La déportation des Coréens en Union soviétique ( ; ) par le NKVD a eu lieu en 1937, sur ordre du dirigeant soviétique Joseph Staline et du président du Conseil des commissaires du peuple de l'Union soviétique Viatcheslav Molotov. Près de Coréens soviétiques (Koryo-saram ou Koryoin) ont été transférés de force de l'Extrême-Orient russe vers des zones inhabitées de la RSS du Kazakhstan et de la RSS d'Ouzbékistan.

Cent vingt-quatre trains ont été utilisés pour les réinstaller à km de leur région d'origine, en Asie centrale. La raison était d'endiguer « l'infiltration de l'espionnage japonais dans le krai d'Extrême-Orient », car les Coréens étaient à l'époque sujets de l'empire du Japon, rival de l'Union soviétique. Ces déportations sont cependant regardées par certains historiens comme une partie de la politique de « nettoyage des frontières » de Staline. Les estimations basées sur les statistiques démographiques suggèrent qu'entre et Coréens déportés sont morts de faim, de difficultés d'adaptation à leur nouvel environnement en exil ou pour d'autres raisons.

Nikita Khrouchtchev a entrepris un processus de déstalinisation après être devenu Premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique en 1953. Les déportations ethniques de Staline ont été condamnées mais il n'a pas mentionné les Coréens soviétiques parmi les nationalités exilées. Les Coréens exilés sont restés en Asie centrale et se sont intégrés dans les sociétés kazakhe et ouzbèke, mais les nouvelles générations ont progressivement perdu leur culture et leur langue.

Cet épisode a constitué un exemple pour les déportations ethniques de nationalités entières par les autorités soviétiques qui a été répété plus tard lors de transferts de population en Union soviétique, pendant et après la Seconde Guerre mondiale, de millions de personnes appartenant à d'autres groupes ethniques. Les historiens et les universitaires modernes considèrent cette déportation comme un exemple de politique raciste en URSS et de nettoyage ethnique, caractéristique du stalinisme, ainsi que comme un crime contre l'humanité.

Contexte

Au début des années 1860, survient une vague d'émigration du royaume Joseon de Corée vers le kraï du Primorié voisin (cédé à la Russie par la Chine lors de l'annexion de l'Amour ). Dans les années 1880, 5 300 Coréens, répartis dans 761 familles, vivaient dans 28 villages cosaques. Selon les termes d'un traité russo-coréen le , tous les Coréens vivant en Extrême-Orient jusqu'à cette date ont obtenu la citoyenneté et des terres dans l'Empire russe, mais tous ceux qui devaient arriver après 1884 n'étaient pas autorisés à rester plus de deux ans. La migration vers la Russie n'a pas cessé pendant la révolution bolchevique de 1917 ; après 1917, de nombreux Coréens ont fui l’occupation japonaise de la Corée et se sont principalement installés dans les districts de Posyet, Suchan et Suyfun. Les migrants coréens qui s'étaient installés en Russie se désignaient eux-mêmes sous le nom de Koryo Saram. Dans les années 1920, plus de 100 000 Coréens vivaient dans le kraï du Primorie. La rentabilité de la location de terres aux Coréens a mené les paysans russes a encourager la migration. À cette époque, 45 000 Coréens (30 %) ont obtenu la citoyenneté mais en 1922, 83,4 % de tous les ménages coréens soviétiques étaient sans terre.

L'Union soviétique a annexé la république d'Extrême-Orient le et a revendiqué comme citoyens toute la population de ce pays, y compris les Coréens qui y résidaient. Avec l’instauration du régime soviétique, les circonstances ont commencé à changer. Afin de décourager toute nouvelle immigration, 700 à 800 Coréens furent déportés d'Okhotsk vers l'empire du Japon en 1925. La même année, les responsables soviétiques rejetèrent un projet de république socialiste soviétique autonome de Corée qui aurait donné l'autonomie aux Coréens. Le recensement soviétique de 1926 a dénombré 169 000 Coréens, 77 000 Chinois et 1 000 Japonais dans la région de l'Extrême-Orient. Au cours des campagnes de collectivisation et de dékoulakisation des années 1930, davantage de Coréens furent déportés de l'Extrême-Orient soviétique.

