vignette|L'Œuvre littéraire et sociale de Lina Beck Bernard, couverture de l'ouvrage de Juan Jorge Gschwind, Rosario (Argentine), 1935.
Lina Bernard, par mariage Lina Beck-Bernard ou Lina Bernard de BeckLa forme « Lina Bernard de Beck » est parfois employée par l'auteure pendant son séjour en Argentine, voir El Litoral, « Un retrato poco conocido de Lina Beck Bernard », n.d., est une voyageuse, écrivaine et journaliste française mariée en Suisse, née le à Bitschwiller-lès-Thann et morte à Lausanne le .
Elle est connue pour le récit de son séjour en Argentine dans la province de Santa Fe entre 1857 et 1862 et pour plusieurs écrits sur des questions sociales.
Biographie Origines et premières années Lina Bernard naît en Alsace en 1824. Elle perd très jeune son père, mort assassiné. Elle est élevée par sa grand-mère maternelle et apprend le latin, le grec, le dessin et les sciences. À l'âge de 16 ans, elle émigre en Suisse, à Bâle puis à Lausanne. Elle étudie le droit pénal et s'intéresse à la réforme du système pénitentiaire. En 1852, elle épouse Charles Beck, négociant de Bâle et administrateur avec Aquiles Herzog de l'agence Beck et Herzog qui organise la migration de colons suisses, allemands et français vers l'Amérique du Sud pour y fonder des colonies agricoles.
Cinq ans en Argentine vignette|redresse=0.7|gauche|Carte de la province de Santa Fe « pour les immigrants », 1867. La région du Chaco, au nord-ouest, est encore un « territoire non exploré ». En 1856, l'agence Beck et Herzog lance un projet d'installation de 200 familles suisses à San Carlos, aujourd'hui dans le département de Las Colonias, province de Santa Fe. Le gouverneur Juan Pablo López, frère du caudillo Estanislao López, et le ministre donnent leur accord pour un premier établissement de 50 familles d'agriculteurs suisses. La compagnie attribue à chaque famille des matériaux de construction, des semences et du bétail ; elle fixe des « normes morales » et des règles pour l'éducation des enfants ; en outre, chaque famille doit consacrer 20 jours par an à des travaux d'intérêt commun. Ce programme s'inscrit dans le cadre des projets de développement formulés par le militaire et explorateur .
En 1857, la famille Beck-Bernard part du sud de l'Angleterre pour l'Amérique du Sud. Lina commence à rédiger un journal de voyage pour décrire sa traversée puis son installation à Santa Fe. La traversée de l'Atlantique dure un peu moins de deux mois avec escales à Lisbonne, aux Canaries, aux îles du Cap-Vert, à Bahia, Rio de Janeiro et Montevideo. À Buenos Aires, la famille passe 14 jours en quarantaine à cause de la fièvre jaune puis remonte le fleuve Paraná à bord de la goélette El Rey David et arrive à Santa Fe. vignette|redresse=1.2|Berge du Paraná à Alberdi près de Rosario, province de Santa Fe, v. 1915. Lina Beck-Bernard regarde la vie à Santa Fe avec bienveillance. Elle apprécie le plan en damier des rues et les nouveaux édifices bâtis par des artisans génois. Elle trouve les femmes du peuple très pauvres et dépourvues d'instruction scolaire mais pleines de délicatesse, acceptant leur sort sans amertume, capables de bon sens et d'observation. Comme elle distribue des remèdes, les habitants en viennent à la considérer comme « madame la doctoresse » (« señora médica ») et, presque tous les matins, une main anonyme dépose un bouquet de fleurs devant leur porte : L. Beck-Bernard, 1864, p. 126-127, citée par M.d.l.A.Rodriguez, 2024, « Narraciones en viaje ».
Elle note aussi, au cours d'un bal, le contraste entre les élites locales créoles et les autochtones amérindiens « comme Santa Fe à côté du Chaco » :
À Santa Fe, la famille Beck-Bernard arrive pendant la période des guerres civiles argentines. Elle est proche du militaire et écrivain Pedro Echagüe, figure importante du Parti unitaire. vignette|Soldats du caudillo Juan Felipe Ibarra, gravure d'Horace Castelli, Le Tour du monde, 1861.
