Lexplosion importante de l’usine AZF de Toulouse est un accident industriel survenu le à Toulouse. Dans l’usine de production d’engrais azotés située en zone urbanisée, un stock de 300 à de nitrate d'ammonium explose à ou 10 h 18, entraînant la mort de , faisant et de lourds dégâts matériels.

Après seize ans d’enquête et de procès, la responsabilité pénale du directeur de l’usine au moment des faits, Serge Biechlin, et de la société Grande Paroisse, propriétaire de l’usine, est définitivement reconnue en 2017..

L’accident compte parmi les plus graves explosions accidentelles impliquant du nitrate d’ammonium. Il occasionne des dommages considérables au bâti du sud-ouest de l’agglomération toulousaine, puis une rénovation et la création de nombreux équipements publics dont l’oncopole de Toulouse mis en service à partir de 2009. La garantie des catastrophes technologiques est par ailleurs créée par une loi de 2003 à la suite de cet accident.

Histoire Contexte L’usine chimique AZF (AZote Fertilisants), aujourd’hui rasée, appartenait jusqu’en 2005 à la société Grande Paroisse. Cette société, alors filiale d’Atofina, regroupait depuis la fusion de Total et d’Elf Aquitaine une partie des activités chimiques du groupe Total. Cette usine était située à cinq kilomètres du centre de Toulouse, au sud, entre le périphérique, l'autoroute menant vers Tarbes, et la Garonne.

Initialement construite à l’écart de la ville en 1921, elle a été progressivement englobée par l’agglomération. L'usine employait un peu moins de cinq cents personnes sur un terrain de soixante-dix hectaresRapport sur l’explosion de l’usine AZF par le ministère de l’Écologie, 10 .. Elle produisait en grande partie des ammonitrates agricoles et en plus petite quantité des nitrates d’ammonium industriels mais aussi de la mélamine, des résines et des produits chlorés tels que l’ATCC et le DCCNa. La fabrication de l’ensemble des produits était issue de la production d’ammoniaque, la synthèse d’ammoniaque réalisée à partir du gaz naturel provenant de Lacq.

Déroulement vignette|La tour AZF. Le vendredi à ou 10 h 18, un stock d’environ de nitrate d'ammonium, déclassé et destiné à la production d’engrais, explose dans le bâtiment 221Rapport sur l’explosion de l’usine AZF par le ministère de l’Écologie, 13 ., creusant un cratère de forme ovale de de long et de largeur, et de de profondeur. La détonation est entendue à plus de de Toulouse. Un séisme de magnitude 3,4 est enregistré.

Selon des témoignages, l'explosion est précédée de phénomènes de diverses natures (électriques, lumineux, sonores), et accompagnée de deux bangs qui sont enregistrés par des témoins. L'intervalle entre les deux détonations varie selon les enregistrements (jusqu'à quelques secondes), et la première est légèrement moins forte. Certains évoquent l'hypothèse d'une explosion unique, et interprètent le premier bruit d'explosion comme l'audition de l'onde sismique, plus rapide que l'onde aérienne, voire d'un phénomène d'écho... D'autres en déduisent l'existence d'une première explosion distincteTémoignages scientifiques (émission radio du 19 décembre 2014)., de plus faible intensité, une dizaine de secondes avant l'explosion catastrophique proprement diteL'explosion de l'usine AZF.« AZF Toulouse 2 explosions », danieldissy.net..

Bilan

Bilan humain vignette|Premiers dégâts constatés sur le site le jour même. vignette|Le lycée Gallieni détruit. Le bilan officiel fait état de trente et un morts, dont vingt et une personnes sur le site (parmi lesquelles 5 personnes travaillant pour des entreprises sous-traitantes et 5 autres exerçant des activités diverses comme livreur ou dépanneur d’ascenseur), une personne sur le site d'une usine voisine, et neuf personnes extérieures, tuées le jour de l'explosion ou décédées dans les jours suivants. Environ deux mille cinq cents personnes sont blessées dont une trentaine dans un état graveRapport sur l’explosion de l’usine AZF par le ministère de l’Écologie, 7 . (description de la catastrophe)...

