Jacques Lestrille est un artiste peintre et lithographe français né à Ault (Somme) le et mort à Clichy (Hauts-de-Seine) le .

Biographie Un père maire à Ault thumb|left|200px|Ault au début du . thumb|left|200px|Ault, le monument aux morts Jacques Lestrille naît à Ault (Somme) au cœur de l'été 1904, « par hasard » écrit Raymond Cogniat, parce que ses parents - un père, Henri Louis Charles Lestrille (1864-?), architecte formé aux Beaux-Arts de Paris par Honoré Daumet et Pierre Esquié, et une mère, née Lucile Justine Verangat (1869-1922), « très musicienne » - s'y trouvent alors en vacances Raymond Cogniat, Jacques Lestrille, éditions de la Galerie André Weil, Paris, 1964..

La consultation des registres d'état civil invite à relativiser nettement le « hasard » ainsi énoncé quant à la naissance aultoise de l'artiste : Henri Louis Charles Lestrille, bien qu'exerçant sa profession d'architecte au 5, rue Eugène-Delacroix à ParisEdmond Delaire, Louis David de Pénanrun et François Roux, Les architectes élèves de l'École des beaux-arts, 1793-1907, Librairie de la construction moderne, Paris, 1907, , y est bien dit propriétaire domicilié à Ault Hôtel de ville d'Ault, registres d'état civil, acte de naissance n°29 du 27 août 1904. dont il sera même le maire de 1920 à 1922 Jean Monborgne, Histoire du Bourg d'Ault, éditions Bertout, Luneray, 1989, . : c'est ainsi lui qui, en , confiera à Paul Landowski la commande du monument aux morts d'Ault qu'il inaugurera onze mois plus tardLes monuments aux morts 1914-1918 de la Somme, Le monument aux morts d'Ault, mars 2017 ; dans son journal, en date du , le sculpteur évoque sa visite en son atelier de Boulogne-Billancourt pour la remise des noms des soldats à graver sur les stèlesPaul Landowski, Journal, cahier n°9, 23 janvier 1921.

Un peintre du 16 arrondissement de Paris thumb|left|110px|René Huyghe thumb|130px|Bernard Dorival Postimpressionniste Jean-Pierre Delarge, Dictionnaire des arts plastiques modernes et contemporains, alors encore installé dans l'appartement parental du 6, boulevard Flandrin dans le , Jacques Lestrille reçoit les conseils de Maurice Brianchon et Jean Aujame. Les historiens de l'art René Huyghe et Bernard Dorival vont ainsi pleinement s'accorder à le situer, en même temps que les deux précités mais aussi que Balthus, Yves Brayer, Christian Caillard, Jules Cavaillès, Roger Chapelain-Midy, François Desnoyer, Jacques Despierre, Raymond Legueult, Roger Limouse, Marguerite Louppe, Roland Oudot, Jean Pougny, Émile Sabouraud, Kostia Terechkovitch et Charles Walch, dans cette , constituée de peintres tous nés autour de 1900, Sous la direction de René Huyghe de l'Académie française, L'art et l'homme, Librairie Larousse, Paris, 1961, vol.3, .. Pour Bernard Dorival, cette nouvelle génération à laquelle appartient donc Jacques Lestrille prend de la sorte la relève des (tels Maurice Asselin, André Dunoyer de Segonzac ou Henry de Waroquier) et propose, dans le même esprit qu'eux, entre la peinture officielle du Salon des artistes français et celle, jugée trop difficile par son irréalisme, des Fauves et des Cubistes Bernard Dorival, Les peintres du - Du Cubisme à l'abstraction, 1914-1957, éditions Pierre Tisné, 1957, .. thumb|220px|Château de Rochefort-en-Terre. Ce sont les premiers travaux connus de Jacques Lestrille, situés dans le Morbihan, que semble évoquer Daniel Le Meste lorsqu'il restitue que le jeune artiste (il n'a alors pas encore vingt ans) travaille en 1923 à Rochefort-en-Terre et au Faouët, présentant ainsi dès 1924 des vues des deux localités au Salon des indépendants35 Salon des indépendants, catalogue de l'exposition, Grand Palais, Paris, février 1924, n°1879 et 1880, , puis au Salon d'Automne. Jacques Lestrille reviendra du reste régulièrement à Rochefort-en-Terre pendant une grande partie de sa vie, s'y liant d'amitié avec le peintre américain Alfred Partridge Klots (1875-1939) qui y fit l'acquisition du château en 1907Daniel Le Meste, Billet du comité, Association des amis de Marius Borgeaud, mars 2014, et faisant des paysages côtiers du Morbihan un thème très récurrent dans son œuvre.

