Les livraisons d’armes en Syrie depuis 2011, année où commence la répression sanglante par les autorités syriennes du mouvement populaire de protestation, sont destinées au régime en place et à des groupes armés antigouvernementaux ; elles impliquent de nombreux pays. Les livraisons ont contribué à l'escalade dans la violence dans un conflit où l'on dénombre, après onze ans de combats, et 12 millions de déplacés.

La guerre en Syrie a pris progressivement une dimension internationale« Il apparaît ainsi que la crise syrienne, qui était locale, s’est étendue au niveau régional et, largement, au niveau international », « Le commerce des armes au Levant », Les Cahiers de l'Orient, 2014/1 (N° 113), p. 45-71. DOI : 10.3917/lcdlo.113.0045. URL : https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-de-l-orient-2014-1-page-45.htm . Le régime syrien a reçu principalement le soutien militaire de la Russie, et dans une moindre mesure celui d'autres pays comme l'Iran. Quant à l'opposition syrienne, elle a reçu des armes principalement des pays du Golfe qui les avaient achetés en Europe centrale et balkanique, et dans une moindre mesure des États-Unis de la France.

Les pays fournisseurs ne sont pas toujours des producteurs d'armes ; ils ont dans certains cas acheté des armes pour les livrer aux Syriens. De nombreuses armes en Syrie y ont été transférées de pays anciennement en proie à des guerres, comme des pays d'Europe de l'Est et la Libye. Les armes livrées durant la guerre de Syrie font l'objet à leur tour de trafics et de captures qui rendent leur circulation incontrôlable. Elles passent rapidement d'un groupe au groupe ennemi. Les analystes redoutent que les conséquences funestes de cette militarisation ne s'étendent sur des décennies.

Les accords internationaux autorisent les ventes d'armes à la condition seulement que les destinataires soient « des États reconnus et intégrés dans la communauté internationale », ce qui n'est pas le cas du régime des Assad, condamné à de nombreuses reprises pour ses violations des droits de l'hommeJean-Pierre Loubet, « Les trafics d’armes en Syrie, entre visées géopolitiques, mafias et erreurs de calcul », Stratégique, 2018/1 (N° 118), p. 241-256. DOI : 10.3917/strat.118.0241, lire en ligne.

Livraisons d'armes avant le conflit de 2011 La Syrie avait accumulé des armes - armes classiques et missiles intercontinentaux - dans le but de « contrer Israël ».

La Russie avait fourni 71% de l'armement syrien entre 2008 et 2012. Le but de la Russie est de prendre pied au Moyen-Orient, région dominée par les Etats-Unis ; de manière générale, la Russie veut jouer un rôle géopolitique au niveau international.

La France vend entre 2005 et 2009 des munitions au régime de Bachar el-Assad, pour un montant d'un million de dollars, cela alors que le Syrie est gouvernée par une dictature qui pratique les emprisonnements arbitraires, la torture, réprime dans le sang les manifestations, etc.. La France exporte également en Syrie le savoir-faire qui permet d'établir dans ce pays des usines d'engrais chimiques, lesquelles ont rendu possible la fabrication des armes chimiques dont le gouvernement s'est servi contre les populations civiles.

L'Italie en 2008 a autorisé le transfert d’armes entrant dans la catégorie des « systèmes de commande de tir », pour un montant d’environ 3 680 150 dollars.

L’Égypte et l’Inde livrent également à la Syrie d« es armes à feu à usage militaire et non militaire, des munitions, des chars ainsi que d’autres véhicules blindés de combat »Brian Wood, « Mettre fin au transfert des armes qui alimente violences et atrocités », Les Cahiers de l'Orient, 2012/1 (N° 105), p. 11-24. DOI : 10.3917/lcdlo.105.0011. URL : https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-de-l-orient-2012-1-page-11.htm.

