Un cancer radio-induit est un cancer résultant d'une exposition aux rayonnements ionisants, brève et intense, ou chronique, externe (et/ou interne, faisant suite à d'ingestion accidentelle de radionucléide ou à une curiethérapie). Une certaine exposition à la radioactivité ou aux Ultra-violets (qui dans le spectre du rayonnement sont situés à la frontière entre le rayonnement ionisant et non ionisants), augmente le risque de développer un cancer dans le futur, souvent des dizaines d'années plus tard, en particulier la leucémie et le cancer de la thyroïde en cas d'exposition à de l'iode radioactif.
Certains cancers radio-induits sont l'un des effets indésirables de la radiothérapie d'un cancer ( sarcome induit par le traitement d'un cancer du sein)... Les mécanismes qui causent ces cancers dits radio-induits sont bien compris, sauf pour les faibles doses (et les modèles quantitatifs prédisant le niveau de risque restent controversés). Le modèle le plus largement accepté postule que l'incidence des cancers radio-induits augmente linéairement avec la dose efficace de rayonnement à un taux de 5,5 % par sievert..
La grande majorité des cancers non invasifs sont des cancers de la peau non mélanocytaires causés par les rayons ultraviolets.
Les rayonnements radioélectriques (micro-ondes notamment, non ionisants) provenant des téléphones portables, des réseaux de transmission d'énergie électrique et d'autres sources similaires sont considérés par le Centre international de recherche sur le cancer de l'Organisation mondiale de la santé comme étant potentiellement cancérigènes, mais à ce jour sans preuve incontestable...
Histoire Les radiations ont été découvertes à la fin du siècle, mais les dangers de la radioactivité et des radiations n'ont pas été immédiatement reconnus. Les effets aigus des radiations ont été observés pour la première fois lors de l'utilisation des rayons X lorsque Wilhelm Röntgen a intentionnellement soumis ses doigts aux rayons X en 1895. Il a publié ses observations concernant les brûlures qui se sont développées, bien qu'il les ait attribuées à l'ozone plutôt qu'aux rayons X. Ses brûlures ont guéri plus tard, mais de nombreux radiologues ont perdu des doigts ou des parties de doigts
Les effets génétiques des radiations, notamment leurs effets sur le risque de cancer, ont été reconnus beaucoup plus tard. En 1927, Hermann Joseph Muller a publié des recherches démontrant des effets génétiques.. et en 1946, il a reçu le prix Nobel pour ses découvertes. Les radiations ont rapidement été associées au cancer des os chez les peintres de cadrans au radium, mais cela n'a été confirmé qu'après des études animales à grande échelle après la Seconde Guerre mondiale. Le risque a ensuite été quantifié grâce à des études à long terme sur les survivants de la bombe atomique.
Avant que les effets biologiques des radiations ne soient connus, de nombreux médecins et entreprises avaient commencé à commercialiser des substances radioactives comme des médicaments brevetés et du charlatanisme radioactif. Les exemples étaient les traitements par lavement au radium et les eaux contenant du radium à boire comme tonique. Marie Curie s'est prononcée contre ce type de traitement, avertissant que les effets des radiations sur le corps humain n'étaient pas bien compris. Curie mourut plus tard d'une anémie aplasique et non d'un cancer. Eben Byers, une célèbre personnalité mondaine américaine, est décédé de multiples cancers en 1932 après avoir consommé de grandes quantités de radium pendant plusieurs années ; sa mort a attiré l'attention du public sur les dangers des radiations. Dans les années 1930, après un certain nombre de cas de nécrose osseuse et de décès chez des passionnés, les produits médicaux contenant du radium avaient presque disparu du marché.
Aux États-Unis, l'expérience des Radium Girls, où des milliers de peintres de cadrans au radium ont contracté des cancers de la bouche, a popularisé les avertissements de santé au travail associés aux risques liés aux radiations. Robley D. Evans, du Massachusetts Institute of Technology, a développé la première norme relative à la charge corporelle admissible de radium, une étape clé dans l'établissement de la médecine nucléaire en tant que domaine d'étude. Avec le développement des réacteurs nucléaires et des armes nucléaires dans les années 1940, une attention scientifique accrue a été accordée à l'étude de toutes sortes d'effets des radiations.
Selon Jean-Marc Cosset, du Département d'Oncologie-radiothérapie de l'institut Curie de Paris, à la fin du siècle, les cancers radio-induits sont une réalité largement démontrée par des observations anciennes datant des premières études et utilisation des rayons X et des premiers éléments radioactifs, ensuite précisées par un suivi rigoureux à court, moyen et long terme des populations survivantes aux bombardements atomiques d'Hiroshima et à Nagasaki. Enfin, de nombreuses données se sont accumulées depuis la généralisation des irradiations thérapeutiques, avec alors déjà plus de 20 ans de recul chez certains patients ayant reçu des doses parfaitement connues dans des zones et « volumes » précis (il faut cependant parfois une trentaine d'années voire plus pour détecter un cancer). Des données sur les conséquences d'expositions accidentelles existent, et plus récemment, des études portant sur les travailleurs du nucléaire ont aussi mis en évidence certains effets de faibles doses faibles délivrées à faible débit. Le suivi des populations affectées par les retombées de la catastrophe de Tchernobyl a clairement montré une augmentation rapide et significative de cancers agressifs de la thyroïde chez les enfants exposés (exposition interne dans ce cas par l'iode radioactif fixé sur la glande thyroïde). Une augmentation apparente du risque de leucémies autour de certaines centrales ou d'autres installations nucléaires (site de La Hague en France) soulève aussi des questions en France et en Grande-Bretagne..
Causes Selon le modèle dominant, toute exposition à des radiations peut augmenter le risque de carcinogenèse radio-induite.