La majorité des victimes subit les effets directs du souffle de l’explosion, ou ses effets indirects, en étant touchés par des objets portés par ce souffle (des éclats de verre, notamment). Selon l’Institut de veille sanitaire, de nombreuses personnes souffrent de désordres psychiques (dépressions, angoisses, insomnies), mais aussi de problèmes auditifs. Dix-huit mois après l’explosion, quelque quatorze mille personnes sont toujours sous traitement pour dormir, calmer leurs angoisses ou soigner une dépression..

Le bilan aurait pu être plus lourd si des canalisations de phosgène situées à proximité n'avaient pas résisté à l'explosion..

Bilan matériel vignette|Hangars et la Tour AZF ; photo prise en 2003. L’explosion cause des destructions importantes dans la partie sud-ouest de la villeRapport de l’institut de veille sanitaire, du 9 juillet 2002, 6 .. Le site de l'usine AZF elle-même est dévasté. La tour AZF résiste au souffle. Le poste de garde est encore debout mais il est détruit le lendemain pour des raisons de sécuritéDocument de l’EDUMED, 4 .. À proximité, les zones commerciales de Darty et Brossette sont totalement détruites. Cent cinquante bus de la SEMVAT, la société de transport public toulousain de l’époque, sont également détruits dans l’entrepôt de Langlade situé en face de l’usineDocument de l’EDUMED, 5 ..

De très nombreux logements, plusieurs entreprises et quelques équipements (piscines, gymnases, salles de concert, lycée Déodat-de-Séverac) sont touchés. Les dégâts (murs lézardés, portes et fenêtres enfoncées, toitures et panneaux soufflés ou envolés, vitres brisées) sont visibles jusqu’au centre-ville. Parmi les équipements publics touchés, on peut citer le Grand palais des sports (il sera entièrement démoli et reconstruit à la suite de ces dommages), le Bikini (salle de spectacle), l’École nationale supérieure des ingénieurs en arts chimiques et technologiques, le lycée Gallieni et le centre hospitalier Gérard-MarchantDocument de l’EDUMED, 12 ..

On estime les dégâts matériels globalement à deux milliards d’eurosValeurs actuelles, 27 janvier 2006., dont 33 millions d’euros pour des bâtiments publics Rapport d’orientation budgétaire 2003 de Toulouse, 1..

Une des conséquences de la destruction du Grand palais des sports est l'arrêt du tournoi de tennis de Toulouse qui se joue là depuis 1982 ; depuis, il est organisé à Metz (tournoi de tennis de Moselle) et s'y joue encore aujourd'hui.

Conséquences

Conséquences législatives

L'ampleur du bilan humain et matériel et l'émotion soulevée par l'explosion ont entraîné la création d'une loi, dite loi Bachelot, du () qui a constitué la garantie des catastrophes technologiques : un accident dans une installation dangereuse et plus de cinq cents logements rendus inhabitables instaurent la publication au Journal officiel d'un arrêté constatant l'état de « catastrophe technologique » et donnent droit à une indemnisation collective sans que chaque victime ait à faire les démarches individuellement.

Conséquences matérielles vignette|Locaux détruits à la suite de la catastrophe. Contrairement au souhait des salariés de l’usine, qui demandent le redémarrage des installations épargnées après renforcement des mesures de sécurité, le site de l’usine et ses alentours, dévastés, sont rasés, puis dépollués. Plusieurs projets sont présentés, dont une zone verte et un centre international de recherche sur le cancer, l'Oncopole de Toulouse, proposé par le maire Philippe Douste-Blazy juste avant sa nomination comme ministre de la Santé. En dépit des actions de recours effectuées par certaines associations déclarant représenter les riverains, le projet a été accepté.. L’oncopole a été inauguré en 2014..

