Martin Heidegger. Catholicisme, révolution, nazisme est une biographie de Martin Heidegger par Guillaume Payen, parue en 2016, et traduite en allemand, en anglais et en espagnol.

Payen essaie de dépasser l'opposition entre pro- et anti-heideggeriens en défendant l'idéal de neutralité axiologique de l'historien. Il veut faire servir ses recherches à une histoire plus générale de la période : comme il l'expose dans l'introduction :

Destins changeants Le sous-titre catholicisme, révolution, nazisme désigne les . Avec le terme de destin, G. Payen veut , de la propre croyance de Heidegger en .

Les destins nazis de Heidegger Heidegger dès avant sa conversion au nazisme partage des éléments avec lui : une idéologie Sang et Sol, un antisémitisme, un jeunisme et une éthique de la responsabilité reprise du Mouvement de jeunesse (deutsche Jugendbewegung). À partir de 1930, il lit le journal nazi Völkischer Beobachter. Heidegger voit dans le nazisme un instrument pour sa propre révolution : après une révolution institutionnelle, une révolution culturelle. Malgré les critiques qu'il fait contre le niveau des nazis, il est réceptif à la propagande violente du NSDAP, semblable à sa propre « polémologie » (). Il partage la « religion séculière » du nazisme, son culte de la personnalité, le principe du chef, son jeunisme. Son irréligion et son anticatholicisme le rapprochaient de Baeumler et Rosenberg.

Son rectorat est une désillusion : il rencontre la réalité concrète du nazisme, de la « jungle du Reich » (), l'agitation des étudiants et des SA, comme Hitler lui-même la rencontre au même moment, avant la nuit des Longs Couteaux. Après le rectorat, il garde des projets éducatifs comme l'académie prussienne des professeurs. Ensuite, il se convertit à l’idée que le rôle du nazisme est de faire advenir une grande catastrophe, une destruction de la modernité par la modernité : il croit voir la « participation du nazisme à l'histoire de l’être et de la métaphysique comprise, à la suite de Nietzsche et du Travailleur d'Ernst Jünger, comme la lutte technique pour la domination universelle qui tendait au déracinement complet de l’existence moderne. » (). Ce n’est qu'ensuite que la révolution philosophique de Heidegger se fera. S'il est marginal dans le nazisme, c'est le « signe de la subsistance d’un certain degré de liberté au sein du Reich. » (). Après guerre, il ne change pas fondamentalement d'idées.

Réception Cette biographie a été largement reçueDavid Gallo, Histoire, Économie et Société, 2017/2 (36e année), p. 129-131; Rémy Porte, « Philosophe engagé », 13 février 2016, http://guerres-et-conflits.over-blog.com/2016/02/philosophe-engage.html ; François Mariet, « Heidegger, encore », 8 février 2016, http://mediamediorum-lectures.blogspot.ae/2016/02/heidegger-encore.html ; Frédéric le Moal, « Heidegger l’Apostat », 5 févier 2016, http://www.lelitteraire.com/?p=20005; Eric Abgrall, « Martin Heidegger. Catholicisme, Révolution, Nazisme. Par Guillaume Payen », breizh-info.com, 10 octobre 2016 ; Marc Lebiez, « Le double jeu de M. 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Orthofer, « Martin Heidegger's Changing Destinies by Guillaume Payen », The Complete Review, 21 May 2023, https://www.complete-review.com/reviews/heidegger/payen.htm#ours ; Gustav Jönsson, « Martin Heidegger’s Nazism Is Inextricable From His Philosophy », jacobin.com, 6 mars 2023, https://jacobin.com/2023/03/martin-heidegger-nazism-payen-wolin-book-review.Anton Grabner-Haider, « Das unheimliche Denken. Der lange Schatten von Heideggers Existenzanalyse », Aufklärung und Kritik, 2023, ; Gerhard Poppenberg, « Heidegger und der Nationalsozialismus. Drei Biographien und eine Monographie », Philosophische Rundschau, vol. 69, 2022, , ; Concordia. Internationale Zeitschrift für Philosophie, 2022, .. La réception universitaire est flatteuse : ce livre est selon Richard Polt, comme pour Gregory Fried et Thomas Sheehan, spécialistes américains de Heidegger, « la meilleure biographie actuelle ». Commentant en 2018 les parutions sur Heidegger, l'Australien Matthew Sharpe parle d'« ouvrage extraordinaire », « fournissant un niveau inouï de détails et de documents concernant Heidegger et la politique ; il atteste plus nettement que jamais la centralité incontournable du nazisme de Heidegger pour toute compréhension de ses chemins de pensée. » En Allemagne, Rainer Hudemann y voit « la première grande biographie de Heidegger qui unisse étroitement les méthodes et les connaissances de l’historiographie avec les développements philosophiques et qui, en même temps, à l’inverse, à partir de ce contenu philosophique, conduise à l’analyse historique jusque dans les moindres détails. » Le président de la Société Martin Heidegger, Harald Seubert, fait l'éloge d'un travail bien orchestré esquissant de nouvelles perspectives de recherche. Il affirme : « Hors de toutes tendances, Payen saisit dans un style clair, prenant une distance souveraine par rapport au style de Heidegger, les profondeurs de la vie de ce philosophe et de l’histoire de son œuvre, de même que les raisons et les déraisons de sa pensée »..

