Une bibliothèque de prison est la structure de nombreux établissements carcéraux proposant des livres et de la documentation aux personnes incarcérées, parfois grâce à des partenariats avec des bibliothèques publiques locales et des organisations communautaires. Cette structure peut prendre différentes formes, allant de la bibliothèque comme lieu physique existant en tant que local pouvant être visité, jusqu’à de petites collections de livres accessibles uniquement par le biais d’un catalogue, voire d’un chariot roulant.  L’accès physique à ces bibliothèques est principalement entravé par des soucis de sécurité, et varie selon les établissements, mais aussi selon la direction de ces établissements. Les ressources de ces bibliothèques s'avèrent souvent limitées : elles proviennent principalement de sources gouvernementales.

En termes de droits fondamentaux, l'implantation mondiale des bibliothèques de prison est fondée sur les politiques et les normes de plusieurs documents et institutions reconnus internationalement. L’un des plus proéminents est l’article 19 sur la liberté d’expression et d’information de la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies, qui stipule que tout individu a le droit d’accéder à l’information peu importe les frontières. Les bibliothèques pénitentiaires entendent répondre à ce droit : leur existence et leur pertinence est défendue notamment par les "Règles Nelson Mandela", adoptées en 2015 par les Nations unies. Selon la règle 64 des 122 Règles Nelson Mandela, « [c]haque prison doit avoir une bibliothèque ouverte à toutes les catégories de détenus et dotée de suffisamment d’ouvrages instructifs et récréatifs, et les détenus doivent être encouragés à les utiliser pleinement » (UNODC, 2015). L’institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie (UIL) recommande, dans sa Note d’orientation no 11, que les nations transcrivent cette obligation dans leur documents politiques nationaux et régionaux.  Plusieurs pays adhèrent à cette idée qui est transcrite en plusieurs endroits dans leurs lois.  Le Canada (la Directive 720 des Services correctionnels du Canada.), la France (l’article D.443 du décret no 85-836Philippe Pineau, « La bibliothèque de prison, un droit pour les personnes détenues », Association des bibliothécaires de France, Paris, 2012. https://www.abf.asso.fr/fichiers_site/fichiers/ABF/bibliotheques_prison/pour_des_bibliotheques_de_qualite_dans_les_prisons.pdf) et les États-Unis par exemple (Library services and Construction act) disposent notamment de textes de loi à cet égard.

Un autre texte important visant à encadrer la pratique des bibliothèques pénitentiaires est celui de la Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques, l’IFLA, qui a publié en 2005 sa troisième édition des 97 Recommandations à l’usage des bibliothèques de prison. Ces recommandations ne font pas office de lois, mais servent à rappeler les droits fondamentaux des détenus et veulent servir de modèle pour les guides nationaux régissant les bibliothèques pénitentiaires. Dans ces recommandations sont rappelés que la lecture, l’écriture, la culture, l’accès à l’information, la scolarisation, sont des activités d’éducation qui jouent un rôle central dans la réhabilitation des détenus visant leur réintégration dans la société.

Rôle Les recherches montrent une corrélation entre l’éducation et la réduction de la récidive, et les bibliothèques sont un support de l’éducationMarshall, A. M. J. (2011). Library services in correctional settings. Information Outlook, 15(1), . L’éducation permet aux personnes détenues d’acquérir des compétences qui sont nécessaires et utiles pour réintégrer la société une fois libérées : les bibliothèques peuvent jouer un rôle important en aidant les détenus à développer ces compétences. Certains programmes proposés par les bibliothèques en milieu carcéral comprennent des cours d'alphabétisation, des cours de préparation à la vie quotidienne, des cours sur la littératie de l'information incluant l'utilisation d'une bibliothèque.Bookmobile Outreach Services, 10(2), .. Dans certains États aux États-Unis, les personnes sont condamnées à participer à un groupe de discussion littéraire au lieu d’une peine de prison. Un de ces programmes, (CLTL), est actif depuis 1991. Le premier groupe CLTL du Massachusetts présente un taux de récidive de 19 pour cent, contre 42 pour cent dans un groupe témoinSussman, D. B. (2014). Reading Reduces Recidivism: Getting Books to Prison Libraries. ILA Reporter, 32(6), .

En plus des opportunités éducatives, les bibliothèques en milieu carcéral permettent aux personnes détenues d'avoir des contacts positifs et significatifs avec leur famille. Par exemple, l'Institut correctionnel Jessup dans l'état du Maryland aux États-Unis a lancé un programme visant à fournir des livres aux personnes incarcérées pour qu'elles les lisent à leurs enfants ou petits-enfants lors des jours de visiteNPR. (2011). Prison library offers place to escape.. D'autres bibliothèques en milieu carcéral offrent des programmes au sein desquels les personnes détenues s'enregistrent en train de lire des histoires, et ces enregistrements et les livres sont envoyés à leur enfant(Greenway, ).

Les bibliothèques dans les établissements carcéraux offrent parfois aux personnes détenues un espace de rencontre avec d’autres personnes ayant des intérêts communs. Bien que le financement soit limité, certains bibliothécaires de prison s'efforcent d'offrir une programmation. Ces programmes peuvent comprendre des clubs de lecture et parfois des projets de service communautaire..

Défis Le financement et l’accès à l'espace sont deux défis majeurs pour les bibliothèques en milieu carcéral(Greenway, ). Les bibliothèques pénitentiaires figurent habituellement en bas de l’échelle des priorités budgétaires des prisons. Il est difficile de fournir des informations et des cours qui sont à jour avec un budget et un espace limités. Les budgets limités s’accompagnent de contraintes de temps. Certains membres du personnel des bibliothèques en milieu carcéral estiment qu’ils ou elles n’ont pas le temps d’accomplir toutes les tâches qui leur incombent, car ces bibliothèques sont déficitaires en matière de ressources humaines(Greenway, ).