C'est un autre de ses thèmes, celui des Fleurs, que révèle en 1925 sa participation au Salon des indépendants36 Salon des indépendants, catalogue de l'exposition, Grand Palais, Paris, mars 1925, n°2085 et 2086, , où il reviendra ensuite avec des sujets festifs comme Jour de fête en 1930, Le banquet en 1931 ou L'arbre de Noël en 1932. Puis, au Salon des Tuileries de 1932, il présente un Nu que le critique d'art Michel Florisoone remarquera comme .

Jacques Lestrille quitte le boulevard Flandrin pour s'installer au 30, rue de Passy, également dans le arrondissement, en 1933.

Les expositions qui, en puis en à la Galerie Simonson, réunissent cinq jeunes artistes que Germain Bazin dit Germain Bazin, « Les expositions », L'Amour de l'art, avril 1933, . en un groupe baptisé N.G.S. (Nouvelle Galerie Simonson), se composent de Jacques Lestrille, Roger Chapelain-Midy, Adrien Holy, André Planson, et Maurice Georges Poncelet. s'enchante dès la première exposition Maximilien Gauthier Maximilien Gauthier, « Les expositions », L'Art vivivant, 1933, . pour réévoquer lors de la seconde exposition cette Maximilien Gauthier, « Les expositions », L'Art vivant, janvier 1934, .. René Huyghe pour sa part définit dans le même temps la singularité des cinq artistes par René Huyghe, « Les tendances actuelles », L'Amour de l'art, janvier 1934, .

Commandes officielles thumb|left|170px|Exposition universelle de 1937, Paris thumb|170px|Institut national agronomique, Paris En 1937, Jacques Lestrille, qui est gratifié d'une commande de l'État pour l'Exposition universelle, est également appelé à brosser les grandes peintures murales de l'amphithéâtre Tisserand de l'Institut national agronomique, rue Claude-Bernard à ParisRobert Rey, « L'action de l'état dans la renaissance du grand décor mural », L'Art vivant, 1938, , où l'exécution de celles de l'amphithéâtre Risler est confiée à André Planson. Michel Florisoone situera de la sorte Jacques Lestrille et André Planson, avec Maurice Georges Poncelet (qui œuvre alors à trois grandes créations pour le palais de la Découverte), Jean Aujame (qui intervient au lycée de jeunes filles - aujourd'hui lycée Antoine-Watteau - de Valenciennes), Charles Dufresne (qui terminera juste avant sa mort en 1938 les peintures murales de l'amphithéâtre de la Faculté de pharmacie de Paris), et Francis Gruber, parmi les peintres qui, par leur confrontation aux problèmes de la décoration murale contemporaine, se doivent de , voire même les renouveler, et il écrira ainsi : Michel Florisoone, « La peinture contemporaine et les problèmes de la décoration murale », L'Amour de l'art, février 1938, . En 2022, le déplacement de l'institut (rebaptisé entretemps AgroParisTech) de Paris à Saclay entraînera le transfert des fresques dans les réserves du Fonds national d'art contemporain.

Les arts décoratifs et la lithographie

Une certaine proximité entre la peinture de Jacques Lestrille et la composition de la tapisserie est déjà remarquée dès 1937 par le critique d'art Raymond Lécuyer : observe ce dernier lors de sa visite du Salon d'Automne Raymond Lécuyer, « Le Salon d'Automne », Le Figaro, 29 octobre 1937.. L'intérêt de l'artiste pour la tapisserie se vérifie de fait dans les collections du Mobilier national où est toujours conservé un important carton, La Nature, qu'il peint en 1941, qui ne sera cependant jamais tisséMobilier national, "La Nature", carton de tapisserie dans les collections. Une courte collaboration (décors de vases) à la Manufacture nationale de Sèvres est centrée sur l'année 1950 : deux dessins gouachés portant témoignage de cette relation sont conservés par l'établissementSevres Manufacture et Musée nationaux, Jacques Lestrille dans les collections. Dans les années qui suivent, il se réinvestit concrètement dans la conception de cartons de tapisseries pour la manufacture des Gobelins et le Mobilier national.

