Sidbec, contraction de Sidérurgie Québec, est une ancienne société sidérurgique fondée en 1964 par le gouvernement du Québec, de Jean Lesage, dans le cadre des politiques interventionnistes de l'époque visant à moderniser l'économie et à assurer une plus grande autonomie économique pour la province. Créée dans l'esprit de la Révolution tranquille et de la vision « Maîtres chez nous », Sidbec avait pour mission de développer un complexe sidérurgique à Bécancour afin de répondre aux besoins locaux en acier et de soutenir le développement industriel de la région. Ses objectifs incluaient aussi de contrer l'avantage de prix de l'Ontario dans la production d’acier et de transformer localement le minerai de fer extrait de la Côte-Nord, qui était majoritairement exporté aux États-Unis. Après l'abandon du projet initial de Bécancour, Sidbec se concentre sur l'acquisition de l’aciérie Dominion Steel and Coal Corporation (Dosco) à Contrecœur.

Au cours des décennies suivantes, Sidbec diversifie ses activités par des acquisitions et la création de filiales, contribuant à l'essor de l'industrie sidérurgique québécoise. Malgré les défis financiers, notamment ceux liés à ses activités minières, la société poursuit ses opérations manufacturières et s’associe à des entreprises privées dans les années 1980 pour renforcer sa position sur le marché local. Sidbec devient ainsi un acteur central du développement économique québécois en contribuant à l’autonomie industrielle et en favorisant la gestion locale de la production d’acier.

En 2004, la société est officiellement dissoute, marquant ainsi la fin de son rôle dans l'industrie sidérurgique de la province.

Historique Fondation et contexte (1964-1968) alt=Slogan « Maîtres chez nous » sur un dépliant électoral du Parti libéral du Québec, emblématique de la campagne nationaliste du gouvernement Lesage en 1962.|vignette|Slogan « Maîtres chez nous » sur un dépliant électoral du Parti libéral du Québec, emblématique de la campagne nationaliste du gouvernement Lesage en 1962. Sidbec est une société sidérurgique québécoise fondée le par le gouvernement du Québec, dans le cadre de la Révolution tranquille, une période marquée par des politiques interventionnistes visant à renforcer l'autonomie économique de la province. Ce projet s'inscrit dans la vision « Maîtres chez nous », dont l'objectif était de réduire la dépendance de l'économie québécoise à l'égard des entreprises anglophones et étrangères, qui contrôlaient alors la majorité des industries.

La création de Sidbec avait pour but d'établir un complexe sidérurgique intégré contrôlant chaque étape de la chaîne de production, de l'extraction des ressources (notamment le minerai de fer de la Côte-Nord) jusqu'à la commercialisation des métaux raffinés, tout en incluant la production de coke et de gaz. La Confédération des syndicats nationaux (CSN) et d'autres acteurs ont plaidé pour un contrôle public de Sidbec afin de concurrencer les grandes entreprises sidérurgiques canadiennes, comme celles de Hamilton, et de stabiliser les prix pour le marché québécois.

La CSN mettait également en avant l'importance de cette entreprise pour le développement économique régional et l'établissement de pôles industriels capables de stimuler l'emploi et de soutenir une industrie manufacturière québécoise diversifiée. L'exemple de la Suède est souvent cité dans les débats, en tant que modèle de réussite pour un petit pays ayant établi une sidérurgie dynamique sous gestion publique. La fondation de Sidbec est ainsi perçue comme une étape clé de la modernisation économique et de l'affirmation du Québec sur le plan industriel.

