La contamination par le mercure de la communauté de la réserve amérindienne Grassy Narrows est un empoisonnement au mercure, induit par le rejet incontrôlé de 9 à 11 tonnes de mercure dans la partie amont du bassin versant de la rivière Wabigoon, dans le district de Kenora du Northwestern Ontario, de 1962 à 1970, par l'usine Dryden Chemical, à Dryden, qui produisait du chlore et de la soude destinés à la production et au blanchiment de la pâte à papier dans l'usine voisine (Dryden Pulp and Paper Company). Ces deux usines étaient des filiales de la multinationale britannique Reed International.chloralkali. Ce cas a été décrit comme le pire cas d'empoisonnement collectif par du mercure dans toute l'histoire du Canada, notamment associé à une mortalité prématurée.. Le taux de jeunes d'Asubpeeschoseewagong Anishinabek, connu sous le nom de Première Nation de Grassy Narrows, ayant déjà fait une tentative de suicide est trois fois plus élevée que chez les autres Premières Nations au Canada, où ce risque est déjà plus élevé que la moyenne canadienne ; une étude a montré un lien entre ces suicides et l'intoxication mercurielle qui a déjà affecté la santé mentale de trois générations dans la communauté, avec un effet intergénérationnel ().

Les principales victimes de cette contamination ont été deux communautés des premières nations du Canada : celle de la Grassy Narrows First Nation / Wabaseemoong, une communauté de près de personnes vivant près de la frontière entre l'Ontario et le Manitoba, à environ 90 kilomètres au nord de Kenora ; et celle de la Whitedog First Nation. Elles ont été gravement touchées tant du point de vue santé que socioéconomique.. Durant plusieurs générations, de nombreuses personnes y ont souffert et soufrent encore de symptômes parfois irréversibles d'intoxication au mercure, et notamment de la maladie de Minamata et leur espérance de vie est significativemnet réduite. Malgré des études et rapports confirmant une exposition grave et chronique, les actions de dépollution ont été limitées ; et depuis près de 60 ans, les communautés locales soufrent des effets du mercure. En 2016, un rapport d'expert a confirmé que la rivière Wabigoon était « encore fortement contaminée », mais qu'elle « pouvait être nettoyée en toute sécurité »..

Contexte biogéographique

thumb|250px|Vue de la rivière Wabigoon, polluée par du méthylmercure d'origine industriel depuis plus de 50 ans.

La rivière Wabigoon forme, avec la rivière English, un vaste réseau fluvial incluant de nombreux lacs et affluents. Ensemble, ces rivières coulent vers l'ouest où elles se jettent dans la rivière Winnipeg. Cette pollution chronique a contaminé le réseau trophique, ce qui a conduit le gouvernement à interdire la pêche commerciale et certaines entreprises et acivités touristiques.. En effet, dans le lac Clay, le premier grand lac en aval des usines de Dryden, les poissons prédateurs comme le doré jaune ont fortement bioaccumulé le métal toxique concentré sous forme de méthylmercure.., rendant ce poisson impropre à la consommation.. Or c'est l'un des aliments de base des Premières Nations dans cette région depuis des générations..

Rappels sur l'écotoxicologie du mercure Les bactéries présentes dans le sédiment métabolisent le mercure inorganique Hg en méthylmercure, qui est extrêmement toxique et bioaccumulable. Ce dernier a des effets négatifs sur les taux de reproduction, le comportement et le développement physique des poissons, des oiseaux et des mammifères piscivores (dont les humains).

Dans la région, les poissons prédateurs comme le Doré jaune, le Grand brochet, l'Achigan à grande bouche et le Grand corégone sont ceux qui bioaccumulent le plus de méthylmercure (en mangeant régulièrement des poissons plus petits et moindrement contaminés). Les animaux situés au bas de la chaîne alimentaire, comme les petits poissons, absorbent et stockent du méthylmercure qui est ensuite concentré dans la chaine alimentaire.

Clay Lake, le principal lac situé en aval de l'usine de Dryden, présentait « des niveaux de mercure extrêmement élevés chez les poissons prédateurs », en particulier dans le doré jaune, pêché par les amérindiens et apprécié depuis de nombreuses générations comme aliment dans la région.

Contexte historique Il est à noter que des chercheurs, mais aussi une archiviste citoyenne, Marion Lamm (1918-1997) ont constitué des archives sur l'histoire de la communauté, l'histoire des entreprises et sur l'intoxication mercurielle. Les archives de Marion Lamm ont été utilisés pour la thèse de Sarah Jane Watson, soutenue en 2023 à l'université Concordia, qui a porté sur l'écart entre les représentations visuelles de la région et de l'« affaire du mercure » par les intervenants du gouvernement et de l'industrie (qui mettent en avant les succès industriels et un paradis touristique dans un « arrière-pays » canadien colonial, et les réalités vécues localement par les anishinaabés..

Empoisonnement au mercure (hydrargyrisme) En 1957, la papeterie commence à utiliser du chlore pour chimiquement blanchir sa pâte à papier. Ce chlore est produit par une usine voisine (la Dryden Chemical Company, depuis démantelée) par le procédé chlore-alcali, qui nécessite de grandes quantité de mercure. L'utilisation du chlore dans la pâte à papier est ensuite source de pollution organochlorée (dioxines et furanes)

Dans les années 1970, le vison et la loutre (deux prédateurs piscivores) ont commencé à régresser dans la réserve, puis certains ont noté que les aigles et les vautours (Urubu) à tête rouge volaient d'une manière étrange, et un habitant a vu son chaton se mettre à tourner en rond, anormalement saliver et convulser. Ces premiers indices laissaient penser qu'un problème environnemental émergeait à Grassy Narrows et le long de la rivière Wabigoon..

