Jeanne-Marie Bouvier de La Motte, couramment appelée madame Guyon à partir de son mariage en 1664, est une mystique, catholique et laïque française, née le à Montargis, et morte le à Blois.

Du quiétisme de Miguel de Molinos, elle retient le « pur amour », un amour de Dieu désintéressé, c'est-à-dire non corrompu par la perspective d'une récompense, par un espoir de salut. Elle s'inscrit de façon plus large dans une filiation mystique dite quiétiste mais que l'on ne peut réduire à Molinos. Elle s'inscrit notamment dans la filiation du franciscanisme lié encore aux mystiques rhéno-flamands.

Très en vue dans la haute société parisienne, elle se constitue un cercle de disciples, notamment Fénelon. Elle dispense également son enseignement dans le pensionnat de Saint-Cyr, d'où madame de Maintenon finit par l'écarter.

Bossuet se montre d'abord indulgent. Puis, craignant une baisse de la pratique religieuse, ainsi qu'une perte d'autorité du clergé, il prend bientôt parti contre madame Guyon dans la querelle française du quiétisme. Les écrits de madame Guyon sont examinés en 1694 et 1695 lors des conférences d'Issy, qui s'achèvent sur une sévère condamnation du quiétisme. Madame Guyon est emprisonnée. Resté fidèle à son inspiratrice, Fénelon entre en lutte contre Bossuet, ce qui lui vaut sa disgrâce.

Au , l'influence de Guyon est assez peu sensible chez les catholiques. Elle se rencontre surtout en milieu protestant . Les orthodoxes français lisent Guyon en la comparant aux grands Pères de l'Église comme Isaac le Syrien, Jean Climaque ou Maxime le ConfesseurVoir la préface signée par l'archimandrite athonite Placide Deseille aux Discours sur la vie intérieure édités par le Centre Jean de la Croix : .

Biographie

Montargis vignette|alt=Religieuse, en buste, de face.|droite|redresse=1|À , Jeanne-Marie prend pour modèle Jeanne de Chantal.

Jeanne-Marie Bouvier naît le . à Montargis« Biographie de madame Guyon », sur temoignagesdeveil.com (consulté le 30 janvier 2020). (bien qu'il y ait des doutes sur la date exacteIl n'est pas certain que Madame Guyon soit réellement née le 13 avril. – Dans son autobiographie () elle écrit : « Je naquis, à ce que disent quelques uns, la veille de Pâques, le 13. d'Avril [...] de l'année 1648 ». Cependant, le 13 avril 1648 était le lundi après Pâques de cette année-là, et même dans les années autour de 1648, le Samedi saint ne tombait pas le 13 avril. – Comme les naissances en France n'étaient enregistrées que dans les registres paroissiaux jusqu'en 1792, il est possible que Madame Guyon soit effectivement née le 11 avril 1648, la veille de Pâques (Samedi saint), mais que sa naissance n'ait été inscrite dans les registres paroissiaux qu'après Pâques (le lundi après Pâques n'est devenu férié que sous Napoléon) et que la date de l'inscription (13 avril 1648) ait alors été transmise. Il est également possible que les personnes qui, selon le récit de Madame Guyon, ont indiqué que son anniversaire était la veille de Pâques, se soient trompées – ou qu'il y ait eu d'autres raisons pour lesquelles on a indiqué la veille et non le lendemain de Pâques comme jour de naissance.) dans une famille de petite noblesse. Son père, Claude Bouvier, seigneur de La Motte et de Vergonville, est maître des requêtes« Jeanne-Marie Guyon », sur biblisem.net, notice biographique extraite de Jeannine Moulin, La Poésie féminine, Paris, Sheghers, 1966 (consulté le 31 janvier 2020).. À , Jeanne-Marie lit des romans précieux. À , elle est marquée par la lecture d'œuvres de François de Sales, et par celle d'une vie de Jeanne de Chantal, qu'elle prend pour modèleFrançoise Mallet-Joris, Jeanne Guyon, Paris, Flammarion, 1978, 24, 104-108.. Elle est mariée à au très riche Jacques Guyon du Chesnoy., issu de la famille Guyon, âgé de . Elle connaît cinq grossesses, mais seuls trois fils et une fille atteignent l'âge adulte.