Expansion et acquisition de Dosco (1968-années 1970) alt=Inauguration de Sidbec-Dosco à Contrecœur en 1972|vignette|Inauguration de Sidbec-Dosco à Contrecœur en 1972 Peu après sa création, le , Sidbec acquiert Dominion Steel and Coal Corporation (Dosco), une entreprise établie en Nouvelle-Écosse, et avec elle, plusieurs usines au Québec (à Contrecœur, Montréal, et LaSalle) et en Ontario (à Etobicoke). Cette acquisition permet à Sidbec d'éliminer son seul concurrent au Québec, consolidant ainsi sa position dans l'industrie sidérurgique locale et la plaçant au quatrième rang des producteurs d'acier au Canada. En tant que président-directeur général de Sidbec et Sidbec-Dosco, Jean-Paul Gignac dirige cette période de croissance et de consolidation, occupant ces postes jusqu'en 1979. L'entreprise investit dans des installations de fabrication d'acier brut, avec la construction d'une usine de réduction directe du minerai de fer. En , la filiale Dosco devient officiellement Sidbec-Dosco, et en 1973, la filiale Sidbec-Feruni est fondée pour la gestion de la ferraille destinée aux aciéries.

Développements et diversification Durant les années 1970, Sidbec continue d'étendre ses capacités industrielles, notamment par la création de Sidbec-Normines en 1976, une filiale minière chargée de l'exploitation d'un gisement de minerai de fer au lac Fire et de la production de boulettes de fer à Port-Cartier.

En 1977, elle acquiert également les installations de Quebec Steel Products à Longueuil, incluant une mini-aciérie et un laminoir de barres et de profilés. En 1978, la filiale Sidbec International est établie pour soutenir l'expansion de Sidbec sur les marchés internationaux.

Restructuration, partenariats et tentative de privatisation Au début des années 1980, Sidbec fait face à des pertes financières importantes, principalement en raison de sa filiale minière Sidbec-Normines, qui accumule un déficit croissant depuis la fin des années 1970. Afin de remédier à cette situation, un plan de redressement est adopté en 1982 par le conseil d'administration, avec pour objectif de rationaliser les opérations de Sidbec et de recentrer ses activités sur la production d'acier. Le plan prévoit la fermeture des installations non rentables, en particulier dans le secteur des produits plats, et l'abandon progressif des unités obsolètes. En parallèle, Sidbec entreprend la modernisation d'infrastructures stratégiques, telles que les fours électriques de Contrecœur et certains laminoirs à Montréal.

Dans le cadre de cette restructuration, une réflexion est également menée sur la privatisation de Sidbec, qui pourrait potentiellement alléger le fardeau financier de l'entreprise et la rendre plus compétitive sur le long terme. Bien que cette option ne soit pas retenue, elle démontre la volonté de Sidbec de trouver des solutions pour rééquilibrer ses finances tout en offrant au gouvernement de nouvelles perspectives stratégiques.

Les efforts de modernisation, combinés à une réduction des activités dans les segments moins rentables, permettent à Sidbec de renforcer sa compétitivité dans des secteurs à fort potentiel, comme les produits longs et les tubes. Malgré les défis, cette réorganisation vise à assurer la viabilité de l'entreprise dans un contexte de concurrence accrue et de crise industrielle, en maintenant une présence forte sur le marché québécois de l'acier.

Dissolution (2004) La dissolution officielle de Sidbec intervient en avec l'adoption de la Loi abrogeant la Loi sur l'établissement par Sidbec d'un complexe sidérurgique, marquant la fin d'un acteur clé de l'industrie sidérurgique québécoise depuis 1964. Ce projet de loi, adopté par l'Assemblée nationale du Québec et sanctionné le , abolit les législations fondatrices de Sidbec, ainsi que celles de la Société du parc industriel et portuaire Québec-Sud. À la dissolution de Sidbec, ses actifs et ses obligations financières, notamment ses dettes envers le Fonds de financement, sont transférés au ministère du Développement économique et régional. Cette dissolution marque un tournant dans les politiques industrielles du Québec, mettant fin à l'implication directe de l'État dans le secteur de la sidérurgie et intégrant les responsabilités de Sidbec aux structures administratives gouvernementales.