Avant les années 1950, « la communauté scientifique n'était pas consciente des effets du méthylmercure sur les humains ». Il faut attendre 1958, pour que dans le journal The Lancet, deux médecins confirment un « lien entre le poisson contaminé au méthylmercure et des symptômes neurologiques humains »... Leurs recherches se sont concentrées sur une « mystérieuse maladie nerveuse » observée pour la première fois chez l'Homme en 1956, dans un village de pêcheurs de Minamata, au Japon. Là, on observait aussi un comportement étrange chez les chats, comportement qui s'est avéré plus tard être un effet neurologique du mercure (décrit dans le livre Les 400 chats de Minamata). Quand le premier japonais atteint est entré à l'hôpital de l'usine de Chisso, en 1956, la maladie avait déjà atteint des proportions localement épidémiques. Un journal médical de Kumamota de 1957 a qualifié cette maladie de maladie de Minamata.

Après que la catastrophe de Minamata a été reconnue au Japon, il a fallu 10 ans et l'intervention du médecin japonais Harada (qui a diagnostiqué au moins 60 cas de maladie de Minamata à Grassy Narrows et de nombreux cas suspectés) pour que ce cas soit pris plus au sérieux par les autorités de l'Ontario et du Canada.

En 2016, un article du CMAJ relatif à la gestion des risques liés à l'exposition au mercure au Canada conclut que les directives cliniques alors en vigueur sur la consommation de poisson restent « mal adaptées aux conditions des communautés nordiques géographiquement éloignées, pour lesquelles l'exposition au mercure peut être plus importante » que la moyenne ; cet article rappelle en outre que le fœtus est particulièrement exposé et vulnérable aux « effets neurologiques délétères » de l'intoxication au mercure.. Les auteurs y précisent que « la plupart des Canadiens sont exposés au mercure par leur alimentation, en particulier ceux qui consomment beaucoup de poisson.

En 2017, un article du Journal de l'Association médicale canadienne (JAMC) note qu'alors que des études étaient faites au Japon sur l'hydrargyrisme depuis les années 1960, un cas similaire d'épidémie locale d'empoisonnement mercuriel a lieu dans le nord Canadien. Mais au Canada la Première Nation de Grassy Narrows est encore aux prises avec les « ravages de la contamination au mercure ».

Première Nation de Grassy Narrows Grassy Narrows, est une collectivité nord-amérindienne relativement isolée, de 1620 personnes environ (en ), dont près de vivent dans la réserve de Grassy Narrows. ; le territoire d'une des 28 Premières Nations du Grand Conseil de la Nation Anishinaabe du Traité numéro 3, une nation Anishinaabe souveraine. La réserve de Grassy Narrows est située à moins de 100 kilomètres en aval des usines qui ont pollué la rivière, dont par le mercure.

Une autre réserve amérindienne, celle de Whitedog, qui se trouve plusieurs centaines de kilomètres plus en aval a aussi été touchée par la pollution mercurielle..

Les deux communautés amérindiennes ont été gravement empoisonnées. Plusieurs générations et de nombreuses personnes y ont souffert et souffrent encore de symptômes physiques et mentaux d'hydrargyrisme, à des niveaux comparables à ceux de Minamata.

Contamination mercurielle en Ontario Dans les années 1960, le gouvernement fédéral canadien prend des mesures relatives à la contamination du poisson par le mercure..

La « première enquête sur la contamination au mercure » dans une communauté des Premières Nations a lieu à l'automne 1970 ; elle concerne les deux réserves de Grassy Narrows et de White Dogs. Le gouvernement sait alors que l'usine de chlore et de soude du groupe Reed Paper, créée en 1962, avait déversé plus de 9 tonnes de mercure métallique dans le réseau fluvial. En 1978, un article indique que la majorité des habitants consomment alors trois repas de poisson par jour au printemps, en été et en automne, dans cette communauté connue « pour dépendre entièrement de la pêche, de la chasse, du guidage et de la foresterie ».

De 1962 à 1970, l'usine de chlore-alcali de la Dryden Chemical Company, associée à la Dryden Pulp and Paper Company voisine, toutes deux filiales de la multinationale britannique Reed Paper GroupIn a 1964 journal article, the Reed Paper Group was described as an international organization with 24,000 employees globally and manufacturing interests in the UK, Canada, Norway, Italy, Australia, and New Zealand, with an output of 1,650,000 tons of paper, among other products. p. 285 a rejeté environ de mercure dans les cours d'eau locaux (Wabigoon-English) près du lac Wabigoon qui est la source de la rivière. Robert W. Billingsley, qui était président de Reed International durant la période de rejet de ce mercure, a déclaré le , dans l'émission The Fifth Estate, à propos de la pollution à l'amont de l'usine : « On a souligné que dans presque tous les échantillons, on trouverait peut-être 5 % de la population de Toronto qui présenterait des symptômes de la maladie de Minamata – les maux de tête, par exemple, en sont un symptôme »Archive vidéo d'une émission du 23 mars 1976 du programme télévisé canadien The Fifth Estate (CBC Archives) ; titre : Fishing for fun and death at Grassy Narrows ; The fish are poisoned but the English-Wabigoon waterway remains open to anglers |url=https://www.cbc.ca/player/play/video/1.3334246 ..