Les Ursulines martyres de Valenciennes sont onze religieuses de Sainte-Ursule condamnées et exécutées sous la Terreur par le pouvoir révolutionnaire.
Un premier groupe, composé de 5 religieuses, est guillotiné le . Le second groupe, composé de la supérieure et de cinq autres religieuses, est guillotiné le suivant. La tradition, appuyée par de nombreux témoignages, retient la joie et le courage dont ont fait preuve ces religieuses martyres en montant à l'échafaud.
Elles sont béatifiées le par le pape Benoît XV. Elles sont fêtées liturgiquement le . Les reliques de cinq d'entre elles, découvertes en 1925, sont vénérées dans l'église Saint-Géry de Valenciennes.
Les Ursulines de Valenciennes avant la Révolution Les Ursulines de Valenciennes sont fondées en 1653, rue Cardon, à l’initiative de Charlotte et Marie d’Oultreman. La communauté compte à l'origine sept religieuses de Sainte-Ursule, dont cinq sont issues du monastère de Mons et deux du couvent de Namur. Le prince-évêque de Cambrai François Van der Burch confirme cette fondation le .
Les religieuses arrivent à Valenciennes durant l'année 1654. Elles sont d'abord logées dans la famille d’Oultreman, pendant deux semaines environ, en attendant que les travaux de leur futur monastère soient terminés.
La vocation des Ursulines est d'assurer l'enseignement et l'instruction chrétienne aux jeunes filles de la région.. Dans leurs classes externes, les Ursulines de Valenciennes assurent aussi gratuitement l'éducation des petites filles pauvres de la ville et, dans leur école dominicale, elles assurent la formation chrétienne des jeunes domestiques et ouvrières.
L'école des Ursulines de Valenciennes compte plusieurs centaines d'élèves. À la Révolution, c'est la plus importante école pour filles de la ville et elle ne cesse de prendre de l'importance, accueillant parfois des pensionnaires venues de très loin, en raison de la renommée du pensionnat. Le nombre de religieuses passe de 7 en 1654 à 48 en 1723. En 1790, l'institution est gérée par 32 religieuses, dont huit converses et deux novices. Toutes les religieuses enseignent, sauf la supérieure Mère Marie-Clotilde de Saint-François-Borgia et son assistante, ainsi que les sœurs converses et trois religieuses devenues trop âgées. Quatorze d'entre elles se consacrent par ailleurs aux classes publiques et six aux pensionnaires.
Les Ursulines face à la Révolution naissante thumb|Le prince Ferdinand-Mériadec de Rohan, archevêque réfractaire de Cambrai, auquel les Ursulines de Valenciennes demeurent fidèles jusqu'au bout.
Le , le pape Pie VII promulgue le décret De Tuto, qui autorise la canonisation d’Angèle Mérici, fondatrice des Ursulines, tandis que les révolutionnaires (quelques mois plus tôt) publient le décret du , qui interdit les vœux monastiques et supprime les ordres réguliers. Les temps s'annoncent donc compliqués. Le décret révolutionnaire précise toutefois que les congrégations chargées d'éducation publique peuvent continuer temporairement leur action, jusqu'à nouvel ordre, à la condition d'en demander l'accord aux autorités locales... La communauté des Ursulines n'est donc pas supprimée, mais les novices ne peuvent plus prononcer leurs vœux définitifs..
Le , le maire de Valenciennes se rend chez les Ursulines pour recueillir individuellement leurs déclarations d'intention, les sœurs étant encouragées à quitter la vie religieuse. Mère Marie-Clotilde, qui vient d’être élue supérieure, est la première à déclarer , suivie par les professes, les converses, puis les deux novices, qui précisent n'avoir malheureusement pas pu prononcer leurs vœux en raison de l'interdiction légale. Le même jour, les biens de la communauté sont inventoriés, conformément à la loi sur la nationalisation des biens du clergé. Les Ursulines sont notamment obligées de vendre une partie de leurs terres pour régler les dettes qui leur sont imposées par le gouvernement et qui dépassent leurs revenus.