Filiales

Sidbec-Dosco

Origines et développement initial Sidbec-Dosco représente le secteur manufacturier de Sidbec, axé sur la transformation des matières premières en produits sidérurgiques finis. En 1968, Sidbec acquiert les usines de la Dominion Steel and Coal Corporation (Dosco), marquant ainsi le début de sa stratégie d'intégration verticale et de consolidation dans l’industrie sidérurgique québécoise. À cette époque, les installations sont encore limitées, comprenant notamment une petite aciérie à Montréal, plusieurs laminoirs, une boulonnerie, et une clouterie à Contrecœur, Montréal, LaSalle et Etobicoke.

Programme d'expansion (1974-1977) En 1974, Sidbec lance un programme d'expansion pour moderniser ses installations et accroître ses capacités de production. Parmi les nouveaux équipements ajoutés, on compte une aciérie à Contrecœur équipée d’une machine de coulée continue pour produire des billettes, ainsi qu’un four de réduction Midrex pour transformer les boulettes métalliques en acier. En parallèle, Sidbec fonde Sidbec-Feruni, une filiale spécialisée dans la récupération et la transformation de la ferraille, pour approvisionner ses aciéries.

En 1977, une seconde phase d'expansion voit l’installation d’un second four Midrex, deux fours électriques supplémentaires et une machine de coulée continue à brames pour alimenter les laminoirs à plats, établissant les installations de Contrecœur à la fine pointe de la technologie de l’époque.

Innovations technologiques et production diversifiée Les boulettes d'oxyde à faible teneur en silice sont produites à Port-Cartier et réduites en boulettes métalliques grâce au procédé Midrex alimenté au gaz naturel, une technologie coûteuse mais efficace qui fait de Sidbec-Dosco le premier transformateur de ferraille et de minerai au Québec. En tant que matière première, les ferrailles récupérées par Sidbec-Feruni et les boulettes réduites sont ensuite fondues dans les fours électriques pour créer une variété d'aciers. alt=Brames d'acier prêtes pour les étapes de laminage et de transformation.|vignette|Brames d'acier prêtes pour les étapes de laminage et de transformation. Sidbec-Dosco diversifie sa gamme de produits en transformant les brames d'acier en produits plats laminés à chaud, laminés à froid et en tubes. D’autres produits incluent des barres, des profilés, des fils machines, des treillis et divers produits dérivés fabriqués dans les installations de Contrecœur, Montréal, Longueuil, et Etobicoke.

Partenariats et diversification (1980s) Pour renforcer sa compétitivité, Sidbec-Dosco s’associe à des entreprises du secteur privé, élargissant ainsi sa gamme de produits sidérurgiques. En 1987, elle crée Tubes Delta en partenariat avec Acier Nova, une société en commandite spécialisée dans la fabrication de tuyaux en acier extra-tenace soudés par résistance électrique. En 1988, Sidbec-Dosco collabore avec Dofasco pour fonder Sorevco, une usine de galvanisation de tôle à Côteau-du-Lac. Les filiales et partenaires de Sidbec-Dosco contribuent à diversifier la production, incluant notamment Sidbec-Feruni et Deitcher Brothers Inc., qui se spécialisent dans la récupération de ferraille d’acier, et Walker Wire (Ispat) Inc. ainsi qu’Acufil Ltd. Partnership, qui produisent des produits tréfilés. Cette organisation permet à Sidbec-Dosco de répondre aux besoins variés du marché québécois et de consolider sa présence dans le secteur sidérurgique.

Marché et positionnement stratégique Sidbec-Dosco se positionne au quatrième rang parmi les producteurs d’acier brut au Canada. Bien que Stelco, Dofasco, et Algoma occupent les trois premières positions, Sidbec-Dosco conserve une place unique en raison de sa gamme de produits diversifiée, qui couvre les secteurs des produits plats, des barres, des profilés, et des produits dérivés de fil machine.