Une grande majorité des bibliothèques carcérales dans le monde, et ce malgré les recommandations de l’International Federation of Library Associations and Institutions (IFLA) à ce sujet, n’embauche pas de professionnels de l’information, comme des bibliothécaires professionnels ; les directions des établissements pénitenciers préférant déléguer cette gestion à d’autres personnels de la prison, voire à des détenus. Le manque de financement se traduit aussi par les salaires peu attirants et par l'absence de débouchés professionnels plus élevés, qui contribue à dissuader les professionnels qualifiés de poser leur candidature pour ces postes peu nombreux. De plus, il existe un problème intrinsèque à la formation offerte aux professionnels de l’information. La majorité des programmes nord-américains de bibliothéconomie et de sciences de l’information n’incluent pas dans leur curriculum de cours dédiés à la bibliothèque de prison et à ses services. Ceci est malgré l’intérêt de recherche et la littérature existante sur le sujet et ses enjeux.

L’accès à ces bibliothèques, à leurs ressources documentaires et à leurs éventuels services est aussi entravé pour des raisons de sécurité.  Ces limitations peuvent se manifester sous la forme de règles strictes de fréquentation, de documentation permise (excluant toute idée ou activité illégale), de type de support permis (limitant les avancées technologiques, l’utilisation des outils technologiques, voire l’apprentissage de l’utilisation de ces outils).

L’IFLA demande que la technologie de l’information des milieux carcéraux soient modernes, mais bon nombre d’établissements interdisent Internet, ou l’utilisation d’ordinateurs, voire de tablette de lecture, pour des raisons de sécurité.  Ces limitations sont imposées inégalement dans les prisons, empêchant parfois les détenus de développer une littératie numérique qui leur sera nécessaire à leur sortie de prison.

La censure est un autre défi majeur dans ces bibliothèques. Par exemple, aux États-Unis, les règlements du Bureau fédéral des prisons stipulent que les publications ne peuvent être rejetées que si elles sont jugées « préjudiciables à la sécurité, au bon ordre ou à la discipline de l'établissement ou si elles peuvent faciliter une activité criminelle ». Cependant, il semble que les prisons censurent les documents bien au-delà de ces directives. Les restrictions sur le contenu des documents dans les bibliothèques pénitentiaires sont imposées par les autorités de l'établissement carcéral, soit les directeurs, les administrateurs et le personnel de sécurité, ce qui porte atteinte au droit de lire des personnes détenues.. On constate différentes approches, formelles ou informelles, au plan de la censure, et des variations significatives d'une prison à l'autre.

Les bibliothèques en milieu carcéral dans le monde

États-Unis droite|vignette| Livres de la bibliothèque, prison de Guantanamo, en 2011. On retrouve des bibliothèques en milieu carcéral aux États-Unis depuis 1790. La première bibliothèque dans une prison d'État est créée en 1802. Au début du , les prisons étaient généralement gérées par le clergé. Le but de la bibliothèque est alors d’accroître la dévotion religieuse et de modifier les comportements. Dans de nombreuses prisons à cette époque, la collection de la bibliothèque se compose uniquement de la Bible et parfois de livres de prières. Selon Lehmann (2011), « le but principal de la lecture était le renforcement du caractère, la dévotion religieuse et ce que nous appellerions aujourd'hui la modification du comportement . Au milieu du , la pénologie (l'étude, la théorie et la pratique de la gestion des prisons et de la réhabilitation des criminels) était devenue plus scientifique et les criminologues prétendaient connaître les raisons du comportement criminel et, par conséquent, comment réformer les criminels».

En 1870, pendant la période progressiste et le mouvement de réforme pénitentiaire, le Congrès des prisons commence à réclamer la réhabilitation des condamnés plutôt que des représailles, ainsi que l'éducation et les récompenses pour leur bonne conduite.. La bibliothèque est considérée comme une mesure incitative et propose que des contenus qui favorisent les objectifs réformateurs de la prison. Le premier manuel pour les bibliothèques pénitentiaires a été publié par l'American Library Association en 1915.

Pendant la Grande Dépression, les bibliothèques des prisons sont agrandies et les bibliothèques sont considérées comme un moyen d'occuper les personnes détenues. En 1930, un manuel pour les bibliothèques pénitentiaires est publié par l'American Correctional Association. La bibliothèque est conçue comme un lieu de loisirs sain, qui favorise l'éducation et la santé mentale; les bibliothèques des prisons fédérales connaissent une forte croissance au cours des quatre décennies suivantes.

Dans les années 1970, la autorisée par le Congrès favorise aussi la croissance des bibliothèques pénitentiaires. En 1974, deux affaires du Massachusetts – Wolf v. McDonnell et Stone v. Boone – ont exigé que les prisons fournissent des bibliothèques sur place, ce qui a ouvert la voie à Bounds v. Smith, 430 US 817 (1977). L'arrêt Bounds v. Smith statue que les prisons doivent fournir un accès aux personnes formées en droit ou aux collections des bibliothèques juridiques afin de satisfaire à l'exigence constitutionnelle d'un accès significatif aux tribunaux. En 1996, l’affaire Lewis c. Casey, 518 US 343 (1996) limite les exigences imposées aux établissements correctionnels. À la suite de Lewis, de nombreuses bibliothèques ont réduit leurs collections.