Le , le port de l'habit religieux est interdit, mais les Ursulines de Valenciennes refusent de se soumettre à ce décret. Marie-Christine Joassart–Delatte note en effet que leur habit est . Cette décision constituera l'un des principaux faits reprochés lors de leur procès.
En 1791, le prince-archevêque de Cambrai, Ferdinand-Mériadec de Rohan refuse de prêter serment à la Constitution civile du clergé. Il doit donc s'exiler à l'abbaye de Saint-Ghislain, à Mons, et est remplacé par l'évêque constitutionnel Claude Primat, nommé par les révolutionnaires . Les Ursulines de Valenciennes refusent alors l'autorité de l'évêque et restent fidèles à Ferdinand-Mériadec de Rohan, auquel elles continuent d'obéir. Dès lors, leur attachement au clergé réfractaire attire l'ire des révolutionnaires, qui dressent le procès-verbal de leur refus de laisser célébrer un prêtre assermenté au couvent, les punissent de d’amende pour avoir enfreint le décret de fermeture des chapelles au public, leur reprochent la présence d’un prêtre réfractaire au couvent et de professer des enseignements contraires à la Constitution.
L'exil à Mons
Conformément au décret du , qui interdit aux religieux de vivre en communauté, les Ursulines de Valenciennes sont officiellement dissoutes. Heureusement, elles avaient été accueillies deux semaines plus tôt dans leur communauté sœur, les Ursulines de Mons, dans les Pays-Bas autrichiens. La mairie de Valenciennes leur avait délivré les passeports nécessaires pour . Seules Mère Dominique Dewallers et Mère Cécile Perdry, trop âgées pour voyager, restent à Valenciennes où elles sont confiées à deux converses, sœur Claudine Denis et sœur Adrienne Namur, ainsi qu'à l'économe du couvent, Mère Marie-Thérèse Castillion.
Le , les Ursulines de Valenciennes entrent dans la et se consacrent à sainte Ursule par la prière suivante : . Pour Marie-Christine Joassart–Delatte, .
Le retour à Valenciennes
Rapidement, les Ursulines sont rattrapées par la Révolution : le , Dumouriez remporte la victoire de Jemappes, qui entraîne le rattachement de Mons et du Hainaut à la France révolutionnaire. Cependant, après la bataille de Neerwinden en , les Autrichiens conquièrent la moitié du département du Nord, dont la ville de Valenciennes, où le clergé retrouve une partie de ses droits. À la demande des habitants de Valenciennes et sur ordre de Ferdinand-Mériadec de Rohan, les Ursulines retournent donc dans leur couvent valenciennois , avec l'accord de la Jointe.
Le , Mère Clotilde est réélue pour un second triennat et, le , la novice Sœur Angélique Lepoint peut enfin prononcer ses vœux définitifs. Durant cette période, la communauté intègre trois nouvelles religieuses, qui feront toutes partie des martyres : Sœur Joséphine Leroux, sœur de Mère Scholastique : clarisse urbaniste, elle s'exile à Cambrai lors de la suppression des communautés et revient sous l'occupation autrichienne à Valenciennes, où elle se fait Ursuline ; Sœur Marie Erraux et Sœur Liévine Lacroix : religieuses brigittines originaires de Pont-sur-Sambre, elles s'exilent à Mons lors de la suppression des communautés, avant d'entrer chez les Ursulines de Valenciennes à leur restauration.