La datation des lithographies de Jacques Lestrille conservées en musées (le musée d'Art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole et surtout le Beffroi Musée Boucher-de-Perthes - Manessier d'Abbeville où se trouve la plus importante collection recensée) semble relier l'approche de l'estampe par l'artiste aux années 1950-1954.

Jacques Lestrille épouse Pauline Mintzker (1925-1993) le à Paris. De cette union naîtra un fils, Marc-Henri Lestrille (1952-2004).

Outre sa fidélité au Morbihan, sa peinture va alors également énoncer des villégiatures allant de la Côte d'Azur (Vue sur le Cap Martin, 1953) à la Normandie (Les planches à Deauville, vers 1963), mais aussi, à travers la vie parisienne, la persistance de son attachement, déjà remarqué dans les années 1930, aux sujets festifs (Kermesse aux étoiles dans le jardin des Tuileries, printemps 1955 ; Nuit de la Saint-Sylvestre place Blanche en 1963). En 1964, soit en sa soixantième année, un hommage lui est rendu par une exposition personnelle en la Galerie André Weil à Paris.

Mort et postérité Se faisant discret au soir de sa vie, Jacques Lestrille meurt le et est inhumé au cimetière de Passy, dans la division« Cimetière de Passy, la 10 division », Landru cimetières.

Il demeure parmi les quelques noms dont se souvient Pierre Cabanne à propos de cette « génération de 1930 » qui, ennemie des excès d'alors, assuma cette difficulté existentielle de Pierre Cabanne, « Du néo-humanisme à "Forces nouvelles" : le malaise français », L'art du vingtième siècle, éditions Aimery Somogy, 1982, ., que citent également René Huyghe et Jean Rudel lorsqu'ils évoquent ces mêmes artistes qui Refé Huyghe de l'Académie française et Jean Rudel, L'art et le mone moderne, Larousse, 1970, vol.2, ..

Expositions Expositions personnelles thumb|200px|Galerie Simonson, Paris, 1930, 1931, 1932, 1933, 1934 Galerie Simonson (Galerie des artistes modernes), 19, rue de Caumartin, Paris, (Fleurs et Vues de Bretagne)« Les expositions - Galerie Simonson », L'art et les artistes, mars 1930, , « Les expositions - Quelques bonnes expositions particulières… », L'art et les artistes, mars 1932, . Galeries J. Allard, 20, rue des Capucines, Paris, janvier- Michel Florissoone, « Les expositions : Jacques Lestrille, Galeries J. Allard », L'Amour de l'art, janvier 1936, .. Galerie Berri-Raspail, 99, boulevard Raspail, Paris, René Barotte, « D'une exposition à l'autre - Jacques Lestrille », Comœdia, 20 février 1943, .. Galerie Marcel Guiot, 7, rue La Boétie, Paris, R.-J., « Quelques petites expositions », Le Monde, 19 avril 1947.. Galerie André Weil, 26, avenue Matignon, Paris, .

Expositions collectives thumb|200px|Affiche du Salon d'Automne, 1937. Salon des indépendants, Grand Palais, Paris, 1923 René Édouard-Joseph, Dictionnalre biographique des artistes contemporains, Art & Édition, 1930, vol.2, ., février-, mars-, janvier-40 Salon des indépendants, catalogue de l'exposition, Grand Palais, Paris, janvier 1929, n°2707 et 2708 , janvier-41 Salon des indépendants, catalogue de l'exposition, Grand Palais, Paris, janvier 1930, n°2582 et 2583 , janvier-42 Salon des indépendants, catalogue de l'exposition, Grand Palais, Paris, janvier 1931, n°2461 et 2462 , janvier-43 Salon des indépendants, catalogue de l'exposition, Grand Palais, Paris, janvier 1932, n°2381 et 2382 , « L'actualité et la curiosité - À travers le Salon des indépendants », L'art et les artistes, janvier 1933, , février-45 Salon des indépendants, catalogue de l'exposition, février 1934, n°2725 et 2726 .