En raison de sentiments persistants issus de la guerre russo-japonaise et du mépris contemporain pour le Japon impérialiste, la suspicion et l'obsession envers les Coréens soviétiques a augmenté parmi les responsables soviétiques. Il existait une crainte que ces Coréens puissent être restés des sujets loyaux de l'empire du Japon et être utilisés par celui-ci à des fins d'espionnage ou de « propagande contre-révolutionnaire ». Le Japon aurait pu aussi prétexter de la présence croissante de Coréens en URSS pour justifier l’expansion des frontières de la Corée.

La violence anti-coréenne et anti-chinoise s'est intensifiée dans l'Extrême-Orient soviétique entre 1928 et 1932, et 50 000 émigrants coréens ont été forçés de fuir vers la Mandchourie et la Corée. Un décret soviétique adopté le stipula que les Coréens devaient être éloignés de la frontière soviéto-coréenne vulnérable de Vladivostok vers l'oblast de Khabarovsk, et que des Slaves, principalement des soldats démobilisés de l'Armée rouge, devaient être installés à leur place. Un plan officiel prévoyait de réinstaller 88 000 Coréens sans citoyenneté au nord de Khabarovsk, à l'exception de ceux qui « avaient prouvé leur loyauté et leur dévouement complets au pouvoir soviétique ».

Résolution n° 1428-326cc : Planification de la relocalisation forcée Le , le Comité exécutif central de l'Union soviétique a publié une résolution déclarant toutes les frontières « zones de défense spéciales », et plusieurs minorités ethniques dans ces zones frontalières ont été considérées comme des menaces pour la sécurité soviétique, notamment les Allemands, les Polonais et les Coréens. Les Coréens ont été accusés par le journal soviétique Pravda d'être des agents du Japon, tandis que le gouvernement soviétique fermait les frontières et lançait un « nettoyage de la zone frontalière ».

Le Conseil des commissaires du peuple de l'Union soviétique adopta le décret le . Ce décret ordonnait la déportation des Coréens soviétiques d'Extrême-Orient et déterminait que le processus devait être achevé avant le . Il a été signé par le président du Conseil des commissaires du peuple de l'Union soviétique Viatcheslav Molotov et le secrétaire du Comité central Joseph Staline. Le décret stipulait : Le Conseil des commissaires du peuple et le CC du PCV (b) ordonnent par la présente : Pour empêcher la pénétration de l'espionnage japonais dans la région de l'Extrême-Orient, d'entreprendre les actions suivantes :

expulser toute la population coréenne des régions frontalières de l'Extrême-Orient... et la déplacer vers le sud — région du Kazakhstan, zones proches de la mer d'Aral, RSS d'Ouzbékistan la déportation commencera immédiatement et se terminera le permettre aux Coréens soumis à la relocalisation de prendre des biens meubles et du bétail compenser le coût des biens meubles et immeubles et des récoltes abandonnés augmenter les troupes frontalières de trois mille soldats pour sécuriser la frontière dans la région de relocalisation coréenne La résolution 1428-326cc a été justifiée par l'objectif de « prévenir l'infiltration d'espions japonais en Extrême-Orient », sans chercher à déterminer comment distinguer ceux qui étaient des espions de ceux qui étaient fidèles à l'État car Staline considérait de nombreuses minorités soviétiques comme une possible cinquième colonne. Le , tous les gardes-frontières coréens furent rappelés. Le , 12 millions de roubles furent envoyés d'urgence au Comité exécutif d'Extrême-Orient pour les aider à mettre en œuvre cette opération.

Déportation vignette| Wagon de train utilisé pour les déportations soviétiques.