Livraisons d'armes au gouvernement syrien depuis 2011

Russie La Russie et l'Iran poursuivent leurs livraisons d'armes au régime syrien en 2013, selon L'Express. Il s'agirait de

La Russie livre principalement des munitions - sans lesquelles la guerre n'est pas possible -, des armes légères, et prend en charge l'entraînement militaire des soldats syriens. des troupes. Elle est cobelligérante dès 2015, 4300 de ses hommes prenant part aux combats en Syrie. Les livraisons d'armes russes sont gratuites, le régime syrien n'étant pas en mesure de s'acquitter du prix des armes.

En contrepartie de son soutien, la Russie peut désormais utiliser une base navale à Tartous et une base aéroportuaire à Khmeimim.

La Russie recueille d'autres avantages de sa participation à la guerre en Syrie : elle exhibe sa technologie militaire, en particulier ses bombardiers intercontinentaux Tu-160 ou Tu-22M3 dont l'usage paraît décalé par rapport à la guerre asymétrique dans laquelle la Russie est engagée, mais dont l'exportation présente des intérêts économiques certains ; ainsi que des tirs de missiles de croisière à partir de corvettes ou de sous-marins, tout aussi inappropriés dans la lutte contre des milices, mais qui donnent une image brillante des équipements russes. La guerre de Syrie offre aussi l'occasion à la Russie d'impressionner d'éventuels ennemis dans un contexte de rapports tendus avec l'OTAN.

Selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, la Russie a fourn« i 71 % des importations syriennes d'armes conventionnelles majeures de 2008 à 2012 et a continué à fournir des armes aux forces gouvernementales après le début de la guerre ».

Iran et Hezbollah La Syrie a noué une alliance avec l'Iran contre l'Arabie saoudite. La Syrie s'intègre ainsi dans « arc perse » (ou iranien) contre un « arc arabe ». L'Iran commande l'entrée en guerre du Hezbollah -une milice qu'il arme et finance - aux côtés du régime de Bachar al-Assad.

L'Iran a fourni des drones Shahed-129, et un drone de combat .

Le Hezbollah dispose d'armes vieillies, qui proviennent du Liban, récupérées auprès d'anciens supplétifs de l'armée israélienne (équipés donc par Israël), ou récupérées auprès de soldats de l'armée libanaise qui ont vendu illégalement leurs armes, ou encore de l'armée syrienne. Il s'agit d' « artillerie automotrice, blindés BMP-1, M113 ou R-330P (guerre électronique), chars T-54/55, T-62 et T-72 ». Surtout le Hezbollah, entraîné pendant des années à la lutte armée contre Israël, a contribué efficacement à la formation des soldats de l'armée syrienne dans le contexte d'une guerre asymétrique et, ainsi, à la répression des rebelles.

Livraisons d'armes aux groupes d'opposition Si de nombreux pays ont participé à ces livraisons, celles-ci ont été organisées sur le terrain à travers deux centres opérationnels, cogérés par les États-Unis et leurs alliés. L'un, baptisé MOC (pour Military operation command) se situait à la frontière jordanienne, l'autre, baptisé MOM (pour Müşterek Operasyon Merkezi) se trouvait à la frontière turque. Ces deux entités avaient pour vocation de canaliser et de tracer les armements et les équipements remis à des groupes souvent hétéroclites et qui pouvaient changer rapidement d'affiliation. À partir de 2015, devant la montée de l'État islamique, ces deux centres opérationnels ont progressivement cessé leurs livraisons. Plusieurs groupes d'opposants en ont préalablement bénéficié, principalement les différents courants de l’Armée Syrienne Libre (ASL), mais aussi, indirectement, le Front Islamique, le Front Al Nosra ou le Front Fatah Al Cham (ces derniers étant proches d'Al Qaeda).

Les premiers opposants sont pour nombre d'entre eux des militaires qui vont donc rejoindre le camp des rebelles avec leurs armes et parfois leurs troupes ; c'est ainsi que se sont formés l’ASL et le Mouvement des Officiers Libres.