Les facteurs contribuant généralement à ce risque son, outre le rayonnement naturel de fond (plus élevé pour les pilotes et hôtesses de l'air), certaines procédures médicales utilisant des radionucléides ou l'exposition à une radioactivité externe, certaines expositions professionnelles, les accidents nucléaires et bien d'autres ( Hélène Martin et ses collègues, en 2017, ont par exemple décrit le cas d'un fibrosarcome épithélioïde sclérosant (mortel dans ce cas) apparu dans le champ d'irradiation d'un pendentif Quantum science® faiblement radioactif..
les causes les plus fréquemment citées ou les plus étudiées sont :
Radon
Le gaz radon est responsable de la majorité de l'exposition moyenne de la population mondiale aux rayonnements ionisants. Il est souvent le facteur le plus important contribuant à la dose de rayonnement de fond d'un individu, mais sa quantité et le degré d'exposition varient considérablement d'un endroit à l'autre voire selon l'heure et la saison. Du radon issu du sol ou de matériaux naturels peut s'accumuler dans les zones peu aérées de certains bâtiments (greniers isolés, sous-sol notamment). Certaines eaux de source et sources chaudes en contiennent aussi.. Là où le radon géologique est présent en concentrations élevées, le radon est considéré comme un contaminant important de l'air intérieur.
Les données épidémiologiques montrent un lien clair entre le cancer du poumon et l'exposition à des concentrations élevées de radon. Aux États-Unis, le cancer du poumon est responsable de décès par an (second plus grand nombre de décès par cancer du poumon après le tabagisme selon l'Agence américaine de protection de l'environnement).. L'exposition résidentielle au gaz radon présente des risques de cancer similaires à ceux du tabagisme passif.. Les radiations sont une source de cancer plus puissante quand elles sont combinées à d'autres sources radioactives ou à des agents cancérigènes ; c'est le cas de la combinaison exposition au radon + tabagisme.
Sources médicales Dans les pays industrialisés, la radiothérapie, mais aussi l'imagerie médicale contribue presque autant à la dose de rayonnement reçue par la population que le rayonnement de fond naturel.
Un sarcome (osseux…) peut être radio-induit par une radiothérapie, c'est un effet rare, mais de mauvais pronostic avec un taux de survie globale à cinq ans de 10 à 36 % selon la littérature. Ce type de cancer peut par exemple apparaitre après un cancer du sein ou du testiculeServagi-Vernat, S., Créhange, G., Lorchel, F., Bontemps, P., et Bosset, J. F., « Seconds cancers après radiothérapie pour séminome testiculaire: à propos de deux cas », Cancer/Radiothérapie, , , 2006, . Le premier cas de sarcome osseux faisant suite à une irradiation remonte à 1922 (il suivait la radiothérapie d'un cancer du sein). Il peut aussi s'agir de sarcomes des tissus mous, notamment de la tête et du cou..
La dose collective reçue par un américain moyen via l'imagerie médicale a été multipliée par six entre 1990 et 2006, principalement en raison de l'utilisation croissante des scanners 3D qui délivrent une dose beaucoup plus importante, par procédure, que les radiographies traditionnelles.. Au début du siècle, ces scanners, à eux seuls, représentent la moitié de la dose d'imagerie médicale reçue par un américain moyen des États-Unis ; ils seraient responsables de 0,4 % des cancers actuels aux États-Unis, un chiffre qui augmente et pourrait atteindre 1,5 à 2 % avec les taux d'utilisation du scanner en 2007. (cette estimation est cependant contestée, et il faut tenir compte du rapport cout-bénéfice pour la santé).. Il a été dit qu'à elles seules, les tomodensitométries faites aux États-Unis en 2007 pourraient entraîner nouveaux cas de cancer dans les années à venir.., mais cette estimation est critiquée par l'American College of Radiology (ACR), qui rappelle que l'espérance de vie des patients ayant subi un scanner n'est pas celle de la population générale, et que le modèle de calcul du cancer basé sur l'exposition totale aux radiations du corps et est donc erroné.
D'autres techniques de médecine nucléaire (scintigraphie par exemple) impliquent l'injection de radiotraçeurs ou de produits radiopharmaceutiques (radionucléides) dans la circulation sanguine. Les traitements de radiothérapie délivrent, délibérément, pour tuer les cellules cancéreuses, des doses mortelles (au niveau cellulaire) aux tumeurs et aux tissus environnants.
Expositions professionnelles Conformément aux recommandations de la CIPR, la plupart des organismes de règlementation autorisent les travailleurs de l'industrie nucléaire à recevoir jusqu'à 20 fois plus de doses de rayonnement que celles autorisées pour le grand public. Des doses plus élevées sont généralement également autorisées en cas d'urgence.
La majorité des travailleurs sont régulièrement maintenus bien en deçà des limites règlementaires, tandis que quelques techniciens essentiels s'approcheront régulièrement de leur maximum chaque année. Des surexpositions accidentelles sont néanmoins signalées plusieurs fois par an dans le monde..
Un cas particulier est celui des astronautes en mission longue : ils présentent un risque plus élevé de cancer.
Hors du secteur nucléaires, certaines professions sont aussi exposées aux radiations. Des mineurs sont exposés au radon, notamment dans les mines d'uranium ; les équipages des compagnies aériennes sont exposés au rayonnement cosmique (en raison de la réduction d'une moindre protection par l'atmosphère en altitude).
Exposition environnementale ou domestique Toute personne vivant ou travaillant dans une région granitique et plus encore dans un bâtiment en granite, comme le Capitole aux États-Unis, est susceptible d'être exposée à une certaine dose de radiation délivrée par le radon..
Exposition accidentelle