Le , l'Autriche est battue à Fleurus et les terres occupées par celle-ci redeviennent définitivement français, or la Terreur est à son comble depuis plus d'un an. Beaucoup de Valenciennois quittent alors la ville pour chercher refuge en territoire autrichien, mais les Ursulines refusent cette possibilité :
L'arrestation et le jugement gauche|thumb|Illustration représentant les Ursulines de Valenciennes en prières juste après la sentence d'octobre 1794 (Abbé Jules Loridan, Les Ursulines de Valenciennes avant et pendant la terreur, 1901). Lorsque les révolutionnaires français entrent à Valenciennes le , des centaines d'habitants sont raflés, parmi lesquels les clercs et religieuses présents en ville, mais aussi toutes les personnes ayant rempli des fonctions civiles, judiciaires ou militaires sous la Jointe autrichienne. Les Ursulines quant à elles sont sommées de quitter leur maison dans les vingt-quatre heures : celles qui ont des parents et des amis sur place les rejoignent le jour-même, mais une partie des religieuses, n'ayant pas d'autre choix, passent une nuit encore au couvent. À leur surprise, elles sont alors arrêtées dès l'aurore, avant l'ultimatum formulé la veille, et détenues pendant plusieurs semaines dans leur propre couvent pour six d'entre elles, dont la supérieure (ce sont les martyres du ) ; et dans l'église Saint-Jean pour les autres (cinq d'entre elles seront martyrisées le ), avant d'être réunies dans des conditions épouvantables à la maison d'arrêt de la commune sur ordre de la commission militaire.
À la maison d'arrêt, trois des Ursulines arrêtées réussissent à s'évader. C'est d'abord le cas de Mère Angélique Lepoint, future restauratrice de la communauté, qui bénéficie de l'aide d'Élisabeth Clais, initialement venue apporter de la nourriture aux prisonniers. C'est ensuite le cas de deux autres sœurs, qui rejoignent les Ursulines de Mons avec l'aide du docteur Vandendriesche, venu examiner les prisonniers touchés par de graves épidémies de gale, de fièvre et de dysenterie.
Les dossiers des religieuses toujours enfermées sont examinés par une commission populaire nommée par Jean-Baptiste Lacoste. Au terme de leurs interrogatoires, les Ursulines sont accusées d'émigration. Seules trois religieuses sont lavées de cette accusation après renvoi devant le Tribunal criminel du Nord : Mère Marie-Thérèse Castillion, car elle n'a pas quitté Valenciennes en 1792, mais aussi Mère Félicité Messine et Sœur Régis Lhoir car elles sont originaires des Pays-Bas autrichiens et non pas des Françaises .
Les onze religieuses prévenues d'émigration sont déférées devant une commission militaire le Marie-Christine Joassart–Delatte note : , en même temps que 105 autres personnes, dont 34 prêtres et religieux, 2 religieuses et 69 laïcs, conformément à la loi des suspects de 1793.
Un premier groupe d'Ursulines composé de Mère Marie-Nathalie, Mère Marie-Ursule, Mère Marie-Augustine, Mère Marie-Louise et Mère Marie-Laurentine est jugé presque aussitôt arrivé, le . Les religieuses se défendent d'être des : . Elles sont toutefois jugées coupables d'émigration et d', et sont condamnées à mort dès le lendemain.
Mère Clotilde et ses cinq dernières filles paraissent devant la commission militaire la semaine suivante, le . Elles sont à leur tour jugées coupables et condamnées à la guillotine, précisant pourtant (Mère Clotilde).
Le martyre thumb|Les Ursulines de Valenciennes devant l'échafaud (Abbé Jules Loridan, op. cit.). L'exécution des martyres du 17 octobre Au soir du , après leur interrogatoire, le premier groupe d'Ursulines se met en prière, tandis que Mère Clotilde les prépare spirituellement au martyre. Durant toute la nuit, les cinq Ursulines récitent les prières des agonisants et l’office des morts, lisent la Passion selon Saint Jean, récitent les litanies de la Vierge et surtout les sept psaumes pénitentiels dont le Miserere et le De profundis, puis elles se coupent mutuellement les cheveux pour que le bourreau n'ait pas à le faire. Le lendemain, au moment des adieux, elles demandent pardon à leurs sœurs et une dernière bénédiction à Mère Clotilde, avant de partir pour la guillotine sur la place d'Armes de Valenciennes.
Pour Marie-Christine Joassart–Delatte, « ce jour-là, le climat d'inquiétude qu'avait fait naître l'installation de la guillotine sur la place d’armes s'était fait plus pesant encore quand on avait constaté que c'étaient des femmes, des religieuses, leurs anciennes institutrices pour certains, qui partaient ainsi à l'échafaud. C'est avec tristesse et consternation que les habitants de Valenciennes voient apparaître au sortir de la prison les religieuses, .