Après la disgrâce de Fouquet, la fille de celui-ci, Marie, duchesse de Béthune-Charost, arrive en exil à Montargis. Le père de madame Guyon lui loue un logis. La duchesse, très pieuse, très portée sur le mysticisme, exerce une influence décisive sur Jeanne-MarieJean-Robert Armogathe, « Guyon de Chesnoy Jeanne Marie Bouvier de la Motte, dite madame », sur universalis.fr, Encyclopædia Universalis, 2020 (consulté le 30 janvier 2020)..

À ., madame Guyon s’éveille à la vie intérieure en rencontrant le franciscain Archange EnguerrandGhislain Waterlot, « Portrait de madame Guyon », sur mystiquefigures.com, 9 juillet 2018 (consulté le 30 janvier 2020)., à qui elle fait part de ses difficultés à prier. Il lui fait rencontrer la mère Geneviève Granger, prieure des bénédictines de sa ville natale« Archange Enguerrand », sur cheminsmystiques.fr (consulté le ).. Celle-ci la conseille. En mai ou , madame Guyon fait la connaissance du père La Combe, un barnabite. . Le , Geneviève Granger la présente à un disciple de Jean de Bernières, Sur Jacques Bertot, voir Dominique Tronc, Jacques Bertot : directeur mystique, coll. « Sources mystiques », Toulouse, éd. du Carmel, 2005. (1622-1681), qui fut membre du cercle mystique normand de l'Ermitage de Caen, dirigé par Jean de Bernières.. « Monsieur Bertot », devenu confesseur à l'abbaye de Montmartre, à Paris, va être pendant dix ans le directeur mystique de madame Guyon.

Voyages vignette|alt=Gravure noir et blanc, médaillon, portrait.|droite|redresse=1|Jean d'Arenthon d'Alex, évêque de Genève.

Jacques Guyon meurt en 1676.. À , Jeanne-Marie se trouve à la tête d'une belle fortune. Soucieuse de , elle demande conseil à plusieurs religieux.

En 1680, à Paris, elle rencontre Jean d'Arenthon d'Alex, l'évêque de Genève. Il lui fait connaître l'œuvre des Nouvelles Catholiques, qui éduque de jeunes protestantes converties. Madame Guyon accompagne des religieuses de cette communauté à Gex, où elles vont fonder un institut. On lui propose, dans la perspective d'une donation de sa part, d'en devenir la supérieure. Ayant confié ses deux fils à leur famille paternelle, elle n'emmène avec elle que sa fille Jeanne-Marie., âgée de six ans. En 1681, mise en garde par Archange Enguerrand sur les méthodes d'enlèvement et d'abjuration employées, madame Guyon finit par refuser d'accéder à la demande des Nouvelles CatholiquesDominique Tronc, « La vie et l'œuvre de madame Guyon », sur cheminsmystiques.fr, 2011 (consulté le 30 janvier 2020)..

D'Arenthon désigne le père La Combe comme nouveau directeur de conscience de madame Guyon, en remplacement de Jacques Bertot qui vient de mourir. Avec La Combe, elle découvre que son propre rayonnement spirituel lui permet de . Vécue sous la forme de prière silencieuse, transmise de cœur à cœur, une union spirituelle est possibleEugène Lévesque, « Lettre du père Lacombe à madame Guyon », sur persee.fr, Revue d'histoire de l'Église de France, , 1912, (consulté le 7 février 2020). :

Elle se fait un ennemi en soustrayant une très jeune religieuse à l'emprise galante de l'abbé Garin, doyen de Gex.. En 1682, elle est toujours à Gex. Sa fortune est convoitée à la fois par sa famille et par les Nouvelles Catholiques. Pour ne plus subir intrigues et pressions continuelles, pour avoir l'esprit en paix, elle se démet de la tutelle de ses enfants, ce qui la prive de la libre disposition de ses biens. Elle ne touche plus qu'une pension. En cas de décès des trois enfants, elle ne rentrerait pas en possession de sa fortune.. D'Arenthon la met en demeure d'accepter le poste de supérieure des Nouvelles Catholiques, faute de quoi elle devra quitter Gex. La Combe refuse de faire pression sur elle. Tous deux sont dès lors victimes d'une campagne de calomnies menée par Garin et D'Arenthon..

