eaux intérieures et des zones côtières et marines et de restaurer de 30 % des écosystèmes dégradés ; ses principaux objectifs étaient d'examiner les engagements des différents pays, de préciser les financements ainsi que les mécanismes de partage des avantages issus de la biodiversité.
La dernière séance plénière a duré toute la nuit (du au ), sans réussir à trouver un consensus (et le quorum des pays représentés n'était plus atteint pour qu'une décisions soit possible). La conférence s'est conclue par le report de l'adoption de plusieurs décisions importantes sur le cadre de suivi et d'évaluation du cadre mondial de la biodiversité, ainsi que sur la stratégie pour générer 200 milliards de dollars d'ici à 2030 (cible 19) pour la biodiversité.
Deux avancées majeures sont toutefois soulignées par les observateurs : la création d'un organe représentant les peuples autochtones et la création d'un nouveau fonds mondial (« fonds Cali ») pour un partage équitable des ressources génétiques issues de la biodiversité (même si l'efficacité de celui-ci reste à prouver puisqu'il doit être alimenté par des contributions volontaires et non obligatoires des groupes cosmétiques et pharmaceutiques faisant des bénéfices en la matière).
Organisation Date et lieu La Turquie, pressentie initialement pour organiser la 16 conférence des parties, renonce en du fait des trois séismes destructeurs qui se sont produits en et de la situation catastrophique qui en a résulté. L'UNCBD le notifie aux Parties dans un communiqué le ..
Le , la Colombie propose d'accueillir la COP16 de la CNUDB du au . L'annonce officielle a été faite par la ministre de l'Environnement et du Développement durable Susana Muhamad..
Le , le président colombien Gustavo Petro annonce que Cali est choisie pour accueillir l'évènement après un mois de compétition avec Bogota.. L'évènement se déroulera au Valle del Pacífico Events Centre. Le président a également souligné, parmi les raisons du choix de Cali, sa situation géographique, puisqu'elle est entourée par la région colombienne du Pacifique, qui est l'une des régions les plus riches en biodiversité de la planète et du monde. Le maire de Cali, , a suivi la retransmission en direct de l'annonce et s'est félicité de la décision du gouvernement, affirmant qu'il s'agissait de l'événement le plus important pour la ville depuis de nombreuses années..
Logo Pour identifier l'événement, un logo a été créé à partir de la fleur Inírida (Schoenocephalium teretifolium), endémique de la Colombie, et comprend également le slogan « Paz con la Naturaleza » (Paix avec la Nature). Le logo a été officiellement présenté le lors de l'Assemblée des Nations unies pour l'environnement à Nairobi, au Kenya, par la ministre de l'environnement Susana Muhamad et David Cooper, secrétaire exécutif par intérim de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB)..
Présidence La présidence de la conférence est assurée par la ministre de l'environnement de la Colombie, Susana Muhamad. En , elle est chargée par le président élu Gustavo Petro de mener la transition au sein du ministère de l'Environnement et du Développement durable.. Le , Petro confirme sa nomination en tant que ministre. Lors de sa nomination, elle promeut l'interdiction, comme promis par Gustavo Petro lors de sa campagne présidentielle, de la fracturation hydraulique comme méthode d'extraction des hydrocarbures, qui est néfaste pour l'eau et l'équilibre des écosystèmes.. Depuis des mois, elle participe à diverses conférences internationales à Dubaï, Londres ou New York pour promouvoir l'action de la Colombie en matière de transition énergétique, de lutte contre la déforestation et d'investissements innovants. La Colombie est d'ailleurs devenue le premier grand producteur d'hydrocarbures à signer l'appel à un traité de non-prolifération des combustibles fossiles...
Participants Douze mille participants sont attendus dont 140 ministres et sept chefs d'État parmi lesquels le président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva. Les organisateurs de l'événement ont annoncé en outre une participation « record » des acteurs économiques – banques, entreprises – et associatifs. De multiples actions sont programmées pour obtenir, analyser et critiquer les stratégies mises en oeuvre..
Sécurité Onze mille policiers et soldats colombiens, soutenus par du personnel de sécurité de l'ONU et des États-Unis, participeront à la sécurité de l'événement..
Contexte Le constat de l'urgence à agir est partagé. Selon les scientifiques, 75 % des écosystèmes ont été significativement dégradés par l'action humaine, 85 % des zones humides ont disparu et les espèces s'éteignent à un rythme accéléré. Un million d'entre elles sont menacées, dont un grand nombre dans les décennies à venir. Selon le WWF, qui a publié le le rapport « Planète vivante 2024 », les populations mondiales de vertébrés sauvages ont décliné de 73 % en moyenne depuis 1970.. Or les implications économiques et sociales de cette crise sont graves. La moitié du PIB de la France dépend par exemple de la bonne santé de ses écosystèmes..