Alors qu'il avait été publié en août, les fonctionnaires soviétiques ont retardé de 20 jours la mise en œuvre du décret afin d'attendre que les Coréens aient terminé les récoltes. Le , un premier groupe composé de 11 807 Coréens fut déporté. Ils devaient laisser leurs biens mobiliers derrière eux et recevoir des « reçus de change », mais ceux-ci étaient bâclés et remplis de telle manière qu'ils n'étaient pas considérés comme des documents juridiques contraignants. Cinq roubles pour chaque jour de voyage ont été facturés aux Coréens déportés par les autorités soviétiques. Les Coréens qui n'ont pas résisté à la réinstallation ont reçu . La police secrète soviétique, le NKVD, allait de maison en maison, frappait aux portes et informait les personnes à l'intérieur qu'elles devaient rassembler tous leurs biens, leurs documents personnels et toute la nourriture qu'elles pouvaient trouver chez elles en moins d'une demi-heure et les suivre. Ils n’ont pas été informés au préalable de leur destination.

À la fin du mois de septembre, 74 500 Coréens avaient été expulsés de Spassk, Posyet, Grodekovo, Birobidzhan et d'autres régions. Au cours de la deuxième phase de la déportation, à partir du , les autorités soviétiques ont élargi leurs recherches pour inclure les Coréens de Vladivostok, de la république socialiste soviétique autonome de Bouriatie, de l'oblast de Tchita et du kraï de Khabarovsk. Les déportés furent transportés par chemin de fer au moyen de 124 trains. Sept mille Chinois soviétiques ont également été déportés avec les Coréens soviétiques au cours de cette opération. Dans le cas de mariages mixtes, si le mari était coréen, toute la famille était sujette à la déportation. La famille était exemptée seulement si le mari n’était pas coréen et la femme était coréenne. Les officiers du NKVD ont été autorisés à séjourner dans les maisons abandonnées des Coréens. Cinq à six familles (25 à 30 personnes) étaient réparties dans chaque compartiment d’un train de marchandises. Leur voyage a duré entre 30 et 40 jours. Les conditions sanitaires à l’intérieur de ces trains étaient de mauvaise qualité. Les Coréens déportés devaient manger, cuisiner, dormir et déféquer à l'intérieur de ces wagons.

Le dirigeant du NKVD Nikolaï Yezhov a indiqué dans une correspondance datée du , que la déportation était complète, ayant évacué 36 442 familles coréennes. Les seuls Coréens restants, 700 colons du Kamtchatka et d'Okhotsk, devaient être déportés avant le . La correspondance révèle également que 2 500 Coréens ont été arrêtés au cours de cette opération, ils ont probablement tous été abattus parce qu'ils protestaient contre leur déménagement de chez eux.

Un total de 171 781 personnes ont été déportées. Elles ont fait un voyage de 6 400 km en train vers les colonies spéciales de la RSS du Kazakhstan et d'Ouzbékistan. Au moins 500 Coréens sont morts en raison directe de ce transfert. Les cadavres des déportés morts de faim étaient abandonnés dans l'une des nombreuses gares. Les Coréens ont été dispersés dans 44 régions au lieu des sept initialement prévues. 37 321 personnes ont été envoyées dans la région de Tachkent ; 9 147 dans la région de Samarkand ; 8 214 dans la région de Fergana ; 5 799 dans la région de Khwarazm ; 972 dans la région de Namangan, etc. Au total, 18 300 ménages coréens ont été déportés vers la RSS d'Ouzbékistan et 20 141 ménages vers la RSS du Kazakhstan. Certains ont été réinstallés une deuxième fois, comme ce fut le cas de 570 familles coréennes qui ont été expulsées de la RSS du Kazakhstan vers le district d'Astrakhan pour trouver du travail dans l'industrie de la pêche. Au final, environ 100 000 Coréens ont été envoyés en RSS du Kazakhstan et plus de 70 000 en RSS d’Ouzbékistan.