Le Service aérien gouvernemental (SAG) est une organisation créée par le gouvernement du Québec en 1960 pour gérer et coordonner les opérations aériennes de divers ministères provinciaux. Conçu initialement pour regrouper la flotte aérienne gouvernementale, le SAG est devenu au fil des décennies un acteur clé dans la lutte contre les incendies de forêt, les opérations de transport médical d’urgence, et les interventions en cas de catastrophe. Fort d’une flotte diversifiée et d'une expertise reconnue, le SAG collabore également à des missions internationales et représente un modèle d’innovation en matière d’aviation publique.
Histoire
Création Le Service aérien gouvernemental est créé à la suite d’une loi votée en par l'Assemblée nationale du Québec, visant à regrouper sous une seule flotte tous les appareils détenus par les ministères provinciaux. À l’époque, le gouvernement de Jean Lesage dispose de cinq avions répartis entre les ministères de la Colonisation, de la Chasse et Pêche, et des Terres et Forêts, ce qui limitait l'efficacité et la coordination des opérations. Le premier ministre Paul Sauvé est à l'origine de cette idée, mais décède avant sa réalisation, laissant son successeur, Antonio Barrette, prendre les premières mesures pour sa mise en place. Cependant, après la prise de pouvoir du Parti libéral en , une vente de la flotte est envisagée.
Le sous-ministre des Transports, Jacques Verreault, parvient à convaincre les nouveaux élus de maintenir la flotte en activité et propose trois options pour sa gestion : vendre les avions, confier leur exploitation au secteur privé ou conserver les appareils sous une gestion unifiée. C’est la troisième option qui est finalement retenue, ouvrant la voie à la création d’un service aérien gouvernemental unique pour centraliser les opérations.
Paul Gagnon, qui rejoint le gouvernement en en tant que pilote-instructeur, est choisi pour diriger ce nouveau service. En , le Service aérien gouvernemental (SAG) est officiellement créé, avec Gagnon en tant que premier directeur général. À ses débuts, le SAG regroupe six avions, y compris un DC-3 récemment acquis, et se consacre principalement à des missions de transport pour le gouvernement. +Équipe initiale du SAG,NomTitreQualification sur les appareilsFernand BéginMécanicienPaul BlumhardMécanicienJean BonnardPiloteBeaver et Royal GullPaul GagnonPilote-instructeurPierre LalibertéCopiloteDC-3Jean-Claude LemarierChef piloteBeechcraft, Grumman Mallard, DC-3Paul OcteauCopiloteDC-3Gerry PrestonCopiloteDC-3Jules RinguettePiloteBeaverAlbert TétreaultMécanicien
Développement des capacités de lutte contre les Incendies (1961-1970) Dès les premières années de son existence, le SAG est sollicité pour intervenir dans la lutte contre les incendies de forêt. alt=Un avion Canso qui décolle d'un plan d'eau|vignette|Un avion Canso qui décolle d'un plan d'eau En 1961, le Service aérien gouvernemental acquiert deux avions Canso auprès du gouvernement fédéral canadien. Ces appareils, autrefois utilisés pour des missions militaires durant la Seconde Guerre mondiale, sont modifiés pour la lutte contre les incendies avec l'ajout de deux réservoirs externes de 300 gallons chacun. Ces réservoirs amovibles permettent aux Canso de larguer des milliers de litres d'eau sur les incendies de forêt avec une grande efficacité. Ces appareils voient également leurs moteurs, hélices et équipements radio modernisés pour répondre aux besoins de leur nouvelle mission civile. Le coût total de transformation s'élève à 125 000 $ par appareil, financé pour moitié par le gouvernement fédéral dans le cadre d’un partenariat pour la protection des forêts.
Dès leur première saison d'opérations en 1961, ces avions-citernes réalisent 25 sorties, larguant environ un million et demi de gallons d’eau pour éteindre les incendies au Québec et à Terre-Neuve. À la suite du succès de ces interventions, le gouvernement québécois procède à l’achat de cinq autres Canso en 1962, modifiés pour inclure des réservoirs internes développés par Field Aviation, offrant ainsi une meilleure capacité de largage rapide et précis.
Le SAG devient également un acteur clé dans les collaborations internationales en matière de lutte contre les incendies. En 1967, une délégation du SAG se rend au Chili pour évaluer le territoire forestier et envisager la location de bombardiers d’eau québécois pendant les saisons d’incendie. L'année suivant, deux avions Canso quittent pour une mission au Chili. Cette initiative marque le début d’une longue collaboration avec divers pays en Amérique latine et en Afrique.
En réponse aux limites opérationnelles des avions Canso pour la lutte contre les incendies de forêt, le SAG s'associe avec Canadair pour concevoir un appareil novateur destiné spécifiquement à cette mission. Ainsi naît le CL-215, un bombardier d'eau amphibie robuste dont le prototype voit le jour en 1964, équipé de moteurs prévus initialement pour le CL-204. Cet avion, capable de larguer des charges d'eau d'une capacité de 1 200 gallons (environ 4 500 litres) pendant des missions de plusieurs heures, présente une conception qui doit résister aux contraintes sévères du rechargement et aux vibrations lors des survols des brasiers. Son écopage se réalise en dix secondes en glissant sur l’eau sur une distance de 610 mètres, grâce à deux écopes situées sous la coque de l'avion. alt=Canadair CL-215 du SAG en mission au Portugal.|vignette|Canadair CL-215 du SAG en mission au PortugalLa conception inclut des réservoirs majoritairement intégrés sous le plancher, renforcés pour supporter la masse de l’eau et la pression intense durant les opérations. Bien qu’au départ certains doutes existent quant à son design anachronique, les modifications successives, incluant le moteur R-2800 série C et des ajustements de l’empennage, confirment sa fiabilité. Le marque le premier vol du CL-215, réalisé avec le prototype nommé C-FEU-X.