Durant la COP, des peuples autochtones ont manifesté, dont pour dénoncer les assassinats à leur encontre dans leurs actions de protection de l'environnement et de leurs territoires, la Colombie, qui prône ici « la paix avec la nature », étant aussi, souligne Le Monde, l'un des pays où les défenseurs de l'environnement risquent le plus d'être assassiné..
Objectifs Le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming à Montréal adopté lors de la sur la biodiversité en fixe 4 objectifs mondiaux et 23 « cibles » mondiales à l'horizon 2050.. Il s'agit principalement d'accroître la superficie des écosystèmes naturels, de mettre fin à l'extinction des espèces menacées connues et de garantir le financement des pays en développement pour protéger la nature.. Lors de la COP16, les gouvernements seront notamment chargés d'examiner l'état de mise en œuvre du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal au travers notamment des différents plans nationaux mais aussi du niveau d'atteinte des différentes cibles.
Ainsi trois objectifs peuvent être définis pour cette COP : la mise en place concrète et détaillée du cadre décennal adopté à Montréal, avec l'examen des plans nationaux ; la question des financements ; le mécanisme de partage des avantages issus de la biodiversité.
Plans nationaux Colombie La Colombie présente son plan pour la biodiversité le . Il comporte quatre objectifs et deux cibles à l'horizon 2030... : planification participative : 19 millions d'hectares en perte d'intégrité écologique dans les territoires marins continentaux et côtiers, seront inclus de manière participative en tant que déterminants de l'aménagement du territoire avec des critères de biodiversité et d'adaptation au climat ; territoires dotés d'une intégrité écosystémique et de modèles régénératifs : La Colombie restaurera cinq millions d'hectares de terres dégradées ; stimuler l'économie de la biodiversité : elle contribuera à hauteur de 3 % du PIB national et seront créés grâce à des modèles d'économie de la biodiversité qui garantissent des alternatives productives durables basées sur la connaissance et l'innovation technologique pour générer de la valeur ajoutée ; d'ici 2030, l'objectif est de réduire de 50 % les économies illicites dans le pays, notamment le trafic d'espèces sauvages et les crimes environnementaux qui affectent l'environnement ; la Colombie aura protégé 34 % des zones terrestres, des eaux intérieures et des zones marines côtières (24 % sont actuellement en aires protégées) ; le pays aura mis en œuvre des modèles de financement durable.
France Le , le gouvernement démissionnaire français a déposé ses objectifs nationaux, se déclinant en 40 mesures..
Aires marines protégées La mesure 1 s'intitule « Renforcer la stratégie aires protégées pour atteindre les 10 % de surface en protection forte et bien gérer les 30 % d'aires protégées ». Annoncée par le Président de la RépubIique Ie à l'occasion du One Planet Summit, la stratégie nationale pour les aires protégées (SNAP) constitue la feuille de route de la France en matière d'aires protégées à horizon 2030. Les principaux défis de la SNAP consistent à. : atteindre l'objectif de 10 % en protection forte du territoire national et 5 % en Méditerranée. L'objectif de 30 % en aires protégées est atteint depuis avec l'extension de la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises (31,2 % du territoire terrestre national et 33,6 % des espaces maritimes sont couverts par des aires protégées) ; assurer une bonne qualité de la gestion de l'ensemble du réseau (aires protégées et zones de protection forte).
Si cet objectif s'inscrit bien dans trois des objectifs mondiaux, l'association BLOOM, oeuvrant pour la protection des écosystèmes marins, dénonce l'ambiguïté du discours de la France notamment dans le libellé de la mesure qui n'a rien de contraignant. : la « protection forte » est, selon cette association une aberration issue d'un décret adopté dans l'entre-deux tours de la présidentielle de 2002, inventée par la France pour contourner la définition européenne sur la « protection stricte » et permettre au lobby de la pêche industrielle de chaluter dans des aires marines censées être sanctuarisées ; la « bonne gestion des 30 % d'aires protégées » ne s'est pas traduite dans les faits en 2022-2024, puisque la France s'est opposée au Plan d'action pour l'océan de la Commission européenne, arguant que certaines dispositions conduiraient à impacter fortement la pêche artisanale dans les aires marines protégées (AMP). Ceci a conduit à un statu quo permettant la poursuite de l'intervention de chalutiers industriels. L'Espagne, la France et l'Italie concentrent à eux seuls plus de deux tiers de l'effort de pêche au chalut dans les AMP. L'AMP la plus chalutée en Europe est une AMP française : le Talus du golfe de Gascogne, qui concentre à lui seul plus de de pêche au chalut en 2023...
UICN En septembre 2024, lors de son Congrès français, l'UICN a réuni plus de 250 expert/es et représentant/es des organisations membres de son Comité français ; ils ont produit 32 recommandations de priorités internationales pour la conservation de la biodiversité (qui seront proposées au Congrès mondial de la nature de l'UICN, à Abu Dhabi en ).