Mammouth est un projet pilote de géo-ingénierie destiné à capturer le dioxyde de carbone dans l'atmosphère, situé en Islande à proximité de la centrale géothermique de Hellisheiði, près de Reykjavik, qui alimente son fonctionnement. Inaugurée le , cette usine fait suite au lancement de sa « petite sœur » Orca inaugurée trois ans plus tôt à proximité par les mêmes opérateurs suisse Climeworks et islandais Carbfix, et remplissant la même fonction d’aspiration et capture du CO2. Grâce à 72 conteneurs de ventilateurs, Mammoth a la capacité capter dans l’air 36 000 tonnes de CO2 par an avant de les enfouir sous terre, soit neuf fois plus qu'Orca.

Ces technologies sont reconnues par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat comme une solution pour éliminer du CO2 de l'atmosphère mais ne sont pas encore très intégrées aux scénarios de réductions des émissions tant leur développement, extrêmement coûteux, est encore au stade embryonnaire avec des financements publics limités.

L'un des plus grands obstacles pour cette technologie est son financement, mais selon Climeworks, plus on construit de telles usines, plus les coûts baissent. De grandes entreprises comme Microsoft et Shopify financent ce type de projet en achetant à Climeworks des compensations carbone.

Choix de l’implantation vignette|La centrale géothermique de Hellisheiði en Islande est le site du projet original de CarbFix Le choix du lieu est stratégique, puisqu’au cœur de ces grandes plaines islandaises se trouve une centrale géothermique, permettant à l'usine de fonctionner uniquement avec des énergies renouvelables. L'électricité produite grâce aux abondantes ressources énergétiques de l'Islande est déjà utilisée à plus de 70% par le secteur industriel, essentiellement des usines d’aluminium.

En plus d'abondantes ressources énergétiques grâce à la géothermie, l'Islande a aussi un sous-sol minéral et minier particulièrement riche. Cette île est un « laboratoire à ciel ouvert » pour de nombreux chercheurs : géologie, sciences de la Terre, sismologie, biologie, ou encore biologie marine. Mais l'Islande en raison des nombreux glaciers qui s'y trouvent, est aussi un pays particulièrement exposé aux conséquences du changement climatique, ce qui pousse son gouvernement à une politique particulièrement volontariste pour lutter contre. Selon une étude publiée en dans la revue Communications Earth & Environment du groupe Nature, l’Arctique s’est réchauffé près de quatre fois plus vite que le reste du monde lors des quarante dernières années.

En , la Suisse, d'où est originaire l'entreprise Climeworks porteuse des projets Orca et Mammouth avec son partenaire islandais Carbfix, exporte pour la première fois d'importantes quantités de CO2 liquéfié, issu des émissions de ses activités industrielles, vers l'Islande où il est enfoui par Carbfix.

Processus technique Les usines Orca et Mammouth mettent en application à grande échelle la technologie de capture de CO2 dans l'air de Climeworks, et le système de transformation chimique de Carbfix. vignette|Système de capture de CO2 de Climeworks exposé à Berne Quatre collecteurs, chacun assorti de 8 ventilateurs brassent l’air pour l’aspirer et le faire passer à travers des filtres. .

. L'opération, qui dure environ quatre heures, .

. vignette|Image Carbfix montrant la calcite formée dans le basalte en raison de l'interaction eau-roche chargée de CO2 Cette technique reproduit en deux ans un processus naturel qui peut prendre plusieurs milliers d’années : la minéralisation du dioxyde de carbone. Ce procédé, très énergivore bénéficie d'un approvisionnement énergétique abondant et bon marché grâce à la centrale géothermique de Hellisheiði.

Selon Isabelle Czernichowski-Lauriol, déléguée à la Recherche et à l’Appui aux Politiques Publiques au Bureau de recherches géologiques et minières : ..

Modèle économique Sur les quatorze autres sites opérés par Climeworks, le CO2 est vendu en vue d’être recyclé, principalement dans les boissons gazeuses, contrairement aux usines Orca et Mammouth, où le gaz est stocké sous terre. Pour être rentable, Climeworks a donc dû trouver un nouveau modèle économique axé sur la compensation carbone proposée à des particuliers (environ 8.000 lors du lancement de l'usine) et à des entreprises. Ces « clients » peuvent choisir entre trois types d’abonnement, dont l’un consiste à payer mensuellement pour retirer une certaine quantité de CO2. vignette|Schéma indiquant le principe de la compensation carbone. Actuellement (), Climeworks propose sur son site web des abonnements mensuels avec un prix fixe d'1 euro par kilo de CO2 capté avec trois offres suggérées : 30 kg, 50 kg, ou 100 kg de CO2 captés par mois. Le client peut suivre sur un tableau de bord la quantité de CO2 extraite de l'atmosphère grâce à son soutien financier, tandis qu'un certificat lui est envoyé chaque fin d'année indiquant son bilan annuel.

, Shopify, The Economist group, ou encore Swiss Re ont signé un contrat avec Climeworks, qui leur propose d'acheter des « retraits de CO2 » pour environ 600 dollars par tonne, et ainsi compenser leur propre pollution. Le coût du captage d’une tonne de CO2 dans l’air coûterait entre 80 et 200 euros selon une estimation de la Commission européenne en 2019.

En , Climeworks annonce avoir délivré ses premiers certificats de compensation carbone à ses entreprises clientes : Microsoft, la plateforme de commerce en ligne Shopify et la société de paiement digital Stripe. En , la banque américaine JPMorgan Chase annonce débourser une enveloppe de 200 millions d'euros pour financer le captage et le stockage de 800.000 tonnes de CO2 en partenariat avec plusieurs entreprises, dont Climeworks.

Limites

Insuffisance au regard des émissions mondiales de CO2 , soit l’impact carbone de toute la durée d'utilisation de 870 voitures, ou à 4 000 vols Paris-New-York, . Si l’Islande, où plus de 70 % de l’énergie primaire provient de la géothermie et qui dispose de ressources en eau abondantes, semble le terrain d'expérimentation idéal pour cette technologie, celle-ci n’est pas reproductible partout.

Le coût d'exploitation d'une telle technologie .

Les projets de capture de dioxyde de carbone en sortie des cheminées d'usine où sa concentration dans les fumées est comprise entre 4 et 40 % sont plus faciles, mais ces deux procédés ne sont pas en concurrence, chacun devant s'ajouter à l'autre pour éliminer un maximum de CO2 de l’atmosphère.

Le coût de capture du CO2 serait de 50 et 180 euros par tonne dans les fumées industrielles, et monte à 335 euros par tonne lorsqu'il est aspiré et capté dans l'atmosphère. Mais selon l’Agence Internationale de l’Énergie, ces coûts pourraient chuter en dessous de 100 euros par tonne dès 2030 pour des installations disposant de grandes ressources d’énergies renouvelables, confirmant l'avantage compétitif de l'Islande.

Notes et références

Voir aussi

Liens externes

Site web de Carbfix Site web de Climework

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