Quant aux journalistes, Paul-François Paoli dans Le Figaro littéraire pense que ce livre « ne constitue […] pas une glose de plus sur Heidegger, mais une biographie qui analyse les relations entre une vie et une œuvre. [...] Les pages parfois puissantes de ce livre ne peuvent que nourrir un débat intarissablePaul François Paoli, « Heidegger ou l'énigme sans fin », Le Figaro littéraire, 14 janvier 2016. » Dans Le Monde, Nicolas Weill écrit : « L'intérêt de l’ouvrage tient […] à son ambition d’inscrire Heidegger et sa philosophie dans son contexte historique allemand. » Yann Diener dans Charlie Hebdo rit de ce philosophe, disant que « Philosophe-star et nazi notoire, Martin Heidegger aurait préféré qu'on limite sa notice biographique au récit de ses promenades en Forêt-Noire avec ses élèves »: « C'est raté », conclut-il à cause de cette biographie, qui « raconte le passage du Maître du catholicisme au nazismeYann Diener, « Heidegger. Sa vie, son œuvre, son Führer », Charlie Hebdo, 3 février 2016. » En Belgique, Éric de Bellefroid parle d'une « biographie très instruite et tout aussi joliment écrite » nous dévoilant « un homme qui, au sortir de la Grande Guerre, convie l’Allemagne à une révolution philosophiqueÉric de Bellefroid, « L’insoluble énigme de Martin Heidegger », La Libre Belgique, 4 avril 2016.. » Tous les commentateurs ne sont pas aussi élogieux : pour Patrice Bollon, admirateur d'Emmanuel Faye, : c'est .. Quant à Eryck de Rubercy, tenant de l'orthodoxie heideggerienne, il y voit surtout une .

Récompense Ce livre a reçu le prix Maurice-Baumont 2016 de l'Académie des sciences morales et politiqueshttps://www.asmp.fr/prix_fondations/Palmares2016.pdf.

Éditions

Martin Heidegger. Catholicisme, révolution, nazisme, Paris, Éditions Perrin, 2016, 679 pages. Heidegger. Die Biographie, trad. Walther Fekl, WBG, 2022. Martin Heidegger's Changing Destinies. Catholicism, Revolution, Nazism, trad. Jane Mary Todd et Steven Rendall, Yale UP, 2023. Martin Heidegger. Catolicismo, revolución y nazismo, traduit du français par Fernando Montesinos Pons et Miguel Montes, Santander, Sal Terrae, «Panorama», 2024, 720 pages. Мартин Хайдеггер. Католицизм, революция, нацизм, O. E. Volchek et S. L. Fokin, Moscou: Delo, 2025. ハイデガー伝 カトリシズム、革命、ナチズム, trad. japonaise Daisuke Kamei, Tokyo, Hakusuisha, 2026, 750 p.

Notes et références

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