La tour la plus haute de l’usine, qui a survécu à l’explosion, est finalement démolie (bien qu’elle fût un point de repère apprécié des pilotes d’avions en approche vers l’aéroport de Toulouse-Blagnac)..

Conséquences locales Autre réminiscence du traumatisme subi par la population, la combinaison de lettres AZF n’est pas utilisée, à la demande du député de la zone concernée, sur les plaques d’immatriculation des véhicules du département : on est passé directement de la combinaison 999 AZE 31 à la combinaison 11 AZG 31..

Conséquences nationales La catastrophe de l'usine, au même titre que les tempêtes Lothar et Martin de fin décembre 1999, a entraîné l'instauration du Plan particulier de mise en sûreté dans les écoles, collèges et lycées français à partir de 2002.. Ce PPMS vise à préparer les équipes enseignantes, les personnels et les élèves des établissements scolaires de France afin qu'ils puissent faire face à des situations de crise, telles qu'un événement climatique (feu de forêt, tempête, inondation...), un accident industriel ou nucléaire, une rupture d'un barrage, un attentat ou une intrusion..

Enquêtes judiciaire et scientifique Trois jours après la catastrophe, le procureur de la République, Michel Bréard, déclare que la piste de l’accident est privilégiée « à plus de 90 %. ». Le , il ouvre une information judiciaire contre X pour homicides, blessures et destruction de biens involontaire. Le juge d’instruction Thierry Perriquet reprend en l’instruction commencée par deux autres magistratsReuters, 12/07/2007..

L'hypothèse de l’accident est privilégiée par les autorités. La catastrophe aurait été provoquée par une erreur de manipulation. Un employé d’une entreprise sous-traitante d’AZF aurait déversé, un quart d’heure avant l’explosion, de produit chloré pour piscines (DCCNa ou dichloroisocyanurate de sodium), produit dans une autre partie de l’usine, sur un tas d’ammonitrate stocké en vrac. Une bataille d'experts s'engage. Il est difficile en effet de confondre les deux produits, du fait de la très puissante odeur de chlore dégagée par le DCCNa, ainsi qu'une reconstitution réalisée sur place en l'a montré. Il y aurait pu n'y avoir que « un ou plusieurs kilos » de DCCNa négligemment balayés par l’employé incriminé (lequel bénéficiera d’un non-lieu peu de temps après). Mais des analyses d’échantillons de sol prélevés par le SRPJ de Toulouse en dans le hangar montrent qu’il n’y a pas de DCCNa à la surface de ce local. Enfin, si les tests sur le mélange des produits incriminés confirment leur extrême réactivité, celle-ci se manifeste sous des conditions qui sont très éloignées de celles qui prévalent dans le hangar 221 un quart d’heure avant l’explosion : milieu confiné, mélange intime des produits broyés en poudre, forte humiditéMarc Mennessier, AZF : un silence d'État, : « Un sandwich qui ne passe pas », Seuil, 2008, 276 ..

Les conditions de stockage au sein du hangar 221, qui a explosé, ne respectaient pas toutes les préconisations en vigueur dans l’industrie chimique, ce qui fera dire à un ancien salarié que « ...si l’usine n’était pas une poubelle, le hangar 221 en était une. ». Mais ces éventuels manquements à la réglementation ne suffisent pas à expliquer l’origine de la catastrophe.

En , le juge d’instruction Perriquet signe un non-lieu en faveur des neuf personnes (cadres et employés de l’usine AZF) qui sont mises en examen pour non-observation des règles de sécurité et autres manquements. Les thèmes de l’usine « mal tenue » ou « d’erreur », initialement utilisés par le procureur, ne sont plus retenus dans les derniers actes du juge d’instruction.

La réaction chimique à l’origine de l’explosion continue de faire l’objet d’une bataille d’experts et l’instruction ne permet pas de trancher ce point. En , le chef d’atelier qui a été impliqué dans le scénario jusque-là pris en compte, est définitivement mis hors de cause.