Arabie Saoudite, Qatar, Émirats-arabes unis et la filière des Balkans L'Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis achètent des armes et les livrent aux opposants au régime Assad ; ces armes sont des munitions pour armes légères, dont certaines ont été achetées en Libye, d'autres en Croatie. Selon le New York Times, l’Arabie saoudite a acheté à la Croatie « une grande quantité d’armes terrestres » appartenant à « un stock secret » datant des conflits dans les Balkans dans les années 1990. « 3000 tonnes d'armement léger auraient été livrées selon le journal croate Jutarnji List, dont des mortiers, des armes anti-char et des armes anti-aériennes ». La vente d'armes par la Croatie ne respecte pas l'embargo de l'Union européenne alors que la Croatie candidate pour faire partie de l'UE. Selon Jean-Pierre Loubet, « les pays du Golfe ont acheté ont acheté des armes à 8 pays d’Europe centrale ou balkanique » ; les armes transitent par la Jordanie d'où elles sont acheminées vers la Syrie voisine. Selon Libération des pays des Balkans, sans égard pour l'embargo sur les armes vers la Syrie décidé par l'Union européenne, ont gagné des centaines de millions d'euros grâce aux contrats de ventes d'armes et de munitions dont la destination finale était la Syrie. « La Croatie et la République tchèque figurent en tête des vendeurs et 4 700 tonnes de matériel ont été livrés par la Bulgarie et la Roumanie à l’Arabie Saoudite ». Les opposants au régime syrien ont trouvé dans l'Arabie saoudite le premier bailleur de fonds.

Les Emirats arabes unis ont acheté des fusils d'assaut belges et les ont livrés en Syrie aux insurgés, ce qui est possible « si ces armes ont été achetées sans clause de non réexportation ».

États-Unis Les États-Unis achètent eux aussi aux pays des Balkans des armes qui transitent par la Turquie avant d'être livrées aux milices insurgées en Syrie. Les armes sont « des fusils d’assaut, des mitrailleuses américaines mais aussi des armes antichar ex-soviétiques ». Les Etats-Unis ont livré notamment les « redoutables missiles anti-char TOW ».

Les Kurdes ont reçu du soutien du PKK de Turquie et du Kurdistan irakien qui eux-mêmes sont quelquefois approvisionnés en armes par les États-Unis.

« Les États-Unis ont facilité le transfert d' environ 1 milliard de dollars d'armes, de munitions et d'entraînement aux groupes rebelles syriens par l'intermédiaire de la CIA », selon Jean-Pierre Loubetis.

Turquie La Turquie livre des armes aux Turkmènes ainsi qu'au Front Al Nosra

France Les Forces spéciales françaises et le Special Air Force britanniques ont assuré des formations militaires en Syrie de troupes rebelles et de troupes kurdes. Les armes transitent par la Jordanie et la Turquie.

Le , l’Union européenne avait prohibé les ventes d’armes à la Syrie. « Or, bien avant la levée de cet embargo en ?[ il apparaît que la France livrait des armes (fusils d’assaut, armes anti-char, canons de 20 mm, etc.) à certains groupes rebelles via des réseaux mis en place par la DGSE » selon Jean-Pierre Loubet.

Par ailleurs, l'Arabie Saoudite a acheté des armées en France et en Belgique pour les livrer à des milices insurgées en Syrie ; il s'agit de missiles anti-aériens tirables à l'épaule.

Transfert d'armes de la Libye Les rebelles lybiens ont fourni les rebelles syriens selon Jean-Pierre Loubet.

Provenance des armes de l'État islamique Les armes de l'État islamique ne lui ont pas été fournies par des États, elles proviennent de captures d'armes en Syrie même, et dans une moindre mesure de réseaux clandestins turco-kurdes . En 2014, les armes de l’État islamique sont principalement américaines, même si les membres de l'État islamique disposent aussi d'armes d'autres provenances - russes, chinoises etc. - quoique dans une faible proportion, selon un rapport d' de Conflict Armament Research. En 2017, la situation évolue ; « 90% des armes et munitions proviennent de stocks fabriqués en Chine et dans les pays de l'ex-pacte de Varsovie, pays de l'Est (Bulgarie notamment) et Russie. Mais l'État islamique a également récupéré des matériels, dont des armes antichars, fournis par les États-Unis et l'Arabie Saoudite à des groupes rebelles syriens », selon un rapport publié en 2017 par l’organisation Conflict armament research) .

Armes chimiques