Lina Beck-Bernard recueille les souvenirs de victimes du conflit comme Pepa López, veuve d'Estanislao López, le « grand général López » qui avait temporairement mis fin aux pillages des caudillos, probablement mort empoisonné en 1838 par les soins du dictateur portègne Juan Manuel de Rosas, et Carmelita Cullen, fille de , gouverneur de Santa Fe, fusillé en 1839 par ordre du même RosasL. Beck-Bernard, 1864, p. 251-255. Lina Beck-Bernard raconte la fuite de la veuve de Cullen qui, pour échapper aux hommes de Rosas, doit traverser avec ses enfants la jungle marécageuse du Paraná, infestée de « tigres » (nom local du jaguar). Un batelier génois les aide à franchir les marécages et atteindre sa goélette qui les conduit à MontevideoL. Beck-Bernard, 1864, p. 255-259.
Sans être une ethnologue, Lina Beck-Bernard note beaucoup de détails du paysage et de la vie quotidienne de Santa Fe. Elle mentionne le caractère « patriarcal » de la vie familiale : il est courant que trois ou quatre générations vivent sous le même toit et comme les jeunes filles sont mariées très jeunes, il n'est pas rare de voir des grand-mères de 32 ou 33 ans. Les hommes sont souvent absents pour cause de commerce, de guerre ou des activités de l'estancia : leurs enfants, petits-enfants et neveux s'élèvent entre eux avec « beaucoup de patience et d'indulgence réciproque ».
Les Beck-Bernard jouent un rôle actif dans la société santafesine où Charles Beck est président du Club del Orden (« Club de l'ordre ») en 1860-1861.
Retour en Europe et dernières années La famille Beck-Bernard retourne en Europe en 1862 et s'établit à Lausanne. En 1864, Lina Beck-Bernard publie à Paris Le Río Paraná: Cinq années de séjour dans la République Argentine où elle témoigne de son expérience et celle de sa famille. En 1872, elle publie à Genève le recueil Fleurs des Pampas où elle réunit trois nouvelles inspirées par son séjour à Santa Fe : « La Estancia de Santa Rosa », « Telma » et « Frère Antonio ». Elle collabore à plusieurs journaux dont L’Esperance, organe de l'Association des femmes de Lausanne, Le Confédéré du Valais et la Revue des Deux Mondes. Elle publie des textes sur la réforme du système pénitentiaire. Elle séjourne le plus souvent en Italie. Elle meurt à Lausanne le .
Famille Le couple Beck-Bernard a eu quatre filles, deux nées avant son départ pour l'Amérique du Sud et deux pendant son séjour en Argentine : Noemi Susana (Noémie), née en Suisse en 1854, qui épouse Constantin Stoyanesco, ingénieur à Bucarest. En 1880, elle adhère à l'Union internationale des Amies de la jeune filleJournal du Bien public, 15 janvier 1880 ; Amelia Catalina Laura, née en Suisse en 1855, morte à Bâle en 1922 ; Elisabeth Fanny, née à Santa Fe en 1859, morte le à Saint-Gingolph (Haute-Savoie) ; Hélène Mathilde, née à Santa Fe en 1861, baptisée la même année à l'église protestante de San Carlos. Elle épouse Édouard Bavier, négociant en soies à Zurich et représentant de sa maison comme acheteur de soie brute à Yokohama à partir de 1866Paul Bairoch, La Suisse dans l'économie mondiale, Chronos, 1990, p. 490 . Elle meurt à Lausanne en 1943.
Œuvres Le Rio Parana : Cinq années dans la république argentine, Paris, Grassard, 1864, , traduction espagnole par José Luis Busaniche : Cinco años en la Confederación Argentina (1856-1862), 1935, rééd. 2001 Fleurs des Pampas, Scènes et souvenirs du désert argentin, Genève, 1872
Références
Bibliographie
Liens externes
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