À Thonon, elle séjourne deux ans au couvent des ursulines. Aidée de La Combe, elle fonde un hôpital.. Elle commence à écrire. À la fin de l'année 1682, elle compose Les Torrents, . Elle reçoit de nombreux laïcs, clercs et chartreuses. À leur intention, elle compose son Moyen court et très facile pour l’oraison et ses Explications de la BibleDominique Tronc, « La genèse des explications de l’Écriture sainte », dans Madame Guyon, Explications de la Bible, sur cheminsmystiques.fr, 2011, (consulté le )..

En 1684, le Moyen court paraît anonymement à Grenoble. Il y provoque une grande émotion. Après un séjour à Turin, madame Guyon revient en France en 1685. À Grenoble, la foule se presse autour d'elle. Des rumeurs de sorcellerie et de fabrication de fausse monnaie sont propagées.. Madame Guyon distribue le Moyen court dans trois couvents de chartreuses, non loin de la ville.. Il y rencontre un grand succès. Les religieuses s'en inspirent pour modifier leurs pratiques de prière. Le général des chartreux Le Masson va bientôt s'en alarmer, au point qu'en 1692 il publiera un livre destiné à remplacer le Moyen court dans les couvents de son ordre..

En 1685, madame Guyon se rend à Marseille. Sa présence provoque des controverses. Des rumeurs calomnieuses circulent sur son compte.. Elle embarque pour Gênes. Elle rejoint La Combe à Verceil (Vercelli). En 1686, elle y fonde un hôpital. Auprès de Ripa, évêque de Verceil, ainsi qu'à Turin, elle découvre le milieu quiétiste italien. Elle revient en France, s'arrête à Grenoble et à Dijon.

Paris

Âgée de trente-huit ans, madame Guyon arrive à Paris le , pour reprendre la direction du cercle spirituel qui s’était formé autour du confesseur . Le demi-frère de madame Guyon, le père Dominique de La Motte, orchestre une campagne de calomnies. Jeanne-Marie est accusée de débauche et de quiétisme.

Le père La Combe est arrêté le . Il est soupçonné d'être un hérétique et un ami de Miguel de Molinos, l'un des fondateurs du quiétisme.. Le , de Molinos sont condamnées comme hérétiques par la constitution apostolique Caelestis Pastor d' , « Condemning the Errors of Miguel de Molinos (Coelestis Pastor) », sur catholicculture.org, 2020 (consulté le 4 février 2020).. Le quiétisme est une méthode permettant . Le but est de parvenir à . Pour l'atteindre, il convient de faire le vide autour de soi, en se montrant entièrement passif. On renonce par conséquent aux formes actives de la piété, comme la prière. On se montre indifférent à tout ce qui ne favorise pas le bonheur mystique, notamment aux moyens traditionnels de mériter le salut (). Le quiétisme se distingue de la mystique traditionnelle en dédaignant .

vignette|alt=Assis, en buste, revêtu d'une grande cape d'hermine, feuilletant un livre.|droite|redresse=1|François Harlay de Champvallon, archevêque de Paris.

Cette année-là, madame Guyon publie son Cantique des Cantiques de Salomon. Qu'une femme laïque ose aborder des questions de religion est exceptionnel à cette époque, dit Mariel Mazzocco. Le « quiétisme atténué. » (ou « semi-quiétisme Kevin Knight, « Miguel de Molinos », sur newadvent.org, 2017 (consulté le 4 février 2020). ») de madame Guyon ne retient de Molinos que l'enseignement du « pur amour », c'est-à-dire un amour de Dieu délivré de toute perspective de récompense, de tout espoir de salut — espoir égoïste :

Le , sur une plainte de l'archevêque de Paris, François Harlay de Champvallon, madame Guyon est enfermée chez les visitandines de la rue Saint-AntoineYves Coirault, dans ... On lui retire sa fille, alors âgée de .. Le 25 août 1689, la fille de Mme Guyon, Jeanne-Marie Guyon du Chesnoy (1676-1736) épouse le fils de Nicolas Fouquet, Louis-Nicolas Fouquet (1653-1705), comte de Vaux, et propriétaire du château de Vaux-le-Vicomte.

On reproche à madame Guyon d'avoir écrit (Moyen court et très facile pour l'oraison).. Elle est accusée d'hérésie, puis de crime contre l'État. L'archevêque Harlay, appâté par sa fortune., souhaite marier son propre neveu à la fille de madame Guyon. Si cette dernière accepte cette union, elle est libre. Madame de Maintenon, sensibilisée au sort de madame Guyon par des proches de celle-ci, intervient en sa faveur auprès de .. Une lettre de cachet la fait libérer le ..