En 1969, la province de Québec passe une commande de 15 appareils après avoir initialement prévu d'en acquérir 20, devenant ainsi la première région à s'engager fermement dans l'achat du CL-215.
Transport médical (1972) En 1972, le SAG étend ses activités pour inclure le transport aérien des malades, une mission qui répond aux besoins urgents des régions éloignées. Ce service est disponible 24 heures sur 24 et permet d’intervenir dans l’heure suivant une demande du ministère des Affaires sociales. Face à l’augmentation rapide de ce type de transport, le SAG propose dès 1974 l’acquisition d’un avion spécifiquement aménagé pour le transport médical, avec des équipements médicaux à bord pour améliorer la prise en charge des patients. Le tableau suivant présente les données relatives au nombre de transports de malades effectués par le Service aérien gouvernemental, offrant un aperçu de l'évolution de cette activité essentielle au fil des années : +Nombre de transports des malades (1972-1976)AnnéeNombre de transports1972401973145197422519755021976 (11 mois)481
Organisation et Missions du Service aérien gouvernemental en 1976 En 1976, le SAG a diversifié et structuré ses activités pour répondre aux besoins de plusieurs ministères et assurer divers services publics. Les missions du SAG se divisent alors en plusieurs catégories :
Avions exécutifs Le SAG utilise une flotte d’avions exécutifs pour le transport de personnes en fonction des priorités établies par le Conseil du Trésor. Ces priorités incluent le transport des malades (25 % des heures de vol), le transport des ministres et fonctionnaires (32 %), le transport de groupes de fonctionnaires (41 %), ainsi que des vols techniques (2 %). Ces avions permettent au gouvernement du Québec de fournir un soutien logistique rapide et flexible pour les déplacements de son personnel. Avions-citernes La protection des forêts contre les incendies est l’une des missions centrales du SAG. En 1976, le SAG dispose de 21 avions-citernes destinés à cette tâche pour le compte du Ministère des Terres et Forêts. Cette flotte d’avions-citernes permet de répondre efficacement aux incendies de forêt et de limiter les dégâts dans les régions forestières de la province. Hélicoptères Le SAG exploite également 16 hélicoptères, dont l’utilisation est répartie entre différents ministères. Deux hélicoptères sont réservés exclusivement pour la Sûreté du Québec, deux pour le Ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche, et les autres servent aux besoins généraux du gouvernement. Ces hélicoptères jouent un rôle essentiel pour les interventions rapides dans des zones difficiles d’accès et pour des missions de surveillance ou de soutien logistique. Autres avions En plus des avions exécutifs et des avions-citernes, le SAG dispose d’un avion DC-3 et de deux avions Beaver. Ces appareils sont utilisés pour des missions spéciales au service de plusieurs ministères, avec une priorité pour le Ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche. Ils permettent de répondre aux besoins spécifiques de certains départements, en fonction des demandes ponctuelles. Opération insecticides Le SAG supervise également une opération de gestion des insecticides pour le Ministère des Terres et Forêts. Cette mission est sous-traitée à une entreprise privée, qui dispose de 25 avions affectés exclusivement à cette tâche. L’objectif de cette opération est de contrôler les populations d’insectes nuisibles pour protéger les ressources forestières.
Prolongement de la mission À cette époque, le SAG explore également des possibilités d’expansion de ses services pour répondre aux besoins croissants des institutions publiques québécoises :
Intégration des opérations d’Hydro-Québec et de la Société de la Baie James Le SAG propose de reprendre les opérations aériennes d’Hydro-Québec et de la Société de la Baie James, qui ont commencé à acquérir leurs propres aéronefs, notamment un avion de transport Hercules et plusieurs hélicoptères. Cette intégration pourrait réduire les coûts pour Hydro-Québec et renforcer les capacités du SAG, tout en augmentant son autonomie et son influence auprès des autorités fédérales. Transport régulier des fonctionnaires Dans le cadre d’une stratégie d’autofinancement, le SAG envisage la création d’un service de vols réguliers pour les fonctionnaires, en particulier entre les villes de Québec et de Montréal. Cette initiative pourrait réduire les coûts de transport en détournant une partie des déplacements en voiture, train et avion commercial vers le service aérien du gouvernement. En 1976, le SAG possède deux avions F-27 adaptés pour ce type de transport. Une modification de ces avions est planifiée pour en augmenter la capacité, avec l’ajout d’une suite ministérielle afin de répondre aux besoins spécifiques de la Sûreté du Québec et du gouvernement.
Création et Expansion du Programme ÉVAQ (à partir de 1981) En , sous l'impulsion du Dr Pierre Fréchette, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) mandate l’Hôpital de l’Enfant-Jésus pour établir un service d’évacuations aéromédicales au Québec, connu sous le nom d’ÉVAQ. Ce programme, seul service aéromédical officiellement reconnu par le gouvernement du Québec, est conçu pour offrir un accès rapide aux soins spécialisés aux patients des régions éloignées en situation d’urgence médicale.
Le premier avion-ambulance, le Valentine-Lupien, commence son service en . Capable d’atteindre une vitesse de croisière de 750 km/h et une autonomie de vol de trois heures et demie, cet avion peut opérer sur des pistes courtes de 1 220 mètres. Il est baptisé en hommage à Valentine Lupien, une infirmière qui prodiguait des soins dans le nord du Québec dès 1937. En 1982, l'équipe de maintenance du SAG, conçoit un escalier spécialement adapté à l’avion-ambulance, doté de caractéristiques telles que des marches antidérapantes et un cran de sûreté, permettant une montée et une descente sécurisées pour les patients et le personnel médical.